Ce ventre si gros et pourtant si vide…

J’ai 27 ans, je souffre d’hyperphagie depuis des années, je suis d’après mon imc en obésité morbide, mais ce n’est pas le mal qui me ronge le plus.
Ma plus grande souffrance c’est mon anovulation…
Cette chose qui m’empêche d’être une « vraie » femme.
D’être celle que je veux être, celle que je dois être, une MAMAN…
J’ai mal au plus profond de mes tripes depuis si longtemps.

Tout a commencé en 2006 lorsque j’ai rencontré celui qui allait devenir l’homme de ma vie.
Un amour qui doit survivre à 400 km qui nous séparent. Moi sur Paris, lui en province.
Et puis un jour, 3 mois après notre rencontre, un retard de règles malgré la pilule.
Vite, un test de grossesse est fait. Il est POSITIF !!!
Pas le temps de se poser des questions mon retour pour Paris est programmé pour le lendemain.
Lendemain matin je me rends compte que je commence à perdre du sang.
Quelques gouttes, pas de quoi m’angoisser, enfin c’est ce que je crois à ce moment-là.
Trajet de train infernal, mal de ventre comme jamais…
Et puis peu de temps avant l’arrivée en gare de Paris, je me lève.
Et là je me vide, tout ce sang qui coule le long de mes jambes.
Vite je vais dans les toilettes du train et là je suis dans la peau de Carrie dans le film Carrie au bal du diable.
Je fonds en larme, je comprends tout de suite ce qui m’arrive, je m’essuie et dans ma main je retrouve ce tout « petit être ».
Il fait à peine 1cm ,mais je peux distinguer deux points noirs et ce qui ressemble presque à des bras…
La panique me prend, que faire?! je ne peux pas l’abandonner là dans les toilettes du train, ce n’est pas possible.
Je le prends avec moi, je le glisse dans un mouchoir, puis dans le sachet de kleenex vidé 2mn plus tôt pour m’essuyer les jambes.
Ensuite je dois prendre ma valise, le train arrive à quai, je suis seule, je dois me débrouiller.
Il faut que je prenne le métro, puis le RER pour arriver à destination, tant pis je ne peux pas rester là sans rien faire.
Tout le monde me regarde pleurer, pas une seule main se tend vers moi.
Je vais dans les toilettes de la gare, je me change et je vais dans les transports.
J’ai quitté mon corps, je suis en pilotage automatique, je ne me souviens de rien.
J’arrive enfin à destination.
Ma mère m’accompagne à l’hôpital, on me fait une prise de sang, on regarde si tout est bien parti, on me dit que j’ai ma tension un peu élevée (un peu normal après ce que je viens de vivre non?! pfff) et je rentre à la maison.
J’ai prévenu mon chéri, lui aussi est sous le choc. Mais là où il se trouve, il ne peut rien faire de plus que de me parler.

L’après fausse couche est vraiment difficile, j’ai un vide en moi, un vide énorme.
Ce vide je le remplis avec la bouffe, pendant deux ans je vais me remplir avec tout, en deux ans je prends 20 kilos.
20 kilos en plus du surpoids que j’ai déjà, c’est énorme, c’est trop, beaucoup trop.
Et puis l’envie d’être maman me hante. Alors, je commence à acheter plein d’affaire pour bébé.
Ca me fait du bien, je suis comme un oiseau qui prépare son nid, j’empile les affaires comme des brindilles.
Mais le bébé, lui n’est toujours pas là.
Je consulte un premier gynéco, il me prescrit un traitement mais vraiment à contrecœur, pour lui mon problème c’est mon poids.
Une semaine et demie de piqûres. Aucun résultat (forcement en si peu de temps, je ne suis pas wonder woman) du coup il m’envoie chez une consœur et là elle me dit, « il faut absolument perdre du poids, je ne ferais rien pour vous, pour passer en fiv il faut un imc de 35 max et le vôtre est de 47, revenez me voir quand ça sera fait »
Je pleure, je pleure toutes les larmes de mon corps.
Pourquoi ? pourquoi à cause de mon poids je dois souffrir encore plus? Pourquoi je n’ai pas le droit d’être comme toutes les autres femmes ?
Depuis je me bats seule contre mon poids, contre mon hyperphagie que je maitrise mieux et contre ces médecins qui ne me jugent que par mon imc.
Je suis inscrite dans un centre pour perdre tous ces kilos puisqu’on m’y oblige.
Mais la douleur de ne pas avoir droit au bonheur est tellement difficile à vivre que chaque jour je me demande si je ne devrais carrément pas me faire opérer pour
être enfin considéré comme une personne normale.
Les années passent, les ventres autour de moi s’arrondissent tous, sauf le miens!
Le miens il est rond parce que je suis grosse, mais il est vide, si vide!!!
Mon souhait le plus fort est d’être MAMAN, pourquoi on ne m’en laisse pas la possibilité?
Je veux juste être HEUREUSE !!!
E.

Le jour où je me suis incarnée

Pendant 32 ans j’ai vécu dans un contenant charnel, ce que l’on appelle une enveloppe « corporelle » je crois… C’est très étrange à décrire car à l’heure où j’écris ces lignes, j’ai l’impression que je me souviens de ma vie psychique, de mes pensées mais je n’ai aucune conscience de la vie de « mon » corps…  Jusqu’à il y a 6 mois, je n’avais pas d’identité corporelle, enfin pas d’identité tout court, mise à part celle que j’ai entendu les autres me donner dès ma naissance… A peine née, on disait déjà à ma mère : «  attention, isabelle elle sera grosse »… Alors, Isabelle a grandi avec cette crainte, cette ligne de conduite qui a guidé ses premiers pas vers la nourriture… Attention, danger, tu seras grosse… Cela n’a pas manqué… J’ai toujours été la grosse Isabelle… Celle qui, enfant, se cachait pour manger ces bonnes choses qui lui étaient interdites… petits moments coupables et honteux de plaisir volé… et il fallait alors que je mange le plus possible sans savoir quand serait la prochaine fois où je pourrais remettre la main sur ces aliments interdits…  et je me remplissais…
Petit caractère rebelle à l’origine, j’ai vite appris à me taire, à me conformer à ce que l’on attendait de moi, tétanisée par la trouille de l’autorité…   et je me remplissais…
Les 32 premières années de ma vie peuvent se résumer à « SOIS GROSSE ET TAIS-TOI »…  Je n’existais pas… « Moi » je l’ai bien caché sous 133kg de carapace…
Je n’ai jamais été une fille.  Par exemple, je n’avais pas le droit aux cheveux longs, fallait que ça aille vite le matin pour se préparer et mes boucles naturelles auraient ralentis la routine millimétrique du quotidien…  Un détail parmi tant d’autres qui illustre mon enfance… j’étais alors une enfant docile, sage, obéissante… et je me remplissais…
Je n’ai jamais été une jeune fille… J’étais une grosse, pas une fille… Et mes premières tentatives de coquetteries se sont soldées par tant d’humiliations… Pourtant j’aimais ça moi, jouer à la fille… Alors, pour ne pas quitter ce chemin identitaire prédestiné,  je rajoutais des kilos sur chaque tentative de rébellion, c’est que je n’ai pas été facile à faire taire hein ! … et je me remplissais…
Je n’ai jamais été une femme… jamais… je ne sais d’ailleurs rien en dire… Par contre j’ai été (et je suis) une mère !  Avec le recul, je me rends compte que mes maternités ont été les premières prises de contact entre « mon corps » et « moi »… Ce n’est d’ailleurs pas innocent si je les ai vécues à l’extrême, dans la rébellion, et paradoxalement dans une confiance totale en ce corps… J’ai donné naissance à mes fils à la maison… première histoire juste mon corps et moi… première réussite, seule, avec mon corps… Par contre, vous remarquerez que je n’ai pas porté de filles… ce n’est pas un hasard pour moi, à cette époque-là de ma vie c’était inconcevable que je sois la mère d’une fille… c’est quoi une fille ?
Mais inlassablement, mon enveloppe corporelle grossissait… Elle me protégeait en définitive… Elle me permettait d’être obéissante, de faire ce qu’on attendait de moi, être grosse et me taire… Réduire tout mon être à ce gras, pour que personne (et surtout pas maman) ne voit qui j’étais vraiment, là bien caché à l’intérieur…Comme ils étaient gentils ces kilos… Braves petits soldats protecteurs… Ils m’ont donné une identité… La bouffe c’était ma vie… Du plaisir officiel d’aimer bien manger, au plaisir honteux et coupable de se remplir.  J’ai l’impression que toute ma vie a tourné autour de la nourriture, entre les régimes, les crises de boulimie, l’éveil à l’alimentation bio, le combat contre les allergies alimentaires de mes enfants… La bouffe, la bouffe, la bouffe… tout le temps… parce que c’était, en fin de compte, le seul plaisir qui m’avait été permis vu qu’il m’avait aidé à me mouler… y a de quoi devenir schizophrène vous ne trouvez pas ? Faut pas s’étonner si j’ai terminé psychologue !
Putain je me suis fait taire sous le gras ! J’ai étouffé « Moi »…  Parce que « moi » était bien trop dangereux pour le fragile système familial… Je peux très narcissiquement dire que je suis le « symptôme » comme on dit en systémique…
Et un jour, j’ai sauté le pas… Une thérapie… c’est la seule chose que je n’avais pas encore essayé pour perdre du poids… Alors je suis allée consulter une kinésiologue praticienne en EFT parce que cette thérapie passe par le corps pour atteindre l’esprit… Parce que je me suis dit que si ces kilos ne voulaient pas me quitter c’est que « mon corps » voulait me dire quelque chose, fallait que je l’aide à me parler … Et j’ai relu toute ma vie, pas pour perdre des kilos en définitive mais parce que j’en avais marre d’avoir mal à « Moi ». Alors on a parlé des émotions, des humiliations, du « t’es une bonne à rien », de la pression du « sois parfait », de la relation à la mère, du sacrifice, du contrôle, de l’éducation, du plaisir, de la féminité…
Mais j’ai encore continué à me remplir un peu, parce que ce n’est pas facile de prendre les commandes, de se mettre aux manettes de sa vie…
Et d’ailleurs, j’ai failli prendre le pouvoir de manière extrême… c’est tout moi ça, faut toujours que je sois excessive… comment mieux contrôler sa vie qu’en n’y mettant fin ?
Oui l’idée m’a effleurée… Il y a 6 mois je n’avais plus que deux possibilités… La mort où le bypass… vu que manifestement, même avec la thérapie je n’étais pas capable de réussir…
Puis est venu ce jour… Le jour où je me suis incarnée… Ce jour-là j’ai fait la connaissance d’une femme formidable, qui a fait un témoignage de vie… Elle m’a parlé de son histoire, de sa chirurgie de l’obésité… et je lui ai parlé de mon histoire… Elle a eu ces mots… Tu peux opérer ton corps mais ça n’opérera jamais ce que tu as dans la tête… Et ces paroles-là, qui dissociaient le corps de l’esprit m’ont juste permis  de relier « mon corps » et « moi »…  Putain de merde… j’ai un esprit ET j’ai un corps…
Je venais de connecter le fusible… de brancher le courant… et tout le travail thérapeutique qui était dans ma tête, j’ai pu le faire passer dans mon corps… et j’ai pu entendre tout ce que mon corps avait à me dire…
Et je suis venue au monde… je me suis incarnée… j’ai fait connaissance avec moi-même… j’ai pris la décision de vivre… de vivre MA vie… de ne plus me faire taire, de ne plus avoir peur, d’être là, entière, et putain, de vivre… Et pour la première fois de ma vie… je n’ai plus eu faim ! J’ai arrêté de me remplir…  et mes petits soldats, mes kilos, ils peuvent partir, je n’ai plus besoin d’eux… Ils ne sont plus mon identité ! 6 mois plus tard, 27 kilos sont déjà partis, sans « faire régime », ni me priver, ni me frustrer !!! Je n’ai plus faim… Je n’existe plus uniquement par et pour la bouffe !  La nourriture maintenant me sert à faire fonctionner mon corps…
Lui et moi on fait connaissance… on s’entend plutôt bien d’ailleurs ! Je suis certaine qu’on va vivre une belle histoire !
Je m’appelle Isabelle, je suis une femme… et c’est aussi simple que ça…

L’autre moi

L’hyperphagie boulimique… j’ai entendu ce mot pour la 1ère fois il y a 2 mois. Je ne savais pas que cela existait, que c’est cette maladie qui me bouffe en me faisant bouffer. Comme si cela allait me rassurer de savoir que tout n’est pas complètement de ma faute, car c’est une maladie. Comme si des problèmes extérieurs à moi pouvait expliquer ce ventre, ces bras, ce corps que je ne (re)connais pas.

J’aimerai tellement trouver la force de me séparer de cette « autre moi », qui me remplit non pas de joie mais de honte, de tristesse, de mal-être … en plus des kilos.

Je suis à la recherche de ce qui pourra m’aider à mettre fin à cette idylle forcée. J’ai essayé la psychanalyse, mais ce n’est pas pour moi. On m’a parlé de thérapie comportementale et cognitive, de gelstat thérapie, de réunions collectives….
J’ai déjà dû mal à digérer le mot « obésité sérieuse » (jeté sans ménagement par ma nutritionniste) alors comment entamer cette démarche qui je sais, va être douloureuse, va remuer des sentiments que je n’ai pas envie de remuer, des souvenirs que je préfère laisser où ils sont?

Aujourd’hui, je suis perdue, j’ai mal, je n’aime pas ce corps où j’ai l’impression d’être enfermée, prisonnière. Les gens pensent que je suis fainéante, qu’il suffirait que « je me bouge » pour retrouver ce petit 42 que j’ai perdu. Puis après tout, « il vaut mieux faire envie que pitié »…
Alors je leur dis oui, parfois je ne dis rien et je subis leur critique, leur regard de pitié, de mépris parfois malgré leurs bons mots…

Et je me tourne vers cet « autre moi », qui me consolera, qui me dira que » tout ça, ce n’est pas de ma faute : c’est celle de la thyroïde! et puis de l’hyperphagie! et puis des hormones en folie! et pis de l’arrêt du sport! ».
Elle me dira qu’il faut pas que je m’inquiète pas, que « ça va revenir quand tout ça sera réglé ». Ensuite, cet « autre moi » me fera éviter les miroirs, me fera éviter ces regards qui jugent et me réconfortera avec 2 ou 3 tablettes de chocolat et quelques gâteaux.

Un jour peut-être, je trouverai suffisamment de force en moi de dire STOP à tout ça, mais aujourd’hui l’énergie me manque, même pour pleurer …

Alors pour l’instant, je mange….

Je n’ai plus faim

J’avais 13 ou 14 ans quand je l’ai rencontrée, mon amie de 20 ans.

Elle a toujours été là pour moi. Dans les moments heureux, les moments tristes, les moments de solitude, elle était à mes côtés.

Elle m’a même probablement sauvé la vie.

Mon amie, c’est l’hyperphagie boulimique.

Mais elle m’a aussi gâché des années de vie. 20 ans. Pendant 20 ans j’ai mangé, pour remplir un vide abyssal. Les kilos sont venus par vagues, comme une marée montante, allant et venant au fur et à mesure des régimes.

Parce que pour tout le monde, il n’y a qu’un régime qui pouvait me faire maigrir, je ne suis « qu’ une grosse qui manque de volonté ». Forcément, c’est pour ça qu’on est gros. Les gens n’y connaissent rien, ils ne savent rien.

Ils ne savent rien de l’angoisse qui monte, monte, jusqu’au moment où tu perds les pédales et que tu manges des kilos de bouffe, n’importe quoi, jusqu’à t’en rendre malade. Du stress et de la honte que ça provoque, et des dégâts sur le corps. Dans l’hyperphagie boulimique, on ne se fait pas vomir. D’où l’accumulation des kilos, et la mort à petit feu que l’on se donne au quotidien.

Les gens ne comprennent pas que quoi que tu fasses, quel que soit le régime que tu entreprends, les crises reviendront, invariablement. Et tes kilos avec, encore plus nombreux qu’avant. Et que tu n’y peux juste RIEN.

Alors moi, je me disais que c’était comme ça, que rien n’y ferait.

Quand j’ai rencontré mon Amour, celui qui m’a aimée comme j’étais, j’ai eu envie de mettre un terme à mon amitié avec Elle, parce que je n’avais pas envie d’une histoire à 3.

J’ai cru un temps que ça allait mieux, après la naissance de mon fils, j’ai même entamé un régime hyperprotéiné.

J’ai beaucoup perdu. Et beaucoup repris.

Parce que quand j’ai cru que tout s’arrangeait enfin, les crises sont revenues, plus fortes que jamais. En un an, j’ai perdu et repris 25kilos. Oui, en 12 mois, vous imaginez l’état de mon organisme après un choc pareil?

Cela va faire un an que j’ai tout repris. Et j’ai vraiment senti il y a quelques mois encore que je touchais le fond.

Alors j’ai écouté des personnes plus sages que les autres, et j’ai trouvé ma kinésiologue, celle qui a changé ma vie. Il s’est avéré que j’avais de nombreux problèmes lié au transgénérationnel. Des choses douloureuses, des poids, transmis par mon arrière-grand-mère et ma grand-mère maternelles, entre autres.

Ca a été un travail long et douloureux, ma RENAISSANCE.

2 ans de thérapie corporelle, l’Intégration Posturale, et un an de kinésiologie pour venir à bout de mon hyperphagie. Nous nous sommes enfin séparées Elle et moi. Je perds des kilos tout doucement, à mon rythme, sans régime. J’écoute tout simplement mon corps.

Je vais avoir 34 ans cette année, et je crois que je peux le dire aujourd’hui : je suis en paix avec moi-même.

Et je n’ai plus faim.

Mon corps, je le maltraite

Depuis 3 ans déjà, je le nourris mal, peu, trop peu, mais au début, je tenais la route, grand 34, petit 36, j’étais « la bien foutue. »

J’ai aimé en profiter. J’ai aimé en jouer. Je plaisais. Apparence, apparence, apparence. Les hommes ne regardent pas mon cerveau, alors à quoi bon .. Autant avoir un corps PARFAIT. Maquillée. Epilée. Bien coiffée. Lingerie. Jolie fringues. Sport. Footing. Fitness. Jupe, talons. Un coeur froid comme la pierre… ou presque. Réussite scolaire.

17 ans et un corps froid.

Mais à un moment il craque.

De bonne, on passe à maigre. Et en dénutrition. En 6 mois, on n’a plus rien. Plus d’amis. Plus de sorties. Froid, froid. Des heures passées près du radiateur. Plus rien. Des engelures aux pieds à cause du froid. Transparence. Ha si, on a ses os pour pleurer. Pleurer ? Connais pas.
« Si vous perdez un kilo, on vous hospitalise. »

QUOI ? Et mes études ??? Je viens d’avoir mon bac, c’est impossible, je VEUX réussir. j’ai toujours TOUT réussit. TOUT.
Sauf une chose : J’ai échoué à la perfection .

Alors maintenant je me bats. Je mange. Je veux vivre. Être heureuse, sensible, pleurer, aimer, crier, rire…

Le chemin de la guérison est long, mais je le tiens.

Je ne veux plus être froide, ni parfaite, ni coiffée, ni bien fringuée. Je m’en CONTRE FOUS. Je suis MOI.

Mon corps c’est moi

Je sais que ça à l’air con dit comme ça, mais il a fallu tellement d’années pour que le déclic se fasse dans ma tête. Mon corps, n’est pas le véhicule de mon esprit, il n’est pas mon ennemi, ni mon allier. Il n’a pas d’identité propre : c’est juste moi.

Je suis une victime de viols, avec un « s », sur dix ans, sept personnes sans liens entre elles autre que moi. Je suis aussi une victime de maltraitance, ceci explique cela. Dissociée de mon corps je n’ai pas compris que mes non devaient être entendus.

Ne me touchez pas, ne m’approchez pas, ne me parlez pas. Vos regards me brûlent la peau.

Mon corps en à chier, en plus de ce que les autres ont fait. Anorexie boulimie, scarifications, acné excoriée, alcool et drogues. Un jour j’ai péter les plombs, c’était trop, trop de douleur, trop de pression : hôpital psychiatrique. Les chaînes aux fenêtres, pas de rideau de douche (histoire de ne pas pouvoir se pendre avec), pas de siège de toilette (pour ne pas agresser le personnel). Médicaments, beaucoup de médicaments. Puis le déclic, mon corps c’est moi. J’ai pris du papier et j’ai écrit des lettres. J’ai rendu ce qu’on m’avait mis sur les épaules, il s’est passé ça – ça m’a fait ça – (et pour certains) si tu veux qu’on continue à se voir j’attends ça de toi. Réactions lâches en retour, quelques-unes étonnantes et bouleversantes. Je suis revenue à la vie civile.

Quelques années ont passé, sereines. Nous avons fait un enfant. Notre bébé est né chez lui, dans la douceur et le respect de nos corps. Je ne suis pas une petite chose fragile, je me suis rendue à moi-même.

J’aime mon corps, j’aime ces cicatrices, ces vergetures. J’aime mes seins qui me permettent de nourrir mon enfant. J’aime les rides qui commencent à apparaitre aux coins de mes yeux, marques des rires quotidiens avec les miens. Je suis fière de ma puissance.

Mon corps c’est mon histoire.

Mon corps c’est ma victoire.

 

Mon corps qui n’existe pas

/Le fichier photo de ce témoignage était impossible à ouvrir/

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Mon corps et moi, on ne s’est jamais vraiment trouvé. Petite fille, il m’encombrait déjà, je ne savais pas le mener. Quand les autres réussissaient toutes les prouesses sportives, je peinais à seulement passer une porte sans me cogner à son chambranle. Mon corps ne me servait pas, c’était l’esprit qui dominait chez moi.
Parce qu’il fallait faire une activité physique, j’ai été inscrite à la danse classique. C’était chouette, c’était bien. On sautait, on dansait, on tournait. On avait des beaux costumes, et la musique était belle. J’étais une fée, une étoile.

Et puis il y a eu l’adolescence.
J’étais petite. J’avais cet air éternellement enfantin que me donnait de presque lointaines origines asiatiques. Je me suis développée tard par rapport aux autres. Qu’ont-ils vu qui m’a échappé? Je ne le sais toujours pas.
Je n’ai pas compris ce qu’il s’est passé.
A quel moment j’ai cessé de me voir dans le miroir de la salle de danse?
A quel moment mon image s’est dérobée à moi?
Quand est-ce que je me suis perdue?

A 14 ans, j’ai arrêté de manger.
Et puis j’ai vomis.
Je me suis arrêtée. Et j’ai recommencé.
Pendant 10 ans…11 ans…12 ans…

Ce n’est que récemment, depuis à peine un an que je sais que cette image de soi qui disparait à un nom. Dismorphophobie. Je l’ai doublée avec de l’anorexie.
Et aujourd’hui encore, à 27 ans, je cherche les contours de ce corps que je ne connais pas.
Ce que je vois dans le miroir n’est pas vrai. C’est une image, modelée par mon inconscient, par 4 années de brimades, par 17 ans de discipline de fer, par un esprit trop absent, par un modèle imposé, répété, irréel et omniprésent…Je pourrais trouver mille raisons, mais ça ne changerait rien.

Ne pas se voir telle que l’on est. Ne pas se connaitre. Ne pas se reconnaitre.
Je n’ai que des chiffres pour m’aider à faire exister ce corps que je ne vois pas: ceux du mètre ruban, ceux de la balance, ceux de l’IMC, ceux des tailles de vêtements, ceux des calories des aliments…
Je n’existe qu’à travers cela.

Pourtant mon corps existe et quand je l’imagine, je l’aime. Parce que je m’imagine belle.
Eux, il me trouvent belle aussi, mes amoureux. Ils me trouvent même « parfaite ».
Parfois, sous leur caresses je le trouve beau ce corps et je l’habite. Pendant un instant, celui d’une étreinte, ce corps est le mien, il m’appartient et peu m’importe la forme qu’il a. les formes qu’il a. Il est juste moi, et je suis là.

Longtemps, j’ai cru que je n’aimais pas mon corps. Mais c’était ce que je voyais que je n’aimais pas. Aujourd’hui je sais.
Je sais que mon corps, je ne le connais pas.
Mais promis, je l’aime déjà. »