Mon corps mon ennemi de tous-jours

yeux

La première fois que je l’ai perçu comme étant quelque chose d’étranger à moi, j’avais à peine huit ans et je venais de subir les assauts dégoulinants d’un cousin tout juste pubère. Me sentant sale et coupable, je me suis réfugiée dans la nourriture, prenant l’habitude en rentrant de l’école, de m’enfiler des gâteaux comme j’aurai accumulé des perles sur un collier. Je suis ainsi entrée dans l’âge ingrat avec le physique assorti, attirant sur moi des regards pas bienveillants pour un sou. Je me détestais d’être différente et je haïssais cette carcasse qui me servait de corps et que je considérais comme traître! Je suis tombée dans l’hyperphagie comme dans un puits sans fond et j’ai continué à grossir. Une dépression et des souvenirs d’inceste refoulés plus tard, je n’ai plus eu qu’une idée en tête : me punir, me détruire et même m’anéantir! Je n’ai plus du tout habité mon corps dont je me servais comme d’une arme que je retournais contre moi : un suicide à petits feux… J’ai enchaîné les relations avec de pauvres types qui ne me demandaient rien d’autre que d’écarter les cuisses ; je me suis offerte comme paillasson et pendant un temps, j’estimais ne rien pouvoir espérer d’autre… Un jour pourtant, j’ai eu le sentiment que je perdais le contrôle et le dégoût était devenu si fort que je suis tombée du jour au lendemain dans l’effet inverse : l’abstinence. Plus question que quiconque ne me touche… et pour tenir, pour résister à la frustration puisque ma sexualité avait été plutôt compulsive, je me suis mise à m’auto-mutiler. Au début, c’était léger, indolore et épisodique mais très vite, c’est devenu quelque chose d’incontrôlable, un rituel froid et mécanique, de plus en plus souvent et de plus en plus fort. Je voulais me faire mal mais surtout ressentir quelque chose, moi qui me sentais tellement vide! Je crois que dans le fond, je cherchais à réveiller la partie morte de mon être…

Aujourd’hui, mon IMC dit que je suis obèse et mon enveloppe corporelle porte les traces du sang que j’ai fait couler pour toutes les larmes que je ne parvenais plus à verser.

Je ne m’aime toujours pas et je me sens encore détachée de mon corps, la seule chose que je tolère dans mon aspect extérieur, c’est ma paire d’yeux, mais j’apprends petit à petit à me pardonner : j’ai enfin assimilé que je n’étais pas responsable des actes de mon géniteur. J’expérimente depuis peu l’indulgence envers moi-même et si le chemin reste long, je m’accroche! Il paraît que ça en vaut la peine…

Jx

« Comme les yeux savent parler quand il n’y a plus de mots. » Francine Ouellette

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Plaire toujours plaire…

plaire

Je en sais plus vraiment comment j’en suis arrivée là. Comment j’ai pu aimer mon corps mais le détester à ce point. Comment j’ai pu croire qu’un jour il me laisserait en paix.

J’ai toujours eu cette impression, que mon corps et mon esprit n’étaient pas fait pour (sur)vivre ensemble. Je n’ai jamais vécu de traumatisme particulier, jamais été en manque d’amour de mes parents. J’ai été une enfant gâtée toujours un peu plus. J’ai toujours été bonne élève avec des résultats scolaires élevés. Pourtant j’ai toujours détesté l’école d’ailleurs je n’y vais plus. L’impression de ne pas être à ma place peut être.

Petite, j’étais de nature très timide et réservée et je ne parlais pas beaucoup. C’est en troisième que tout à dérapé, que j’ai commencer à haïr ce corps à la fois trop vide et trop plein. La nourriture pour le remplir encore et toujours plus, les vomissements et les mutilations pour le vider. Lui faire du mal pour tester ses limites, pour voir quand il craque dans l’espoir qu’un jour il me dise « stop ».

Des marques que j’ai tant aimées et tant détesté à la fois. Que j’ai regretté en me disant « Mais qu’est ce que tu as fait ? Regarde toi tu es devenu laide ». J’ai un physique enviée de plusieurs mais toujours cette peur d’être moche et de ne jamais plaire. Mais ces marques sur mon bras, mes chevilles, mon seins et mon pubis je les aiment. Je les aiment parce qu’elles font parti de moi. Parce que chacune d’elle veut dire « Regarde c’est toi qui à fait ça, c’est ton corps a présent ». Cette envie de m’approprier ce corps toujours plus grande. L’envie de le marquer, de le trouer partout. De lui montrer que c’est moi le maître du jeu. Mais non le maître ce n’est pas moi : « tu te fera des piercing à tes 18 ans quand tu ne sera plus sous notre responsabilité ». Cette impression que mon corps appartient à mes parents, qu’ils me possèdent.

Premier rapport sexuelle à 15 ans avec un garçon que je ne connaissait que depuis 2 heures. Pourtant j’avais un copain. Pourquoi ? Me direz vous. Pourquoi ne l’a-t-elle pas fait avec son copain ? Parce qu ‘il ne pouvait pas. Il devait se faire opérer mais n’a jamais voulu en parler à ses parents. Comment j’aurai du le prendre ? Je voulais offrir ma première fois a cette homme, lui offrir mon corps. J’ai eu l’impression qu’il ne voulait pas de moi, que si il ne faisait pas l’effort dans parlez c’est que cela ne l’importai pas.

A partir de la, l’envie de plaire, de séduire est devenu omniprésente. Et cette quette de perfection toujours plus poussée à l’extrême. A 16 ans maintenant, j’ai eu une histoire de cul avec une dizaine de garçons. Je n’ai fait l’amour qu’avec deux. Toujours plus envie de leur montrer ce corps « parfait », ce corps qu’ils aiment tant. « Tu n’es qu’une barbie avec la tête vide ». J’aurai voulu lui répondre « Je sais maman, mais l’on ne m’aime que pour ça ». Combien de ces hommes a vraiment cherché à me connaître ? Très peu. Il y avait maintenant MOI et LUI. Les garçon ne faisaient attention qu’à LUI.

Baiser, encore et encore, comme si on allait oublier, comme si avec ça le mal allait disparaître. Je n’ai jamais rien ressenti en faisant l’amour. Des fois j’ai même souhaité pour que ça s’arrête ne disant jamais que j’avais mal. Ils seraient déçu que ce corps si beau ne ressente rien. Incapable de dire non de peur de perdre l’amour d’hommes qui au fond ne m’ont jamais aimé.

Et ce besoin inassouvi de plaire à n importe qui. En fermant les yeux on oublie vite ce que le fait. On se plonge dans ses pensées en attendant que tout ça se termine.

Mais maintenant mon corps me lâche. Affaibli par tant de colère, de haine et de tristesse. Maintenant qu’il ma trop fait souffrir il me laisse m’abandonne. Lui ma seul armure qui laisse mon MOI à vif. La fatigue tout le temps à mes cotés …

Un jour lui et moi nous ne ferons plus qu’un et l’espoir renaîtra dans mon cœur froid.

Je crois que j’ai besoin d’aide

7
Aujourd’hui, mardi 30 juillet 2013, je tombe par inadvertance sur ce blog, je me dirige directement dans la rubrique « Viols », j’ai lu tous les articles, tous sans exception, c’est horrible. Je lis, et je pleure, je ne cesse de pleurer. Je prends conscience de chercher celui qui me correspond le plus en définitive. J’ouvre « TextEdit » et je décide d’écrire, peut-être qu’en l’écrivant j’arriverai à vivre en paix avec ceci :

J’ai bientôt 20 ans, je suis ronde et je déteste mon corps et j’ai couché avec 110 mecs différents, je trouvais ça normal.
Le fait de manger beaucoup ? J’avais faim.
Le fait de coucher avec pleins de mecs ? J’aime juste séduire et changer.
Le fait d’aimer dominer les hommes ? C’est mon caractère.

Tout faux, j’avais tout faux.

Lorsque mon grand-père est décédé en 2009, j’étais au téléphone avec ma soeur lorsqu’elle m’a dit : « De toute façon il avait des choses à se faire pardonner. », Je la questionne, elle m’avoue des attouchement mais je sais qu’elle ne me dira jamais tout. Et là, un tilt dans ma tête, une remonté d’informations que j’avais délaissé remontent à la surface.

J’avais entre 8 et 10 ans, en fait je ne me souviens plus, je sais que j’étais au primaire. Tous les lundis soirs j’allais dormir chez mes grands parents. Ils venaient me chercher à l’école le soir et m’y amenaient le mardi matin, tout se passait très bien. Je dormais avec ma grand mère dans la chambre de mes grands parents et mon grand père dormait dans la chambre de ma soeur. Sauf que ce soir là, ça ne s’est pas passé de cette façon. Je m’étais endormie dans la chambre ou je couchait, ma grand mère assoupie dans le fauteuil devant la télé et d’un coup je me réveille en sursaut, sa bite devant ma tête, proche de ma bouche qui me regarde d’un air pervers en me disant « tu veux toucher ? » Ecoeurer, je suis écoeurer, j’ai envie de pleurer, je me lève, il essaye de m’en empêcher, je cours voir ma grand mère, lui avoue la chose et la réponse fatidique je ne me rappelle plus les mots employés, mais à ses yeux j’étais devenue une menteuse.

J’ai vécu ma vie en annihilant ce souvenir, jusqu’à ce fameux jour de 2009, où j’avouais à ma soeur ce lourd fardeau. Cette dernière qui l’avoua à ma mère, à ma demande.

Ma grand-mère atteinte de la maladie d’Alzheimer, obligation d’emménager cher moi, je la déteste du plus profond de mon être, je n’arrive pas à vivre sous le même toit. Sans aucune explication, je décide de m’inscrire dans un lycée à Marseille, en internat, passant tous les week-end chez ma tante. Tellement dur de cohabiter avec des gens avec qui l’on a jamais vécu, mais grâce à elle j’ai grandi et pris conscience de beaucoup de choses qui me paraissaient normales mais qui au final ne l’étaient pas :

– depuis cet épisode de mon enfance, je n’ai eu de cesse que de grossir, alternant boulimie et anorexie, avec beaucoup plus de boulimie ;
– j’ai souvent pleuré sans raison ;
– je me suis scarifiée ;
– j’ai touché au sexe à l’âge de 13 ans ;
– j’ai eu mon premier rapport sexuel à l’âge de 14 ans avec un garçon qui en avait 22 ;
– quand mon passé à ressurgi (j’avais 16 ans), le premier mois j’ai couché avec 10 mecs ;
– mon conteur affiche aujourd’hui 110 mecs.

Je me suis donc rendue compte :

– que j’étais boulimique ;
– que j’étais légèrement dépressive ;
– que pour compenser je fais des achats compulsif (mon énorme dressing représente le vide qu’il y a au fond de moi) ;
– que depuis ce jour j’ai abandonné l’idée de travailler à l’école (je viens de louper une deuxième fois mon bac S)
– que j’aimais prendre les mecs et les jeter comme de vulgaires chaussettes pour montrer le dessus que je n’ai pas eue lorsque j’étais petite ;
– que je m’attachait à quiconque me portait un peu d’attention
– que je ne supporte plus ce corps qui pour moi représente ma seule existence pour les hommes

Je pleure en écrivant ceci, je n’arrive pas à guérir, j’espère le pouvoir un jour. je me sens tellement mal, ce corps me fait mal, et ce qu’il contient aussi, je ressens souvent l’envie de mourir.
Je crois que ça fait du bien d’écrire, mais je ne veux pas le relire.

A ce qu’il parait : « Pardonner ce n’est pas oublier. C’est accepter de vivre en paix avec l’offense. »
Je crois que j’ai besoin d’aide.

Mon estomac , mon corps … et moi

oeil

25 ans, 1m59, 111kg … des chiffres oui! Mais qui pèse lourd sur ma vie !

D’abord un beau bébé joufflu puis une enfant aux bonnes joues, une ado rondelette ( 70 kg) pour finir à une adulte obèse .
Une femme jalouse maladive qui vit la peur au ventre que son mari ouvre enfin les yeux et se demande ce qu’il fait avec une baleine pareille.
Une mère honteuse de l’image qu’elle renvoi à son fils.
Une sœur , une amie complexée face aux autres.
Une fille mal à l’aise face à un père moqueur.

Mon estomac, mon allié, mon ennemi.

Une frustration ? un malaise? une colère? une tristesse ? toute émotion négative … BONJOUR LA BOUFFE ! Je me goinfre!
Mon estomac, mon allié !
Puis la honte, la culpabilité, la balance et encore 10kg de plus , puis 20 puis 30 …
Mon estomac , mon ennemi !

Des moments difficiles passent par là , ma copine la bouffe , mon alliée la boulimie et les voilà ces 111kg qui s’affichent sur la balance !
A la trappe la fille joviale et souriante. Du moins en apparence .
A l’intérieur , je suis mal , je me dégoûte , je me trouve immonde. Et plus je me dégoûte et plus je bouffe ! Totalement con mais si réconfortant !
Je ne me sens bien nul part.
Ni dans la rue où je regarde mes pompes pour ne croiser le regard inquisiteur de personne.
Ni dans les magasins où je ne vais plus car j’ai le sentiment que toutes les jolies nénettes me dévisagent en ce demandant ce que le cachalot fait là.
Pas même dans mon lit où bien qu’ayant un super beau et adorable mari qui m’a toujours aimé comme je suis, je persiste à me demander comment il fait en observant toute cette graisse.

Aprés avoir passé quelques années à être en conflit avec ce corps qui n’était pas le mien et cet estomac qui m’aime mais que je deteste, j’ai décidé qu’il était temps de dire STOP !
Aprés une procédure entamée en 2010 mais non aboutie (… pas le bon moment au final je pense) l’électrochoc !! !!
Cette fois s’en est trop! Je décroche le téléphone et je prends rdv chez le chirurgien et la SLEEVE se décide !

UN beau jour de 2011 ce foutu estomac est amputé de son tiers qui finit à la place qui lui revient de droit : LA POUBELLE !!
Malheureusement vont s’en suivre quelques mois de complications post op dont je vous passerez les détails.
Je dirai juste que j’ai beaucoup de chance d’être toujours en vie .

Voici un peu plus d’un an de ça et la balance affiche maintenant – 45kg !

Pourtant même si j’ai brutalement mis fin à mon conflit avec mon estomac celui avec mon corps perdure ..
Bras chauve souris, ventre en gelée, intérieur des cuisses qui pendouille, seins aussi !

Habillée je suis relativement satisfaite . Je dis relativement car à 66 kg idéalement j’aimerais me débarrassé encore de 6 kg . Mais je dis bien IDÉALEMENT mais si la perte de poids en reste là je serai très satisfaite quand même.

Nue c’est L’HORREUR !
Mon corps a 28 ans et en parait 20 ou 30 de plus …

Je peine à mesurer le chemin parcouru. Je me vois toujours obése.
J’ai retrouvé ma féminité mais je n’ose pas m’aventurer dans les magasins autres que ceux qui « acceptaient » mon 50/52 d’avant.
Je ne porte que des basiques, les extravagances c’est mon mari qui me forcent à les faires , je gueule sur le coup en lui disant qu’il ne me voit pas! Et quelques jours aprés , à force de me voir dans le vêtements je fini par lui dire qu’il a eu raison de m’obliger ^^
Je vois toujours ces bourrelets sur mes hanches, mon double menton … ( je pourrais faire encore une longue liste ^^)
La route sera encore longue vers la réconciliation avec mon miroir.
Un psy, la chirugie réparatrice …

Mais avant ce nouveau passage au bloc il va falloir affronter mes proches .
Mon mari, ma mére, mon frére, ma famille … mon fils et son regard inquiet lorsque j’évoque une nouvelle hospitalisation.
 » tu n’en a pas eu assez ?!! tu ne te rends pas compte? Tu ne te souviens pas de tel ou tel épisode?? ETC ETC …

Et bien si je m’en rappelle ! C’est même moi qui l’ai vécu, moi qui savait plus marché, moi qui est passé des semaines à l’hosto etc …
Mais si c’était à refaire je le referais !!
Oui je suis passée par une belle porte mais vivre dans ce corps obése, douloureux, lourd c’était aussi mourir mais à petit feu!

Alors oui je veux continuer.
C’est moi et moi seule qui suis face au miroir, qui pleurait seule sur la balance, qui rasait les mur pendant que les autres se baladez sereinement.

Sauf que je ne leur dirais pas !
Ils ont eu peur, ils ont eu mal et cette histoire n’est pas digérée pour eux tous .
Alors je vaix continuer à en parler de temps en temps pour que le truc face son chemin tranquillement et que dans un an quand ça deviendra bien concret l’idée ait fait son chemin et que ça passe mieux.

Moi, mon mini estomac et …. mon corps …

Mes marques que j’aime

marques
[Enfance. Ronde c’est sûre, je ne le vis pas si mal que ça en y repensant. A l’école, les garçons me crient que je suis grosse, je pleure, puis me relève.
Adolescence. Tout se complique. Gros problème familiaux, je prend du poids, j’ai beaucoup de crises de boulimie. Dépression. Phobie scolaire. 3 années loupées. Ma période noire, de la souffrance, de la souffrance partout, tout le temps.
Placement pour m ‘éloigner des problèmes de ma famille. Là, un renouveau. Plus de crise de boulimie, je mange bien, perds du poids, me sens belle. Je remonte la pente. Je vais bien, ma vie est belle. Je retourne chez moi.
Et paf. Par hasard plus qu’autre chose, je me découvre un masochiste physique. Première, et dernière jouissance masochiste. Je pensais pouvoir le gérer, après tout, cela me met dans un état d’euphorie intense. Et puis sont venues les pulsions. Les pulsions masochistes, le besoin de souffrir. Le besoin de jouir de cette douleur choisie. Mais je n’en veux pas. Trop jeune, avec trop de casseroles pour me faire du mal consciemment. Est-ce parce que la douleur a rythmé ma vie pendant si longtemps que j’ai besoin de souffrir ?
Le besoin est là. Je regarde les couteaux, les rasoirs d’un autre œil. Besoin.
Aujourd’hui, mon corps me trahi de la pire des manières. Il me demande, me supplie de lui faire du mal.

Besoin…]

J’avais écrit ce texte il y a exactement 6 jours. Mais aujourd’hui, je sais que ça ira, et que je pourrait vivre sans me laisser manger par mon masochisme. Parce qu’hier, j’ai fait l’amour avec mon ami, qui savait tout cela, qui a accepté de me faire mal, et accepté que je jouisse uniquement de mon masochisme. J’ai pu le laisser prendre en charge mon masochisme à ma place, et je l’en remercie. Parce que maintenant, je sais que ça ira.

Photo de mes marques, dont je suis tellement fière…

Le contrôle

contrôle

 J’ai l’impression que toute ma vie est régie par ce mot. Il y a deux semaines je croyais que je m’en étais sortie (encore) mais non. Je me suis remise à manger, trop, mal, n’importe quoi . De toute façon si mon assiette contient plus que ce que peut contenir une assiette à dessert j’estime que c’est trop.
Je me pèse tous les jours, voir plusieurs fois par jour.

Je déteste manger si il y a plus d’une personne avec moi dans la pièce.. Voir je ne mange pas du tout. Je panique à la vue d’une grande table quand je sais que je vais devoir m’y asseoir Je mange du bout des lèvres et je me saoule pour oublier que je suis là assise et que tout le monde me regarde… Enfin, je sais bien que personne ne me regarde en fait.. mais si quelqu’un pose les yeux sur moi j’ai juste envie de mourir.

Je déteste mon ventre.. Je déteste mes gros seins qui pendouillent comme si j’avais 50 ans… J’aime qu’ils soient gros mais pas qu’ils pendent comme des vieux gants de toilette. Mes cuisses d’obèse mes fesses pleine de cellulite alors que j’ai 21 ans…
Mais le pire c’est ma bouée… Ce gros truc qui m’entoure et qui est invisible aux autres… Est-ce qu’ils sont aveugles??Moi je vois bien dans le miroir que je suis fat oui je dit fat et pas grosse parce que fat c’est moche ça évoque un gros burger tout gras des frittes qui dégoulinent d’huile. Quelque chose qui vous dégoûte..comme moi.

D’aussi loin que je me souvienne je me suis trouvée grosse.. Je suis devenue hyperphagique (il parait que ça s’appelle comme ça) à 12 ans parce qu’on me martyrisait à l’école parce que mes parents divorçaient et que du coup j’étais seule à la maison à devoir m’occuper de mes petits frères jour et nuit pendant des jours.. Alors je mangeait parce que j’avais faim. Tout le temps. Il fallait que je comble un vide que je ne voulais pas admettre. Il fallait que je sente ce sentiment de chaleur quand j’enfournait des tranches de lards grillé dans ma bouche, que je souris en mangeant des frittes devant la TV cachée dans ma chambre. Je me souviens je terminais les cours à 15h30 et mon objectif était de monter un maximum de nourriture et de l’enfiler en un minimum de temps avant que ma mère ne rentre. Puis supprimer les preuves. Dissimuler mais ne jeter que petit à petit pour ne pas éveiller les soupçons.

Alors bon une telle attitude ne rapporte qu’une seule chose: 23 kg en 10 mois…Puis d’autre et d’autre et on atteint 90kg pour 1m55 Et puis un régime qu’on appellera « ré équilibration alimentaire » parce que « c’est pas vraiment un régime tu apprends juste à manger » et pouf les kilos qui s’envolent je fais 64 kg pour 1m65 ben oui j’ai grandit aussi)c’est pas trop mal je m’aime assez je suis pas trop horrible.. Puis arrive la fac et les kilos encore et les régimes encore et je reperds et je me sens bien mais voilà je ne supporte plus de manger. Aujourd’hui je suis seule je viens de m’enfiler la moitié de mes réserves je pesais 62.4 kg ce matin maintenant je dois être montée à 66.. Je me déteste Je déteste craquer comme ça je suis faible… Pourtant dans 4 kg je serais au poids dont je rêvais quand j’avais 12 ans et que je n’ai jamais atteint…
Je dois y arriver ..mais voilà je culpabilise quand je mange, et je culpabilise de penser ça. Je voudrais manger mais en même temps je trouve que c’est mal. Après tout si j’ai des réserves de gras elles sont là pour partir… ET puis je pourrais peut-être perdre un peu plus descendre à 55kg pour voir….peut-être même un peu plus bas… Si je suis montée dans la case obésité j’aimerais bien savoir ce que ça fait de descendre dans la case maigreur…non non je ne devrais pas penser à ça je sais…
Je devrais me faire soigner…
J’en peut plus…je panique dans les restaurants bondés. Je déteste noël et mon anniversaire et le nouvel an encore plus. Si j’ai un rendez-vous galant je ne mange presque pas pendant les trois jours qui précédent et pas du tout le jour même comme ça je me trouve potable. Je ne suis pas trop dégueulasse… Un peu quand même mais je crois que lui ne le vois pas et puis je me rentre tellement le ventre que j’a l’air normale. Oui je me rentre toujours le ventre dès que je me lève dès que quelqu’un me regarde, dès que je pense à manger.
Aujourd’hui j’ai tellement mangé…mercredi j’ai un rendez-vous..je ne vais pas manger d’ici là comme ça je me sentirais un peu mieux… Et suis dans les bras de ce gars je me sentirais bien je me dirais que je n’ai pas besoin de perdre après tout tout le monde me dit que je suis mince….Et puis dans deux semaines je recommencerait… Je commence même à trouver les filles de la TV grosses…Je commence à lorgner sur les mannequins et les ana… Je me fais peur et je ne sais pas si je me monte là tête ou si noël prochain je le passerais en psychiatrie entourée d’ana en me disant que je suis trop grosse alors qu’il sera évident que je suis bien trop maigre…Mais je ne suis pas maigre là je suis grosse…?Je ne sais pas..je sais que le miroir ne me rends pas la bonne image de moi tout le monde me le dit. Mais je le vois pas ce corps que tout le monde voit , c’est pas moi dedans… Je suis perdue…Comment moi je peut avoir l’impression de faire 105 de tour de taille quand j’en fait 71? (oui je me mesure 4 fois par jour puisque je ne peut pas vérifier dans le miroir)
Je suis fatiguée.

Mon corps n’est pas un jouet

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Dans ma tête je vais bien. Je crois que je vais bien.
Dans ma tête je vais bien, mais pas dans mon corps. Il bourgeonne, il suinte, il démange. Je gratte.
Des particules de peau partent sous mes ongles. Je gratte. Je me fiche que cela empire. Je voudrais cramer mes plaques d’eczéma avec quelque chose, n’importe quoi. Des fois, de l’eau bouillante suffit. Ça me soulage un instant. Puis à nouveau ma propre peau me rejette.
Je la hais quand elle trahit mon malaise.

 

J’aimerais pouvoir tout démêler. Dénouer les fils, les enrouler sagement, et tout ranger dans des boîtes. Mais voilà. C’est le bordel. Je ne comprends pas ce qui vient de mon mal être de base, et ce qui vient du viol.
Oui, du viol. Oh, rassurez-vous, rien de théâtral. Juste un viol ordinaire, où l’on douterait presque de ma bonne foi. Oui, j’ai accepté de danser avec lui. Oui, je l’ai suivi dans une arrière cour. Mais non ça ne m’a pas plu. Et oui j’ai eu mal. Et non je ne voulais pas que ma première fois se passe comme cela. Et oui, encore une fois, je n’ai cessé de lui dire non.
Mais il faut croire qu’il était sourd, le pauvre enfant. Le pauvre petit con qui ne savait pas que baiser une gamine non consentante, c’était mal. Que ça faisait mal. Même après.
Il m’a blessée, il m’a meurtrie. J’ai maintes fois pleuré. Je me suis scarifiée. Je me suis cognée contre les murs. Je me suis affamée, puis écœurée de sucreries. J’ai abusé de l’alcool. Puis j’ai réalisé qu’une bouteille de vodka n’était pas un médicament, en dépit de son pouvoir désinfectant.
Je vois un psy. J’ai compris que quand je me faisais mal, ce n’était pas si mauvais signe. J’ai compris qu’exprimer la douleur, qu’importe par quel moyen, montrait une volonté d’avancer, de me battre.
Je ne veux plus être une victime. Je refuse la déploration.
J’affirme mon droit inaltérable de chérir mon corps, de le posséder, de l’habiter, de donner, mais aussi de recevoir.
Je ne veux plus être une victime.
Parce qu’au fond de nous, on est toutes des guerrières.