Mon « ventre » et moi…

Je ne sais pas pourquoi j’ai commencé a prendre des kilos, peut etre pour etouffer des souvenirs malheureux, des chagrins d’enfant… pour me refugier parce qu’elle etait la seule amie a me consoler, pour echapper a mon quotidien… Mais en tout cas, quand j’etais petite, j’etais une gamine toute maigre, toute mince, qui s’habillait en dessous de sa taille…
Et puis a la préadolescence, l’engrenage a commence… je mangeais, je mangeais, j’avalais tout ce qui pouvait se trouver et qui etait comestible… Je pouvais avoir manger a midi et refaire a manger a 14h… et le chocolat qui se mangeait facilement, et les chips, et la charcuterie… Tout, absolument tout…
Evidemment, cela a eu des consequences sur la balance… je suis tres vite montee dans les spheres supérieures… A 14 ans, je pesais 66kg
pour 1m66. A 17 ans, j’ai atteint les 85 kg. Et irrémédiablement, j’ai eu les moqueries des autres, et je ne comprenais pas, parce que d’autres filles etaient beaucoup plus enveloppees que moi…
Mais j’etais la proie facile, celle dont on pouvait se moquer, parce que de toute facon personne ne viendrait la défendre, celle qui n’avait pas de pere qui viendrait pousser une bonne gueulante, et c’est tellement plus facile de s’en prendre a quelqu’un qui n’a pas les moyens de se defendre…
Donc, des annees, les moqueries, les insultes… et puis le calme… puisque presque tout le monde m’ignorait ensuite.. Normal, on ne va plus vers les gens qui se moquent de vous a force.. En fait, on se replie sur soi meme, et du coup on se desocialise…
Meme dans ma famille, j’etais parfois sujette a moqueries. Un jour, ma grand mere m’a dit « mon dieu qu’est ce que tu es grosse ! » Inutile de dire que les gens ont ete choques, parce que cela ne se dit pas…
Et toujours le frigo, qui etait tentant…
Et puis ces problemes hormonaux, je n’avais pas eu tellement de regles avant l’age de 16 ans. Mais je ne pense pas que cela soit responsable de ma prise de poids…
Et je me faisais mal… je prenais un cutter et j’ouvrais ma peau… je m’en voulais de pas pouvoir me controler, de ne pas pouvoir arreter…
Et puis un jour, il y a eu l’accident… C’est ca qui a tout declenche.
Un stupide accident dans une patinoire, une entorse qui n’a pas ete soignée rapidement, un malaise convulsif et tout s’est enclenché…
Urgences : constat d’obesite. On me platre mon pied et on me demande si je veux voir une dieteticienne. Je suis d’accord. Je suis a la lettre le regime qu’elle m’a donné et au bout de trois mois, j’ai perdu 7 kg. Une petite victoire, il ne faut pas perdre beaucoup en peu de temps, elle a dit.. Je continue et au bout d’un an, j’ai perdu 30kg, je fais un poids acceptable pour ma taille et mon age…

Cela aurait pu s’arreter la… mais ca aurait ete trop simple… l’accident a eu des sequelles.. un an plus tard, j’ai fait un malaise dans un train.. on pense que je suis diabetique.. une amie de ma mere lui conseille un neuro, mais trop d’attente, on prend rendez vous chez un autre. Consultation, et demande d’hospitalisation pour les calendes grecques… Cinq mois passent et nouveau malaise.. Le medecin traitant demande une hospitalisation immédiate. Les tests sont faits, le diagnostic est posé… On me parle d’epilepsie idiopathique, elle est d’origine inconnue… Ce n’est pas grave hein, mais si j’avais su, j’aurais prefere ne jamais l’etre… La valse des traitements a commencé, et ceux qui ont deterioré mon corps, mon etat psychologique…
L’un d’entre eux, l’Epitomax, a l’effet secondaire de faire maigrir… En effet, si on a envie de rendre a chaque fois qu’on voit ou qu’on ingere de la nourriture…
Et j’ai toujours dans la tete ces mots qui m’ont fait mal… du coup je m’impose des regimes stricts, ou je perds du poids, enormement de poids… Ce qui a fait de moi a l’epoque une loque, 48 kg pour 1m70, les os saillants. Mais je me voyais grosse, je voyais ce ventre qui partait pas, et j’esperais qu’en perdant du poids, on ne le verrait plus…
Qu’il serait plat comme ceux de toutes ces filles qu’on voit a la tele… Ca n’a jamais marché… Ca m’est aussi arrivé de me faire vomir… juste apres le repas, ou dans la douche, je buvais l’eau chaude, pour evacuer plus facilement…

Et puis, le rejet des gens par rapport a mon etat de santé. A l’heure actuelle, je me dis j’aurais peut etre préfére rester enveloppee (j’aime pas le mot obese, grosse, ils sont péjoratifs pour moi) que d’etre malade…
Du mal a avoir un emploi stable, du mal a avoir une relation stable… Il y a des choses qui m’ont ete dites, on ne se serait jamais permises de les dire si je n’avais ete qu’enveloppee… on les aurait pensees, c’est tout…

Mais avoir a mettre en doute ses competences professionnelles, entendre des insanités sur son compte sur le plan professionnel (et des petits ennuis juridiques du coup), et entendre quelqu’un dire « je ne sortirais jamais avec elle, t’as vu comme elle est handicapee » sur le plan personnel, s’en sortir apres une TS ratée et une dépression… des fois c’est dur, mais je m’en suis a peu pres bien sortie.

Bilan : Mon ventre, il est pas parfait, mais je l’aurais dont autant s’y faire. Mon epilepsie, je ne l’accepte toujours pas, meme apres autant d’annees. Cependant, j’ai demandé la réduction de mon traitement, et je me sens beaucoup mieux (j’avais des troubles de la concentration, des troubles de l’elocution, et des pensées parfois desordonnées). J’ai l’impression que ca s’arrange, et je me sens moins mal foutue…
Et je me suis réorientée vers un autre secteur de travail.

Un genou et 13 centimètres de tibia en moins

Novembre 2011. Ça y est, c’est fait. J’ai 36 ans, un genou et 13 centimètres de tibia en moins.

 

Mon corps a été malmené, ouvert, recousu, trituré, agrafé, découpé, remanié, à plusieurs reprises. Ma jambe a hébergé des fragments d’os de mon propre bassin et de ceux de donneurs, puis du ciment chirurgical après la première récidive, et enfin cette prothèse en titane. Chaque parcelle de mon corps a gardé en mémoire le moindre acte chirurgical, les piqûres, les réveils chaotiques d’anesthésies générales, les hallucinations causées par la morphine, les différents degrés de douleur. Je n’arrive aujourd’hui plus à supporter que l’on m’enlève une agrafe sans me mettre à pleurer. Trop-plein.

 

Alors maintenant, il me faut mettre de côté toutes les complications possibles, les métastases, l’infection, l’amputation, et les opérations encore à venir. Essayer de toutes mes forces de mobiliser mon pied, en partie paralysé suite à la dernière opération. Savourer la victoire de le voir enfin bouger d’un millimètre, et recommencer, tous les jours. Avancer en évitant d’anticiper, procéder étape par étape, patienter, parce que je dois encore rester immobilisée pendant de longs mois. M’approprier ce nouveau corps qui est désormais le mien.

 

Mais avant tout, je profite. Différemment, avec une mobilité très réduite, mais je savoure tous les moments de bonheur qui s’offrent à moi. Je suis en vie, et mon corps, qui ne cesse de fabriquer des cellules cancéreuses depuis une vingtaine d’années, a tout de même été capable de mettre au monde trois magnifiques bébés.

 

Je ne pourrai pas accompagner les premiers pas de ma fille, mais ma résolution pour cette nouvelle année est de réussir à marcher. Avant 2013. C’est ambitieux mais je sais que je suis capable d’y arriver.

Moi et mes prothèses PIP

En janvier 2002, lasse d’attendre de me sentir « finie » en tant que femme, je me suis fait refaire la poitrine qui était jusque là inexistante (ou presque !).

Une poitrine de taille normale et qui pourrait durer à vie selon les dire de mon chirurgien qui m’affirmait utiliser les meilleurs produits du marché.

Je suis donc passée raisonnablement d’un petit 85A à un 90B.

Fini les rembourages dans le soutien gorge ! A moi les jolis décolletés !

Rapidement cette poitrine est devenue la mienne, au point d’en oublier rapidement « l’ancienne ».

Les années ont passées, la vie a continué et j’ai eu 2 beaux enfants avec lesquels j’ai pu vivre 2 beaux allaitements harmonieux de 11 et 15 mois.

Ma poitrine en a perdu un peu de tonicité mais rien de dramatique ! Je voulais une poitrine, pas forcement un poitrine parfaite…

Tout allait bien finalement jusqu’il y a peu, jusqu’à ce qu’on me parle des fameuses prothèses PIP défectueuses et que j’apprenne que j’étais concernée.

Lundi dernier, j’ai fait en sorte de savoir si mes prothèses étaient intactes ou non en allant faire une mamographie et une échographie.

Le verdict est tombé: rupture de la prothèse droite et celle de gauche est très altérée.

J’attends que mon chirurgien me rappelle afin qu’on fixe un rendez vous pour retirer « ses bombes », j’ai peur pour ma santé et pour celle de mes enfants qui ont été allaités.

Je me sens coupable de m’être infligé ça pour des raisons esthétiques et je me sens trahie par ce corps que j’avais si bien adopté…

Christelle