Une question d’équilibre ?

globalité-équilibre

Il y a mon corps.
Et puis la perception que j’en ai.
Et puis le rapport que j’entretiens avec lui.

Je me le demande, parfois : tout ceci m’appartient-il ?
Vraiment ?

« Le corps est la prison de l’âme. »
Le corps donc ne compte pas ?

« Une femme doit être mince, jeune, belle. (Mais surtout mince). »
La femme n’est donc qu’apparence ?

« Sois dans la norme, et je t’aimerai. »
Il faut donc se conformer aux… « il faut » ?

Tributaire d’un « héritage corporel » historique, sociétal et familial, conditionnée par tant de messages contradictoires et perméable à ceux-ci, puis-je vraiment affirmer que mon corps m’appartient ?
Aujourd’hui, je me pose la question. Et la réponse est : non.

Lorsque j’étais enfant, mon corps n’était pas un problème. Lui et moi ne faisions qu’un, en toute simplicité.
C’est vers onze ans – débuts et prémisses de la puberté ; premiers complexes – que tout s’est compliqué. Détraqué.
Soudain, mon corps n’était plus moi.
Soudain, mon corps n’était plus sujet, mais « objet intellectualisé » : étudié, observé, critiqué, calomnié, insulté. Haï. Et parfois même nié. (« Ah oui, j’ai un corps. », pouvais-je parfois penser en sursautant de surprise à la vue de mon reflet dans un miroir.)
C’est qu’à la loterie de la génétique, ma famille et la société me firent comprendre que j’avais perdu. De peu, mais perdu. Pas de chance. Petite et ronde, légèrement a/normale, ne me restait donc – selon les messages incorporés – que l’esprit, l’intelligence pour exister. Mon corps, lui qui n’était pas tel qu’il aurait dû être, lui qui n’était pas tel que je le voulais et le rêvais (c’est-à-dire éthéré), devint « cet autre« . Et le dragon (trouble alimentaire, hyperphagie boulimique : un arbre cachant la forêt, forêt constituée d’un problème psychologique plus global) acheva de tout à fait nous séparer, déclencha la guerre.

Il doit y avoir environ trois ans, après une dizaine d’années de violents combats, mon corps et moi avons conclu une trêve. Fragile, délicate. Château de cartes.
Alors, depuis maintenant un an environ, j’essaie de trouver des solutions pour tout à fait nous réconcilier, lui et moi ; signer enfin le traité de paix.
Et c’est, à vrai dire, pour vous parler de cela que j’avais initialement pris le clavier pour écrire ce texte déjà long.

(C’est drôle. J’avais précédemment écrit deux textes pour ce blog. Deux textes que je n’ai finalement pas envoyés mais que j’ai relus, et qui m’ont permis de constater ce qui, dans mon rapport au corps, a évolué, et ce qui au contraire n’a pas changé.)

Non, mon corps aujourd’hui ne m’appartient pas, bien qu’au fil des ans je me sois un peu affranchie de ces héritages encombrants. Oui, même si j’ai fait le deuil de mon corps rêvé, que je ne hais plus le mien et que j’aime finalement assez l’habiller, je suis toujours très complexée. (Peau d’orange, grosses fesses, cuisses larges et épaisses, genoux gras, ventre flasque, bras pendants, et – pire du pire, cauchemar – bourrelets dorsaux : autant de défauts que je pointe dans le miroir.) Et une question, une grande question en tête : en fait, pourquoi maigrir ?
Au cœur de l’adolescence, la réponse était évidente : être mince rendrait ma vie meilleure et je pourrais enfin être heureuse. Mais aujourd’hui, épanouie dans ma vie amoureuse, amicale, sociale, professionnelle, étudiante ; pleine d’envies, d’aspirations, d’ambitions ; bref, aujourd’hui plutôt heureuse, pourquoi vouloir maigrir (au-delà de raisons de santé et de garde-robe)?

Longtemps, j’ai reproché à mon corps de ne pas me ressembler, d’être même mon opposé. Mais il y a quelques mois, j’ai commencé à sérieusement douter de cette impression.
Non, mon corps ne me plaît pas tellement et n’est pas celui dont je rêvais, mais… puis-je vraiment affirmer qu’il ne me ressemble pas ? Je n’ai pas choisit ma morphologie et mes prédispositions génétiques au surpoids, mais dans la marge qui reste (ce qui dépend de moi), mon corps n’est-il pas, bien malgré moi, une vitrine assez fidèle de celle que j’ai été et suis toujours, soit une jeune femme psychologiquement fragile ? L’état actuel de mon corps n’est-il pas, finalement, le résultat – un signe visible et implacable – des conflits intrinsèques qui m’ont tourmentée et me tourmentent encore parfois ?

Peut-être est-elle là, cette solution que je recherche. Peut-être faut-il que je cesse de me percevoir comme un être fait de deux parties, l’une intellectuelle, l’autre corporelle, et de réfléchir en terme d’(in)adéquation entre l’une et l’autre. Puisque de plus en plus, au quotidien, je sens que ces deux parties sont en fait intimement liées, imbriquées, qu’elles s’influencent mutuellement, peut-être faut-il que je me voie comme une globalité.
Alors… si, plutôt que d’agir sur l’une ou sur l’autre de ces parties (corps ou tête), j’essayais d’agir sur… l’ensemble ? Si, désormais, je me concentrais sur… l’équilibre de ce « tout » que je suis ? Que se passerait-il ? Pourrais-je enfin dire « oui, mon corps m’appartient, lui et moi ne faisons plus qu’un. » ?

L’équilibre. (Aequus, égal et libra, balance.)
Oui.
Peut-être est-ce là un bon (et nouveau) point de départ.

Mademoiselle Personne

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Mon ventre, ce gouffre à sentiments

ventre

Je ne suis pas bien vieille et pourtant, je me fais l’effet d’avoir une centaine d’années. Alors, pour annihiler cette impression de douleur cumulée et de mort imminente, je renvoie l’image de l’enfant que je n’ai presque jamais été. Car, si je me mets à réfléchir en adulte, que je suis, je ne peux faire face à mon passé, mes manques, mes pulsions…

Enfant, j’ai souffert de l’abandon, puis plus tard, j’ai essuyé trois viols dont une tournante. À cette occasion, j’ai dû sortir « vivante » d’une benne à ordure… À l’heure actuelle, mon corps est mon pire ennemi. Soit je l’ignore royalement, soit je le combats, le martyrise jusqu’à ce qu’il hurle d’horreur et de douleur.
Quand je me vois dans un miroir ou sur une photo, l’incapacité à me reconnaître me laisse perplexe. Parfois, bien maquillée et habillée je puis me trouver jolie, mais cette pensée est vite balayée par la jalousie : je voudrais être cette fille, c’est injuste que je ne puisse pas ressembler à « ça » ! Mon corps et ma tête ne sont jamais accordés. Quand je prends du poids, je me rends compte que je grossis. Ça me gêne, mais, ce n’est pas dramatique. Lorsque je perds du poids et que je me retrouve avec un corps plus proche de mes attentes, quelque chose chute dans ma tête. Je me trouve affreuse, débordante de graisse. Mon ventre devient difforme. Je me dégoûte… Je m’affame alors pendant des semaines, à raison d’une cuillère à soupe de riz, ou un quart de pomme. L’envie de me déchirer, à coups d’ongle et de dents vengeresses, l’intérieur des bras devient viscéral. Puis, c’est là qu’interviennent les hommes…

Mon rapport aux hommes est, au final, assez conflictuel lui aussi. Je ne suis pas devenue hargneuse ou peureuse après les viols. Mais, j’ai développé un besoin envers eux. Je ne me sens exister qu’à travers la sexualité… Au début les hommes ont donné de la valeur à mon corps à travers les billets de banque. J’ai enduré divers mépris et horreurs uniquement pour avoir ses billets, preuve irréfutable de mon existence et de mon intérêt auprès d’eux. Mais, aussi pour avoir la satisfaction de m’en être sorti « vivante ». Le jeu de la roulette russe : tant pis pour moi si… J’ai arrêté avec beaucoup de difficulté et me suis « contenté » des compliments de l’homme qui partageait ma vie. Malheureusement cela sert uniquement pour pouvoir accepter vaguement de cohabiter avec ce corps embarrassant. Et très vite l’idée que, de toute façon, cet homme est aveuglé par son amour et donc, n’est ni fiable ni objectif s’impose irrémédiablement.
Et là, c’est le retour à la case départ d’un besoin de regard pour me sentir vivre. Vivre à travers les compliments des autres, vivre à travers leurs désirs que je ne partage pas mais auquel je me soumets pour, enfin, trouver une explication à mon existence. Avec cette sensation tenace et irrémédiable que, je ne suis intéressante qu’à l’horizontale.

Je voudrais simplement arriver, un jour, à faire connaissance avec moi-même…
Bulle d’Acide

En attendant, je dois vivre avec…

vivre
J’ai découvert ce blog en regardant Les Maternelles…j’ai été intriguée, je suis allée voir..Je n’ai pas été déçue, ce blog est superbe..très belle idée. Je me suis sentie petite à coté de certaines..à coté de leurs témoignages émouvants, poignants.

Mon histoire, elle est simple, elle a commencé vers mes 3 ans, quand j’ai commencé à être malade comme tous les gosses, des rhino, des otites…une hospitalisation en urgence, on m’a opéré des amygdales à vif, sans anesthésie. Une douleur horrible (oui mais non Madame, les enfants n’ont pas toutes les connections, un enfant ne souffre pas…a-t-on dit à ma mère en lui demandant de sortir de la pièce). Sauf que voilà, j’ai arrêté de manger. Et la principale préoccupation de mes parents fut alors : la faire manger, pour qu’elle tienne le choc quand elle est malade !! et là, on imagine la pression…j’étais pas vieille, j’ai peu de souvenir de cet age sauf le fameux « mannnngeeeeee »….

Dans la famille, c’était THE sujet de dispute permanente, la gamine ne mange pas, comment faire pour qu’elle mange ? pourquoi elle mange pas ? personne n’a jamais prononcé le mot car tout le monde l’ignorait : anorexie infantile…un truc de fou !!!

Les années se sont succédées, je mangeais pas mieux. J’étais pourtant pas spécialement mince. A la cantine, j’ai vécu le pire comme le fourrage de tomates dans la bouche. j’ai pas pu les avaler, je ne le peux toujours pas, à presque 40 ans…merci madame la cantinière ! A la maison, j’ai pris des beignes, des engueulades, des punitions…rien n’y faisait.

Et puis un jour, la vapeur s’est renversée. J’ai commencé à aimer le sucré, et a grossir. Et là bizarrement personne n’a rien vu. D’ailleurs quand on regarde les photos de mes 9 ans, personne ne voit mon petit ventre naissant, mes hanches qui s’arrondissent, personne, surtout pas mes parents, mais moi, si, je les vois…

Dans l’année de mes 14 ans, je vis dans un bled pourri de la banlieue parisienne. Je fais de la danse, ma grande passion depuis que j’ai 6 ans. Je sais depuis longtemps que j’en ferai pas mon métier, on me l’a dit dès le début : j’ai pas le profil, je suis trop petite…et maintenant à 14 ans et 10 kg de pris en 6 mois, on me le répète assez, dans cette école qui forme notamment les petits rats de l’opéra. Je me vois bien dans la glace : mon ventre, mes fesses, mes seins…tout est gros, tout me parait gros, tout est moche. j’ai 14 ans, je fais 1m56 et je pèse 62 kg….et pourtant j’entends toujours l’hypocrisie de ma mère « mais non t’es pas grooossseee » et la méchanceté de ma famille « grosse minette » qu’on m’appelle.

J’ai 18 ans tout juste quand je rencontre mon mari. 1m 59 et 57 kg. C’est pas mal, enfin maintenant je dis cela, mais à l’époque je me trouvais tout juste regardable (euh ce serait mon kiff en ce moment !!!). je m’habille comme un sac, mes parents n’ont pas d’argent pour m’offrir de jolis vêtements, je bosse les mercredis, vacances pour arrondir les mois..mais c’est pas pour cela que je m’achète de fringue parce : je suis grosse !!!

et on s’installe ensemble avec mon amoureux, je prend direct plusieurs kilos, car je suis partie de chez moi à 20 ans sans savoir faire cuire un oeuf !! on achète des plats tout prêt, je bouffe pour combler des manques (seule loin de mes parents et sans le téléphone)…quand mon futur époux me demande en mariage, je pèse 64 kg…je réalise qu’à ce point, je n’aurai jamais la robe de mariée de mes rêves. Je vois un nutritionniste et en un an, je pèse 56 kilos….dans ma tête, rien à changer. je ne vois que ce ventre, ces kilos qui n’existent plus…et qui sont pourtant toujours là dans ma tête, je les vois dans la glace aussi d’ailleurs !!

essayage de ma robe, avec mes parents. en entrant dans la boutique, elle m’a tapé dans l’oeil, cette robe de mes rêves. Je la chasse de mon esprit, elle n’est pas pour moi, et comme j’y rentrerai hein ????? j’en essaie une : je commence à ne plus comprendre ce que je vois dans la glace, d’autant que la vendeuse m’a rajouté pleins d’aiguilles dans le dos, elle est trop grande….j’en essaie une autre, elle est belle…wahou…je me reconnais à peine….et puis il y la robe dans la vitrine..je peux l’essayer, je suppose qu’elle n’est pas à ma taille, mais elle est si jolie !!!!

et quand je la passe….ben elle me va comme un gant !!! la vendeuse me précise que c’est un 38…et qu’il va falloir une ou deux retouches, le jupon tourne et le laçage est déjà serré complètement…..je me regarde, je ne réalise pas. à coté de moi, une nana pleure dans la cabine. quand elle passe devant moi, les yeux rougis, elle dit à sa mère « si j’étais pas si grosse, j’aurai une belle robe comme cette fille »….le choc..une personne vient de dire que j’étais mince ! on ne me l’a jamais dit !! je suis mince ????

le mariage arrive…ça fait 6 mois que je vis avec ma balance !! trop la trouille de grossir. Je pars chez mes parents une semaine avant le mariage avec ma balance sous le bras !!! pas confiance dans une autre balance !! et le comble, je me suis pesée le jour du mariage !! oui j’ai osé !! 54.5 !!!54.5 !!! punaise ma robe est trop grande !!!!! mon futur mari manque de faire une syncope en me voyant…mais moi je me suis vue qu’en morceau depuis le matin, je ne sais pas ce que donne l’ensemble.

je me croise dans la glace de la mairie…je ne me reconnais pas, je ne sais pas qui est cette jeune fille au bras de ce jeune homme : punaise, qu’elle est mince, et belle…punaise c’est moi…..

le premier bébé se présente, à peine mariée, à peine enceinte. J’ai 24 ans, 2 ans de régime derrière moi et ce qui devait arriver arriva : je prend 25 kilos !!! je me sens mal, je refuse les photos…une fois bébé né, je stagne à 62 kg et on enchaine sur une deuxième grossesse, je prend alors 12 kg…toujours aussi mal..peu de photos; j’aime pas mon corps de femme enceinte…quelle nouille…

les années passent, je fais le yoyo…57 kilos après un régime hyperpro, je reste ainsi qq mois, et hop, je reprend tout.

et puis 9 ans après mon deuxième bébé, l’envie du troisième nous prend. Je prend 15 kilos mais jamais de la vie je me suis sentie aussi bien !!!! pleins de photos, de tenues collantes, d’heures à caresser ce ventre que j’aime à la folie..je saurai pas dire pourquoi. ce bébé c’est la conclusion de la fratrie, c’est mon bonheur…mais comment je peux expliquer ce que je ressens pour ce corps quand j’ai tant détesté auparavant ?

et deux ans après sa naissance, je pèse 66 kg. j’arrive pas à maigrir, ce corps me répugne…enfin, ce ventre. les seins, je les aime, ils ont pas trop soufferts et je les accepte avec leurs rondeurs, mes fesses, bon ben ce sont des fesses, mes hanches, elles sont rondes certes…mais mon ventre….il est rond de partout, il fait une boule, on dirait que j’attends un bébé ! je pourrai mm passer aux caisses prioritaires !!!

je fais du sport depuis deux ans, alors mon corps a changé certes. il s’est alourdi de muscles, mais je peux pas accepter ce chiffre : 66 kg…et pourtant je fais tout pour ne pas perdre..sorte d’autodestruction. si je savais pourquoi !! enfin si je sais, mais je veux pas me l’avouer. la nature, oui, elle y est pas pour rien. mais le reste. une sorte de vide, de gouffre que je remplis de gras, de sucres, de chocolat…un cercle vicieux : je m’habille pas, je ne trouve rien, mais quand je fais les boutiques, je veux pas essayer…donc j’achète rien de peur de me trouver moche, mais je suis déjà moche avec ce que j’ai…

ce corps, vous le trouverez sans doute pas si mal. oui, j’ai de la chance, aucune cicatrice, aucune vergeture (oui j’ai une peau incroyable !!)…le fait est que moi, je l’aime pas plus que cela. Je voudrai retrouver au moins mes 60 kg. je vous parle pas des dommages collatéraux, vous voyez de quoi je veux parler, vous savez, le conjoint qui s’approche le soir, et que vous ne savez comment repousser. c’est pas lui qui vous pose un soucis, c’est vous tout court. comment peut on « aimer » quand on ne s’aime pas ???

comment peut on aimer quand enfant on s’est jamais senti aimée ? quand on s’est juste sentie comme « la gamine qui veut faire chier ses parents en ne mangeant rien !!! »…hein ? comment ?

je n’ai pas la réponse.

en attendant, je dois vivre avec…

MINDLESS SELF DESTRUCTION

Une enfance heureuse, des souvenirs de bonheurs à foison avec famille et amis. Aucun viol, accident ou maladie qui justifierait mon état, et malgré tout, je ne vais pas bien. Ou plutôt, je ne vais pas tout court, une erre matérialisée dans un corps d’une belle monstruosité. Un physique à la grandeur de mon intellect. Je n’ai pas de talent ni le courage de certaines qui ont publié sur ce blog, je ne sais pas quoi faire de ma vie et je ne pense pas être capable de rendre heureux ceux qui m’entourent. Mais ce qui me fait le plus mal reste mon enveloppe charnelle. 5 ans de mal être à faire le yoyo, manger plus protéiné ou plus du tout,fumer & se remplir de coca light pour ne pas avoir faim, boulimie passagère mais récurrente, médicaments. Depuis qu’Il est là, je n’ose plus reprendre une lame de rasoir, je ne veux pas de questions ou de critique, je ne veux pas l’inquiéter.

Je me hais. Pour ne pas être heureuse malgré tout ce que j’ai, pour être sans cesse en colère contre un mal qui n’existe pas, pour ne rien faire pour changer tout ça. Je veux arrêter de réfléchir, appuyer sur le bouton off, me faire sauter la cervelle; que ça s’arrête ne serait-ce qu’une journée. En fait, ce corps n’est que le reflet de mon âme et c’est ce qui m’éffraie. Si je dois être saine d’esprit pour m’approprier cette enveloppe, patience sera de rigueur.

Je n’ai donc plus d’exutoire, un jour j’imploserais comme un volcan. En attendant je me hais, me détruisant mentalement lorsque j’ingurgite la moindre calorie et fuyant le miroir qui me jette à la figure ces kilos qui se sont greffés à moi. mon esprit est une balance qui vascille entre espoir et haine. Mais je veux me battre pour enfin m’approprier ce corps, donner un sens à ma vie comme on dit. Pour moi, pour lui, pour vivre.

Lui

Lui c’est ce corps. Je ne dis pas mon corps car ce n’est pas le mien.
J’ai 24 ans. Je ne sais pas vraiment quand ça a commencé. Je dirais dans l’année de mes 20 ans. J’ai un problème avec la nourriture. Je suis capable d’ingérer des quantités de nourritures diverses et variées jusqu’à en avoir mal au ventre. Et puis après je me dégoute. ça me dégoute. Je hais la bouffe, mais elle m’enferme. ça va mieux depuis que je suis installée avec mon ami, mais des fois j’ai des crises. Quand il n’est pas là, la seule chose à laquelle je pense, c’est manger. Bouffer plutôt. et après j’ai honte, j’ai mal au ventre et je me dégoutte encore plus. Je ne pense pas que ce soit de la boulimie car c’est par épisodes, pas régulier et je ne me fais pas vomir. Je n’en ai pris conscience que l’année dernière, quand j’ai dépassé la barre des 70kilos pour 1m62.
Ce corps dans lequel je vis n’est pas le mien. C’est très étrange comme sensation. des fois je me sens bien, puis d’autres fois je me dégoutte. Quand je me vois en photo, ce n’est pas moi. Je ne me ressens pas comme je suis. C’est très étrange encore comme sensation. Ne pas avoir conscience de ce qu’on est. Je ne me vois pas aussi ronde que je suis. Pourtant, le ventre est là, les vergetures, la cellulite, les bourrelets. moi je suis dessous.
Ce corps me fait mal aussi. quand je cours. Quand je monte les escaliers. Pourtant j’essaye de lutter. Je vais à la piscine, je marche. Mais des fois, je craque. Alors je comprends bien qu’il ne peut pas lutter tout seul, mais je n’arrive pas à l’aider comme je voudrais.
Je ne sais pas quoi faire. J’étais allé voir une nutritionniste, mais je n’ai pas continué. J’ai l’impression que rien ne peut changer. des fois je chiale, puis je me dis que c’est de ma faute, que je fais souffrir ce corps qui n’est plus le mien.
Ma plus grande angoisse est que mon homme me quitte. Je sais qu’il m’aime. Mais je ne peut pas imaginer qu’il puisse aimer ce corps.
Alors j’avance avec ce poids qui m’entoure sans savoir comment m’en délester….

Apprendre à m’aimer

Depuis toujours, je me déteste. J’ai l’impression que je suis dans un corps qui n’est pas le miens.

Je me suis toujours trouvé moche, et conne. J’ai toujours eu ce complexe d’infériorité.. Je pourrais croiser une femme « laide » que j’arriverais toujours à dire qu’elle à ça de mieux que moi, et ci, et ça..
J’ai commencé à grossir vers mes 8 ans, à 10 ans j’étais juste un ventre sur patte, une gamine qui n’avait rien pour elle. Je savais que BOUFFER, et en plus, je me trouvais vraiment bête. Jusqu’à 12 ans j’étais une grosse boule, tout ce qui avait de plus banale.
Par la suite j’ai commencé à grandir, je me suis affinée, mon corps n’était plus le même, et pourtant.. J’avais toujours cette image de moi, j’étais toujours la « grosse moche »! . Quand on me disait que j’étais jolie, je ne savais pas si je devais dire merci ou « c’est ça, fout toi de moi! ». Je n’ai jamais pris au sérieux les gens qui pouvait me complimenter. Encore aujourd’hui d’ailleurs. Parce que pour moi les hommes ne sont que des « dalleux » et les femmes des hypocrites.

Par la suite, je suis devenu maman. Avant ça, il me restait que 4 kg à perdre pour rentrer dans la courbe. Dans MA courbe. Je faisais 62kg pour 1m70 et je voulais en faire 58kg. Allez savoir pourquoi? Une fois mon petit amour né, j’avais pris 10kg. Mon corps était juste devenu encore plus dégeulasse qu’avant. Je ne le regardais même plus, enfin si! Uniquement pour en dire des méchancetés. Mes seins tombés, mon ventre était tout flasque, j’avais une tête de « grosse », comme je disais.

A l’heure ou je vous parle, j’ai perdu 15 kg en 2 mois et demi, toute seule, sans l’aide de personne. A vrai dire, avec les années j’ai encaissé pas mal de choses. Entre mes petits copains qui me disaient « Tu serais magnifique, parfaite, si tu avais des kg en moins » .. Merci. Je mesure toujours 1m70, et je fais 57kg. Et vous savez quoi? Je me déteste toujours autant. Bizarrement, mes vergetures ne me dérange pas, mais pas du tout. Elles font désormais parties de moi. Mais ce ventre.. Et ces hanches! Je ne peux toujours pas les voir. Je me vois encore comme avant, avec mes 15kg en plus. Pourtant tout le monde me dit « Arrête de maigrir, tu es bien la! » .. Mais non, je ne suis pas assez bien pour moi. Parce que pour moi, être bien, c’est être mince. Et je ne suis pas mince. Soyons clair, je ne veux pas être maigre, simplement mince.

Je ne sais pas quand je m’arrêterais, quand je m’accepterais enfin. Mais je n’arriverais à aimer personne si je ne m’aime pas moi même..

Mon corps ? Un combat ? Maintenant oui.

Depuis mes 10ans, j’ai toujours eu des complexes, des remarques.. Je faisais 1m40 pour 50kilos..
Puis j’ai grandis, toujours sous les remarques, des coups aussi, mais malgré tout du courage d’avancer, parce que certaines personnes étaient là.
Aujourd’hui, j’ai 15ans, 16 en novembre. Je fais 1m70 pour 90kilos. Il y a 2mois, j’en faisais 101.
D’abord, comment en 6ans j’en suis arrivée là?
Je ne sais par où commencer..
Il y a eu, un lien fusionelle avec ma grande soeur, qui à disparu en l’espace de 4mois suite à son indépendance. Puis un feu.. Plus de maison, là, je quitte l’enfance définitivement.
Entre internat et hotêl, difficile de savoir ou on en est, la nourriture me console.. Tout ce qu’on sait, c’est qu’il faut tant bien que mal avancer.

6mois après ; Une maison de cité ( HLM belge ) .. Croire en la fin des problèmes? Mauvaise idée.
Premier amour ? Découverte aussi de la trahison, et des paris entre amis.
J’ai 13ans, je rencontre un gars, gentil, il a 18ans, mais je suis tellement naive.. C’est repartit sur le chemin de l’amour ? Pas vraiment.
Deux mois après l’avoir rencontré, le pire arrive.. 2 jours après plus de nouvelles, il est avec une autre.
Violée, déçue, malheureuse, et surtout incomprise.. Je me console à nouveau dans la nourriture.
L’attention amoureuse me manque.. Mon moyen? Le sexe.. Mauvaise idée, qui me détruira 8mois plus tard.. Quand je rencontrerais LE gars qui fera battre mon coeur, et qui me fera rêver, je crois, que j’étais amoureuse.
Suite à ça, je me calmerais, et je n’aurais plus aucun rapport sexuel, pendant 1ans et 4mois. Seule, la pensée et la lame sera ma meilleure amie. Parents alcooliques.. Je me laisserais aller, ELLE sera mon alliée.

J’ai 15ans, je fais 98kilos.
Là, je rencontre un garçon, gentil, poli, respectueux.. J’ai changé d’école, je suis plus apaisée… J’ai rencontrée des gens sympas, et même une fille adorable.
Avec ce garçon? Ca durera 6mois.. J’ai appris, le 19 avril 2012 que ma soeur est atteinte d’un cancer. Ca me détruit, ce garçon ne le comprends pas.. Je ferais semblant de rien, longtemps, sur mes sentiments.. Jusqu’au 12mai, lors d’un concert, les verres s’enfilent, les rencontres aussi.. J’embrasserai 3garçons différents et je le quitterais avec soulagement le lendemain.
25mai, je pèse 101 kilos, je rencontre un gars.. Je ressent ce que j’ai ressenti 1ans et demi plus tot.. Il fait battre mon coeur. Par chance c’est réciproque.
Le 5aout, ça dégénère, son père qui est contre notre relation, fout tout en l’air.. Je ressens une douleur commune sauf que cette fois, je n’ai plus faim.
J’ai perdu 6kilos depuis fin juin, en 10jours j’en perderais 4, avec de multiples chutes de tensions et crise d’hypoglycémie.

On est le 12aout, je lui reparle, il me dit m’aimer, et que peut-être avec le temps.. Il me dit je t’aime.. Il est au courant des soucis de nourriture.. Et ce qui me dit m’encourage à me détruire..  » Tu serais ma lapine-up toute fine.. Graw ! » ou encore  » Tu ferais 48kilos? Tu seras ma bombasse, je t’épouse direct.  »
Etant amoureuse, je ferais tout pour lui.. Je ne mange plus rien.. Si j’avale je me dégoute et je vomis. En 3 jours? Je me sens faible, mais lui, il continue a me parler et a me dire de maigrir.. J’ai l’impression que c’est ;  » Tu perds je te reprends, tu grossis? Vas te faire foutre.  » C’est malsain, je le sais.. Mais je ne sais plus rien.. D’autant plus que mon corps ne me réclame plus rien.. Juste la sensation de vide. Je sais, que c’est mauvais, mais quand je mange, mon esprit me tue de remarques.. Il me rends dingue.
Mon esprit mène combat à mon corps, et moi.. Je subis.

Fuyu.