Je ne pourrais jamais vivre dans ton corps

bide
J’ai toujours détesté mes seins. Il faut dire qu’avoir un 90C à l’entrée en 6e, et faire une tête de plus que tout le monde, c’est pas forcément simple pour s’insérer dans la société. Alors j’ai fait du basket, et j’ai trouvé pour un temps ma place…
Mon corps a continué à s’épanouir, encore et encore… Ma tête n’était pas prête du tout! Le regard des hommes… Terrible! Le regard pervers des hommes sur la « petite fille » que j’étais, et que je voulais rester… Certains sont allés plus loin que le regard. A 15 ans, un inconnu m’a fichu la trouille de ma vie en me collant une magistrale main aux fesses… je revis encore cet instant avec stupéfaction 20 ans plus tard… Et mon cœur s’arrête de battre une minute. Et je veux fuir. Et me cacher.
A 16 ans, mon entraineur de basket m’a fait du chantage: soit je couchais avec lui, soit il n’entrainait plus l’équipe l’année suivante… Je crois que je n’ai vraiment pas compris sa proposition. Mon père est mort très tôt, et j’ai vraiment grandi dans l’innocence absolue de ce qu’était un sexe masculin et « le sexe » tout court… j’ai du tilter quelques mois ou années plus tard, quand une des filles de l’équipe m’a rappelé qu’un jour nous avions eu un autre entraineur… Ah oui tiens, il ne m’avait pas dit un truc avant de partir? ‘Tilt’
Je me demande aujourd’hui si ma prise de poids à cette époque n’était pas (aussi) un moyen de me cacher de tous ces regards. « Ne me voyez plus, je suis cachée sous la graisse, je ne suis plus désirable ».
Bref… rien de dramatique au final! J’ai lu des histoires tellement plus graves ici, des viols, des incestes, des femmes battues, des enfants réprimés… Rien de tout cela dans ma petite vie.
Le titre de mon témoignage est une phrase très spontanée lancée par ma mère, me croisant nue dans un couloir de notre appartement, quand j’avais 17 ans… Ma mère-belle-mince-parfaite. Cette phrase résonne encore profondément en moi… surtout depuis que j’ai des enfants. Comment peut-on dire cela à son enfant? Une adolescente de 17 ans pourrait presque entendre  » à ta place, je me suiciderais » Ca ne m’a pas vraiment traversé l’esprit, mais j’ai souffert, ca oui.
Ma mère n’a pas été une mauvaise mère, et je pense qu’elle a voulu déclencher en moi un déclic… La seule chose que je pourrais lui reprocher aujourd’hui, c’est de n’avoir pas envisagé autre chose qu’un manque de volonté. Et aussi d’avoir cru qu’être mince était la seule option possible pour être heureuse dans ce monde.
Et si je n’y pouvais vraiment rien? Et si ca ne me dérangeait pas vraiment, de faire 1m, 74 et 75 kilos? Je ne me trouvais pas si mal. Bien en chair, mais bien proportionnée. Musclée. Et ma paire de seins à elle seule comptait déjà pour 3 kilos dans la balance… si j’avais pu l’enlever…
Malheureusement, cette phrase (et surement d’autres éléments) a déclenché le cercle infernal: honte, régime, perte de poids, reprise rapide, régimes, yoyo, remords, haine de mon corps, haine de moi-même de ne pas être fichue de me maitriser, régime etc..
Encore du très classique. Rien de nouveau sous le soleil
Bilan? Aujourd’hui 20 kilos de plus, deux enfants et une jolie bavette.
Etonnamment, depuis que j’ai eu des enfants, je ne suis plus complexée par mes seins. Je pense que l’allaitement y est pour beaucoup. Mes seins, mes énormes seins, ont nourri mes filles pendant leur première année. Ils ont trouvé là leur fonction, leur essence. Je les ai acceptés. Alors que l’allaitement ne leur a pas rendu service… Et pourtant, ils ne me dérangent plus. Ils font partie de moi.
Mon ventre, ma bavette, c’est une autre histoire… Pourtant, ventre nourricier, ventre-maison de mes deux amours pendant 9 mois… mais non. Ce n’est pas toujours si simple.
J’ai beaucoup lu vos témoignages avant de me décider à poster ici. Vous m’avez beaucoup appris sur nous, les femmes, sur moi-même, en tant que femme. J’ai appris, en vous lisant, et parfois avec stupéfaction, que grosses-grandes-maigres ou menues, nous étions toutes névrosées… à différents degrés bien sûr, et sans forcément de connotation malsaine ou maladive. C’est juste un constat. Et une interrogation: qu’est ce qui dans notre éducation commune à toutes, nous femmes de ce monde, si différentes, a engendré ce même rapport au corps, cette horrible besoin de perfection? Ces désordres mentaux, qui nous font nous voir affreuses, d’où viennent-ils? Suis-je inconsciemment entrain de les reproduire chez mes filles? Angoisse…
Une amie m’a décomplexée un jour en quelques secondes: « certaines femmes pèsent un jour 180 kilos, et quand elles arrivent à ton poids après des mois ou des années d’effort, elles se sentent BELLES » wais, dingue… des femmes vivent dans mon corps et se trouvent belle? Intéressant comme concept.
J’ai compris beaucoup de choses sur moi-même depuis que j’ai des filles. Deux filles. Totalement différentes. Et en particulier, dans leur approche avec la nourriture. La première, toujours affamée, très gourmande, même à la naissance, elle buvait systématiquement plus que de raison, pour régurgiter ensuite le trop plein. Elle hurlait sa faim souvent. Ce besoin n’était jamais mitigé, toujours volume au max. Aujourd’hui à 6 ans, on lui met 10 gâteaux devant elle, elle va les engloutir, et en réclamer deux de plus, et me demander ce qu’on mange au diner, inquiète. Ma seconde, sur 10 gâteaux, elle en mangera deux, croquera dans le troisième, avant de le reposer et d’aller faire autre chose. Bilan: 15 mois d’écart, une fait 17 kilos, l’autre 27… J’ai compris grâce à ma deuxième fille que les réactions de ma première face à la nourriture n’étaient pas des réactions normales. Je ne pouvais m’en rendre compte avant puisque ce que vivait ma grande n’était autre que ma propre expérience.
Mon ainée est mon « clone de bouffe »! Mais? Mais? Dans la mesure où j’ai fait tout mon possible pour ne rien reproduire des erreurs qu’auraient pu faire mes parents… Dans la mesure où j’ai consciemment, sciemment, élevé mes deux enfants de la même façon… Mais? Serait-il possible que ce désordre soit autre que psychologique?
Et si? Et si c’était… génétique?
Soulagement: Et si ce n’était pas ma faute? Ce n’est pas ma faute? Le corps que j’habite est celui que m’a légué la nature, pas celui que j’ai monstrueusement créé?
Libération!
A ce jour, j’ai entamé une psychothérapie. J’ai ouvert la porte du cabinet pour une toute autre raison. Mais fort est de constater que si je veux un jour être bien -heureuse!- dans quelque domaine que ce soit, j’ai une montagne à gravir: m’accepter. Accepter ce corps que j’habite. Plus que cela, apprendre à l’aimer! Moi qui ait passé ma vie à me faire une opinion de moi-même en la cherchant dans le regard des autres, aujourd’hui, je dois me voir avec mes yeux, et m’approprier ce que je suis.
Je n’y suis pas encore. Je grimpe le sentier tout doucement. J’ai appris à ne plus dire « la chose monstrueuse » en parlant de mon corps. J’ai appris à ne plus insulter intérieurement les « grosses », les encourageant à cacher leur gras sous de larges vêtements (comme ceux que m’offraient ma mère?) J’ai appris que même les maigres avaient du ventre. J’ai appris qu’en fait, il est anormal de ne pas avoir de ventre.
Et un tilt: ma mère n’avait réellement pas de ventre. Non, pas un trou béant à cet emplacement, mais un ventre creux, jamais proéminent… Ah! Découverte! C’est donc après cela que je cours depuis des années? Mais quelle absurdité!
J’ai appris à toucher ce ventre. Non non, pas en étalant rapidement du gel douche, par obligation d’hygiène, en le frolant à peine, cerveau en mode déconnecté, pour vite le rincer ensuite, ce ventre, et l’oublier jusqu’à la prochaine douche.
Non, le toucher. Poser mes mains dessus. Ressentir. Palper. Pincer. Caresser.
Je réprime le dégout. Je réprime la honte. C’est à moi. Je n’ai pas honte d’avoir 5 doigts à chaque main, je ne devrais pas avoir honte d’avoir un ventre… Compliqué.
Demain je l’accepterai. Peut-être. Surement. J’espère. Je n’ai pas d’autre choix. Je veux être heureuse et épanouie, et mon ventre est ma montagne à gravir pour y arriver. J’y arriverai. Ensuite on passera aux bras, aux cuisses, au double menton. Mais ce sera plus facile. Et ensuite j’irai mieux.
Je sais aussi pourquoi je l’ai tant fait grossir, ce ventre. Ce ventre vide. Vide d’un 3e enfant que je désire tant. Moi qui suis tellement épanouie enceinte. Moi dont la faim insatiable et permanente disparait enceinte. Ne lisez pas ici que je désire un enfant pour les 9 mois de plénitude qui m’attendent. Ce n’est pas ce que j’ai dit. Mes deux merveilles sont la plus grande réussite de ma vie. Mon cœur brule du désir de voir grandir et d’accompagner un jour un 3e merveilleux petit être conçu dans mes entrailles.
Mais enceinte, c’est le seul moment de ma vie ou j’ai une relation saine avec la bouffe. Pas d’envies de sucré ou de salé. Pas de frustration devant un plat de légume. Parfois même, je m’arrête de manger avant d’avoir fini mon assiette. Relisez bien la dernière phrase: oui c’est dingue: je n’ai PLUS faim! Enceinte seulement. Et quelques jours après l’accouchement, je pèse moins qu’avant la conception. Mes démons me rattrapent bien vite ensuite. Mais encore une preuve, si il en faut, que mes « désordres » ne sont pas uniquement psychologiques. Quand la physiologie de mon corps est différente, ma relation avec la bouffe change. En mode « normal » j’ai faim. Tout le temps. Et j’ai peur d’avoir faim. Et je mange pour ne pas avoir faim…
Peut-être bien que je n’y peux rien.
Je ne suis pas coupable!
Et merde, j’y vivais plutôt bien dans ce corps, avant que tu le détestes, maman.

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Mon enfer quotidien

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Obèse, 115kg pour 1m61, je suis obèse, difficile a dire, difficile a accepter, difficile a s’aimer…. Je me hais, je hais tout en moi, mes bras, mes jambes, mes énormes cuisses, mes hanches et ce ventre mon dieu ce ventre… Je me hais…. lors de ma quête du corps parfait j’ai testé tous ces régimes prometteurs de kilo en moins, ces médicaments qui vous filent la diarrhée et vous rendent malade….. 10kg de perdu 15 de repris….. La pilule aussi chaque changement ou reprise + 10 kg…….
Puis j’ai eu un entretient psy, je n’ai pas réussi à continuer, trop de choses sont remonté, trop de choses ont était remuer…. J’ai eu mes 2 enfants, 2 grossesses merveilleuses et qui plus et avec une énormes perte de poids 15kg pour le premier et 25kg pour mon second…. Malheureusement tous repris ou en tout cas en grande partie ! Je me hais…..

Je me sens être un «poids » et une honte pour ma famille, pour mes enfants.
Et LUI quand est ce qu’il se rendra compte du monstre que je suis devenue, quand est ce qu’il va ouvrir les yeux et se demander qu’est ce qu’il fou avec une erreur de la nature comme moi…. Quand ?
Ce regard de pitié aussi de ma mère qui se demande toujours ce qu’elle a pu louper alors que sa 2e est fine et magnifique et sportive et……..etc. Mes beaux parents qui me regardent et se demandent aussi pourquoi ? Leur fils vaut mieux que CA non ?!

Toutes ces copines qui se marrent de tout ce que je peux leurs raconter concernant mes soucis, grâces a « l’autodérision » … Oui oui faut pas croire qu’une grosse qui se fou du fait qu’elle soit grosse est une grosse bien dans sa peau…. non loin de la ! C’est une grosse meurtrie, qui en as tellement pris dans la tronche…. des boudins, ta vu ta gueule, grosse vache, tu fais des éclipses…Etc.
Les crachats que l’ont subit enfants, les insultes, les insinuations plus que douteuses sur notre existence….
bref je me hais…..

J’aimerais disparaitre et cette envie de disparaitre et accentué lorsque vient aussi le moment fatal de devoir s’habiller, s’acheter des vêtements, mettre des chaussures…. une paire de botte ? NON pas pour les grosses… Les vitrines de magasins qui affichent : « rassurez vous on va jusqu’au 42 » youhouuu je fais du 52 !
Ou celles qui n’affichent rien mais dont les vendeuses vous regardent d’un air mitiger entre la pitié, la moquerie et le dégoût ! Et quand de temps en temps y en as une qui se croit forte et qui vous balance « si c’est pour vous vous trouverez rien chez nous désolé ! »

Je me hais… Je LE hais……

Ceci est mon corps, qui est pour vous

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 « Ceci est mon corps,qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi ». Ou plutôt,faites cela en mémoire de mon ancien moi.
J’ai longtemps cru que ce corps, cette enveloppe charnelle, cet amas de graisse, ce n’était pas le mien. Mon esprit ne méritait pas ce corps,il ne me correspondait pas. D’ailleurs je parlais de Lui en tant qu’image….Ce n’était pas MON corps, mais mon image…
J’ai longtemps cru que ces maudits kilos, que cette masse immonde était le problème de mon mal être…mon manque de confiance en moi,ce dégoût de moi, ce rejet de CE corps… Je n’avais plus qu’une seule idée en tête : me débarrasser de ces bourrelets encombrants accumulés au cours de mon existence.
J’ai longtemps cru que si j’étais grosse, c’est parce que c’était ma morphologie, ma malbouffe…Mais quelle malbouffe????? Je me privais de tout…D’ailleurs oui, de tout. Bouffe….Loisirs…Plaisir…Amitie…Amour….
J’ai longtemps cru que tout ça, c’était de ma faute. Ma vie n’est que restriction,culpabilité. Et quand je dévie du droit chemin, je me punis.
J’ai longtemps cru que priver mon corps de bouffer allait le faire maigrir. Grossière erreur. Vient mon frigo, vient que je te vide!!!!!! C’est là que la culpabilité arrive….Cercle vicieux. Vient connard de corps. Vient que je te frappe, que je martèle ce ventre de coups de poings. …Vient abruti d’estomac que je te remplisse à nouveau. Tu as voulu bouffer,ben tiens, bouffe!!!!!!!
J’ai longtemps cru que j’allais finir ma vie ainsi. Triste, pas épanouie, grosse et moche….Parce qu’il va de soi qu’une grosse, c’est moche. Et puis une grosse,c’est pas féminin. C’est vulgaire la féminité chez les grosses.
Et puis j’ai arrêté de croire. J’ai commencé à entrevoir…à comprendre. ..à espérer…Je sais ENFIN que ces kilos, je les porte comme Jésus a porté sa croix. C’est la croix de ma culpabilité, la croix de ma honte.
Aujourd’hui j’ai compris qu’il fallait que je me débarrasse de ma culpabilité pour voir ces kilos s’envoler. C’est mon chemin de croix avant ma résurrection.
Viendra le jour où je serais vivante et ce jour là, je serais libre. Libre de vivre sans culpabiliser.

La vérité sort de la bouche des enfants

vérité
J’ai 31 ans, et mon poids, depuis dix ans maintenant, oscille entre 52 et 82 kilos, au gré de mon humeur. Je me suis habituée à ces rondeurs, et je les prends bien : je ne me sens pas tellement complexée, et je ne déteste pas, lorsque je vais aller à la plage, porter des bikinis, mon principal argument quand on me demande si ça ne me gêne pas que mon ventre soit visible étant « Celui qui n’est pas content, qu’il regarde ailleurs ! »
Je ne déplais pas aux hommes, ça aide. J’ai peut-être un petit quelque chose, je ne sais pas. On me drague dans la rue. Et, si depuis trois ans je partage mon quotidien avec le même homme, avant ça, je n’ai jamais manqué d’amoureux, et j’ai même eu une vie plus que légère à un moment donné, et ce quel que soit mon poids. Je pense que les hommes aiment les femmes rondes, quoi qu’ils en disent, et puis c’est tout…
J’ai essayé des régimes, c’est vrai. Histoire de pouvoir m’habiller comme je le voudrais, parce que je suis un peu coquette, et pour avoir la possibilité de porter des talons hauts sans risquer de me péter un genou à chaque pas. Pour des questions esthétiques plus que psychologiques, donc. Mais je n’ai jamais réussi, tout simplement parce que j’aime trop manger, et que me priver de nourriture revient pour moi à me priver de vie.
Donc, tout allait bien.
Jusqu’à… hier, en fait.
Hier, je vais aider une amie enceinte et déjà Maman de deux adorables monstres à monter une armoire, avec mon compagnon et un autre ami. Je cherche du matériel avant de commencer, accompagnée du petit dernier, que je n’ai vu que deux ou trois fois et qui n’a pas sa langue dans sa poche. Je ne sais même pas quel âge il a, mais vu que sa tête arrive au milieu de ma cuisse quand il est debout, et que je mesure 1m58, je ne pense pas qu’il doive avoir plus de 3 ans.
Je cherche une feuille de papier, et il gigote dans mes pattes en me tournant autour, en chantant et en riant, et je me marre avec lui. Et tout à coup, il se jette contre moi, tend sa petite main vers moi, sur la pointe des pieds, et appuie sur mon ventre en me disant, avec un grand sourire : « T’as quoi dans ton ventre ? »
Moment de stupeur…
Je le regarde, complètement paniquée. D’un côté, des milliers de réponses rigolotes pour enfants me viennent à l’esprit, et je m’apprête à lui répondre « Des pâtes, du chocolat, et du nougat… » ou un truc du genre, mais au même instant la vérité me frappe, et je lui réponds la vérité :  » Rien. »
Il rit franchement, et me dit, sans porter de jugement ni se moquer : « Ah, c’est juste ton bidon, alors ? » et court cherche son une paire de ciseaux pour m’aider à découper des étiquettes, sans plus penser à rien d’autre qu’à aider les grands à faire du bricolage.
Seulement voilà, moi, je reste plantée au milieu du salon, avec les larmes aux yeux…
J’avais bien conscience d’un désir d’enfant, avant ça, quand même, je ne suis pas stupide. Nous en avons parlé, avec mon compagnon, mais il dit que ça n’est pas le moment, que nos situations financières ne sont pas stables, et qu’il attend de voir si ça fonctionne vraiment entre nous, parce que nous avons eu des moments difficiles dont nous nous remettons lentement…
Mais de là à penser que je remplis mon ventre avec, justement, des pâtes du chocolat et du nougat, pour me donner inconsciemment l’illusion que je porte en moi autre chose que seulement moi, et donc du vide ? J’avoue que je n’en étais pas là.
Merci Naïm. Tu ne le sauras probablement jamais, et je n’ai pas encore pris de décision définitive, mais il se pourrait bien que tu sois à l’origine d’un déclic.
Il se pourrait bien, oui, que ta naïve logique d’enfant me permette de perdre ces kilos en trop si révélateurs, ou bien de quitter enfin cet homme qui retarde depuis trois ans le moment de féconder le ventre que je lui offre…

Le contrôle

contrôle

 J’ai l’impression que toute ma vie est régie par ce mot. Il y a deux semaines je croyais que je m’en étais sortie (encore) mais non. Je me suis remise à manger, trop, mal, n’importe quoi . De toute façon si mon assiette contient plus que ce que peut contenir une assiette à dessert j’estime que c’est trop.
Je me pèse tous les jours, voir plusieurs fois par jour.

Je déteste manger si il y a plus d’une personne avec moi dans la pièce.. Voir je ne mange pas du tout. Je panique à la vue d’une grande table quand je sais que je vais devoir m’y asseoir Je mange du bout des lèvres et je me saoule pour oublier que je suis là assise et que tout le monde me regarde… Enfin, je sais bien que personne ne me regarde en fait.. mais si quelqu’un pose les yeux sur moi j’ai juste envie de mourir.

Je déteste mon ventre.. Je déteste mes gros seins qui pendouillent comme si j’avais 50 ans… J’aime qu’ils soient gros mais pas qu’ils pendent comme des vieux gants de toilette. Mes cuisses d’obèse mes fesses pleine de cellulite alors que j’ai 21 ans…
Mais le pire c’est ma bouée… Ce gros truc qui m’entoure et qui est invisible aux autres… Est-ce qu’ils sont aveugles??Moi je vois bien dans le miroir que je suis fat oui je dit fat et pas grosse parce que fat c’est moche ça évoque un gros burger tout gras des frittes qui dégoulinent d’huile. Quelque chose qui vous dégoûte..comme moi.

D’aussi loin que je me souvienne je me suis trouvée grosse.. Je suis devenue hyperphagique (il parait que ça s’appelle comme ça) à 12 ans parce qu’on me martyrisait à l’école parce que mes parents divorçaient et que du coup j’étais seule à la maison à devoir m’occuper de mes petits frères jour et nuit pendant des jours.. Alors je mangeait parce que j’avais faim. Tout le temps. Il fallait que je comble un vide que je ne voulais pas admettre. Il fallait que je sente ce sentiment de chaleur quand j’enfournait des tranches de lards grillé dans ma bouche, que je souris en mangeant des frittes devant la TV cachée dans ma chambre. Je me souviens je terminais les cours à 15h30 et mon objectif était de monter un maximum de nourriture et de l’enfiler en un minimum de temps avant que ma mère ne rentre. Puis supprimer les preuves. Dissimuler mais ne jeter que petit à petit pour ne pas éveiller les soupçons.

Alors bon une telle attitude ne rapporte qu’une seule chose: 23 kg en 10 mois…Puis d’autre et d’autre et on atteint 90kg pour 1m55 Et puis un régime qu’on appellera « ré équilibration alimentaire » parce que « c’est pas vraiment un régime tu apprends juste à manger » et pouf les kilos qui s’envolent je fais 64 kg pour 1m65 ben oui j’ai grandit aussi)c’est pas trop mal je m’aime assez je suis pas trop horrible.. Puis arrive la fac et les kilos encore et les régimes encore et je reperds et je me sens bien mais voilà je ne supporte plus de manger. Aujourd’hui je suis seule je viens de m’enfiler la moitié de mes réserves je pesais 62.4 kg ce matin maintenant je dois être montée à 66.. Je me déteste Je déteste craquer comme ça je suis faible… Pourtant dans 4 kg je serais au poids dont je rêvais quand j’avais 12 ans et que je n’ai jamais atteint…
Je dois y arriver ..mais voilà je culpabilise quand je mange, et je culpabilise de penser ça. Je voudrais manger mais en même temps je trouve que c’est mal. Après tout si j’ai des réserves de gras elles sont là pour partir… ET puis je pourrais peut-être perdre un peu plus descendre à 55kg pour voir….peut-être même un peu plus bas… Si je suis montée dans la case obésité j’aimerais bien savoir ce que ça fait de descendre dans la case maigreur…non non je ne devrais pas penser à ça je sais…
Je devrais me faire soigner…
J’en peut plus…je panique dans les restaurants bondés. Je déteste noël et mon anniversaire et le nouvel an encore plus. Si j’ai un rendez-vous galant je ne mange presque pas pendant les trois jours qui précédent et pas du tout le jour même comme ça je me trouve potable. Je ne suis pas trop dégueulasse… Un peu quand même mais je crois que lui ne le vois pas et puis je me rentre tellement le ventre que j’a l’air normale. Oui je me rentre toujours le ventre dès que je me lève dès que quelqu’un me regarde, dès que je pense à manger.
Aujourd’hui j’ai tellement mangé…mercredi j’ai un rendez-vous..je ne vais pas manger d’ici là comme ça je me sentirais un peu mieux… Et suis dans les bras de ce gars je me sentirais bien je me dirais que je n’ai pas besoin de perdre après tout tout le monde me dit que je suis mince….Et puis dans deux semaines je recommencerait… Je commence même à trouver les filles de la TV grosses…Je commence à lorgner sur les mannequins et les ana… Je me fais peur et je ne sais pas si je me monte là tête ou si noël prochain je le passerais en psychiatrie entourée d’ana en me disant que je suis trop grosse alors qu’il sera évident que je suis bien trop maigre…Mais je ne suis pas maigre là je suis grosse…?Je ne sais pas..je sais que le miroir ne me rends pas la bonne image de moi tout le monde me le dit. Mais je le vois pas ce corps que tout le monde voit , c’est pas moi dedans… Je suis perdue…Comment moi je peut avoir l’impression de faire 105 de tour de taille quand j’en fait 71? (oui je me mesure 4 fois par jour puisque je ne peut pas vérifier dans le miroir)
Je suis fatiguée.

Mais voilà, mon corps je le hais

corps
« Je suis bien dans ma peau, elle est juste à me taille », voilà ce que j’aimerais pouvoir dire, chanter à tue tête, le crier à qui veut l’entendre, mais voilà, mon corp je le hais, j’aimerais pouvoir m’effacer et me re-dessiner, prendre un moule et m’y loger pour ressembler aux autres, à celle que je croise tout les jours, si mince, si belle, si heureuse.

Pourtant je sais que quand on me croise certaines pourraient penser de même que moi, mais pour moi je suis difforme, anormale, trop grosse, trop petite, trop bananle, trop imparfaite …
1 mêtre 67 pour (à vue de nez, la pesée me fait peur) 54 kg, mais le miroir me renvoi un corp qui pèse le double.
De trop petit seins, un ventre trop flasque, et des cuisses … mon dieu des cuisses si énormes que quand je marche je pourrais entendre ma cellulite appeller à l’aide.
Souvent ont pense que j’en fait trop pour me faire plaindre, mais je peut rester de longue minute bloquer devant mon miroir, les larmes aux yeux en me sentant si anormale, en me sentant si malheureuse, comme si le bonheur avait un rapport avec la minceur, comme si si j’arrivais à la taille 34 tout mes soucis s’envoleront, c’est stupide, j’en ai conscience, mais je persiste à le croire, cela fait 16 ans que j’ai un problème avec mon apparence, pré-adolescente c’était « trop maigre, mais si laide … » puis ca c’est transformé en « Si laide et tellement grosse », je ne parle même pas de mon visage, un nez trop large, des lêvres trop épaisse, des yeux trop petit et un strabisme, rien ne va …
Il n’y a pas un endroit que je n’ai pas regardé sans desespoirs, même les veines que je taillaidais plus jeune sont passé dans mon jugement imparfait.

J’ai 22 ans, je suis complexé par l’ensemble de mon corps, même ma personalitées est imparfaite.
Je suis un monstre.

L’enveloppe et sa lettre.

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Rapport conflictuel sans fin. Et pourtant, on devra cohabiter jusqu’à la mort, moi et mon corps.

Tout allait bien dans l’insouciance de l’enfance. Tu joues, tu cours, tu ris,  tu montes aux arbres, tu tombes, tu pleures, tu t’épuises, tu manges de bon appétit, tu dors profondément. Il répond si bien à tes attentes que tu ne lui demandes rien, tu ne penses même pas à lui. Nous ne faisions qu’un.  

Et vient l’adolescence. Il s’amochit, s’encrasse, s’empâte. Les hanches s’élargissent, des boules de graisse informes pointent sous ton tee shirt, ta peau devient granuleuse. Tu perds de ta souplesse. Moi qui faisais si bien le grand écart à la gym… Je deviens plus lourde. J’arrête de manger. Je cours. Je perds peu. Puis je m’en fous, j’achète des vêtements trop grands, je me cache. Des vêtements noirs, en taille 42 alors que j’en fais deux de moins. Mais je m’en moque, je veux être une ombre, que personne ne me voit, disparaître dans les coins sombres.

Et je mange. Je bois de l’alcool pour faire comme mes amis, et je mange du chocolat en masse, la sucrerie du réconfort. Encore. Une addiction. Chocolat, gâteaux, sucre, yaourt, j’adore. Je mastique, je profite à peine, je plonge ma main dans le paquet, je rumine, je déglutis, et je recommence. « Tu as grossis ». Ah oui ? Oui. 20kg. Boum. Je ne les ai pas vu passer ceux la. Les vêtements jadis trop grands sont à ma taille. J’ai 14 ou 15 ans, et je suis en surpoids. Je suis grosse. Je ne m’aime pas.

Je lacère ma peau. Je lui fais du mal à ce corps vu qu’il s’enlaidit autant. Il n’avait qu’à répondre à mes attentes, à mes envies, à mes rêves. Il m’est étranger. On commence avec les ciseaux d’écolière, on finit avec des couteaux de cuisine de la charcutière. Cicatrices au poignet, au biceps pourquoi pas, puis à la hanche et aux cuisses, c’est moins visible. Certaines à l’endroit de la culotte, personne ne les verra c’est sur. Je pleure des larmes de sang. Ma mère, elle pleure aussi certainement. Je me hais. Il n’y a que mon corps que je voulais faire souffrir, pas ma famille qui m’aime tant. Ça dure quelques années puis on arrête un peu, mais la tentation est toujours la, de temps à autre, rarement, je l’ouvre encore cette peau ingrate. Juste pour vérifier que la machine ne se rouille pas.

On se guérit un peu, mais les traces restent, témoignage d’une période noire, cicatrices éclatantes au soleil, prétexte parfait pour le jugement d’autrui qui se moque, lance des regards sombres, parle de pitié. Mais ferme la donc. On continue à manger, on se stabilise dans le surpoids. Oh je ne suis pas si grosse, je ne fais fuir personne, ils sont la les hommes pour venir me gouter, ils ne disent pas non. Certains le font avec douceur, avec amour. Mon corps me plait avec eux. Et d’autres font preuve de maladresse, de bestialité, ils ne voient que la chair et ne daignent pas reconnaître mon esprit. Mes seins, mon vagin me volent la vedette il faut croire. Mes parties triviales, mes parties génitales suscitent un intérêt plus grand que moi !

J’ai 19 ans, j’en ai déjà marre de cette graisse et de ces mecs. Je me mets au régime, durablement pour la première fois de ma vie, et j’arrête de voir ces types. Je perds 12kg. Je mange plus de fruits, plus de légumes, je cours. On me complimente, on me trouve resplendissante. Je me sens mieux, je me sens plus belle. Enfin. Par moment je me permets un peu de chocolat, un peu de noisettes, un peu de gâteau, sans culpabilité, avec le sourire. Et je continue à mincir. Puis je ne mincis plus. Je ne comprends pas, je continue le sport et à manger sainement pourtant. Nous sommes le 30 avril 2013, je ne m’empiffre plus de sucre, je ne me taillade plus, non j’ai trouvé autre chose pour animer cette relation terrible entre mon corps et moi, je vomis. Accroupie près de la cuvette, les deux doigts au fond de la gorge, je titille, j’appuie, je gratte, ça sort. C’est magique. Je me purge, je m’allège. En larmes sous l’effet des contractions du ventre, ma gorge me brûle. Les gestes deviennent mécaniques. Manger quelques excès. S’attacher les cheveux. Boire de l’eau. Sauter sur place. S’accroupir près de la cuvette. Enfoncer ses doigts dans la bouche. Ça vient. Mon nez coule autant que mes yeux, mon haleine pue, mes doigts sur ma langue sont couverts de grumeaux, mais je continue. Je suis pathétique.

La solution est pourtant simple. Je dois partir. « Ailleurs est un mot plus beau que demain » disait Morand, et comme il a raison. Le voyage signe la réconciliation, mes pas me portent jusqu’où je le veux, la fatigue physique m’apaise, on est monté jusqu’à plus de 5000m mon corps et moi. Et j’en suis si fière. Être ailleurs me permet de me distraire, de ne plus penser à ma carcasse. Ne pas la regarder, ne pas lui prêter attention, la traîner tout simplement, sans l’affronter au miroir et aux regards. Dans cinquante jours, je pars très loin, dans les montagnes himalayennes, pendant plusieurs mois. Dans cinquante jours, je vais renaitre et oublier ma prison de chair. Dans cinquante jours, mon être prendra le dessus sur mon paraître. Lui et moi vibrons d’impatience.

L’autre.