Ca nous ronge de l’intérieur jusqu’au point de non retour

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Quand je repense à tout ce qu’il s’est passé depuis ma naissance, je me dis que j’ai quand même eu beaucoup de force pour tout garder pour moi et de courage surtout pour continuer à avancer.

Mon enfance a été assez douloureuse. Je n’ai quasiment aucun souvenir de ces périodes, mis à part les choses qui me hantent depuis enfant.
Je suis née d’une grossesse non désirée. Mon père était alcoolique, droguée et avait fait de la prison. Ma mère était une jeune fille de 19 ans un peu paumée.
Lorsqu’elle a appris sa grossesse il était trop tard pour elle d’avorter, elle a alors caché pendant un moment sa grossesse à la famille, car ça aurait été assez mal vu selon elle.
Quelques mois après ma naissance, mon père nous a mise à la porte toute les deux. Ma mère c’est réfugié chez son père. J’ai grandi en étant trimbalé un coup chez ma mgrand-mère, un coup chez mon grand-père, mon père me gardait de temps en temps les weekends.
Ma mère a toujours reporté sur moi la colère qu’elle avait envers mon père de l’avoir traité ainsi (elle avait été battue, rabaissée…). Elle voyait mon père en moi.
Elle s’occupait rarement de moi, c’était mes grand-parent qui jouaient son rôle, pendant qu’elle sortait faire la fête avec ses copines. J’ai grandi sans avoir vraiment de mère, puisque nous n’avions jamais tissé de lien et sans père puisqu’après nous avoir mis à la porte, ma mère a tout fait pour l’éloigner de moi.

A mes 2 ans, nous sommes allé vivre dans une autre région, car elle avait rencontré un autre homme (avec qui elle a eu ma belle-soeur).
Cet homme a eu du mal à m’accepter et me l’a fait ressentir pendant des années: il m’injuriait, me rabaissait, disait que je n’étais qu’une mois que rien, que j’étais idiote, sans cerveau, il m’a maltraité (il me donnait des douches glacées, m’enfermé dans le garage dans le noir à genoux sur le paillasson le doigt en l’air pendant des heures, me donnait des claques plus que forte cul nue à répétition, il a même été jusqu’à me donner des coups dans le dos une nuit…). C’était juste horrible.
Ma propre identité en à souffert.

Mon adolescence a été elle aussi difficile. Ma mère et moi on ne faisait que s’engueuler. Cris, larmes, claquements de porte, injures étaient notre quotidien.
Tout ce qu’elle m’interdisait, je le faisais. Elle était beaucoup plus complice avec ma petite soeur, qu’avec moi. J’étais comme invisible. J’ai essayé à plusieurs reprises de tenter des gestes de tendresse (l’enlacer), mais cela la gênée.
J’ai été violé par un garçon à mes 12 ans, trop naïve…je pensais que c’était mon ami, je l’ai invité chez moi quand ma mère n’était pas là. Il a demandé à voir ma collection de CD alors nous sommes montés dans ma chambre et là j’ai vécu un enfer…(je n’expliquerait pas en détail car ça fait trop mal).
Je pense que ce garçon a du raconter des choses sur moi au collège, car une fois en rentrant chez moi (c’était un petit chemin au bord d’un canal) deux garçons m’ont suivis, j’ai marché plus vite mais ils m’ont couru après. Un m’a attrapé et plaqué contre le mur, mis la main sur la bouche et à commencé à me faire des attouchements. L’autre garçon rigolait à côté. J’avais très peur les jours suivant de faire la route à pied seule. J’ai commencé a être mal dans ma peau ensuite. Je restais enfermée dans ma chambre et n’en sortait que pour l’heure du repas ou pour aller en cours (lorsque je ne les séchait pas).

A mes 19 ans, ayant signé un contrat d’un an, j’ai profité de l’occasion pour quitter la maison. J’ai alors pris mon appartement car la vie sous le même toit que ma mère était devenue impossible. Moins on se voyait, mieux c’était.

Entre temps, j’ai fait des recherches et j’ai retrouvé mon père, j’ai repris contact avec lui. Malgré que je lui en voulais de ne pas avoir été présent, je l’avais toujours porté dans mon coeur et souhaitais le rencontrer pour apprendre à le connaître et pourquoi pas rattraper un peu le temps. J’avais besoin de savoir qui était mon géniteur et connaître un peu plus ma famille (de son côté).
Nous avons échangé des mails et des coups de téléphones pendant quasiment 3 ans (il habitait une autre région, était sous tutelle). Nous avions décidé de nous rencontrer. Il était convenu qu’il viendrait dans ma région et prendrais un hôtel pendant quelques temps pour que l’on puisse passer du temps ensemble. Il faisait son possible avec sa tutrice pour faire des économies pour réaliser ce projet. Il y était presque…
Malheureusement, le 2 décembre 2012, il est décédé sur son lit d’hôpital. L’infirmière l’a trouvé tout bleu et crispé. Il était rentré à l’hôpital pour un sevrage alcoolique, il avait décidé de s’en sortir avant de venir me rencontrer. Il voulait me prouver qu’il pouvait y arriver, car il voulait retrouver sa fille qu’il aimait tant.
J’ai très mal vécue cette période. Je suis partie en train pour les funérailles mais arrivé là bas ceux ci ont été repoussé pendant 15jours (autopsie, enquête étaient en cours car il était décédé dans un hôpital). J’ai du repartir entre temps chez moi et n’ai pas pu assister aux funérailles de mon père, car je devais être présente au travail et mes jours de congés exceptionnels étaient épuisés.
Pendant mon séjour là bas, j’ai demandé à voir le corps. Je voulais lui dire « bonjour et au revoir », au moins voir son visage en vrai une fois…ça n’a pas était possible, la dame m’a répondu : « son corps est trop endommagé, il ne vaut mieux pas que tu le vois comme ça. »

Je n’ai pas eu le temps de me remettre du décès de mon père qu’en mars 2014, j’apprends que je suis enceinte. Ma 1ère grossesse, mon 1er enfant, vous n’imaginez pas mon bonheur dans ma tête. Le jour de la 1ère échographie, elle m’annonce que je suis à 8 semaine 1/2, qu’il mesure presque 5cm mais… qu’il est situé dans ma trompe droite. Je fais une grossesse extra utérine. Il faut m’opérer de toute urgence.
L’opération a eu lieu le samedi 27 avril 2013, ils m’ont enlevé mon enfant et ma trompe droite. Le père de l’enfant a préféré fuir que de me soutenir. Je suis passée à deux doigts de la mort, ma trompe avait éclatée et l’hémorragie interne commencée à être importante. Par la suite, il n’a pas été plus présent, j’ai du me débrouiller toute seule pour tout, malgré qu’il fallait que je reste coucher pour mes douleurs et cicatrices. Il m’a également rabaissée, injuriée. Peut être m’en voulait-il, je ne sais pas. En tout cas, moi oui j’avais une bonne raison de lui en vouloir, car il m’avait laissé seule.
Depuis ce jour là, mes journées sont devenues un enfer. Je voulais tant cet enfant…je l’aimais déjà tant…

Ensuite je me suis complètement renfermée sur moi-même. J’ai fait comme si tout allez bien, alors que rien n’allait, c’était dans ma tête un tourbillon d’horreur.
Jusqu’à il y a quelques semaines, où la couple pleine à céder par ces années de souffrance et d’accumulation. Me taire m’a tué à petit feu…
J’ai commencé à me mutiler le 16 mars et c’est fou mais ça me fait du bien. Je me sens tellement vide. Je ne ressens plus rien à part la douleur de tout ce qui c’est passé et la tristesse. Je ne sais pas qui je suis. Je n’ai aucune confiance en moi.
J’ai été voir le médecin le 17 mars dernier et j’ai craqué devant lui. Je n’ai pas tout raconté, je lui ai dit qu’il fallait que je vide mon sac parce que je n’en pouvait plus de vivre avec tout ce poids sur mes épaules.
Il m’a donné un traitement contre mes angoisses et me voit chaque semaine en psychothérapie maintenant.

Tout ça pour dire que, même si c’est difficile de parler des choses qui nous font mal, ça l’est encore plus si on les garde pour nous, car tôt ou tard ça nous ronge de l’intérieur jusqu’au point de non retour.

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La mort à fleur de peau…

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J’ai toujours été une fille très sage, belle, très souriante, une fille sur qui on pouvais compter dessus… même si personne ne m’as jamais réellement accordé son amitié ou simplement un peu d’attention :(
Jusqu’à mes 16 ans 1/2…
Je tombe littéralement amoureuse d’un beau Grec qui est en première année de Science Po, celui à qui j’offre ma première fois au bout de 6 mois. Je trouves en lui mon âme soeur. Quand il m’embrasse, il me fait voir des étoiles. Je jouis de ses simples baiser, je passe des journées entière serrée dans ses bras, les heures passent d’une vitesse affolante !
Mais ma mère est une véritable mère poule et me prive de liberté car elle a peur que je la délaisse un peu, du coup elle enchaîne les punitions : « Range ta chambre et tu pourra sortir » et quand je fini, elle me redonne une autre punition… sans raisons…
Du coup mon amoureux se lasse de m’attendre. Il me demande d’être plus cool avec ma mère, alors que je fais déjà TOUT ce qu’elle me demande de faire.
Je suis punie 1 semaine… puis 2… puis 3 … Le jour de la St Valentin je décide de fuguer, passer la journée avec mon amoureux que je n’ai pas vu depuis si longtemps !!! Il me fait rentrer en cachette dans sa chambre pour ne pas que sa mère alerte la mienne. Il me joue de la guitare… je lui offre son petit cadeau… On fait l’amour pour la 3 ième fois. Magique…
Il me ramène au bus fin de journée. Ma mère apprend que j’étais avec, du coup… sanction !
Je ne peux plus le voir ! Elle est devenue jalouse ! Il décide donc de me quitter… et moi, j’ai qu’une envie, c’est de crever !
J’erre comme un fantôme pendant des mois, ma mère à peur car je perd du poids, je deviens blanche, je ne fais plus attention à moi, je ne parles même plus. Je me sent mentalement morte.

Un soir je craque, j’ai tellement de haine, de rage en moi que je veux me faire mal physiquement. Aussi mal que j’ai intérieurement. Je me frappe le visage, je tombe sur un rasoir de coiffeuse avec une lame aussi grande qu’un index. Et la je me coupe une fois… deux fois… 25 fois… et au bout d’une heure je me sent plus calme. Comme si j’étais apaisée par cette douleur physique.
Forcément, vu l’état de mon poignet… ma mère le remarque. Elle commence alors ses discours qui ne servent à rien face à la rage que j’ai envers elle. « tu as besoin d’aide… tu devrais prendre des médicaments… tu te mutile pour te rendre intéressante » J’ai qu’une envie, c’est de lui crever le coeur pour qu’elle ressente comment je vie depuis 7 mois !
Elle pense que je fume du cannabis et que je prend de la cokaine, elle me menace chaque jours de m’amener à l’hôpital pour faire des testes et moi je ne demande que sa pour qu’elle puisse me lâcher la grappe étant donné que je n’ai jamais rien pris !

Mon père m’inscrit au Viet vodao afin de canaliser mon énergie et à me changer les idées. Et sa marche !
Je rencontre un autre homme et j’oublie ma peine de coeur, ma peine de tout les jours :)

Mais… Ma mère recommence les punitions ^^
Et cette homme me propose de vivre avec lui. Je fais ni une, ni deux, j’prépare mes valises à 18 ans et 5 mois. Je me caaaaasssse !
Ma mère me fait la gueule car elle déteste mon nouvel homme et elle ne me parles plus. je ne peux plus voir mes 2 frères et mes deux soeurs… Du coup sa me fait énormément souffrir… En plus sa ne se passe pas très bien avec cette homme, et j’peux pas retourner chez maman, ni vivre des mes propres moyens vu que je suis toujours étudiante. Je n’ai pas de copines car mon hommes les dragues… il as 6 ans de plus et le décalage d’age se fait bcp ressentir.

19 ans (Novembre) je me sent patraque, j’ai vomis dans la voiture… je suis malade avec les odeurs… Je suis enceinte !
J’apprend que je fais un déni de grossesse, je suis à presque 5 mois de grossesse et en 10 min mon ventre a gonflé tellement que je ne peux plus attacher mon pantalon. Cette grossesse imprévue va bouleverser toute ma vie.
Il ne veux pas d’enfant, et moi je me sent déjà mère et j’aime mon bébé… il me dit « Tu avorte ou je te quitte » Je n’ai personne à qui parler, et si je le garde, je me retrouve à la rue. Je subi une IVG en hollande à 5 mois 3/4, il paye 900 euros pour ruiner ma vie…
Il passe les teste psychologique à ma place car je suis tellement sous le choc, que je n’arrive même pas a réaliser, à parler, j’suis tétanisée.

En rentrant le soir même à la maison, je vide une demi bouteille de vodka cul sec (Lui il est trop occuper à jouer sur son ordi, et à faire des rencontre « coquine » car il me trompe)
Je me déteste, je veux ENCORE CREVER… Donc j’y vais franco, j’enfonce la lame dans mon avant bras, dans mon bras et dans ma gorge le sang coule à flot, je suis fière car je me sent mourir et c’est ce que je veux plus que tout ! Je vois mes tendons bouger, trop dégeu.
Malheureusement, ou heureusement, il descend au frigo et me trouves à moitié morte et appelle l’ambulance.
On me réinjecte du sang et on me fait 42 points de suture. J’explique mon histoire aux urgentistes (ils étaient bien 15 dans la sale) y en as qui se mettent à pleurer quand je raconte que je veux mourir… Le jour après je signe une dérogation pour sortir de l’hôpital car je veux pas passer devant le psy qui vas me bourrer des médoc et je retourne chez cette homme, que je salifie de MONSTRE à présent. Il avait fait mes valises… et le soir même, j’étais à la porte !

Je me suis retrouvée au sans abris à 19 ans…

j’ai repris vie grace l’arrivée de mon fils que j’élève seule, il est toute ma vie. C’est lui qui me fait oublier ce passé monstrueux. Et chaque jour qui passent à présent, nous les mordons à pleines dents :D Et nous sommes très heureux, lui du haut de ses 3 ans et moi du haut de mes 25 ans :))

Plus jamais aucun homme ne me brisera !

Mon ventre

Je sais qu’il n’est pas beau mon ventre , qu’il ne rentre ni dans les normes ésthetique ni dans les robes moulantes des vitrines , mais je l’aime bien . Il est une partie de moi . Il me raconte mon histoire .
Le ventre trop rond de la petite fille grassouillette d’abord . Ce ventre qui déplaisais tant a mon père lui qui rêvais pour ses filles de ventres plats et fermes .
Ce ventre qui souffre des mots non entendu , qui ne seras pas compris lui non plus et débarrassé d’un appendice parfaitement sain . Première cicatrice .
Le ventre de l’adolescente , un peu caché par la poussé des seins mais complexant tout de même a l’époque des tops trop courts et du jean taille basse.
Ce ventre jamais rassasié qui se remplis de nourriture a défaut d’amour .
Le ventre douloureux des premières regles , qui m’annonçais implacable la fin de l’enfance moi qui aurais tant voulu redevenir bébé .
Ce ventre forcé par un homme de l’age de mon père, ce vendre que j’aurais voulu retourner et laver a grande eau. Cicatrice invisible mais indélébile.
Ce ventre de jeune femme , tendre oreiller d’un jeune homme qui m’aime comme je suis et que j’aime tel qu’il est . La douleur reviens encore lors d’une fausse couche précoce a 19 ans .
Le ventre habité , d’une grossesse désirée cette fois , pas simple pour autant . Ce ventre envahi d’un autre , qui s’arrondit , ce met a bouger de lui même m’effraye plus qu’il ne m’attendrit . Ce ventre qui craque . Vergetures , si dures a accepter à 20 ans . Ce ventre ausculté , ecouté puis incisé d’une large cicatrice . Bien large pour un si petit garçon .
Ce ventre qui rejette son petit déjeuner tout les matin pour me dire le stress d’un métier superbe mais trop éprouvant pour moi . Message que je n’ai pas su entendre avant qu’il ne soit trop tard .
Ce ventre qui enfle encore , qui refuse d’accueillir une nouvelle grossesse, trop plein qu’il est déjà de graisse et de malheur . Ce ventre affamé par un regime a la mode qui enfin s’emplit de mon deuxieme bébé . De nouveau asculté , ecouté , echographié sous toute les coutures . Ce ventre qui se venge de ce regime idiot en grossissant plus qui n’est raisonnable . La césarienne de nouveau mais cette fois ci mon ventre et mois on as tenu un peu plus longtemps , une petite fille en pleine forme en sort . La césarienne , mieux faite a fait disparaitre la boursuflure de la première, devenue simple ligne, comme tracée au crayon
Ce ventre qui souffre de nouveau ,apres chaque repas ,Une crise particulièrement vive le soir de mon mariage . Calcul billiaire . On m’ote la vésicule . Cicatrice de plus . Le chirugien me montre les cailloux qui me faisaient si mal . On dirais des pierres semi precieuse . J’ai un ventre huitre ,ca me fait sourire . Quelque mois plus tard ce meme chirurgien m’ouvrira de nouveau pour m’oter les 3/4 de l’estomac , une sleeve ca s’appelle . Quatre petits trous viennent rejoindre l’album de mes cicatrice . .Encore une fois mon ventre souffre pour mon bonheur ,pour mon corps et mon esprit entiers . Il reagis bien ,je perds 40 kilos . Les regles reviennent , douloureuse toujours malgres le stérilet hormonal , mais signe positif désormais pour la femme que je suis . Et puis la dernière surprise de mon ventre , ce sterilet perdu , remplacé par un tout petit embryon , une minuscle potentialité d’enfant . J’ai été en colère bien sûre , j’ai crue qu’il m’avais trahie . Mais je crois qu’en fait il m’a offert un cadeau , il as pris pour mois une decision que je n’osais pas prendre. Le voila de nouveau habité par un autre que moi . Je lui fait confiance pour le proteger et l’aider a grandir . Au fond c’est toujours ce qu’il a fait pour moi .

En vers… et contre tout

« Le tout est de tout dire et je manque de mots
Et je manque de temps et je manque d’audace
Je rêve et je dévide au hasard mes images
J’ai mal vécu et mal appris à parler clair. »

(Paul Eluard, Tout dire)

I. Razorblade Rhapsody

Sur le fil elle danse, saute et glisse, sourde au mal ;

Elle tangue en cadence, pantin frêle et bancal.

Elle est celle qui naît, et qui libre, âme ardente,

Envoie sans bruit valser les démons qui la hantent.

Et ils fuient, flot carmin ! A mesure qu’en douceur

Se noient les lendemains : Elle est celle qui meurt.

II. Poika

Quand le monde s’éteint, et que la vie commence,

Que toutes les certitudes s’éloignent, s’enfuient,

Que la peur insidieuse s’éveille, sourde et rance,

L’instant se révèle, le jour succède à la nuit.

Zizanie viscérale, je comprends à présent,

Chemin sans retour, oui, sombre voie du silence,

Il est l’heure, il fait beau, viens à moi, il est temps,

Et enfin, dans un cri, enfin la délivrance.

Alors tes grands yeux bruns interrogent les miens,

Nous, rien que nous, et l’espoir de ce sacrifice,

Toi, sans défense, si calme, si serein et confiant,

Tous les matins du monde, et tous ces petits riens

Inondent d’allégresse le sommeil d’un fils.

[Poika : « Fils » en finnois.]

III. Zébrures

Il fut un temps de matins gris,

De jours pluvieux, de nuits glacées,

Il fut un temps, mon tout petit,

Où, étroitement enlacées,

Folie et moi ne faisions qu’un.

Pauvres amantes illusoires,

Nous exorcisions mon chagrin

Au fil du temps et du rasoir.

Je n’étais qu’ombre, sang et poussière,

Putride pantin dépravé,

Demain se mêlait à hier,

Le kaamos en moi régnait.

Il fut une éternelle nuit,

Il fut un soir puis un matin,

Et soudain, le tout premier cri,

La vie furieuse dans mes mains.

Je contemple encore aujourd’hui

Les sourdes marques du passé ;

Si tu savais, mon tout petit,

Tu m’as sauvé, si tu savais…

[Kaamos : mot finnois pour désigner la période hivernale durant

laquelle le jour ne se lève jamais dans les contrées nordiques]

 

 

 

Voilà.

Surtout ne voyez pas ici une quelconque volonté de se placer au dessus des autres par le fait d’écrire en vers.

Ce n’est pas ma faute.

Je ne sais pas dire autrement qu’en vers.

Et contre tout.

Mt 6.21 : Evangile selon Matthieu, chapitre 6, verset 21.

« Là où est ton trésor, là aussi sera ton coeur »

Talvi.

.

Ma plaie de la honte

Cette photo c’est ma cicatrice. Celle que je me suis faite quand j’avais 16 ans.

A 16 ans j’ai voulu mourir, j’y suis presque arrivée.

A 16 ans j’étais mal dans ma peau, malheureuse. J’étais la grosse de service, celle qui ne valait rien. J’étais celle dont tout le monde se moquait

A 16 ans j’étais seule face à la cruauté et la violence de certains

A 16 ans je n’attendais plus rien de la vie.

A 16 ans j’ai pris un rasoir et j’ai minutieusement oté les lames. Puis j’ai coupé. Ca fait mal. Très mal. Puis en quelques minutes la douleur s’estompe.

A 16 ans, le 17 Février 2001, je m’ouvre le poignet. J’en ai fini avec la vie. Du moins je le croyais car elle n’en a pas fini avec moi.

 

Ma mère me trouve. Inconsciente. Elle appelle les secours. Ils arrivent à me « récupérer ». J’entrouve les yeux. Mes parents sont en larmes. Je m’évanouie à nouveau.

 

Je me réveille à l’hôpital. Vivante. Mince alors ! Pourquoi j’ai échoué ? Puis vint la valse des parents et famille inquiéts pour moi. Et les médecins. Et le psy.

 

« Mais pourquoi as tu fais ça ???? »

Et je déballe tout ce que j’ai sur le coeur. Je leur parle de cette camarade de classe qui me donne des coups dans le pubis « pour voir si cela fait aussi mal que chez les mecs » (oui ça fait!)

Je leur parle de cet écartement permanent d’avec les autres. De ces humiliations. De mon besoin de me goinfrer pour oublier tout ça. Des kilos que je prends et qui amènent d’autres moqueries.

Je leur parle. Je parle. Cela faisait des années, depuis mon entrée au collège, que je gardais ça pour moi.

 

Les larmes coulent. Celles de mes parents aussi. Ils s’en veulent de n’avoir rien vu. Je m’en veux de leur faire subir ça.

 

Je change de lycée. Je m’inscrit au club de théâtre pour « m’ouvrir » aux autres. Je rencontre Frédéric.

Fred c’est l’homme de ma vie. J’ai alors 17 ans et je suis amoureuse. Fred c’est celui qui me fait rire. C’est celui qui ne voit pas mes « rondeurs ».

Fred c’est aussi mon prof. Il a 35 ans. Alors on se cache. Mais peu m’importe IL M’AIME, ON s’aime ! Il est beau, il me fait rire.

 

Pour mon 18ème anniversaire le 17 Février il me demande en mariage.

 

Cette cicatrice me rappelle à quel point j’ai souffert des autres. Mais elle me rappelle aussi à quel point j’ai pû faire souffrir mes proches avec cet acte stupide.

Cette cicatrice fait partie de moi. Parfois elle « gonfle » ou bien « rougis ». J’essaye de la cacher, avec une montre, un bracelet ou du maquillage.

Je suis heureuse de m’être loupée. Sans ça je ne serais pas la femme que je suis aujourd’hui.

Cette cicatrice je l’appelle « la plaie de la honte » car au final j’ai bien honte d’avoir voulu rompre avec la vie.

Car la vie m’avait réservée un avenir radieux. Auprès de mon mari et de nos deux enfants.

 

Aujourd’hui je suis heureuse de pouvoir dire merci à la vie de m’avoir donnée une seconde chance

 

 

MERCI LA VIE

 

 

Mon poignet, tranché

Mon poignet tranché, mon poignet à balafre, mon poignet à la cicatrice, mon poignet qui pourrait laisser croire à tout le monde : « regardez comme je souffre ».

Mais je ne souffre plus, je savoure la vie, je suis une amoureuse de la vie, depuis que justement j’ai frôlé le vrai malheur, celui de ne trouver goût à rien. Aujourd’hui je me nourris de ce passé, je suis un roc que rien de peut abattre, je fonce comme un petit bélier là ou je dois et veux aller. Une merdouille de la vie ? Pas grave, y’a pire !

 

Pourtant à la sortie de mon adolescence, j’ai connu des petites tentatives de suicides, des plus graves et des plus dangereuses, des hospitalisations, du gris partout autour de moi. C’était il y a longtemps ! J’étais toute jeunette ! Tellement longtemps que ce n’est à la fois plus moi mais que cette partie de ma vie m’est essentielle.

Essentielle pour relativiser, essentielle pour compatir (la vraie compassion, celle de l’écoute active et du ressenti partagé), et essentielle pour ne jamais oublier.

Comme un memento, cette cicatrice me le rappelle :

N’oublie pas que tu as été mal,

N’oublie pas que c’est pas loin, là juste à ta main gauche.

N’oublie pas que d’autres peuvent aller mal.

Je me suis, ce jour là, tellement tranchée fort le poignet que j’en ai profité pour sectionner une bonne partie du nerf en dessous. La boule qu’on devine au milieu du poignet, c’est mon nerf qui a été recousu. Idiote que j’étais je n’avais pas prévu que si on tranchait fort à gauche, qu’on sectionnait ce nerf, on ne pourrait plus tellement trancher à droite. J’ai tenté l’affaire à droite, ma main droite s’en est sortie avec 3 ou 4 points de sutures. Assez lamentable et presque du registre du comique noir quand j’y repense.

J’ai perdu ma sensibilité à mes trois premiers doigts : le pouce, l’index, le majeur.

Je porte souvent des bracelets sur ce poignet, parce que le regard que posent les gens sur cette cicatrice me gène. C’est du registre de l’intime, mais c’est à la vue de tous. Un peu comme si je disais à quelqu’un que je viens à peine de rencontrer :

« Hey tu sais, un jour j’ai été assez mal pour me mutiler violemment comme ça ».

Obscène.

-S-