Ceci est mon corps, qui est pour vous

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 « Ceci est mon corps,qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi ». Ou plutôt,faites cela en mémoire de mon ancien moi.
J’ai longtemps cru que ce corps, cette enveloppe charnelle, cet amas de graisse, ce n’était pas le mien. Mon esprit ne méritait pas ce corps,il ne me correspondait pas. D’ailleurs je parlais de Lui en tant qu’image….Ce n’était pas MON corps, mais mon image…
J’ai longtemps cru que ces maudits kilos, que cette masse immonde était le problème de mon mal être…mon manque de confiance en moi,ce dégoût de moi, ce rejet de CE corps… Je n’avais plus qu’une seule idée en tête : me débarrasser de ces bourrelets encombrants accumulés au cours de mon existence.
J’ai longtemps cru que si j’étais grosse, c’est parce que c’était ma morphologie, ma malbouffe…Mais quelle malbouffe????? Je me privais de tout…D’ailleurs oui, de tout. Bouffe….Loisirs…Plaisir…Amitie…Amour….
J’ai longtemps cru que tout ça, c’était de ma faute. Ma vie n’est que restriction,culpabilité. Et quand je dévie du droit chemin, je me punis.
J’ai longtemps cru que priver mon corps de bouffer allait le faire maigrir. Grossière erreur. Vient mon frigo, vient que je te vide!!!!!! C’est là que la culpabilité arrive….Cercle vicieux. Vient connard de corps. Vient que je te frappe, que je martèle ce ventre de coups de poings. …Vient abruti d’estomac que je te remplisse à nouveau. Tu as voulu bouffer,ben tiens, bouffe!!!!!!!
J’ai longtemps cru que j’allais finir ma vie ainsi. Triste, pas épanouie, grosse et moche….Parce qu’il va de soi qu’une grosse, c’est moche. Et puis une grosse,c’est pas féminin. C’est vulgaire la féminité chez les grosses.
Et puis j’ai arrêté de croire. J’ai commencé à entrevoir…à comprendre. ..à espérer…Je sais ENFIN que ces kilos, je les porte comme Jésus a porté sa croix. C’est la croix de ma culpabilité, la croix de ma honte.
Aujourd’hui j’ai compris qu’il fallait que je me débarrasse de ma culpabilité pour voir ces kilos s’envoler. C’est mon chemin de croix avant ma résurrection.
Viendra le jour où je serais vivante et ce jour là, je serais libre. Libre de vivre sans culpabiliser.

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Ce soir je pleure

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07/08/12
Encore une journée, où sans être vraiment mal, je suis absente, insensible à ce qui m’entoure. J’observe de loin, l’esprit vide. Je fais semblant quand il le faut, le cœur n’y est pas. Je vis dans le fantasme : j’aimerais avoir envie de faire du sport, j’aimerais être mince, avoir envie de bien m’habiller, j’aimerais avoir la joie de vivre. Je me façonne un personnage idéal sans rien faire pour tendre vers lui. Je suis immobile, je laisse défiler les jours.
Je ne fais plus de crises d’angoisse depuis quelques jours, mais elle est toujours là. Elle me rend vulnérable, et creuse un trou qui me donne envie de hurler. J’ai l’impression de me détériorer petit à petit. Je me sens de plus en plus seule avec mon mal être. J’ai enfin compris pourquoi je m’imagine me larder le bras de coups de couteau ou en train de me couper les veines. Ce n’est pas parce que je veux mourir, mais parce que si cela devenait réalité, on serait obligé de voir à quel point je vais mal, on serait obligé de me guérir. J’en suis à espérer faire une dépression; une maladie, ça se soigne.

04/11/12
Je fais une dépression, je suis allée voir une psychiatre. J’ai parlé avec elle de mes idées noires. Le soir même, je prenais une grosse aiguille et j’ai cherché mes veines avec, au niveau de mon poignet. J’ai du piquer plusieurs fois avant d’en trouver une. Lorsque j’ai retiré l’aiguille le sang est monté et s’est déversé sur mon poignet. J’étais fascinée. Le lendemain, dans un moment de vide, j’ai pris une lame de bistouri, j’ai cherché l’artère de mon poignée en sentant mon pouls et j’ai coupé. Quatre fois. Ça n’a pas fait si mal, c’était profond mais je n’avais pas touché l’artère. Quand j’ai réalisé ce que j’avais fait, j’ai appelé mes parents.

05/12/12
Je suis dans une maison de repos psychiatrique. Pour une cure de sommeil de 5 jours, puis pour un temps indéterminé. J’étais folle d’angoisse pendant le trajet. Et à l’arrivée, l’horreur, des gens bizarres partout.

28/12/12
Je me suis faite tatouer Live sur le poignet droit, au départ je voulais le faire sur le gauche mais il y avait trop de cicatrices encore fraiches. Ce tatouage, c’est pour me rappeler que dans les mauvais moments, la vie en vaut quand même la peine et qu’entre en finir et vivre, mieux vaut prendre la seconde option.

30/01/13
Il est 8h et je suis déjà une enveloppe, vide de sentiments et de sensations. Juste une enveloppe avec rien dedans. Tout en moi est mal-être, à vif, comme les coupures que je me fais. Elles cicatrisent, moi non. Je reste avec ma douleur à m’en faire exploser le cœur, qui me pousse à me faire des entailles, toujours un peu plus profondes. La joie de vivre je l’attends, sans plus d’espoir. Je serais seule, sans famille, je pense que je me foutrais en l’air pour en finir pour de bon avec cette blessure à l’air libre que personne ne voit, même quand je ne suis plus enveloppe, même quand je laisse mes larmes couler. Les gens s’inquiètent en voyant mes coupures, mais ce n’est rien ces entailles, par rapport à tout ce sang invisible qui suinte de tous mes pores

06/08/13
Je viens de manger à outrance, je viens de me faire vomir. C’est la deuxième fois aujourd’hui. J’ai l’habitude, j’ai commencé en quatrième, maintenant j’ai 24 ans. C’est venu petit à petit, tracas après tracas. Là, je suis crevée, je me dégoute et je ne comprends pas pourquoi je n’arrive pas à manger normalement.

30/10/13
Ce soir je pleure. j’ai mal au cœur. Mes yeux sont gonflés, je suis fatiguée, vidée. Encore une crise de boulimie, encore ce mal-être cet après midi. Je suis allée au pot de thèse d’une amie. Il y avait des filles en jupe. Des minces, des bien foutues. Et il y avait moi, dans mon vieux pantalon marron, un des seuls qui me va encore. J’ai honte de moi, de ma boulimie, de mon incapacité à respecter mes bonnes résolutions. Il y avait de la nourriture, je lorgnais dessus. Je suis partie avant d’en prendre une miette, puis deux , puis trop. Le cœur lourd. J’ai promené mes deux petits chiens, il faisait noir et froid, j’étais seule et j’ai pleuré encore.
Ce soir je suis une jeune fille de 24 ans, plutôt belle et intelligente, complexée, qui fait une dépression et de la boulimie vomitive et qui n’arrive pas à s’en sortir malgré la psychothérapie et les médicaments. Alors oui, ce soir, je pleure.

Mon corps mon ennemi de tous-jours

yeux

La première fois que je l’ai perçu comme étant quelque chose d’étranger à moi, j’avais à peine huit ans et je venais de subir les assauts dégoulinants d’un cousin tout juste pubère. Me sentant sale et coupable, je me suis réfugiée dans la nourriture, prenant l’habitude en rentrant de l’école, de m’enfiler des gâteaux comme j’aurai accumulé des perles sur un collier. Je suis ainsi entrée dans l’âge ingrat avec le physique assorti, attirant sur moi des regards pas bienveillants pour un sou. Je me détestais d’être différente et je haïssais cette carcasse qui me servait de corps et que je considérais comme traître! Je suis tombée dans l’hyperphagie comme dans un puits sans fond et j’ai continué à grossir. Une dépression et des souvenirs d’inceste refoulés plus tard, je n’ai plus eu qu’une idée en tête : me punir, me détruire et même m’anéantir! Je n’ai plus du tout habité mon corps dont je me servais comme d’une arme que je retournais contre moi : un suicide à petits feux… J’ai enchaîné les relations avec de pauvres types qui ne me demandaient rien d’autre que d’écarter les cuisses ; je me suis offerte comme paillasson et pendant un temps, j’estimais ne rien pouvoir espérer d’autre… Un jour pourtant, j’ai eu le sentiment que je perdais le contrôle et le dégoût était devenu si fort que je suis tombée du jour au lendemain dans l’effet inverse : l’abstinence. Plus question que quiconque ne me touche… et pour tenir, pour résister à la frustration puisque ma sexualité avait été plutôt compulsive, je me suis mise à m’auto-mutiler. Au début, c’était léger, indolore et épisodique mais très vite, c’est devenu quelque chose d’incontrôlable, un rituel froid et mécanique, de plus en plus souvent et de plus en plus fort. Je voulais me faire mal mais surtout ressentir quelque chose, moi qui me sentais tellement vide! Je crois que dans le fond, je cherchais à réveiller la partie morte de mon être…

Aujourd’hui, mon IMC dit que je suis obèse et mon enveloppe corporelle porte les traces du sang que j’ai fait couler pour toutes les larmes que je ne parvenais plus à verser.

Je ne m’aime toujours pas et je me sens encore détachée de mon corps, la seule chose que je tolère dans mon aspect extérieur, c’est ma paire d’yeux, mais j’apprends petit à petit à me pardonner : j’ai enfin assimilé que je n’étais pas responsable des actes de mon géniteur. J’expérimente depuis peu l’indulgence envers moi-même et si le chemin reste long, je m’accroche! Il paraît que ça en vaut la peine…

Jx

« Comme les yeux savent parler quand il n’y a plus de mots. » Francine Ouellette

C’est – encré – en moi

encré

J’aimerais tellement remettre à l’heure les horloges de ma vie.
Je suis une écorchée vive.
Ce corps, ce corps que conchie. Ce corps m’exècre.
Ce corps qui m’en fait tant voir, tant de peine, tant de larmes.
Ce corps s’est formé, et il ne s’est jamais arrêté…
J’ai toujours été ronde, en surpoids, grosse, prenez le terme qui conviendra à votre préférence.
Et ce corps… il a forcé la honte paternelle et maternelle.
Ce corps, il a essuyé les coups de la honte, il a dû tenir debout car il porte le gros, il porte le malheur, il attire la tristesse du cœur.
Ma mère m’a rouée de coups, mon père m’a mise à terre pour mieux m’en donner.
Ma mère m’a trop souvent insultée d’éléphant, pachyderme, montgolfière, et c’en allait à du harcèlement au suicide « mais crève donc ! que je danse sur ta tombe! ». D’accord Maman, mais j’ai essayé, trop de fois, mais ça n’a pas fonctionné, je suis désolée, Maman. Je suis désolée.
Mes parents ne m’ont pas éduquée, j’ai vécu l’éducation de la rue. Celle des nourrices, celle de l’indépendance goûtée beaucoup trop tôt.
Ce corps, j’en ai eu honte, j’en ai encore honte. Je ne le dis pas. Autour de moi, on estime que je suis la « ronde » qui s’accepte et qui prône ce qu’elle est. S’ils savaient… s’ils s’avaient…
Ce corps me sert quand même à attirer les hommes. Ces seins sont beaux et ronds, et l’intimité est quand même sans pudeur. Il faut que je contrôle, que je garde cette assurance, que je ne montre pas ces complexes ! Il ne faut pas.
Je suis célibataire, jolie, assez érudit, mais j’ai un gros cul.
J’ai honte, j’ai honte de ce que je suis, mais je dois démontrer une assurance, alors qu’au fond j’y pense sans cesse… sans cesse.
J’ai honte pour ceux qui sont avec moi, j’ai honte pour les Hommes qui me tiennent la main.
J’ai honte d’être telle que je suis…
Désolée Maman, je n’ai pas réussi…

‘Gé

Mon estomac , mon corps … et moi

oeil

25 ans, 1m59, 111kg … des chiffres oui! Mais qui pèse lourd sur ma vie !

D’abord un beau bébé joufflu puis une enfant aux bonnes joues, une ado rondelette ( 70 kg) pour finir à une adulte obèse .
Une femme jalouse maladive qui vit la peur au ventre que son mari ouvre enfin les yeux et se demande ce qu’il fait avec une baleine pareille.
Une mère honteuse de l’image qu’elle renvoi à son fils.
Une sœur , une amie complexée face aux autres.
Une fille mal à l’aise face à un père moqueur.

Mon estomac, mon allié, mon ennemi.

Une frustration ? un malaise? une colère? une tristesse ? toute émotion négative … BONJOUR LA BOUFFE ! Je me goinfre!
Mon estomac, mon allié !
Puis la honte, la culpabilité, la balance et encore 10kg de plus , puis 20 puis 30 …
Mon estomac , mon ennemi !

Des moments difficiles passent par là , ma copine la bouffe , mon alliée la boulimie et les voilà ces 111kg qui s’affichent sur la balance !
A la trappe la fille joviale et souriante. Du moins en apparence .
A l’intérieur , je suis mal , je me dégoûte , je me trouve immonde. Et plus je me dégoûte et plus je bouffe ! Totalement con mais si réconfortant !
Je ne me sens bien nul part.
Ni dans la rue où je regarde mes pompes pour ne croiser le regard inquisiteur de personne.
Ni dans les magasins où je ne vais plus car j’ai le sentiment que toutes les jolies nénettes me dévisagent en ce demandant ce que le cachalot fait là.
Pas même dans mon lit où bien qu’ayant un super beau et adorable mari qui m’a toujours aimé comme je suis, je persiste à me demander comment il fait en observant toute cette graisse.

Aprés avoir passé quelques années à être en conflit avec ce corps qui n’était pas le mien et cet estomac qui m’aime mais que je deteste, j’ai décidé qu’il était temps de dire STOP !
Aprés une procédure entamée en 2010 mais non aboutie (… pas le bon moment au final je pense) l’électrochoc !! !!
Cette fois s’en est trop! Je décroche le téléphone et je prends rdv chez le chirurgien et la SLEEVE se décide !

UN beau jour de 2011 ce foutu estomac est amputé de son tiers qui finit à la place qui lui revient de droit : LA POUBELLE !!
Malheureusement vont s’en suivre quelques mois de complications post op dont je vous passerez les détails.
Je dirai juste que j’ai beaucoup de chance d’être toujours en vie .

Voici un peu plus d’un an de ça et la balance affiche maintenant – 45kg !

Pourtant même si j’ai brutalement mis fin à mon conflit avec mon estomac celui avec mon corps perdure ..
Bras chauve souris, ventre en gelée, intérieur des cuisses qui pendouille, seins aussi !

Habillée je suis relativement satisfaite . Je dis relativement car à 66 kg idéalement j’aimerais me débarrassé encore de 6 kg . Mais je dis bien IDÉALEMENT mais si la perte de poids en reste là je serai très satisfaite quand même.

Nue c’est L’HORREUR !
Mon corps a 28 ans et en parait 20 ou 30 de plus …

Je peine à mesurer le chemin parcouru. Je me vois toujours obése.
J’ai retrouvé ma féminité mais je n’ose pas m’aventurer dans les magasins autres que ceux qui « acceptaient » mon 50/52 d’avant.
Je ne porte que des basiques, les extravagances c’est mon mari qui me forcent à les faires , je gueule sur le coup en lui disant qu’il ne me voit pas! Et quelques jours aprés , à force de me voir dans le vêtements je fini par lui dire qu’il a eu raison de m’obliger ^^
Je vois toujours ces bourrelets sur mes hanches, mon double menton … ( je pourrais faire encore une longue liste ^^)
La route sera encore longue vers la réconciliation avec mon miroir.
Un psy, la chirugie réparatrice …

Mais avant ce nouveau passage au bloc il va falloir affronter mes proches .
Mon mari, ma mére, mon frére, ma famille … mon fils et son regard inquiet lorsque j’évoque une nouvelle hospitalisation.
 » tu n’en a pas eu assez ?!! tu ne te rends pas compte? Tu ne te souviens pas de tel ou tel épisode?? ETC ETC …

Et bien si je m’en rappelle ! C’est même moi qui l’ai vécu, moi qui savait plus marché, moi qui est passé des semaines à l’hosto etc …
Mais si c’était à refaire je le referais !!
Oui je suis passée par une belle porte mais vivre dans ce corps obése, douloureux, lourd c’était aussi mourir mais à petit feu!

Alors oui je veux continuer.
C’est moi et moi seule qui suis face au miroir, qui pleurait seule sur la balance, qui rasait les mur pendant que les autres se baladez sereinement.

Sauf que je ne leur dirais pas !
Ils ont eu peur, ils ont eu mal et cette histoire n’est pas digérée pour eux tous .
Alors je vaix continuer à en parler de temps en temps pour que le truc face son chemin tranquillement et que dans un an quand ça deviendra bien concret l’idée ait fait son chemin et que ça passe mieux.

Moi, mon mini estomac et …. mon corps …

Mes marques que j’aime

marques
[Enfance. Ronde c’est sûre, je ne le vis pas si mal que ça en y repensant. A l’école, les garçons me crient que je suis grosse, je pleure, puis me relève.
Adolescence. Tout se complique. Gros problème familiaux, je prend du poids, j’ai beaucoup de crises de boulimie. Dépression. Phobie scolaire. 3 années loupées. Ma période noire, de la souffrance, de la souffrance partout, tout le temps.
Placement pour m ‘éloigner des problèmes de ma famille. Là, un renouveau. Plus de crise de boulimie, je mange bien, perds du poids, me sens belle. Je remonte la pente. Je vais bien, ma vie est belle. Je retourne chez moi.
Et paf. Par hasard plus qu’autre chose, je me découvre un masochiste physique. Première, et dernière jouissance masochiste. Je pensais pouvoir le gérer, après tout, cela me met dans un état d’euphorie intense. Et puis sont venues les pulsions. Les pulsions masochistes, le besoin de souffrir. Le besoin de jouir de cette douleur choisie. Mais je n’en veux pas. Trop jeune, avec trop de casseroles pour me faire du mal consciemment. Est-ce parce que la douleur a rythmé ma vie pendant si longtemps que j’ai besoin de souffrir ?
Le besoin est là. Je regarde les couteaux, les rasoirs d’un autre œil. Besoin.
Aujourd’hui, mon corps me trahi de la pire des manières. Il me demande, me supplie de lui faire du mal.

Besoin…]

J’avais écrit ce texte il y a exactement 6 jours. Mais aujourd’hui, je sais que ça ira, et que je pourrait vivre sans me laisser manger par mon masochisme. Parce qu’hier, j’ai fait l’amour avec mon ami, qui savait tout cela, qui a accepté de me faire mal, et accepté que je jouisse uniquement de mon masochisme. J’ai pu le laisser prendre en charge mon masochisme à ma place, et je l’en remercie. Parce que maintenant, je sais que ça ira.

Photo de mes marques, dont je suis tellement fière…

La vérité sort de la bouche des enfants

vérité
J’ai 31 ans, et mon poids, depuis dix ans maintenant, oscille entre 52 et 82 kilos, au gré de mon humeur. Je me suis habituée à ces rondeurs, et je les prends bien : je ne me sens pas tellement complexée, et je ne déteste pas, lorsque je vais aller à la plage, porter des bikinis, mon principal argument quand on me demande si ça ne me gêne pas que mon ventre soit visible étant « Celui qui n’est pas content, qu’il regarde ailleurs ! »
Je ne déplais pas aux hommes, ça aide. J’ai peut-être un petit quelque chose, je ne sais pas. On me drague dans la rue. Et, si depuis trois ans je partage mon quotidien avec le même homme, avant ça, je n’ai jamais manqué d’amoureux, et j’ai même eu une vie plus que légère à un moment donné, et ce quel que soit mon poids. Je pense que les hommes aiment les femmes rondes, quoi qu’ils en disent, et puis c’est tout…
J’ai essayé des régimes, c’est vrai. Histoire de pouvoir m’habiller comme je le voudrais, parce que je suis un peu coquette, et pour avoir la possibilité de porter des talons hauts sans risquer de me péter un genou à chaque pas. Pour des questions esthétiques plus que psychologiques, donc. Mais je n’ai jamais réussi, tout simplement parce que j’aime trop manger, et que me priver de nourriture revient pour moi à me priver de vie.
Donc, tout allait bien.
Jusqu’à… hier, en fait.
Hier, je vais aider une amie enceinte et déjà Maman de deux adorables monstres à monter une armoire, avec mon compagnon et un autre ami. Je cherche du matériel avant de commencer, accompagnée du petit dernier, que je n’ai vu que deux ou trois fois et qui n’a pas sa langue dans sa poche. Je ne sais même pas quel âge il a, mais vu que sa tête arrive au milieu de ma cuisse quand il est debout, et que je mesure 1m58, je ne pense pas qu’il doive avoir plus de 3 ans.
Je cherche une feuille de papier, et il gigote dans mes pattes en me tournant autour, en chantant et en riant, et je me marre avec lui. Et tout à coup, il se jette contre moi, tend sa petite main vers moi, sur la pointe des pieds, et appuie sur mon ventre en me disant, avec un grand sourire : « T’as quoi dans ton ventre ? »
Moment de stupeur…
Je le regarde, complètement paniquée. D’un côté, des milliers de réponses rigolotes pour enfants me viennent à l’esprit, et je m’apprête à lui répondre « Des pâtes, du chocolat, et du nougat… » ou un truc du genre, mais au même instant la vérité me frappe, et je lui réponds la vérité :  » Rien. »
Il rit franchement, et me dit, sans porter de jugement ni se moquer : « Ah, c’est juste ton bidon, alors ? » et court cherche son une paire de ciseaux pour m’aider à découper des étiquettes, sans plus penser à rien d’autre qu’à aider les grands à faire du bricolage.
Seulement voilà, moi, je reste plantée au milieu du salon, avec les larmes aux yeux…
J’avais bien conscience d’un désir d’enfant, avant ça, quand même, je ne suis pas stupide. Nous en avons parlé, avec mon compagnon, mais il dit que ça n’est pas le moment, que nos situations financières ne sont pas stables, et qu’il attend de voir si ça fonctionne vraiment entre nous, parce que nous avons eu des moments difficiles dont nous nous remettons lentement…
Mais de là à penser que je remplis mon ventre avec, justement, des pâtes du chocolat et du nougat, pour me donner inconsciemment l’illusion que je porte en moi autre chose que seulement moi, et donc du vide ? J’avoue que je n’en étais pas là.
Merci Naïm. Tu ne le sauras probablement jamais, et je n’ai pas encore pris de décision définitive, mais il se pourrait bien que tu sois à l’origine d’un déclic.
Il se pourrait bien, oui, que ta naïve logique d’enfant me permette de perdre ces kilos en trop si révélateurs, ou bien de quitter enfin cet homme qui retarde depuis trois ans le moment de féconder le ventre que je lui offre…