Mon corps doit payer

« Arrêtes un peu de plâner, tu n’es pas grosse ! »
C’est vrai. Je suis loin d’être grosse, je me faufile dans du 38, parfois même du 36.
Mes 50 kilos se répartissent aisément sur mon mètre 55.
Pourtant mon corps, je ne le supporte pas.

Je fuis les miroirs, j’évite les cabines d’essayages. La piscine dépasse de loin ma dose de courage, c’est à peine si j’accepte de plonger dans les vagues chaudes d’une mer d’été en tee-shirt et caleçon.
Ce corps je le déteste tellement que je le malmène. Je teste ses limites.
A coups de lames de rasoirs, de couteau, de cutter, de ciseau, de tout ce qui tranche, pique, rouvre les plaies, à vif. Il faut que cette peau saigne, soit abîmée, mutilée. Punie d’être ce que je suis. Les cathéters trouent pour des bijoux, les aiguilles des machines à tatouer y introduisent de l’encre, mes lobes s’érlagissent sous ma contrainte. Il faut que je domine ce que je hais. Je suis seule à pouvoir décider de ce que je te fais subir, saloperie de peau, saloperie de coprs.
L’intérieur ne fait pas exception. Avale des pilulles, aspire des traces, liquide les bouteilles d’alcools, enfonce l’aiguille au creux du bras, dans cette chair autrefois douce, devenue une carte de plaies et de bleues.

C’est plus fort que moi, au dela du rationnel, de toute pensée cohérente. Il faut que je fasse endurer à mon corps des épreuves toujours plus douloureuses, il faut qu’il paie de me faire sentir aussi mal chaque jour qui s’écoule.
Rien n’existe d’autre que la recherche d’un nouveau moyen de souffrir.

Lou – Mélusine.

Le mal dans la peau

 

Je ne me souviens plus comment ça a commencé, je pense que c’était il y a un an ou peut-être un peu plus.
Le mal est apparut discrètement, en grattant un bouton comme n’importe qui dans une salle de bain.
Puis deux, puis trois, puis un archarnement qui se termine en carnage.
La souffrance est vécut en voyant les dégâts, d’abord on cammoufle mais on sort quand même…

Ensuite vient la période où on se rend compte que le cammouflage des débuts est sans doute encore plus moche que les dégâts et où l’on voit que nos relations se ternissent car on est là mais insupportable car on ne se supporte pas..

Et là: L’isolement après les crises, la fuite, les annulations, les certificats médicaux, en attendant que ça cicatrise …

Pour vivre pendant quelques jours, profiter et puis…

Retomber, une bosse est apparue, il faut que j’arrache tout ça…

Et là, on recommence, on s’éloigne un peu plus…

J’ai commencé une lutte contre se mal dans la peau, accepter d’être imparfaite et vivre à nouveau

M’zelle.

Mon corps c’est moi

Je sais que ça à l’air con dit comme ça, mais il a fallu tellement d’années pour que le déclic se fasse dans ma tête. Mon corps, n’est pas le véhicule de mon esprit, il n’est pas mon ennemi, ni mon allier. Il n’a pas d’identité propre : c’est juste moi.

Je suis une victime de viols, avec un « s », sur dix ans, sept personnes sans liens entre elles autre que moi. Je suis aussi une victime de maltraitance, ceci explique cela. Dissociée de mon corps je n’ai pas compris que mes non devaient être entendus.

Ne me touchez pas, ne m’approchez pas, ne me parlez pas. Vos regards me brûlent la peau.

Mon corps en à chier, en plus de ce que les autres ont fait. Anorexie boulimie, scarifications, acné excoriée, alcool et drogues. Un jour j’ai péter les plombs, c’était trop, trop de douleur, trop de pression : hôpital psychiatrique. Les chaînes aux fenêtres, pas de rideau de douche (histoire de ne pas pouvoir se pendre avec), pas de siège de toilette (pour ne pas agresser le personnel). Médicaments, beaucoup de médicaments. Puis le déclic, mon corps c’est moi. J’ai pris du papier et j’ai écrit des lettres. J’ai rendu ce qu’on m’avait mis sur les épaules, il s’est passé ça – ça m’a fait ça – (et pour certains) si tu veux qu’on continue à se voir j’attends ça de toi. Réactions lâches en retour, quelques-unes étonnantes et bouleversantes. Je suis revenue à la vie civile.

Quelques années ont passé, sereines. Nous avons fait un enfant. Notre bébé est né chez lui, dans la douceur et le respect de nos corps. Je ne suis pas une petite chose fragile, je me suis rendue à moi-même.

J’aime mon corps, j’aime ces cicatrices, ces vergetures. J’aime mes seins qui me permettent de nourrir mon enfant. J’aime les rides qui commencent à apparaitre aux coins de mes yeux, marques des rires quotidiens avec les miens. Je suis fière de ma puissance.

Mon corps c’est mon histoire.

Mon corps c’est ma victoire.

 

En vers… et contre tout

« Le tout est de tout dire et je manque de mots
Et je manque de temps et je manque d’audace
Je rêve et je dévide au hasard mes images
J’ai mal vécu et mal appris à parler clair. »

(Paul Eluard, Tout dire)

I. Razorblade Rhapsody

Sur le fil elle danse, saute et glisse, sourde au mal ;

Elle tangue en cadence, pantin frêle et bancal.

Elle est celle qui naît, et qui libre, âme ardente,

Envoie sans bruit valser les démons qui la hantent.

Et ils fuient, flot carmin ! A mesure qu’en douceur

Se noient les lendemains : Elle est celle qui meurt.

II. Poika

Quand le monde s’éteint, et que la vie commence,

Que toutes les certitudes s’éloignent, s’enfuient,

Que la peur insidieuse s’éveille, sourde et rance,

L’instant se révèle, le jour succède à la nuit.

Zizanie viscérale, je comprends à présent,

Chemin sans retour, oui, sombre voie du silence,

Il est l’heure, il fait beau, viens à moi, il est temps,

Et enfin, dans un cri, enfin la délivrance.

Alors tes grands yeux bruns interrogent les miens,

Nous, rien que nous, et l’espoir de ce sacrifice,

Toi, sans défense, si calme, si serein et confiant,

Tous les matins du monde, et tous ces petits riens

Inondent d’allégresse le sommeil d’un fils.

[Poika : « Fils » en finnois.]

III. Zébrures

Il fut un temps de matins gris,

De jours pluvieux, de nuits glacées,

Il fut un temps, mon tout petit,

Où, étroitement enlacées,

Folie et moi ne faisions qu’un.

Pauvres amantes illusoires,

Nous exorcisions mon chagrin

Au fil du temps et du rasoir.

Je n’étais qu’ombre, sang et poussière,

Putride pantin dépravé,

Demain se mêlait à hier,

Le kaamos en moi régnait.

Il fut une éternelle nuit,

Il fut un soir puis un matin,

Et soudain, le tout premier cri,

La vie furieuse dans mes mains.

Je contemple encore aujourd’hui

Les sourdes marques du passé ;

Si tu savais, mon tout petit,

Tu m’as sauvé, si tu savais…

[Kaamos : mot finnois pour désigner la période hivernale durant

laquelle le jour ne se lève jamais dans les contrées nordiques]

 

 

 

Voilà.

Surtout ne voyez pas ici une quelconque volonté de se placer au dessus des autres par le fait d’écrire en vers.

Ce n’est pas ma faute.

Je ne sais pas dire autrement qu’en vers.

Et contre tout.

Mt 6.21 : Evangile selon Matthieu, chapitre 6, verset 21.

« Là où est ton trésor, là aussi sera ton coeur »

Talvi.

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Moi et mon « autre »

Mon corps et moi, on s’est perdu de vue il y a longtemps.

A cette époque, j’étais petite fille, je ne savais pas ce qu’être jolie signifiait, les gens m’aimaient pour des tas de raisons et moi je n’avais pas conscience de l’existence du concept de la beauté. Quand je me regardais dans le miroir, je me voyais, « moi ».

Et puis un jour, on me dit que je suis laide, que je suis grosse, que je ne suis pas jolie …

Mais moi dans le miroir, je me vois toujours pareil, rien n’a changé.

Et depuis ce temps-là, j’ai deux corps : celui qui est dans ma tête, celui que je vois dans le miroir, « moi », et l’autre, celui que les gens voient, celui qui incite aux moqueries, aux méchancetés.

J’aimais le premier, je détestais le deuxième ; comment aimer quelque chose qui ne vous apporte que des ennuis ? …

Je ne me sentais moi qu’avec le premier corps, quand je me regardais dans le miroir, quand je pensais à moi, je me voyais telle que je me l’imaginais …

J’ai mis du temps à comprendre que je devais faire la paix avec ce deuxième corps, le vrai corps, celui de la réalité.

La méthode que j’ai choisi n’était peut-être pas la plus sage …

Il est difficile d’expliquer l’automutilation en commençant par dire qu’on a jamais recherché la souffrance.

Peut-être en disant que c’était un moyen de faire de mon corps « mon œuvre », la toile d’expression de mes désirs, de mes joies et de mes peines.

En faisant ça, j’étais fière, chaque plaie, chaque cicatrice était ma marque sur un corps dont j’étais si loin que j’avais l’impression qu’il ne m’appartenait pas.

Quand je voyais la cicatrice en forme du logo de mon groupe préféré, je me disais « Oui, ça c’est bien moi ! »

Le sang aussi était important ; j’ai toujours aimé voir mon sang, la preuve que je suis vivante.

La douleur, j’essayais de la supporter, mais j’aurais aimé l’éviter. Je la remercie aujourd’hui, c’était ma limite, celle qui m’a empêchée de tomber trop loin.

Les cicatrices, je n’en voulais pas ; ma démarche était personnelle, les autres n’avaient surtout pas à être au courant, c’était une histoire entre moi et mon corps. Mais pour garder des traces, j’ai pris des photos …

Aujourd’hui, je suis en paix avec mon second corps.

J’ai admis son existence, j’arrive même à l’aimer par moments.

J’ai gardé quelques cicatrices, involontairement : 3 lignes sur le haut de la cuisse, deux sur le bras gauche, et la rune Eolh (symbole de protection face au destin) sur le sein droit ; je ne regrette pas cette période, mais je suis contente qu’elle soit derrière moi.

Et je rêve du jour où mes deux corps ne feront plus qu’un, le jour où ma tête et la réalité se rejoindront, et où je n’aurais plus qu’à être « moi ».

Joan Liv

Un histoire de tache

Ma tache.

Ma petite tache, jolie. Je l’aime cette tache, ronde, discrète, pigmentée d’une belle couleur caramel. Elle donne envie de mordre dedans, pour vérifier si ce n’est pas un caramel breton échoué sur ma peau.

Elle est en haut de ma cuisse, sur l’extérieur.

Petite erreur de programmation de répartition de mélanine, moi qui est une peau très blanche, je trouve ça cocasse.

Cette petite tâche je l’aime parce qu’elle est a moi. Personne ne m’a dit qu’il ne l’aimais, jamais non plus qu’il la détestait. Personne ne m’a dt que je devrait l’enlever, ou la faire blanchir, personne ne l’a jamais regardé avec dégoût, vous savez cette moue que l’on essaye d’effacer au moment ou on se rend compte l’avoir faite.

Ô oui je l’aime cette tache, elle me suit depuis l’enfance, « une tache de naissance ». C’est la seule chose que j’aime regarder chez moi. Elle ajoute ce petit côté asymétrique a ma silhouette, comme une mouche sur le fard d’une noble dame de temps moyenâgeux.

Mais surtout, elle me permet de me concentrer sur un point, sur ce point quand je suis face a un miroir. Pour regarder quelque chose, comme une mire, plutôt que de regarder le reste, ce reste boursouflé, ce menton dédoublé, le gras du ventre qui fait un bisous lascif des plus nauséeux. J’ai été jolie, mais ce n’est qu’aujourd’hui que je le vois, sur ces photo qu’on m’a volé l’époque. Un joli visage fin, des yeux en amande aux couleurs changeante, un petit nez en trompette même que quand je bronze j’ai une trace clair a sa base. Des cheveux noirs qui boucle en anglaise naturellement, même si c’est une horreur a démêler le matin, c’est joli et sans trop de peine.

Oui mais a l’époque j’avais mal, mal en dedans de trop de question sans réponses, d’un père trop porté sur le tonneau et une maman a qui je refusais de parler d’autre chose que de la météo. Et cette douleur, si sourde et si poignante, silencieuse. Bonne élève, musicienne, vive d’esprit, mais mal a s’en couper la peau, le soir, en haut des bras pour pouvoir le cacher avec un t-shirt. Et puis une fois le rasoir disparu, je n’ai jamais su comment exactement, même si je suppose que ma mère l’a trouvé et jeté, je me suis mise a manger.

A quoi bon faire attention, j’ai d’autre nœud a régler. Et puis manger ça rempli, et finalement un manque se comble de chocolat en bonbon, voire même boite de ravioli froids, juste comme ça en sortant de la supérette, faut pas que maman me voie manger. En plus je mange moins aux repas, tout le monde est content.

Et voilà le joli corps généreux, puis enrobé, puis gros, puis carrément dégoûtant. Avec des haut et des bas.

Aujourd’hui, je ne regarde pas. Je casse la gueule a des gâteaux quand je sens mes nerf en pelote, et puis tant pis advienne que pourra, pire ne serait pas si grave, au point où j’en suis.

Alors dans mon miroir, le matin, je regarde ma tache. Ma jolie tache caramel, là juste là. Et je l’aime.

Ma plaie de la honte

Cette photo c’est ma cicatrice. Celle que je me suis faite quand j’avais 16 ans.

A 16 ans j’ai voulu mourir, j’y suis presque arrivée.

A 16 ans j’étais mal dans ma peau, malheureuse. J’étais la grosse de service, celle qui ne valait rien. J’étais celle dont tout le monde se moquait

A 16 ans j’étais seule face à la cruauté et la violence de certains

A 16 ans je n’attendais plus rien de la vie.

A 16 ans j’ai pris un rasoir et j’ai minutieusement oté les lames. Puis j’ai coupé. Ca fait mal. Très mal. Puis en quelques minutes la douleur s’estompe.

A 16 ans, le 17 Février 2001, je m’ouvre le poignet. J’en ai fini avec la vie. Du moins je le croyais car elle n’en a pas fini avec moi.

 

Ma mère me trouve. Inconsciente. Elle appelle les secours. Ils arrivent à me « récupérer ». J’entrouve les yeux. Mes parents sont en larmes. Je m’évanouie à nouveau.

 

Je me réveille à l’hôpital. Vivante. Mince alors ! Pourquoi j’ai échoué ? Puis vint la valse des parents et famille inquiéts pour moi. Et les médecins. Et le psy.

 

« Mais pourquoi as tu fais ça ???? »

Et je déballe tout ce que j’ai sur le coeur. Je leur parle de cette camarade de classe qui me donne des coups dans le pubis « pour voir si cela fait aussi mal que chez les mecs » (oui ça fait!)

Je leur parle de cet écartement permanent d’avec les autres. De ces humiliations. De mon besoin de me goinfrer pour oublier tout ça. Des kilos que je prends et qui amènent d’autres moqueries.

Je leur parle. Je parle. Cela faisait des années, depuis mon entrée au collège, que je gardais ça pour moi.

 

Les larmes coulent. Celles de mes parents aussi. Ils s’en veulent de n’avoir rien vu. Je m’en veux de leur faire subir ça.

 

Je change de lycée. Je m’inscrit au club de théâtre pour « m’ouvrir » aux autres. Je rencontre Frédéric.

Fred c’est l’homme de ma vie. J’ai alors 17 ans et je suis amoureuse. Fred c’est celui qui me fait rire. C’est celui qui ne voit pas mes « rondeurs ».

Fred c’est aussi mon prof. Il a 35 ans. Alors on se cache. Mais peu m’importe IL M’AIME, ON s’aime ! Il est beau, il me fait rire.

 

Pour mon 18ème anniversaire le 17 Février il me demande en mariage.

 

Cette cicatrice me rappelle à quel point j’ai souffert des autres. Mais elle me rappelle aussi à quel point j’ai pû faire souffrir mes proches avec cet acte stupide.

Cette cicatrice fait partie de moi. Parfois elle « gonfle » ou bien « rougis ». J’essaye de la cacher, avec une montre, un bracelet ou du maquillage.

Je suis heureuse de m’être loupée. Sans ça je ne serais pas la femme que je suis aujourd’hui.

Cette cicatrice je l’appelle « la plaie de la honte » car au final j’ai bien honte d’avoir voulu rompre avec la vie.

Car la vie m’avait réservée un avenir radieux. Auprès de mon mari et de nos deux enfants.

 

Aujourd’hui je suis heureuse de pouvoir dire merci à la vie de m’avoir donnée une seconde chance

 

 

MERCI LA VIE