Une vie avec mon corps

Depuis aussi loin que je m’en souvienne, il y a deux chose dans ma vie : mon corps et moi.

Ce n’est pas un ennemi, ni un ami, je ne le considère pas, et il semble que lui non plus. Le secret arrangement de ceux qui doivent cohabiter mais qui se savent trahi. Qui a commencé ce cercle vicieux ? Je ne me dérobe pas, je dirais que nous ni sommes ni lui ni moi pour grand chose : la force des chose en somme.

Je suis née sans identité, d’une mère trop jeune qui n’a pas su quoi faire de moi, d’un père absent qui n’avait même pas connaissance de mon existence, et j’ai fini chez un oncle qui lui n’aurait pas trouver à y redir. Je connais bien ma mère maintenant, et je sais que ce qu’elle a fait, ce n’est que par ignorance, or je ne peut pas en vouloir aux ignorants : il patissent de leur propres péchers.

Cet oncle donc. J’avais bien un nom, mais pas de parole, à quelques mois à peine, c’était déjà mon corps qu’il maitrisait, sans avoir voulu faire de moi qui que ce soit. Mon corps, qui passait les premiers mois, les premières années, se mit à me trahir. Ces mains qui passent sur vous et qui vous rebuttent, mais vos reins qui se cambre tout de même avec force, comme un défi contre vous même. Cette haine que l’on ressent face au viol, mais qui n’existe pas réellement face au plaisir lorsque vous ne savez même pas qu’il s’agit d’un viol. Que pour vous c’est la seule marque d’affection qui vous donne une existence. Et ce corps, se traite, qui jouit quand vous voulez pleurer.

Ça finit par passer, les abbominations rejoignent leur frères en enfer (qu’il y reste! Je n’était pas la seule.). On rentre alors dans un socièté différente, le foyer est pour les enfants ce que la colocation forcée seras plus tard pour d’autre. J’avais quoi, six ans, et je ne connaissait pas encore le terme d’intimité. Quel était ce monde ou la sexualité était tabou pour de soit disante raison d’âge ? Je ne percevais pas d’autre marques d’affection, or mon corps en réclamait. Je me déshabiller devant ses petits garçons qui n’avait jamais vu de fille, les inviter à toucher. Puis je me cachait pour pleurer, avec l’impression que cette fois ci, c’était moi qui les avaient violer.

Ma mère reviens dans ma vie, me fait sortir de cet endroit. Quelques années, je connais le bonheur, j’ai beaucoup « d’amoureux », mais je ne me trouve satisfait par aucun, qui eux se contente d’un bisou rapide les lèvres fermées pour croire en l’amour. Pendant ce temps là, mon corps refuse de grandir, mais mon esprit va trop vite pour lui. Je ne prend pas un centimètre, et je perds du poids, je suis maigre à m’en casser les os en saisissant un objet. Pourtant je n’ai pas de problème avec la nourriture, j’ai un appétit démentielle, et à 10 ans j’avale plus de nourriture qu’un adulte à la même table. Et je n’aime pas mon corps. Je fais 1m35, 21kg, j’ai des hanches déjà large pour mon âge, mais qui sont bien trop sayante, je suis déjà obligée de porter des soutiens groge alors que les autres filles n’ont même pas une brassière. A croire que tout ce que j’avale se fourre dans ma poitrinne. Et j’ai un réel problème avec le sexe.

Ce que mon corps ne m’octroie pas, je le fais par autorité. Je suis violente, je n’apprècie pas les gens de mon âges, je ne suis qu’avec des plus grands, à peine dix ans je fume, je bois, je baise. La sainte trinité. Je m’échappe par là, j’ai une répartie suffisante pour que des garçons bien plus âgés finissent par la fermer et s’occuper de moi. Mais je ne retrouve aucun plaisir. J’essaye juste de cacher par là que j’ai vraiment un problème avec le sexe, avec mon corps. Je le maltraite, je me frappe, je me brûle, je me griffe au sang, mais toujours à des endroits que les gens extérieur ne voient pas : le dos, le haut du ventre, l’intérieur des cuisses. Mon corps me fait mal à force de ne pas ressentir de plaisir, et au bout de trois mois, je me mets à vomir de faççon innexpliquer, ma mère me fait passer des test, le verdict tombe. Mon corps se rebiffe, je suis diabétique insulino dépendante. Le salaud. Mais les premiers temps du traitement, je reprend du poids, mais je ne grandit toujours pas. Je me cache au mieux pour commettre mes méfaits, une bouteil par ici, une clope par là. Ma mère travail et n’ai jamais là, ça aide. Et puis arrive mon beau père.

De suite, je ne l’aime pas, et lui non plus. Dans la rue, mon physique et ma réputation me permette à onze ans d’attirer les regards, mais lui m’ignore magnifiquement. Alors je me mets à detester le seul coupable qui soit à ma porter. Mon corps. Quelque chose doit clocher. J’ai pris trop de poids sans doute (après coup, 30kg pour 1m 42 ne me semble pas tant que ça!). Alors j’arrète de me soigner. Sa marche magnifiquement bien, je perd 10kg en 2 mois. Mais je perds aussi la raison. Les hyperglycémie me rendent folles et je me remets à me mutiler : la nuit, je me bande les membre jusqu’à ce que le sang ne circule plus, j’attend un bon moment, puis je relache la pression d’un coup, la douleur suffit à me faire gémir. J’ai alors un déclic, je ne ressent plus de plaisir par le sexe, je le ressentirait par la douleur. Je m’enfonce des aiguilles un peu partout, je m’oblige à rester dans les positions les plus inconfortables jusqu’à ce que des bleus se forment, je me frappe, je me gifle, je m’arrache les cheveux et la peau. Mais je reste raisonnable, car mon corps reste la seule chose qui me permet de me faire remarquer. Du moins je le croyais.

Mon beau père continue de m’ignorer, et après 2 mois sans me soigner correctement et à m’infliger des traitement sado-masochiste, je tombe dans le coma. Je deteste encore plus mon corps à mon reveil, qui m’a trahi sans me laisser aller jusqu’au bout. J’ai des sequelles, mes reins fonctionnent bizarrement, je suis complétement dessécher, j’ai le foi stéatosé, et surtout, on s’inquiète de ma fertilité. Si il y a bien une chose que je ne veut pas, c’est être priver du choix d’avoir un enfant.

Je retourne au collège, décider à m’assagir, mais ma mère est tomber enceinte entre deux. On a de gros problème d’argent, et ça me préoccupe presque plus qu’elle. Ma sœur née, l’accouchement se passe mal et il découvre à ma mère des problème cardiaques dont il faut urgemment s’occuper. J’ai douze ans, mon beau père est absent, je devient maman par la force des chose. Ma sœur ne me quitte plus, je l’mmène au collège avec moi. J’habite une banlieu difficile, ils comprennent la situation, et les surveillant font les baby sitter pendant les heures de cours, ça tiens les élèves plus calmes, elle est tellement mignone que personne ne veut l’abimer. Mon corps finit par ressentir le poids d’un enfants, non sur le physique, mais la fatigue, la pression, la résponsabilité me laisse des traces. Je suis pâle comme une morte, je maigris encore, j’ai des cernes jusqu’en bas du visage, les yeux rouges, mal au dos de tout le temps la porter… Mais au moins je ne me fait plus souffrir pour rien. Maintenant qu’elle est là, je ne recommencerait plus, je prends conscience que des choses bien plus importante mérite mon attention. Mais ma mère sort de l’hopitale, ma sœur n’est plus à moi. C’est premiers mots, c’est à moi qu’elle dit, et c’est « maman ». alors comme une mère je décide de sacrifier ce que j’ai, et je n’en ai qu’une. Ma sœur n’a plus besoin de mes bras pour la porter, alors à treize ans je me prostitue pour lui offrir les cadeaux que nos problèmes d’argent ne lui permette pas d’avoir. Je redécouvre le sexe, cette chose qui dissocie tant mon corps et mon esprit, car je découvre que si je ferme les yeux, peu importe qui il y a en face, mon corps à les mécanismes suffisants pour réagir instinctivement. Je m’endors pendant mes rapports sans que ses hommes ne s’en aperçoivent. Et puis un jour, je tombe de douleur, une douleur au bas ventre insoutenable. Le diagnostique tombe, j’ai un cancer. Minime, un cancer de l’appendice. Mais quand même… entre mon corps et moi, les coups, c’est chacun son tour.

Sortie de là, je décide de me reprendre en main, mais je rechute de temps en temps. J’ai pris vingt centimètre en 2 mois après l’opèration. Je n’ai jamais dépasser les 50 kg pour 1m70, mais c’est encore trop, il faut que je rende les coups après ce qu’il m’a fait ! Alors je boit, je boit, je boit encore, et à quinze ans je me retrouve complétement alcoolique. Je rencontre quelqu’un, on flirt, on sort ensemble, on couche ensemble, et finnalement on s’aime. Alcoolique lui aussi. Sa me fait prendre conscience, j’ai peur de ce que je suis devenue, de ce que je fais subir, non plus juste à mon corps, mais à moi même ! Alors je part, j’emménage chez mon père, retrouver quelques années avant, à 800km de là où j’ai grandit. Je pense pouvoir repartir à zéro, mais mon corps me trahi encore. Le sevrage est compliquer, mon corps tremble tout seul, il voit des chose qui n’existe pas, se sent en danger. Alors je retombe dans le piège. Je couche pour une bouteille de rhum, une barrette de shit. Sa dure plusieurs semaines, mais je prends peur. Sa fait quinze ans que mon corps est maltraité, abusée, tromper, trahi, frapper, humilier. Ma sœur loin, je me rend compte à quel point ce désir d’enfant me dévore. Et je rencontre un homme, l’homme qui changea, et continue de changer ma vie. J’ai tout quitter, études, famille, domicile, et j’ai emmenager avec lui. J’ai arréter de maltraité mon corps. Je suis tomber enceinte à 17 ans, mais j’ai fait une fausse couche. J’ai compris le message. Mon corps me disait « écoute, ça peut se négocier, si tu reste bien avec moi, je ne t’embéterait plus, mais je te rend le dernier coups, pour la forme ». C’était le coup de trop. Une grosse dépression, je quitte mon ami. Je fréquente d’autre type et je prend peur : mon corps continue à prendre des décision seul ! Je couche avec ses hommes en dormant, sans m’en rendre compte, à mon inssue et pourtant de mon fait à leur dire. Je les crois. Mais j’ai peur, car je ne maitrise pas. Je ne veut pas tomber enceinte d’un inconnue, ou chopper une saleté à cause d’une nymphomanie sommanbulique. Je n’ose pas consulter, car j’ai honte. Et je retrouve cet homme qui à tout changer. Lui, pendant mon sommeil, il ne me fait pas l’amour. Il me fait parler, il me fait expliquer pourquoi je fais ça.

Apparement, mon corps à beaucoup de chose à dire, il lui manquait juste de l’écoute. Maintenant, je m’aime, j’aime mon corps, je suis devenue quelqu’un, et non plus juste quelque chose. Et j’ai un ami merveilleux qui accepte de sacrifier son sommeil à cette thérapie nocturne encore aujourd’hui.

Zeeva.

Mon corps doit payer

« Arrêtes un peu de plâner, tu n’es pas grosse ! »
C’est vrai. Je suis loin d’être grosse, je me faufile dans du 38, parfois même du 36.
Mes 50 kilos se répartissent aisément sur mon mètre 55.
Pourtant mon corps, je ne le supporte pas.

Je fuis les miroirs, j’évite les cabines d’essayages. La piscine dépasse de loin ma dose de courage, c’est à peine si j’accepte de plonger dans les vagues chaudes d’une mer d’été en tee-shirt et caleçon.
Ce corps je le déteste tellement que je le malmène. Je teste ses limites.
A coups de lames de rasoirs, de couteau, de cutter, de ciseau, de tout ce qui tranche, pique, rouvre les plaies, à vif. Il faut que cette peau saigne, soit abîmée, mutilée. Punie d’être ce que je suis. Les cathéters trouent pour des bijoux, les aiguilles des machines à tatouer y introduisent de l’encre, mes lobes s’érlagissent sous ma contrainte. Il faut que je domine ce que je hais. Je suis seule à pouvoir décider de ce que je te fais subir, saloperie de peau, saloperie de coprs.
L’intérieur ne fait pas exception. Avale des pilulles, aspire des traces, liquide les bouteilles d’alcools, enfonce l’aiguille au creux du bras, dans cette chair autrefois douce, devenue une carte de plaies et de bleues.

C’est plus fort que moi, au dela du rationnel, de toute pensée cohérente. Il faut que je fasse endurer à mon corps des épreuves toujours plus douloureuses, il faut qu’il paie de me faire sentir aussi mal chaque jour qui s’écoule.
Rien n’existe d’autre que la recherche d’un nouveau moyen de souffrir.

Lou – Mélusine.

Le mal dans la peau

 

Je ne me souviens plus comment ça a commencé, je pense que c’était il y a un an ou peut-être un peu plus.
Le mal est apparut discrètement, en grattant un bouton comme n’importe qui dans une salle de bain.
Puis deux, puis trois, puis un archarnement qui se termine en carnage.
La souffrance est vécut en voyant les dégâts, d’abord on cammoufle mais on sort quand même…

Ensuite vient la période où on se rend compte que le cammouflage des débuts est sans doute encore plus moche que les dégâts et où l’on voit que nos relations se ternissent car on est là mais insupportable car on ne se supporte pas..

Et là: L’isolement après les crises, la fuite, les annulations, les certificats médicaux, en attendant que ça cicatrise …

Pour vivre pendant quelques jours, profiter et puis…

Retomber, une bosse est apparue, il faut que j’arrache tout ça…

Et là, on recommence, on s’éloigne un peu plus…

J’ai commencé une lutte contre se mal dans la peau, accepter d’être imparfaite et vivre à nouveau

M’zelle.

Mon corps c’est moi

Je sais que ça à l’air con dit comme ça, mais il a fallu tellement d’années pour que le déclic se fasse dans ma tête. Mon corps, n’est pas le véhicule de mon esprit, il n’est pas mon ennemi, ni mon allier. Il n’a pas d’identité propre : c’est juste moi.

Je suis une victime de viols, avec un « s », sur dix ans, sept personnes sans liens entre elles autre que moi. Je suis aussi une victime de maltraitance, ceci explique cela. Dissociée de mon corps je n’ai pas compris que mes non devaient être entendus.

Ne me touchez pas, ne m’approchez pas, ne me parlez pas. Vos regards me brûlent la peau.

Mon corps en à chier, en plus de ce que les autres ont fait. Anorexie boulimie, scarifications, acné excoriée, alcool et drogues. Un jour j’ai péter les plombs, c’était trop, trop de douleur, trop de pression : hôpital psychiatrique. Les chaînes aux fenêtres, pas de rideau de douche (histoire de ne pas pouvoir se pendre avec), pas de siège de toilette (pour ne pas agresser le personnel). Médicaments, beaucoup de médicaments. Puis le déclic, mon corps c’est moi. J’ai pris du papier et j’ai écrit des lettres. J’ai rendu ce qu’on m’avait mis sur les épaules, il s’est passé ça – ça m’a fait ça – (et pour certains) si tu veux qu’on continue à se voir j’attends ça de toi. Réactions lâches en retour, quelques-unes étonnantes et bouleversantes. Je suis revenue à la vie civile.

Quelques années ont passé, sereines. Nous avons fait un enfant. Notre bébé est né chez lui, dans la douceur et le respect de nos corps. Je ne suis pas une petite chose fragile, je me suis rendue à moi-même.

J’aime mon corps, j’aime ces cicatrices, ces vergetures. J’aime mes seins qui me permettent de nourrir mon enfant. J’aime les rides qui commencent à apparaitre aux coins de mes yeux, marques des rires quotidiens avec les miens. Je suis fière de ma puissance.

Mon corps c’est mon histoire.

Mon corps c’est ma victoire.

 

En vers… et contre tout

« Le tout est de tout dire et je manque de mots
Et je manque de temps et je manque d’audace
Je rêve et je dévide au hasard mes images
J’ai mal vécu et mal appris à parler clair. »

(Paul Eluard, Tout dire)

I. Razorblade Rhapsody

Sur le fil elle danse, saute et glisse, sourde au mal ;

Elle tangue en cadence, pantin frêle et bancal.

Elle est celle qui naît, et qui libre, âme ardente,

Envoie sans bruit valser les démons qui la hantent.

Et ils fuient, flot carmin ! A mesure qu’en douceur

Se noient les lendemains : Elle est celle qui meurt.

II. Poika

Quand le monde s’éteint, et que la vie commence,

Que toutes les certitudes s’éloignent, s’enfuient,

Que la peur insidieuse s’éveille, sourde et rance,

L’instant se révèle, le jour succède à la nuit.

Zizanie viscérale, je comprends à présent,

Chemin sans retour, oui, sombre voie du silence,

Il est l’heure, il fait beau, viens à moi, il est temps,

Et enfin, dans un cri, enfin la délivrance.

Alors tes grands yeux bruns interrogent les miens,

Nous, rien que nous, et l’espoir de ce sacrifice,

Toi, sans défense, si calme, si serein et confiant,

Tous les matins du monde, et tous ces petits riens

Inondent d’allégresse le sommeil d’un fils.

[Poika : « Fils » en finnois.]

III. Zébrures

Il fut un temps de matins gris,

De jours pluvieux, de nuits glacées,

Il fut un temps, mon tout petit,

Où, étroitement enlacées,

Folie et moi ne faisions qu’un.

Pauvres amantes illusoires,

Nous exorcisions mon chagrin

Au fil du temps et du rasoir.

Je n’étais qu’ombre, sang et poussière,

Putride pantin dépravé,

Demain se mêlait à hier,

Le kaamos en moi régnait.

Il fut une éternelle nuit,

Il fut un soir puis un matin,

Et soudain, le tout premier cri,

La vie furieuse dans mes mains.

Je contemple encore aujourd’hui

Les sourdes marques du passé ;

Si tu savais, mon tout petit,

Tu m’as sauvé, si tu savais…

[Kaamos : mot finnois pour désigner la période hivernale durant

laquelle le jour ne se lève jamais dans les contrées nordiques]

 

 

 

Voilà.

Surtout ne voyez pas ici une quelconque volonté de se placer au dessus des autres par le fait d’écrire en vers.

Ce n’est pas ma faute.

Je ne sais pas dire autrement qu’en vers.

Et contre tout.

Mt 6.21 : Evangile selon Matthieu, chapitre 6, verset 21.

« Là où est ton trésor, là aussi sera ton coeur »

Talvi.

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Moi et mon « autre »

Mon corps et moi, on s’est perdu de vue il y a longtemps.

A cette époque, j’étais petite fille, je ne savais pas ce qu’être jolie signifiait, les gens m’aimaient pour des tas de raisons et moi je n’avais pas conscience de l’existence du concept de la beauté. Quand je me regardais dans le miroir, je me voyais, « moi ».

Et puis un jour, on me dit que je suis laide, que je suis grosse, que je ne suis pas jolie …

Mais moi dans le miroir, je me vois toujours pareil, rien n’a changé.

Et depuis ce temps-là, j’ai deux corps : celui qui est dans ma tête, celui que je vois dans le miroir, « moi », et l’autre, celui que les gens voient, celui qui incite aux moqueries, aux méchancetés.

J’aimais le premier, je détestais le deuxième ; comment aimer quelque chose qui ne vous apporte que des ennuis ? …

Je ne me sentais moi qu’avec le premier corps, quand je me regardais dans le miroir, quand je pensais à moi, je me voyais telle que je me l’imaginais …

J’ai mis du temps à comprendre que je devais faire la paix avec ce deuxième corps, le vrai corps, celui de la réalité.

La méthode que j’ai choisi n’était peut-être pas la plus sage …

Il est difficile d’expliquer l’automutilation en commençant par dire qu’on a jamais recherché la souffrance.

Peut-être en disant que c’était un moyen de faire de mon corps « mon œuvre », la toile d’expression de mes désirs, de mes joies et de mes peines.

En faisant ça, j’étais fière, chaque plaie, chaque cicatrice était ma marque sur un corps dont j’étais si loin que j’avais l’impression qu’il ne m’appartenait pas.

Quand je voyais la cicatrice en forme du logo de mon groupe préféré, je me disais « Oui, ça c’est bien moi ! »

Le sang aussi était important ; j’ai toujours aimé voir mon sang, la preuve que je suis vivante.

La douleur, j’essayais de la supporter, mais j’aurais aimé l’éviter. Je la remercie aujourd’hui, c’était ma limite, celle qui m’a empêchée de tomber trop loin.

Les cicatrices, je n’en voulais pas ; ma démarche était personnelle, les autres n’avaient surtout pas à être au courant, c’était une histoire entre moi et mon corps. Mais pour garder des traces, j’ai pris des photos …

Aujourd’hui, je suis en paix avec mon second corps.

J’ai admis son existence, j’arrive même à l’aimer par moments.

J’ai gardé quelques cicatrices, involontairement : 3 lignes sur le haut de la cuisse, deux sur le bras gauche, et la rune Eolh (symbole de protection face au destin) sur le sein droit ; je ne regrette pas cette période, mais je suis contente qu’elle soit derrière moi.

Et je rêve du jour où mes deux corps ne feront plus qu’un, le jour où ma tête et la réalité se rejoindront, et où je n’aurais plus qu’à être « moi ».

Joan Liv

Un histoire de tache

Ma tache.

Ma petite tache, jolie. Je l’aime cette tache, ronde, discrète, pigmentée d’une belle couleur caramel. Elle donne envie de mordre dedans, pour vérifier si ce n’est pas un caramel breton échoué sur ma peau.

Elle est en haut de ma cuisse, sur l’extérieur.

Petite erreur de programmation de répartition de mélanine, moi qui est une peau très blanche, je trouve ça cocasse.

Cette petite tâche je l’aime parce qu’elle est a moi. Personne ne m’a dit qu’il ne l’aimais, jamais non plus qu’il la détestait. Personne ne m’a dt que je devrait l’enlever, ou la faire blanchir, personne ne l’a jamais regardé avec dégoût, vous savez cette moue que l’on essaye d’effacer au moment ou on se rend compte l’avoir faite.

Ô oui je l’aime cette tache, elle me suit depuis l’enfance, « une tache de naissance ». C’est la seule chose que j’aime regarder chez moi. Elle ajoute ce petit côté asymétrique a ma silhouette, comme une mouche sur le fard d’une noble dame de temps moyenâgeux.

Mais surtout, elle me permet de me concentrer sur un point, sur ce point quand je suis face a un miroir. Pour regarder quelque chose, comme une mire, plutôt que de regarder le reste, ce reste boursouflé, ce menton dédoublé, le gras du ventre qui fait un bisous lascif des plus nauséeux. J’ai été jolie, mais ce n’est qu’aujourd’hui que je le vois, sur ces photo qu’on m’a volé l’époque. Un joli visage fin, des yeux en amande aux couleurs changeante, un petit nez en trompette même que quand je bronze j’ai une trace clair a sa base. Des cheveux noirs qui boucle en anglaise naturellement, même si c’est une horreur a démêler le matin, c’est joli et sans trop de peine.

Oui mais a l’époque j’avais mal, mal en dedans de trop de question sans réponses, d’un père trop porté sur le tonneau et une maman a qui je refusais de parler d’autre chose que de la météo. Et cette douleur, si sourde et si poignante, silencieuse. Bonne élève, musicienne, vive d’esprit, mais mal a s’en couper la peau, le soir, en haut des bras pour pouvoir le cacher avec un t-shirt. Et puis une fois le rasoir disparu, je n’ai jamais su comment exactement, même si je suppose que ma mère l’a trouvé et jeté, je me suis mise a manger.

A quoi bon faire attention, j’ai d’autre nœud a régler. Et puis manger ça rempli, et finalement un manque se comble de chocolat en bonbon, voire même boite de ravioli froids, juste comme ça en sortant de la supérette, faut pas que maman me voie manger. En plus je mange moins aux repas, tout le monde est content.

Et voilà le joli corps généreux, puis enrobé, puis gros, puis carrément dégoûtant. Avec des haut et des bas.

Aujourd’hui, je ne regarde pas. Je casse la gueule a des gâteaux quand je sens mes nerf en pelote, et puis tant pis advienne que pourra, pire ne serait pas si grave, au point où j’en suis.

Alors dans mon miroir, le matin, je regarde ma tache. Ma jolie tache caramel, là juste là. Et je l’aime.

Ma plaie de la honte

Cette photo c’est ma cicatrice. Celle que je me suis faite quand j’avais 16 ans.

A 16 ans j’ai voulu mourir, j’y suis presque arrivée.

A 16 ans j’étais mal dans ma peau, malheureuse. J’étais la grosse de service, celle qui ne valait rien. J’étais celle dont tout le monde se moquait

A 16 ans j’étais seule face à la cruauté et la violence de certains

A 16 ans je n’attendais plus rien de la vie.

A 16 ans j’ai pris un rasoir et j’ai minutieusement oté les lames. Puis j’ai coupé. Ca fait mal. Très mal. Puis en quelques minutes la douleur s’estompe.

A 16 ans, le 17 Février 2001, je m’ouvre le poignet. J’en ai fini avec la vie. Du moins je le croyais car elle n’en a pas fini avec moi.

 

Ma mère me trouve. Inconsciente. Elle appelle les secours. Ils arrivent à me « récupérer ». J’entrouve les yeux. Mes parents sont en larmes. Je m’évanouie à nouveau.

 

Je me réveille à l’hôpital. Vivante. Mince alors ! Pourquoi j’ai échoué ? Puis vint la valse des parents et famille inquiéts pour moi. Et les médecins. Et le psy.

 

« Mais pourquoi as tu fais ça ???? »

Et je déballe tout ce que j’ai sur le coeur. Je leur parle de cette camarade de classe qui me donne des coups dans le pubis « pour voir si cela fait aussi mal que chez les mecs » (oui ça fait!)

Je leur parle de cet écartement permanent d’avec les autres. De ces humiliations. De mon besoin de me goinfrer pour oublier tout ça. Des kilos que je prends et qui amènent d’autres moqueries.

Je leur parle. Je parle. Cela faisait des années, depuis mon entrée au collège, que je gardais ça pour moi.

 

Les larmes coulent. Celles de mes parents aussi. Ils s’en veulent de n’avoir rien vu. Je m’en veux de leur faire subir ça.

 

Je change de lycée. Je m’inscrit au club de théâtre pour « m’ouvrir » aux autres. Je rencontre Frédéric.

Fred c’est l’homme de ma vie. J’ai alors 17 ans et je suis amoureuse. Fred c’est celui qui me fait rire. C’est celui qui ne voit pas mes « rondeurs ».

Fred c’est aussi mon prof. Il a 35 ans. Alors on se cache. Mais peu m’importe IL M’AIME, ON s’aime ! Il est beau, il me fait rire.

 

Pour mon 18ème anniversaire le 17 Février il me demande en mariage.

 

Cette cicatrice me rappelle à quel point j’ai souffert des autres. Mais elle me rappelle aussi à quel point j’ai pû faire souffrir mes proches avec cet acte stupide.

Cette cicatrice fait partie de moi. Parfois elle « gonfle » ou bien « rougis ». J’essaye de la cacher, avec une montre, un bracelet ou du maquillage.

Je suis heureuse de m’être loupée. Sans ça je ne serais pas la femme que je suis aujourd’hui.

Cette cicatrice je l’appelle « la plaie de la honte » car au final j’ai bien honte d’avoir voulu rompre avec la vie.

Car la vie m’avait réservée un avenir radieux. Auprès de mon mari et de nos deux enfants.

 

Aujourd’hui je suis heureuse de pouvoir dire merci à la vie de m’avoir donnée une seconde chance

 

 

MERCI LA VIE

 

 

R.A.S

Rien à signaler c’est vrai. C’est ce que n’importe qui pourrait se dire en me voyant dans la rue. Mince, sans tare physique apparente. On pourrait même me détester. Oui, moi et mon 38 trop grand qui me tombe sur les fesses, moi qui peux manger ce que je veux, en quantité que je veux, à n’importe quelle heure du jour et de la nuit. Mais si tous ces gens savaient à quel point ça explose dans ma tête, à quel point j’abhorre mon corps.

Voilà. Vous avez le parfait exemple de la douleur invisible, donc inexistante pour les autres, ou pire encore, illégitime. Cette envie de s’ouvrir la bras du poignet au coude qui ne parle qu’à vous. Cette petite voix qui ne crie que pour vos tympans. C’est vrai après tout, qui pourrait deviner ? Personne n’est là au moment des faits. Personne n’était là pour me voir quand j’étais à l’hôpital psychiatrique pendant des mois. Personne lors des tentatives de suicide. Personne lorsque j’étais en sous-poids. Aujourd’hui toujours personne n’est là pour voir les cicatrices sur mon bras puisque je prends bien soin de les cacher avec des manches longues tout au long de l’année. Personne à nouveau n’est là pour celles de la cuisse droite. Personne encore lorsque je me penche au dessus des WC pour vomir.

Non, définitivement personne. Puis ça m’arrange bien il faut dire. Il me suffit d’un sourire pour avoir l’air « normale » et sauver les apparences dans la rue ou à la fac. Non franchement c’est génial. Bien plus facile que d’avoir à expliquer la dépression et la boulimie.

– K –