Le drame est logé dans le corps

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Tombée ici par hasard (si taper des mots connotant l’automutilation dans une barre de recherche c’est du hasard), j’ai envie de raconter en bloc ce que je n’ai jamais raconté que partiellement.

Mon corps a beaucoup d’histoires, on va la faire chronologique.

La première c’est ma naissance, prématurissime.
6 mois à l’hosto dont pas mal en couveuse, une machine dans mon dos un jour surchauffe, j’en garde une marque de brûlure assez discrète bien que conséquente, qui ne me dérange pas.
Les tuyaux dans mes narines les ont agrandies asymétriquement.
Une opération pour éviter que je ne devienne aveugle m’a laissé un strabisme qui m’a longtemps beaucoup complexé, mais aujourd’hui j’arrive à regarder les gens dans les yeux plusieurs secondes, et quand je leur parle j’imagine moins le visage que je leur renvoie, même si ça n’a pas tout à fait disparu.

Ensuite une pause de bien des années, je n’aime pas particulièrement mon corps ni mon visage, mais la haine n’est pas encore là.
Elle vient au lycée, pour des raisons que je juge inutile de détailler ici.
Je commence par les scarifications, je ne me suis jamais fait de blessures graves, il faut attendre un, deux ans et les cicatrices disparaissent, mais mon corps n’en a pas été vierge depuis plusieurs années. Même si aujourd’hui ça n’est plus un problème, ma cuisse en bave un peu de temps à autre. C’est rare, c’est rien du tout. Tenté-je de me convaincre.
Il y a une raison notamment qui me pousse à me tailler. Une raison que je n’ai jamais lu nulle part alors je la livre ici avec toute ma honte.
ça me fait une raison pour fuir les propositions sexuelles avec lesquelles je ne suis pas à l’aise. Simplement parce que je suis pas une fille qui couche facilement. J’aimerais bien l’être, je suis jeune, bientôt le temps sera finit où je peux potentiellement m’envoyer qui je veux, enfin s’il n’y avait pas ce corps, ces marques, ce malaise avec tout ce qui a trait au sentimental (le cul pour le cul je n’ai connu quasiment que ça et en même temps j’a toujours fait du mal ou eut mal ensuite. Alors pas de sentiment? J’y crois moyen.).

Les autres raisons qui poussent à ça, elles sont bien connues, je crois, mais enfin cette impression de bouillonner intérieurement que ce soit d’angoisse ou de haine ou de désespoir, vouloir couper court à ça.
La haine bien sûr, ne pas se supporter, littéralement, alors faut s’amocher, s’abîmer.
Je me suis toujours sentie naze, en période d’automutilation, de pas oser couper assez profond.

Puis ensuite les galères alimentaires, bien finies elles. Des troubles qui n’en ont pas été, je n’ai pas été vraiment malade, mes symptômes étaient assez “légers”. Mais en période de grosse déprime j’ai adopté des comportements anorexiques et surtout de boulimie vomitive qui, même si ce mal est resté assez superficiel d’un strict pont de vue médical, m’ont pris un an de ma vie. L’obsession surtout qui laissait aucune place pour quoi que ce soit d’autre. Encore la honte de même pas être vraiment malade. De me dire que j’avais le choix et que je faisais le mauvais. Se faire vomir jusque dans les restos, chez les amis des parents, avec la famille dans la pièce d’à côté. Inquiéter l’entourage, les faire culpabiliser. Je n’arrive pas à croire que j’ai pu tomber si bas.

Puis le nodule énorme qu’on m’a enlevé, la cicatrice dans le cou que j’aime parce que pour celle-ci je ne suis pas coupable.

Et puis l’acné. Fléau. Apparu récemment. Stress du changement de vie, pollution de la grande ville. J’ai honte de mon visage. Je n’ose pas draguer qui que ce soit. Pas avec un visage aussi dégueulasse, mon dieu. Les hommes qui ont bien voulu le toucher dans cet état, quand j’y repense je chiale souvent. ça passera, bien sûr, il faut faire un traitement. Retourner voir des médecins. J’en peux plus des médecins, qu’ils soient psy ou autres. Parce qu’aujourd’hui je vais plutôt bien. Vraiment. Alors me faire chier chez des médecins. J’en ai bouffé pendant des années des médecins. Non.

J’aime pas mon corps mais ça n’a jamais vraiment été lui le problème, il n’est que triste témoin et victime de mes caprices et du Distilbène (je vous laisse chercher des infos sur ce médoc de merde si ça vous intéresse, je suis petite-fille de’ d’où la naissance catastrophique), le problème c’est moi, qui suit née n’importe comment en plongeant ma mère en dépression (je sais j’y suis pour rien, on choisit pas de naître, on choisit pas que sa mère soit bipolaire), qui ai traité les gens que j’ai aimé n’importe comment par cynisme désespéré.

Quiconque connaît un peu de mon histoire me reconnaîtra probablement dans ces mots. ça me flippe mais tant pis.

Mon corps, mon corps qui est moi sans l’être comme tout corps, cette tâche de nicotine qui grandit, mon corps que je ne sais pas rencontrer ailleurs que dans la destruction même après toutes ces années. Pardon mon corps, pardon ma peau. Un jour je te déploierai ailleurs que dans la violence et on dansera dans la lumière. On dansera avant de s’éteindre. On étreindra des hommes à nouveau, dans la joie, dans l’amour. Mon corps, mon cher corps. Fidèle gardien de mes secrets, de mes erreurs, de mes peines. Fidèle point de rencontre de regards intenses, de gestes tendres. Des paroles qui en tombent, murmurées dans les soirs chauds, dans les matins brumeux, dans les maisons, les cafés, les salles de cours. Des cris, des gémissements qui s’en échappent, des chants qui le libèrent. Et des mots merveilleux qui tombent sur lui, sur moi, doux. Des halètements qui désaltèrent. Des mélodies qui m’envahissent, des paroles, des gens, des chairs, des airs qui m’ont sauvé. Merci les autres. Merci la musique. Merci mon corps. Mon corps, mon corps, mon corps et mon allié. L’amour est logé dans le corps.

A la vie dans nos veines.

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Trahie par l’homme que j’aimais

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J’avais 14 ans. Il en avait 21.
Je l’aimais en secret depuis quelques temps.
Un jour je n’étais pas bien j’avais besoin de parler. Je l’ai appelé, je voulais le voir.

Il ne voulait pas. J’ai insisté.
Il a fini par passer me prendre.
J’ai commencé à lui déballer tout ce qui n’allait pas, je lui faisais confiance, j’avais besoin d’aide.
Il nous a conduit sur un parking de forêt. Il m’a dit « et maintenant on fait quoi? »
Je ne me suis pas rendu compte qu’il n’avait pas écouté un seul mot de ce que je lui disais.
On s’est embrassés, ce dont je rêvais secrètement.

Mais assez vite il a mis son sexe dans ma main et m’a dit « suce-moi ».
Puis  » ta première pipe ». « Tu suces bien ».
Il m’a demandé d’enlever mon pantalon et ma culotte et est venu s’asseoir sous moi sur le siège passager.
Je ne sais plus si j’ai dit non, ou quelque chose.
Il a juste dit  » ne t’inquiète pas je ne vais pas te pénétrer « . (Aujourd’hui je pense qu’il m’aurait pénétrée s’il avait eu une capote)
Je ne voulais pas voir alors je lui demandais régulièrement de m’embrasser.
Je ne sais plus comment ni où il a joui.
Après ça, il m’a demandé de garder le secret et m’a raccompagnée.
Je ne savais pas ce qui venait de se passer, je ne comprenais plus rien.
Quelques jours plus tard, il a été cassant avec moi, je n’ai pas compris pourquoi..
J’ai dû souvent essayer de l’appeler ou de le prendre à part pour avoir des explications.
Je n’en ai jamais eu réellement à part  » tu avais l’air d’en avoir envie » et « qui ne dit mot consent ». Et je l’ai cru pendant longtemps, que c’était de ma faute, que c’était moi qui l’avais voulu.

Aujourd’hui je ne le crois plus, je sais la vérité. Je n’ai plus honte, il est coupable. Je libère le secret.

Une photo de mon poignet que j’ai si souvent coupé lors de cette période.

Que peut-on savoir de soi si on ne s’est jamais battu ? Je ne veux pas mourir sans cicatrice.

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On me le demande presque toujours, quand on voit ma cuisse ou mes bras, avec ces lacérations épaisses, ces cicatrices protubérantes d’un rose qui tend à s’estomper avec le temps, qui devient blanc, mais qui ne disparaîtra jamais totalement.
« Mais qu’est-ce que c’est ? Comment tu t’es fait ça ? Ce sont tes chats ? »

Mes chats. J’en ai beaucoup, c’est vrai. Mais non, ce ne sont pas mes chats.

On me le demande presque toujours, quand on voit mon mollet, avec sa fleur étrange qui se déroule sur ma peau, comme une tentacule végétale dérangeante.
« Mais qu’est-ce que c’est ? Un tatouage ? Oh ? Tu as un motif au henné sur la jambe ? »

Non. Ce n’est pas de l’encre, ce n’est pas de la teinture. C’est du sang. Cette vie, que je me suis si longtemps acharnée à détester et à vouloir extirper de moi. J’ai coupé, gratté, blessé, fait saigner.
Alors, on dit que ce n’est pas bien. Qu’il ne faut pas. Je dis « oui »Je dis « je sais ». On me demande si j’ai arrêté, hein ? Et je dis oui, parce que j’ai arrêté.
Jusqu’à la prochaine fois, bien sûr.

On m’a souvent dit d’arrêter. De faire autre chose. De… sortir. Me promener. De jouer d’un instrument. De tenir un journal. De dessiner. De prendre un bain. De faire du sport. De boire un thé.
Après des années et des années de boulimie vomitive et de scarifications, je peux assurer que ça ne sert strictement à rien, de vouloir tromper la douleur, de vouloir fuir la peur, d’essayer de s’avoir soi-même, avec des ruses éculées. Il n’y a somme toute que trois façons de réagir : ne pas lutter et faire la crise, différer puis faire la crise, ou bien s’asseoir et se dire : je vais faire la crise, je suis une merde de toute façon, tout le mal du monde va m’arriver suite à ça, je le mérite, je suis une faible, tout est catastrophique, ma vie est un drame. Attendre que l’angoisse arrive à son paroxysme. Et… ne pas faire la crise, parce que l’angoisse n’a pas de point de non retour, et finit par redescendre d’un coup. Aussi absurde que ça puisse paraître.
Mais je ne suis pas là pour donner des méthodes pour faire face à sa propre malveillance motivée par un désespoir sans fond ; je suis là pour juste faire sortir tout mon ressentiment passé, lié à ce que j’ai vécu. Face aux autres. Et face à moi.

Ma mère, qui me voyant les bras lacérés n’a rien fait. Rien. Rien. Rien. Maman, pourquoi est-ce que tu n’as rien fait ? Pourquoi tu n’as pas essayé de comprendre ? Pourquoi ne m’as-tu pas envoyé voir « quelqu’un » ? Pourquoi est-ce que tu ne m’as pas obligée, ne serait-ce qu’un peu, à parler ? Pourquoi ne t’es-tu pas comportée avec moi comme on se comporte avec un enfant qui souffre ?
Mon père, qui me voyant les bras lacérés n’a rien fait. Mais laisse tomber papa, je n’attends de toute façon rien de toi, toi qui voulais seulement des enfants « grands » (adultes) parce que c’est plus « intéressant ».
Les autres. Les autres mômes à l’école. Ne le portais-je pas suffisamment sur moi, mon mal être ? Tout ce noir, tous ces bijoux agressifs, tout ce gras accumulé au fil des années, toutes ces cicatrices ? J’affichais ma souffrance, de la façon la plus provocante, la plus violente et agressive. Ça a fini par marcher, dans le sens où plus personne ne m’a attaquée. Mais personne ne m’a écoutée, non plus.
Les autres. Mes dites amies. Pourquoi aucune n’a essayé de comprendre ou de m’aider ? Pour me juger, oui. Juger, c’est plus facile. Surtout quand on n’a que quinze ans.

Et moi. Surtout, surtout moi. Pourquoi me suis-je maltraitée ainsi ? Je n’ai rien fait qui pouvait mériter le fait de me haïr autant. Pourquoi n’ai-je pas été assez forte pour tenir, envers et contre tous ? Pourquoi, alors que ça aurait dû être les autres qui auraient dû saigner, pourquoi, pourquoi est-ce moi qui me suis faite souffrir ? Pourquoi ai-je entraîné, ne serait-ce qu’un peu, les autres dans ma souffrance malsaine ?
Et pourquoi ça ? Pourquoi comme ça ?

Parce que le sang qui coule est si libérateur. C’est tout le sale, tout le cri, tout le noir, tout le péché qu’on évacue. Le contraire du blanc de la vie, ce n’est pas le noir, c’est le rouge de la mort.
Parce que la souffrance morale, si étouffante, devient physique. D’immatérielle et tueuse, elle devient comme accessible, gérable. Il suffit d’arrêter de jouer avec la lame, avec les ciseaux, avec le scalpel. Et la souffrance psychique, elle, a disparu pendant un moment.
Parce qu’on estime intolérable que tant de douleur psychique n’aie pas, au moins un peu, une manifestation physique. On estime ça contre-nature. Contre logique. Ce n’est pas admissible. Ce sang rouge et rouillé, c’est le hurlement ruisselant qu’on n’arrive pas à pousser. Il jaillit, coule, salit, fait mal, mal comme des cordes vocales souffriraient d’un cri vibrant de haine et de désespoir.
Parce que si même votre mère vous rejette quand elle va mal, c’est que vous ne méritez pas grand chose de plus.
Parce que si on a pu vous prendre, à plusieurs, comme un jouet sexuel sans âme, alors que vous n’étiez même pas encore adulte, vous ne pourrez jamais vous blesser plus qu’ils ne l’ont fait.
Parce que c’est tout ce qu’on mérite.
Parce que quand on est cassée à ce point, il n’y a plus que ça qui nous rappelle la vie. Il n’y a plus que ça qui semble remettre, un court instant, les choses en place. Le sang, c’est la vie. Tant qu’il y a du sang, il y a de la vie. Et tant qu’il y a de la vie… il y a de l’espoir. Non ?
Parce qu’après, on a une bonne raison. De pleurer.
Parce qu’après, on a une bonne raison. De se soigner, de désinfecter la plaie, de se faire un pansement. On ne peut pas mettre de compresse sur la souffrance mentale, mais sur ces plaies saignantes et suintantes, on peut. On se bichonne un peu, enfin. On accompagne la cicatrisation. On prend soin de soi – on s’y autorise, une courte période. On ne peut rien faire contre les démons qui bouffent notre cerveau, mais contre une série de balafres, on a des armes : de l’hexomédine, des compresses et du sparadrap. De la douceur, enfin, et de la patience. De l’intérêt et de la compassion pour une chair qui souffre.
Parce qu’un court moment, on a le contrôle.
Parce qu’un court moment, on sait que la mort et la vie ne tiennent qu’à nous.
Parce que le lendemain, la douleur reste. Et on sait qu’on n’est pas si faible. Qu’on est un combattant, qu’on est une warrior. On se bat, contre soi, ouais, mais on se bat. Et le matin, dans le froid pinçant, quand on marche en serrant un peu les dents pour aller prendre le bus, les cuisses ou les bras qui tirent douloureusement, on se dit, « je suis vivante. Fuck. Et tout ça, c’est pas si grave ». Envers et contre les autres et soi-même, on est vivant.

Putain, vous me faites rire avec votre thé. Du thé. Mais oui. Bon sang mais c’est bien sûr. Plutôt Lipton ou Earl grey au fait ? C’est quoi pour vous, la panacée des suppliciées, des lésées, des violées ? C’est ça ? Du thé ?

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Le temps a passé – ou presque.
Ma fleur est la dernière en date – le deuil de ma dernière peur de l’abandon. Et mon esprit, exercé, s’est envolé. Je ne me saigne plus, je ne me remplis plus de nourriture pour ensuite me vider violemment. Je pense bienveillance, et pour moi, et pour les autres.

Le corps médical ne dit généralement rien. Pas quand les chéloïdes semblent avoir quelques mois, quelques années. Il n’y a rien à dire. Je ne sais pas ce qu’ils pensent. Moi, à leur place, j’aurais pitié. Mais d’expérience, ce n’est pas la pitié qui étouffe les gens : c’est l’incompréhension, qui elle, étouffe tout dialogue. Alors je reste là, debout, désabusée, avec mes cuisses lacérées, que je n’essaie même plus de cacher. Pourquoi les cacherais-je, puisqu’au fond, je pense que le corps médical s’en fout ? Y compris moi, à ce jour. Aussi, il n’y a bien que le recul, en toute chose. Je dis juste un rapide « c’est rien » quand un médecin ne comprend pas assez vite de quoi il s’agit et qu’il me le demande. Tout de suite, il laisse tomber – béni soit-il.

La plupart des autres personnes, lorsqu’elle voit mes marques, continue à me questionner, pour conclure par un : « il ne faut pas ».
Certes. Cependant, quand vous aurez marché autant que moi dans mes new rocks et que vous serez arrivés à mon niveau de sagesse sur la question, vous en arriverez à la même conclusion, mais avec beaucoup moins de hauteur et d’a priori.
Il reste une partie des gens qui ne dit rien. Qui fait comme si elle n’avait pas vu. Vous avez raison – ce n’est plus maintenant qu’il faut relever. Je souris avec indulgence quand on me dit, avec un air catastrophé – surtout pour ma fleur, véritable manifestation de body art, que j’ai dû avoir mal. Cette douleur n’est pas la vraie douleur, croyez m’en. Si je me suis résolue à cet ersatz de douleur physique pour surmonter ma douleur – ma perte – morale, soyez sûrs que ce n’est pas la souffrance de la cicatrice que vous devriez déplorer. Mais mes réels affres ont toujours été secrets.

Aujourd’hui, j’ai toutes mes réponses, à tous mes pourquoi. J’ai compris, et j’ai pardonné, à tous, aveuglement et cruauté. Y compris à moi.
Tout est interdépendance. Il n’y a pas de réel fautif. Des gens perdus, dans un monde qui s’effondre. Je ne suis qu’un symptôme parmi des milliards, dans une société percluse de maux.
Et aujourd’hui, j’ai travaillé à remettre chaque chose à sa place. Aujourd’hui, je n’en veux plus à personne. Et certainement plus à moi.

Maintenant, je bois du thé. Allez-y, marrez-vous – c’est vrai que c’est drôle.
Mais c’est seulement parce que j’ai appris à affronter et à dépasser. Le luxe du thé pour être serein, ça n’est que lorsqu’on a compris. Et pour comprendre, il n’y a que l’expérience des choses – le sang, et les larmes. Il m’a fallu arriver à l’âge vénérable de vingt six ans pour le comprendre.
Mes cicatrices, toutes, y compris piercings et tatouages qui s’inscrivent également dans cette histoire de Peau, je les aime. Je pourrais écrire des pages sur leur sens, leur signification, leur rôle, leur raison d’être, leur syombolique, leur inscription sociologique, même. Elles sont la manifestation physique de mon parcours émotionnel – elles racontent, bien mieux que je ne pourrais le faire. Elles sont une partie de moi. Elles écrivent mon histoire.

«Que peut-on savoir de soi si on ne s’est jamais battu ? Je ne veux pas mourir sans cicatrice. »
Tyler Durden, Fight club.

A toi

a toi

Faut que j’en parle, il le faut bien un jour, je dois dire ce que je ne pourrais jamais te dire en face que c’est par ta faute que je suis comme cela, toi que je considérer tant, toi qui m’a vu grandir et qui disait m’aimer, toi qui m’a fait souffrir et qui n’a d’ailleurs pas fini, oui à toi mon ancien meilleur ami as-tu prit conscience qu’à cause de toi ma vie n’a plus de sens?
Voilà j’ai subi un tsunami, pas n’importe quel tsunami celui qui ne cesse de te détruire, je suis comme un volcan, je brûle mais jamais je ne m’éteins, je suis morte au fond de moi et toi tu es bien vivant.
Moi je ne m’en sors pas, tandis que toi tu es heureux. Tout le monde parle de toi en bien, MA famille, Mes amies et moi je suis là, condamnées au silence parce qu’il ne faut pas salir ta réputation, attouchée, laissée comme cela, comme une moins que rien, comme un objet sans aucune valeur, tu étais tout pour moi !!!Cela ne signifie rien pour toi alors !!!Moi à moitié, mi violé, mi saine et sauve. J’ai droit à quoi moi?
Me souillais et obliger de continuer de te côtoyer ne t’a pas suffi, il a fallu que tu sois apprécié par ma famille, tes gestes, tes sourires de côtés, ta voix, à l’aide, à l’aide je n’en peux plus….
Je cherche comment en parler, quel terme dois-je utilisé, j’utilise le mot viol mais ce terme me semble trop violant. Un silence si pesant au bout de 8 ans, ma parole se libère peu à peu, je veux passer à autre chose, mais le chemin reste encore long.
Il m’a volait m’on insouciance et volé mon enfance, il a réduit mes rêvent et a fait les cauchemars accompagnée mes nuits. Comment oublier il me suffit juste d’être allongé durant des heures et de fermer mes yeux pour revivre ce cauchemar, parfois je me réveille et je ne peux m’empêcher d’haïr la vie et de me haïr.
Mais j’ai voulu disparaître, parfois je me sens sale et je suis dégouté au fond de moi, j’ai haï les hommes comme jamais je ne pouvais haïr et peut après je me suis haïe, je me sentais brûlait lorsque l’homme me touchaient, dégouter lorsqu’il me regarder ou me draguait, les câlins m’insupporte, les bisous aussi, même leurs compliments à mes oreilles sonnent faux. J’avais un besoin de reprendre le contrôle de mon corps ne plus rien manger être maigre ne plus avoir ses formes qui encouragent l’homme à me regarder, me faire vomir me scarifier en gros m’autodétruire de toute les façons c’est ce que je méritais chercher une solution pour ne pas attirait le regard de l’homme sur moi puisque c’est à cause de ce corps que j’ai étais violer.
J’ai mal X ne vois-tu pas que je souffre? Comment tu ne peux pas le voir, car devant toi la peur peut se lire dans mes yeux et malgré moi j’affiche devant toi ce mal que tu m’as infligé. J’aimerais que l’on m’enlève ce poids sur mon cœur, ne serais ce qu’une journée juste pour souffler, je ne demande pas beaucoup mais juste une petite journée.
Les autres me regardent, vite je dois sourire me montrer heureuse, faire la conne devant eux, car il ne faut pas qu’ils le sachent, il ne faut pas qu’ils le voient, mais malgré tous ces efforts j’ai l’impression qu’ils le voient quand même, est-ce marquer sur mon front que j’ai subi un traumatisme?
Je suis en larme et je ne vois plus rien, mais je tape toujours, X pourquoi me fait tu ça, ai-je méritais tout cela!!??REPOND MOI, je ne suis pas quelqu’un de bien c’est ça? Il est 00h et après tant de cauchemars je suis la assise par terre, ivre encore une fois, seule chez moi, ma bouteille comme seule compagnie, 8 ans après tu me fais toujours cet effet, cet effet ou je me sens misérable, une moins que rien.
Il n’existe pas de mots assez fort pour exprimer ce que tu m’as fait, j’aimerais pouvoir être enfin moi, est ce qu’un jour j’aurais la chance d’être cette fille-là ?
Aujourd’hui à bientôt 20 ans j’ai la sensation que ma vie est fini, alors que je devrais seulement la découvrir, à mes yeux le viol est une souffrance incomparable, tu sais j’aurais aimé disparaitre après, plutôt que de vivre toute ma vie avec ce souvenir qui me hante.
Personne ne peut comprendre, parce que les gens ne sont pas vous. Personne ne peut comprendre ce que je ressens moi à l’intérieur. Difficile d’être comprise, parler ces ceux que les gens disent, mais au début les gens nous entourent, seulement à un moment ils oublient, mais pas moi et c’est ce qui est le plus dur c’est que jamais je ne pourrais oublier.
8 ans après je m’accroche à ceux que la vie ma réservée et me réserve, à mes amie et à ma famille à mes rencontre d’un instant, à mes expériences amoureuses (qui sont d’ailleurs lamentable) et amicales, aux gens qui arrivent et qui repartent et a ceux qui y reste, je me suis façonnée ma bulle l’endroit où j’oublie tout , ou tout est rose et magnifique sa peut faire rire plus d’un mais moi ça me tient en vie, la détruire c’est me détruire ne pas chercher à y rentrer elle n’est faite que pour moi.
J’ai mis 3 jours à taper ces lignes, 3 jours waw j’aurais jamais penser y mettre autant de temps j’ai eu peur de cet lettre de la lire et de la relire et de la taper car ces mon histoire en fait , pas celle d’une autre la mienne la pire de tous, l’encre noir indélébile sur ma vie !taper, effacer, réfléchir au bon mot ,je n’es pas pu faire semblant d’avoir oublié cet histoire puisqu’en fait elle est ancrer en moi, j’ai la haine a certain passage j’ai ce dégout qui a étais encore plus fort et qui m’a empêcher de manger correctement durant ces 3 jours, au bout de ces 8 ans je n’es toujours pas fait le deuil de ce qui m’est arrivée je n’es pas mis de mot sur ma souffrance puisque très tôt j’ai voulu tourner cette page et je ne suis pas prête de la retourner, je ne mentirais pas je me sens un peu mieux de l’avoir dit, et lorsque j’apprends que des jeunes filles voir des garçons qui ont subi cela n’ont pas su ce relevé j’ai mal et une larme coule de mes yeux car je me dit que ça aurait pu être moi.
Chaque viol commis, chaque agression me ramène à mon histoire car même si chaque histoire est différente la peur est la même pour tout le monde, et la vie d’après dur pour chaque personne.
A celui que je croyais connaître, j’espère qu’un jour la haine que j’ai envers toi puisse s’atténuer, et qu’arrivé à te pardonner et ne plus continuer de te voir puisse m’aider à avancer.
Méli-mélo.

Ca nous ronge de l’intérieur jusqu’au point de non retour

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Quand je repense à tout ce qu’il s’est passé depuis ma naissance, je me dis que j’ai quand même eu beaucoup de force pour tout garder pour moi et de courage surtout pour continuer à avancer.

Mon enfance a été assez douloureuse. Je n’ai quasiment aucun souvenir de ces périodes, mis à part les choses qui me hantent depuis enfant.
Je suis née d’une grossesse non désirée. Mon père était alcoolique, droguée et avait fait de la prison. Ma mère était une jeune fille de 19 ans un peu paumée.
Lorsqu’elle a appris sa grossesse il était trop tard pour elle d’avorter, elle a alors caché pendant un moment sa grossesse à la famille, car ça aurait été assez mal vu selon elle.
Quelques mois après ma naissance, mon père nous a mise à la porte toute les deux. Ma mère c’est réfugié chez son père. J’ai grandi en étant trimbalé un coup chez ma mgrand-mère, un coup chez mon grand-père, mon père me gardait de temps en temps les weekends.
Ma mère a toujours reporté sur moi la colère qu’elle avait envers mon père de l’avoir traité ainsi (elle avait été battue, rabaissée…). Elle voyait mon père en moi.
Elle s’occupait rarement de moi, c’était mes grand-parent qui jouaient son rôle, pendant qu’elle sortait faire la fête avec ses copines. J’ai grandi sans avoir vraiment de mère, puisque nous n’avions jamais tissé de lien et sans père puisqu’après nous avoir mis à la porte, ma mère a tout fait pour l’éloigner de moi.

A mes 2 ans, nous sommes allé vivre dans une autre région, car elle avait rencontré un autre homme (avec qui elle a eu ma belle-soeur).
Cet homme a eu du mal à m’accepter et me l’a fait ressentir pendant des années: il m’injuriait, me rabaissait, disait que je n’étais qu’une mois que rien, que j’étais idiote, sans cerveau, il m’a maltraité (il me donnait des douches glacées, m’enfermé dans le garage dans le noir à genoux sur le paillasson le doigt en l’air pendant des heures, me donnait des claques plus que forte cul nue à répétition, il a même été jusqu’à me donner des coups dans le dos une nuit…). C’était juste horrible.
Ma propre identité en à souffert.

Mon adolescence a été elle aussi difficile. Ma mère et moi on ne faisait que s’engueuler. Cris, larmes, claquements de porte, injures étaient notre quotidien.
Tout ce qu’elle m’interdisait, je le faisais. Elle était beaucoup plus complice avec ma petite soeur, qu’avec moi. J’étais comme invisible. J’ai essayé à plusieurs reprises de tenter des gestes de tendresse (l’enlacer), mais cela la gênée.
J’ai été violé par un garçon à mes 12 ans, trop naïve…je pensais que c’était mon ami, je l’ai invité chez moi quand ma mère n’était pas là. Il a demandé à voir ma collection de CD alors nous sommes montés dans ma chambre et là j’ai vécu un enfer…(je n’expliquerait pas en détail car ça fait trop mal).
Je pense que ce garçon a du raconter des choses sur moi au collège, car une fois en rentrant chez moi (c’était un petit chemin au bord d’un canal) deux garçons m’ont suivis, j’ai marché plus vite mais ils m’ont couru après. Un m’a attrapé et plaqué contre le mur, mis la main sur la bouche et à commencé à me faire des attouchements. L’autre garçon rigolait à côté. J’avais très peur les jours suivant de faire la route à pied seule. J’ai commencé a être mal dans ma peau ensuite. Je restais enfermée dans ma chambre et n’en sortait que pour l’heure du repas ou pour aller en cours (lorsque je ne les séchait pas).

A mes 19 ans, ayant signé un contrat d’un an, j’ai profité de l’occasion pour quitter la maison. J’ai alors pris mon appartement car la vie sous le même toit que ma mère était devenue impossible. Moins on se voyait, mieux c’était.

Entre temps, j’ai fait des recherches et j’ai retrouvé mon père, j’ai repris contact avec lui. Malgré que je lui en voulais de ne pas avoir été présent, je l’avais toujours porté dans mon coeur et souhaitais le rencontrer pour apprendre à le connaître et pourquoi pas rattraper un peu le temps. J’avais besoin de savoir qui était mon géniteur et connaître un peu plus ma famille (de son côté).
Nous avons échangé des mails et des coups de téléphones pendant quasiment 3 ans (il habitait une autre région, était sous tutelle). Nous avions décidé de nous rencontrer. Il était convenu qu’il viendrait dans ma région et prendrais un hôtel pendant quelques temps pour que l’on puisse passer du temps ensemble. Il faisait son possible avec sa tutrice pour faire des économies pour réaliser ce projet. Il y était presque…
Malheureusement, le 2 décembre 2012, il est décédé sur son lit d’hôpital. L’infirmière l’a trouvé tout bleu et crispé. Il était rentré à l’hôpital pour un sevrage alcoolique, il avait décidé de s’en sortir avant de venir me rencontrer. Il voulait me prouver qu’il pouvait y arriver, car il voulait retrouver sa fille qu’il aimait tant.
J’ai très mal vécue cette période. Je suis partie en train pour les funérailles mais arrivé là bas ceux ci ont été repoussé pendant 15jours (autopsie, enquête étaient en cours car il était décédé dans un hôpital). J’ai du repartir entre temps chez moi et n’ai pas pu assister aux funérailles de mon père, car je devais être présente au travail et mes jours de congés exceptionnels étaient épuisés.
Pendant mon séjour là bas, j’ai demandé à voir le corps. Je voulais lui dire « bonjour et au revoir », au moins voir son visage en vrai une fois…ça n’a pas était possible, la dame m’a répondu : « son corps est trop endommagé, il ne vaut mieux pas que tu le vois comme ça. »

Je n’ai pas eu le temps de me remettre du décès de mon père qu’en mars 2014, j’apprends que je suis enceinte. Ma 1ère grossesse, mon 1er enfant, vous n’imaginez pas mon bonheur dans ma tête. Le jour de la 1ère échographie, elle m’annonce que je suis à 8 semaine 1/2, qu’il mesure presque 5cm mais… qu’il est situé dans ma trompe droite. Je fais une grossesse extra utérine. Il faut m’opérer de toute urgence.
L’opération a eu lieu le samedi 27 avril 2013, ils m’ont enlevé mon enfant et ma trompe droite. Le père de l’enfant a préféré fuir que de me soutenir. Je suis passée à deux doigts de la mort, ma trompe avait éclatée et l’hémorragie interne commencée à être importante. Par la suite, il n’a pas été plus présent, j’ai du me débrouiller toute seule pour tout, malgré qu’il fallait que je reste coucher pour mes douleurs et cicatrices. Il m’a également rabaissée, injuriée. Peut être m’en voulait-il, je ne sais pas. En tout cas, moi oui j’avais une bonne raison de lui en vouloir, car il m’avait laissé seule.
Depuis ce jour là, mes journées sont devenues un enfer. Je voulais tant cet enfant…je l’aimais déjà tant…

Ensuite je me suis complètement renfermée sur moi-même. J’ai fait comme si tout allez bien, alors que rien n’allait, c’était dans ma tête un tourbillon d’horreur.
Jusqu’à il y a quelques semaines, où la couple pleine à céder par ces années de souffrance et d’accumulation. Me taire m’a tué à petit feu…
J’ai commencé à me mutiler le 16 mars et c’est fou mais ça me fait du bien. Je me sens tellement vide. Je ne ressens plus rien à part la douleur de tout ce qui c’est passé et la tristesse. Je ne sais pas qui je suis. Je n’ai aucune confiance en moi.
J’ai été voir le médecin le 17 mars dernier et j’ai craqué devant lui. Je n’ai pas tout raconté, je lui ai dit qu’il fallait que je vide mon sac parce que je n’en pouvait plus de vivre avec tout ce poids sur mes épaules.
Il m’a donné un traitement contre mes angoisses et me voit chaque semaine en psychothérapie maintenant.

Tout ça pour dire que, même si c’est difficile de parler des choses qui nous font mal, ça l’est encore plus si on les garde pour nous, car tôt ou tard ça nous ronge de l’intérieur jusqu’au point de non retour.

Mon corps, mes cicatrices, mes bourrelets, ma féminité

Mon corps, mes cicatrices, mes bourrelets, ma féminité
J’ai un mal fou à vivre dans cette enveloppe charnelle. Et c’est pas faute d’avoir essayé, sincèrement. Chaque fois je me fais violence, je me dis « merde, t’es pas si dégueulasse » mais y a rien à faire, que je pèse 45kg ou 65kg, c’est le même tas de graisse que je vois dans le miroir.

J’ai honte de moi, de la tête au pied. Honte d’être une maman grosse, honte de mes cicatrices sur le bras et la cuisse. Honte de continuer mes conneries d’adolescente, de ne pas savoir me débarrasser de mon penchant auto-destructeur. D’exiger de ma fille de ne pas faire de comédie alors que je suis moi même une pauvre petite gamine pleurnicharde.

Je sauve les apparences, je me fais passer pour une autre, du moins j’essaie. j’essuie mes larmes et je prépare le goûter de ma puce, on fait des dessins, on va au parc. Je l’amène à l’école, on prend le goûter toutes les deux sur un banc. J’essaie de ne pas rater son éducation, j’essaie de la rendre heureuse, je voudrais tant qu’elle ne souffre jamais. La moindre larme sur ses petites joues me fend le coeur.

Et quand je suis seule, j’essaie de ne pas sombrer. Et quand je vois que je péris, j’essaie d’être gentille avec moi même. Mais c’est difficile, c’est atroce de se haïr autant. Je me hais au point de me déchirer la peau, au point de me vomir ! Comment est ce que j’ai pu en arriver là ?!

Ce mal-être n’est pas sorti de nulle part, bien entendu. Mes parents ont divorcé quand j’étais petite, maman nous a pris sous son aile, et on s’est installés avec un homme, à l’autre bout du pays. C’est comme ça que j’ai passé mes 15 premiers printemps à voir maman se faire cogner. Entre autre..
Papa appelait, parfois. Quand il avait beaucoup bu, la première chose à laquelle il pensait durant ses soirées d’ivresse, c’était sa progéniture. Et donc il nous appelait. Aujourd’hui j’ai 27 ans et ça n’a pas beaucoup changé, hormis le fait que je ne répond plus à ses appels.
J’ai eu ma première expérience sexuelle à 7 ans. Ma vie amoureuse a été, ce soir là, réduite à néant avant même qu’elle n’ai pu naître. J’ai perdu toute confiance en l’homme, en moi même, plus rien n’avait d’importance, tout est devenu flou.

Depuis les choses ont évolué, dans le bon sens. Après plusieurs années à maudire mon corps et à laisser n’importe qui me toucher, me salir, j’ai rencontré le père de ma fille, qui m’a appris à m’accepter, à me respecter, à refuser un rapport sexuel, à ne plus avoir peur des hommes. Nous avons traversé un avortement tous les deux. Je suis la seule à en avoir souffert, et je lui en ai longtemps voulu. Aujourd’hui je comprends mieux ses réactions, j’apprends à faire le deuil de mon bébé, le temps a déjà bien apaisé ma peine. Je l’ai quitté au bout de 8 ans, car je n’étais plus amoureuse.

Aujourd’hui je suis avec un homme qui me correspond parfaitement, je crois. J’ai toujours peur de m’engager, je ne veux pas lui appartenir, je suis encore très farouche et je ne veux pas qu’il ait trop de pouvoir sur ma vie, mais l’amour est là. Il sait presque tout de moi, mes qualités, mes défauts, mes erreurs, mes faiblesses. Il me force un peu à consulter un psychologue, me répète sans arrêt, tous les jours, que je suis vraiment belle et que j’ai des formes magnifiques. Il s’inquiète pour moi quand il voit que je me suis encore coupée, il essaie de m’aider comme il peut. Je culpabilise et j’ai parfois tendance à me voir comme un boulet dans sa vie, et à me dire qu’il mériterais une femme, une vraie, une normale. Mais il m’a choisie, je l’ai choisi, il me rend heureuse, alors j’essaie de le rendre heureux comme je peux. On passe beaucoup de temps ensemble, on rigole énormément, il me fait vraiment rire, avec lui je sais que je suis belle. A ses yeux, je suis belle, quoi que je fasse. A mes yeux il est merveilleux, il est grand beau et fort. Il est doux et patient. Et surtout, il aime ma fille comme si c’était sa propre fille.

L’année dernière j’ai obtenu mon permis, je n’y croyais pas… quelques mois plus tard j’ai trouvé un appartement de rêve, un travail… je suis de plus en plus confiante. Je me suis sentie vraiment bien ces derniers mois, c’était une victoire d’avoir pu réaliser tout ça, toute seule. Mais pour que mon bonheur soit complet, je dois me faire aider par un psy. Je voudrais me sentir libre, je voudrais apprendre à recevoir les émotions, les laisser venir, et les laisser repartir, en douceur. Ne plus avoir les mains pleines d’hématomes à force de m’énerver contre les murs, ne plus avoir la cuisse recouverte de coupures. Pour l’instant ma fille ne se rend pas compte que sa maman va mal. J’arrive sans aucune difficulté à lui cacher mes blessures, intérieures comme extérieures, et à lui apporter tout l’amour dont elle a besoin, je ne me lasse jamais des câlins et des bisous, tout le temps, chaque fois que ma fille croise mon chemin, à la maison ou ailleurs, je lui répète comme je l’aime. Mais un jour elle finira par avoir peur de moi… Parce qu’il y a dans ma tête un truc qui tourne pas rond et je dois absolument me sortir de là, pour elle, pour moi, pour mes proches.

Ce soir je pleure

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07/08/12
Encore une journée, où sans être vraiment mal, je suis absente, insensible à ce qui m’entoure. J’observe de loin, l’esprit vide. Je fais semblant quand il le faut, le cœur n’y est pas. Je vis dans le fantasme : j’aimerais avoir envie de faire du sport, j’aimerais être mince, avoir envie de bien m’habiller, j’aimerais avoir la joie de vivre. Je me façonne un personnage idéal sans rien faire pour tendre vers lui. Je suis immobile, je laisse défiler les jours.
Je ne fais plus de crises d’angoisse depuis quelques jours, mais elle est toujours là. Elle me rend vulnérable, et creuse un trou qui me donne envie de hurler. J’ai l’impression de me détériorer petit à petit. Je me sens de plus en plus seule avec mon mal être. J’ai enfin compris pourquoi je m’imagine me larder le bras de coups de couteau ou en train de me couper les veines. Ce n’est pas parce que je veux mourir, mais parce que si cela devenait réalité, on serait obligé de voir à quel point je vais mal, on serait obligé de me guérir. J’en suis à espérer faire une dépression; une maladie, ça se soigne.

04/11/12
Je fais une dépression, je suis allée voir une psychiatre. J’ai parlé avec elle de mes idées noires. Le soir même, je prenais une grosse aiguille et j’ai cherché mes veines avec, au niveau de mon poignet. J’ai du piquer plusieurs fois avant d’en trouver une. Lorsque j’ai retiré l’aiguille le sang est monté et s’est déversé sur mon poignet. J’étais fascinée. Le lendemain, dans un moment de vide, j’ai pris une lame de bistouri, j’ai cherché l’artère de mon poignée en sentant mon pouls et j’ai coupé. Quatre fois. Ça n’a pas fait si mal, c’était profond mais je n’avais pas touché l’artère. Quand j’ai réalisé ce que j’avais fait, j’ai appelé mes parents.

05/12/12
Je suis dans une maison de repos psychiatrique. Pour une cure de sommeil de 5 jours, puis pour un temps indéterminé. J’étais folle d’angoisse pendant le trajet. Et à l’arrivée, l’horreur, des gens bizarres partout.

28/12/12
Je me suis faite tatouer Live sur le poignet droit, au départ je voulais le faire sur le gauche mais il y avait trop de cicatrices encore fraiches. Ce tatouage, c’est pour me rappeler que dans les mauvais moments, la vie en vaut quand même la peine et qu’entre en finir et vivre, mieux vaut prendre la seconde option.

30/01/13
Il est 8h et je suis déjà une enveloppe, vide de sentiments et de sensations. Juste une enveloppe avec rien dedans. Tout en moi est mal-être, à vif, comme les coupures que je me fais. Elles cicatrisent, moi non. Je reste avec ma douleur à m’en faire exploser le cœur, qui me pousse à me faire des entailles, toujours un peu plus profondes. La joie de vivre je l’attends, sans plus d’espoir. Je serais seule, sans famille, je pense que je me foutrais en l’air pour en finir pour de bon avec cette blessure à l’air libre que personne ne voit, même quand je ne suis plus enveloppe, même quand je laisse mes larmes couler. Les gens s’inquiètent en voyant mes coupures, mais ce n’est rien ces entailles, par rapport à tout ce sang invisible qui suinte de tous mes pores

06/08/13
Je viens de manger à outrance, je viens de me faire vomir. C’est la deuxième fois aujourd’hui. J’ai l’habitude, j’ai commencé en quatrième, maintenant j’ai 24 ans. C’est venu petit à petit, tracas après tracas. Là, je suis crevée, je me dégoute et je ne comprends pas pourquoi je n’arrive pas à manger normalement.

30/10/13
Ce soir je pleure. j’ai mal au cœur. Mes yeux sont gonflés, je suis fatiguée, vidée. Encore une crise de boulimie, encore ce mal-être cet après midi. Je suis allée au pot de thèse d’une amie. Il y avait des filles en jupe. Des minces, des bien foutues. Et il y avait moi, dans mon vieux pantalon marron, un des seuls qui me va encore. J’ai honte de moi, de ma boulimie, de mon incapacité à respecter mes bonnes résolutions. Il y avait de la nourriture, je lorgnais dessus. Je suis partie avant d’en prendre une miette, puis deux , puis trop. Le cœur lourd. J’ai promené mes deux petits chiens, il faisait noir et froid, j’étais seule et j’ai pleuré encore.
Ce soir je suis une jeune fille de 24 ans, plutôt belle et intelligente, complexée, qui fait une dépression et de la boulimie vomitive et qui n’arrive pas à s’en sortir malgré la psychothérapie et les médicaments. Alors oui, ce soir, je pleure.