Au doigt et à l’oeil

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« Tu as toujours eu un très joli visage »
« Qu’est-ce qu’elle a de beaux yeux »

Et ça voudrait dire que le reste est tout pourri? C’est du second choix? ça compte pour du beurre?
Je ne crois pas si bien dire, parce que pendant longtemps le reste a été largement débordant, avec des plis… en dedans!
Pourtant, j’aime pas repasser, je déteste les bourre-laids!

Putain de faux plis et de vrai fardeau, une bonne couverture pour les hivers rigoureux, contre les autres dangereux!
Une bonne armure bien dégoutante!!!
Je me suis oubliée; oublié ce corps fardeau, ces jambes poteaux….
Pourtant autant d’auripeaux, tant ils contenaient de peines et de douleurs, de veines et de chaleurs.

Mon corps est un matériau à mémoire de forme, il se souvient ce qu’il était, avant l’oubli.

Il a suffit de se souvenir, pour qu’il retrouve ses formes, mes formes;
pour qu’il passe de la boule repoussoire à la belle calipige,
celle qui fait passer le regard de haut en bas, au doigt et à l’oeil.

Je me présente au monde sans ma couverture bordel!!!
Je suis formidablement moi et je me vérifie, je fais le tour de moi,
au doigt et à l’oeil…
Car je n’en reviens pas de moi et de cette éclosion.

Je me suis fait surprendre par ma légèreté; cette légèreté de l’être
qui s’envole au vent des possibles, comme le papillon vers son étoile…

A tire d’Elle

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A mon cher ami


Tu as demandé, il y a six mois, à sortir de ma vie. J’étais amoureuse, toi pas, et tu étais assez honnête pour ne pas entretenir mes espoirs. Puis, après tout ce silence, tu m’as de nouveau fait signe, estimant que suffisamment de temps avait passé pour que je n’attende plus de toi ce que tu ne pouvais pas me donner. C’est vrai, suffisamment de temps a passé. Sauf que quand je t’ai annoncé, dans ma réponse à ton message, qu’au cours de ces six mois j’avais eu un accident et que je m’étais brûlée très gravement, tu n’as absolument pas réagi. Tu écrivais pour me parler de toi, des tes soucis, de tes angoisses. Mais tu n’écoutais pas les miennes.

Je ne suis pas d’humeur à te réconforter. Je n’ai pas d’énergie. Je n’ai pas réalisé, au moment de l’accident, à quel point je m’embarquais dans une période difficile, et pourtant… je n’ai plus d’énergie pour rien, je l’ai toute dépensée.

À l’hôpital, d’abord, quand on m’a opérée pour une greffe de peau. Une brûlure au troisième degré de 20 centimètres de diamètre, ça ne guérit malheureusement pas tout seul. C’est long, dix jours, quand on est prisonnière de son corps, immobilisée dans son lit sans avoir le droit de se lever, quand les changements de pansements sont un supplice quotidien, quand on réalise qu’on est au service des Grands Brûlés et qu’on voit passer dans le couloir des patients encore plus amochés. C’est long, quand on doit demander de l’aide pour faire pipi, pour se laver ou boire un verre d’eau, parfois même juste pour attraper la couverture qui a glissé en bas du lit, ou le livre hors de portée sur la table de chevet. Oubliés, l’orgueil et la pudeur ! Et puis toutes ces nuits qu’on passe avec la sensation de dormir dans un sarcophage, dans la position des morts, immobile sur le dos et les mains croisées…

Finalement, quand on rentre enfin chez soi, c’est pour y trouver un autre calvaire. Ce ne sont plus de grosses douleurs, mais elles sont quasi permanentes. C’est long, deux mois, quand on se tortille douloureusement juste pour sortir de son lit ou se lever du canapé, quand on perd deux ou trois heures tous les jours à se traîner comme une pauvresse jusqu’au centre infirmier pour renouveler les pansements, quand le moindre geste du quotidien demande une énergie folle, quand on a constamment mal au dos parce qu’on n’a pas d’autre choix que de s’asseoir de travers et de boîter pour se déplacer. C’est terrible pour le moral quand on réalise que la greffe s’est infectée, qu’une bonne partie des tissus a été dévorée, qu’il faut peut-être envisager tout recommencer à zéro avec une nouvelle greffe… Tu n’imagines pas les efforts que j’ai dû faire pour résister à l’envie de te téléphoner, de foncer chez toi, juste pour que tu me prennes dans tes bras ! Parce que c’est insupportable, deux mois, quand on vit seule, et que même si on est entourée d’amis fidèles on n’a personne contre qui se blottir, le soir, dans le creux du lit. Tu n’as pas idée à quel point tu as pu me manquer pendant tout ce temps-là…

Malgré tout, on tient bon, on refuse la nouvelle greffe, on soigne l’infection. Et maintenant il faut vivre avec une cicatrice énorme. Oh, elle n’est pas si méchante d’un point de vue social : elle est cachée, sur la cuisse. Je ne me suis brûlée ni au visage, ni à la poitrine, ni aux mains, et je reste la belle fille sur qui se retournent les hommes dans la rue. Mais elle est là, cette putain de cicatrice, et je le sais bien, moi. Elle prend toute la place dans ma vie, dans ma tête, et j’appréhende le jour où je me déshabillerai de nouveau devant un homme. Et puis j’ai en mémoire des images de ma peau gondolée par les cloques, puis à vif, d’un beau rose bonbon, puis couturée d’agrafes, noircie de croûtes immondes, envahie de crevasses et de cratères, je l’ai vue poisseuse, purulente et enfin patinée d’une belle couleur bronze par les antimicrobiens qui lui donnaient l’air d’une peau de lézard… Mes amis disent maintenant qu’elle ressemble à un arbre : une large zone rose violacé, parcourue d’arabesques violettes partout où ces salopes de bactéries ont rongé la peau. La moitié du travail foutue en l’air. En guérissant, les trous ont été comblés par du tissus cicatriciel qui en fait une cicatrice hypertrophique, ayant tendance à rougir, durcir, enfler, réclamant des soins compressifs pour les deux ans à venir, le temps que la cicatrice se stabilise et atteigne enfin son état final.

C’est long, deux ans, tu sais…

Tu comprendras donc que non, je ne suis pas d’humeur à écouter tes tracas. Je ne doute pas qu’ils soient réels, je connais ta nature angoissée, et en temps normal tu aurais pu compter sur mon soutien. Mais là, non. Ce qui m’est arrivé m’a complètement bouleversée, je ne suis plus la même, et c’est moi, maintenant, qui ai besoin d’aide, c’est moi qui ai besoin qu’on m’écoute, qu’on me réconforte. Je suis un vase vide, j’ai besoin de me remplir avant de pouvoir de nouveau déborder sur les autres et ça va prendre du temps.

Alors si tu veux revenir dans ma vie, mets-y au moins un peu de délicatesse…

Mon bout de chair et moi.

Un jour j’ai marché grâce à de longues jambes. J’ai été grande et fine, même presque trop. J’ai eu une petite poitrine mais personne ne s’en est jamais plaint et de longs cheveux noirs et bouclés ont couvert mes larges épaules. De mes origines espagnoles j’ai hérité de généreuses hanches et de bonnes cuisses et je me suis entendu dire souvent que j’avais de belles fesses. Je n’étais pas la plus jolie mais j’avais toute la splendeur de mes seize ans, quand le corps oscille entre la fillette et la femme, qu’il n’est plus ni tout à fait lui même, ni tout à fait un autre. Je ne savais d’ailleurs pas moi même qui j’étais, en équilibre instable au bord d’un précipice dans lequel je suis finalement tomber.

La chute fut rapide. Des phares dans la nuit, un froissement de tôles, la nuque écrasée et la moelle épinière en bouillie.

La jeune et jolie adolescente que j’étais est morte dans ce gouffre.

A l’aube de mes dix-sept ans on a rasé mes longues boucles noires pour me visser le crâne à un poids de 2 kilos. On a percé ma gorge pour y introduire la canule qui allait me permettre de vivre. On a troué les côtés de mes petits seins pour y enfiler des drains et vider mes poumons emplis d’une eau mortelle. On a fait descendre par mon nez et jusqu’à mon estomac un long serpent nourricier. On a piqué mes bras de mille aiguilles salvatrices.

La femme tétraplégique que je suis est née dans ce service de réanimation.

Depuis je ne marche plus et mes jambes se sont amaigries. Je suis toujours aussi grande mais seulement allongée car assise dans mon fauteuil je suis constamment la tête en l’air et j’observe le monde comme une enfant de 8 ans. Ma poitrine s’affaisse sur les côtés de mon torse et mes longs cheveux noirs et bouclés cachent lalongue cicatrice qui orne désormais ma nuque. Mes hanches et mes fesses s’étalent sur mon coussin anti escarres et on ne me complimente plus sur elles. Je ne suis toujours pas la plus jolie et je suis loin d’avoir toute la splendeur d’une femme de 34 ans, quand le corps est encore beau malgré le temps qui passe.

J’ai longtemps détesté ce corps immobile, inconnu. Je l’ai regardé avec mépris, je l’ai maltraité par omission, le laissant à l’abandon comme un jardin que l’on n’entretient pas. Je l’ai trouvé encombrant, moche, inutile, dérangeant et j’ai souvent préféré rester seule plutôt que de l’imposer aux autres. Il y avait moi et il y avait lui. Moi et ce bout de chair …

Et puis il est arrivé une chose. Un événement que seul mon corps pouvait gérer et pour lequel il a bien fallut que je lui fasse confiance. Niché au fond de ce ventre flasque un petit être s’est installé.

Sans encombres, naturellement, facilement, par voie basse, comme vous toutes, comme une femme, ni handicapée, ni inutile, ni encombrante ou dérangeante … Deux fois j’ai mis au monde un bébé.

Deux fois. Deux filles.

Alors je me suis un peu réconciliée avec lui. Un tout petit peu. Suffisamment en tous cas pour continuer, avoir envie de m’ouvrir, me revendiquer comme mère et femmeavant toute autre chose. Et oser partager mon histoire avec vous. Et à ceux que cela dérange je citerai une phrase, juste, d’Elisa BLANDAU « Que les voyeurs passent leur chemin, j’étale, certes, mais c’est pour construire ».

Patchwork

J’ai mis du temps pour me décider à écrire, très longtemps même. J’ai d’abord lu beaucoup de témoignages postés ici, et je me suis trouvée ridicule, avec mes cicatrices, mes blessures. Comment ne pas paraître dérisoire devant des corps de mères sans plus jamais d’enfants dedans, des corps meurtris par le cancer, la maladie ou la greffe ? Puis je me suis dit que, peut-être, l’acceptation de mon corps passerait par l’écriture, par la confession de soi.

Je ne m’accepte pas à la piscine mais derrière mon écran, tout semble tellement plus simple…

Il faut dire que j’ai commencé jeune, un peu boulote, un peu à la limite des courbes, celle qu’on appelle la vache ou le thon. La bonne copine un peu chiante et très autoritaire. Celle qui ne plaît pas, qui n’aura jamais de relations amoureuses, la vierge de bientôt vingt ans.

Très rapidement, mon corps se fait patchwork, une lèvre écorchée, un bout de crâne ouvert, de multiples entorses, une jolie fracture et une appendicite. Je deviens la miss cata, la petite boule qui ne tient pas debout.

12 ans, mon esprit d’enfant habite un corps d’adulte, les vergetures deviennent mon quotidien, elles strient mon corps, s’étirent, comme autant de griffes violettes et ponctuent ma prise de seins, ma prise de hanches, ma prise subite de féminité.

16 ans, ma courbe de poids et passée au dessus de la ligne verte. Le lycée se fait moqueur, vicieux. Mon corps se stabilise, puis se brise. Un cours de danse, Décembre 2009, mauvaise position, mauvaise retenue, le genou hurle, se déplace et me fait faillir.

Dix-sept ans, Avril 2010. La douleur est mon quotidien, je n’inquiète que moi-même, je garde ma douleur à l’intérieur et me réfugie dans la pâtisserie.

Juillet 2010, Sept mois. Peut-être faudrait-il faire une radio, quelques examens ? On écoute ma douleur, sans trop y croire. L’été passe, les kilos restent. Dix de plus, en tout. La douleur aussi. Marcher devient difficile…

Octobre 2010, les examens s’enchaînent, scanner, arthroscanner, radios 3D, chirurgien.

Le 20 octobre le verdict tombe, dix mois après. Mademoiselle, nous allons opérer, c’est congénital. Trois mois de rééducation seront nécessaires, au bas mot. On digère, on se prépare. Pas plus d’informations que ça, quelques consultations et l’entrée en clinique.

29 Octobre, je suis une plante, l’anesthésie ne se dissipe pas, je vogue entre deux mondes et j’adhère à mon lit d’hôpital. L’opération a un jour.

TROCHLEOPLASTIE.

Enfin je vois la cicatrice, elle est immense, rouge, dégoulinant le long du genou. 30 centimètres, rien que ça. La douleur est atroce, insupportable. La morphine ne calme rien, la sophrologie à peine plus. Le quadriceps se tord, la rotule monte, ma haine aussi. Je ne sais plus bouger, ni marcher. Une aide-soignante me met à nu pour me laver, je n’ai jamais été aussi humiliée. J’ai dix-sept ans et un déambulateur à la main. Mes parents, ma sœur, ma famille me manquent, les visites sont déboussolantes, je ne m’alimente plus.

01 Novembre, entrée en centre de rééducation, l’horreur, la peur, la solitude, les pleurs, la séparation, impossible de raconter la douleur ressentie quand votre mère vous « abandonne » là, dans ce lieu sordide, dépendante de tous, pour tout.

Arrivée en salle de kinésithérapie, premier contact froid et apeuré. Mais l’expérience m’aura appris qu’il ne faut pas s’arrêter aux apparences. Là-bas j’ai connu une grande famille au grand cœur. Une kinésithérapeute exceptionnelle qui peu à peu m’a redonné le sourire, la foi et l’usage de ma jambe. Tout à coup ma vie est devenue médicale. Arrêter le lycée l’année du bac, vivre trois mois à l’hôpital, ne vivre que de consultations, de kiné et d’examens. Ici il y a pire que moi, bien pire, bien plus courageux.

Ma vie devient détermination. J’ai dix-sept ans et une priorité dans la vie : remarcher. Personne ne m’avait dit que ça se passerait ainsi, personne ne m’avait prévenue de l’impact que tout ça aurait sur moi, personne ne m’avait dit que je deviendrai une autre sur la table d’opération.

21 Novembre, presque un mois est passé et je retourne chez moi pour la première fois. Désormais, je n’irai à l’hôpital que la journée, de huit à dix-sept heures. J’apprends enfin ce qu’on a fait à mon corps. Ces mots résonnent dans mon esprit : fracture provoquée du tibia, auto-greffe de cartilage, remise en place de la rotule, curage de la maladie.

Si j’avais été bien informée, je n’y serai probablement jamais allée.

31 Décembre 2010, contre toute attente, l’année se finit, l’hospitalisation aussi, je marche depuis Noël sans déambulateur ni béquilles. Je peux quitter ma nouvelle famille, non sans émotions, non sans soulagement. Nous nous reverrons, toi avec ta force de combattre, et toi avec ta belle vie qui t’attends, et aussi toi qui sera bientôt Maman.

Je retrouve le lycée, et la kiné libérale. Je redeviens une bête curieuse, loin des normes de l’hôpital. Je deviens l’absente, celle qu’on ne connaît plus, qu’on à oubliée, ignorée, méprisée. Le tri est vite fait.

15 Mars 2011, je prends la décision d’arrêter la kiné. Mon corps ne peut plus, mon corps ne VEUT plus. Cette cicatrice immonde qui me barre la jambe, pourtant si jolie aux yeux des médecins est un vrai fardeau. J’ai reperdu un peu de ma mobilité et beaucoup de ma vie sociale.

02 Avril 2011, j’ai dix-huit ans depuis la veille, et ma grande famille réunie m’offre la plus belle des surprises, le plus beau des passages à l’âge adulte. Je tiens une heure sur des talons et toute la nuit sur la piste de danse.

05 Juillet 2011, j’obtiens, contre toute attente, mon bac, mention assez bien. Mention « victoire », surtout. Je cache mon corps et son ver de terre sanguinolent sous des pansements, et évite franchement les maillots de bain.

Je ne suis plus fille, je suis cicatrice. Mais pourquoi me plaindre, je marche !

Aujourd’hui je peux l’écrire, je ne suis pas jolie,je ne danserai plus jamais, mes dix kilos ne sont jamais repartis et mon corps est un vrai patchwork. Cinq opérations, la dernière il y a 48 heures. Cinq cicatrices visibles, beaucoup d’autres invisibles.

Je continue de marcher, je réapprends à courir chaque jour. Ma vie sportive se limite à la marche, au cyclisme et à la natation. Je suis incapable de tenir à genoux, de m’accroupir ou de tenir sur ce pied.

J’ai été réopérée en Janvier 2012 pour retirer une partie du matériel planté dans mon tibia. Un deuxième ver blanc sur son frère violet.

Je n’accepte pas mes cicatrices, je n’accepte pas mon corps, mais j’accepte mon histoire chaotique, mon abonnement aux hôpitaux et ma mauvaise réputation de miss-je-me-casse-tout.

La douleur est devenue mon amie, une partie intégrante de ma vie.

J’ai dix-neuf ans, le corps en miettes et le cœur en puzzle mais toute une vie devant moi et toute une famille derrière moi.

Et malgré mes souffrances si dérisoires, je pense chaque jour qu’il y a bien pire que moi, que finalement je ne m’en sors pas si mal.

A.

Corps de rêve, corps rêvé, apprivoisé, subit.

J’ai un beau visage. Je m’en fou de l’avis des autres. J’ai un beau visage. Je l’aime. C’est tout. Mon ventre est une bouée de sauvetage. Je sais nager, je n’ai plus besoin de bouée. Je ne l’aime pas cette bouée.

Je ne suis pas faite pour la minceur. Je suis jolie à 75/80kilos. Mais impossible d’en trouver le chemin. Les psychologue de comptoir balance que c’est une carapace, que je veux me protéger. Les autres, que c’est un détraquement hormonal.

J’ai connu l’anorexie, la boulimie prandiale. 2 enfer. Le premier m’a rendu trop jolie. Oui, on peut-être trop jolie quand on cette fragilité. Façonné, éduqué par un pédophile, j’ai des portes ouvertes sur l’agression sexuel. 3 faucheur de corps, de cœur. Une plainte, classé sans suite, contre le dernier. Il a re-violé parait-il. Etonnant ? Les deux autres faucheurs, un père, mort. Même pas mon père biologique. Je l’ai su tard. C’est quand même fou ce que je lui ressemble. L’autre, il vit sa vie. Il fréquente toujours des enfants. Je ne peux oublier leurs odeurs, leur gout… le plaisir forcé, mécanique. Bordel, le jour où j’ai lu cette canadienne victime d’un père abuseur parler de ça. J’ai dit « oh, je ne suis pas seule, pas folle, pas perverse ». Alors, il parait que j’ai une carapace de graisse à cause de ça.

Merde à la psychologie. J’en parle là. Mais 10 ans de psy, un bon psy. Je n’ai pas peur de jouir, de vivre, de rire, de pleurer, d’aimer, d’avoir du plaisir, de la peine, de la colère, de la joie.

Je suis grosse, et je ne bouffe pas. Je mange assez peu.

Je le connais mon corps rêvé. Un peu moins gras. Un peu moins.

Ca y est, toute façon, je mets du 46. Je peux m’habiller ailleurs que dans les grande taille. Ça ne vous scandalise pas les « grandes tailles ». On n’a pas le droit à la même mode. Non c’est « ample », toujours un peu « fou ». Oui. Bon ça va 5 min. Je n’ai pas envie d’avoir soit du fou-fou flashy au couleur que je n’aime pas ou du sérieux terne. J’ai envie d’être femme. Il parait que ça existe. Mais je n’ai pas le budget. Fait chier.

Je m’en fou, j’y arriverais au 42.

J’ai 2 enfants. A la naissance du 2°, j’ai voulu être « femme », « féminine ». Un tour chez le coiffeur, un cours de maquillage… des jupes.

Mon corps, il n’est pas facile. Il est usé. Ma peau est fragile, sensible au stress. Psoriasis, tu serras le feux entre mes cuisses. On ne le sait pas, mais le psoriasis « en milieu humide » ça brule. Oui, humide. En été, mes grosse cuisse se frottent aussi l’une à l’autre. La chaleur, la sueur, la brulure. Je mets des cycliste pour éviter ça. Le moindre stress, c’est le cuisse, les coudes, la tête. Ça gratte, ça pique.

Je n’aime pas les photos de femme enceinte. Elles ne sont pas des bouée échouée sur une plage ces femmes. Elles sont belles. On la voit leur grossesse. Moi, je le sens cet utérus qui grandit, qui prend de la place, sous ma graisse. Il est volumineux. J’entame mon 4°mois. Personne ne le voit avant le 7 ou 8 mois que j’ai « un hôte ». Moi aussi je voudrais pouvoir montrer au monde ma rondeur, ma douceur maternelle qui accueille cette hôte pas programmé, mais désiré par la réunions de nos inconscients. (Oui, je m’autorise un brin de comptoir psy).

J’aimerais faire ces jolies photo « mois à près mois ». Ça me fait rêvasser. C’est beau de voir la vie grandir. Mais non. Y a une bouée de sauvetage qui me coule à la place. La graisse va se déplacer sur les côtés. C’est tout.

Ironie du sort. Enceinte, je perds du poids. Ce qui confirme la thèse « hormonal » pour ma doc. Mais voyons, comme j’allaite « encore », je n’ai pas vraiment le droit à une attention médical, et au final… J’ai tellement à gérer. Un fils avec un léger handicap pas du tout reconnu par les médecins, un autre qui est à une légère perde d’audition à cause d’un traitement, des problèmes de tune (comme tout le monde), bosser, m’occuper de la vie courante… Je me calle « quand » pour un bilan de santé ? Entre 7h00 et 7h01 ? Je préfère dormir. Désolé, j’en ai besoin.

Le plus drôle, c’est que ce petit topos rapide de mon quotidien doit faire croire que je le déteste. Mais non. J’aime m’occuper de mes zouaves. J’aime accompagner le premier qui a 4 ans et demi ne sait toujours pas dessiner un bonhomme, a du mal à causer. J’aime sa présence, sa clarté, son univers, ses passions. Mon second, il compense admirablement à légère perte. Il me montre ce que c’est un enfant qui se développe a un rythme classique. Un enfant qui dit ses premiers mots, qui a une pèche, qui est drôle, surprenant et qui me montre qu’il est prêt à plein d’expérience nouvelle, qui marche enfin dans la rue… J’adore faire de la photo, mon métier que je lance bénévolement depuis trop longtemps. J’aime faire des sites web pour les autres. J’aime mes projets d’atelier qui commence. Bordel. Ma vie est BELLE.

Un jour, je ferais du 42. Je vous monterais mon cul parfait pour les mains de mon mec, l’absence de bouée de sauvetage, et même si je sais qu’un jour, je finirais en fauteuil roulant parce que mon dos a un gros problème… vous verrez que ça, ce n’est pas un soucis.

Alors voilà. 1 bouée, un beau visage, des cuisses qui brule parfois. Et une vie que je grave dans ma peau, un bébé qui pousse, 2 enfants qui grandissent, des projets, des envies. Il faut juste que je ne sois jamais nue devant une glace. Parce que là, je deteste ce que je vois.

 

PS : Étonnant… j’ai passé « sous silence » la violence physique que j’ai subit… les 15 ans de coups quasi quotidien…
Pas que je sois encore prise dedans… comme si ce n’est qu’un détails concordant avec le père violent

Un genou et 13 centimètres de tibia en moins

Novembre 2011. Ça y est, c’est fait. J’ai 36 ans, un genou et 13 centimètres de tibia en moins.

 

Mon corps a été malmené, ouvert, recousu, trituré, agrafé, découpé, remanié, à plusieurs reprises. Ma jambe a hébergé des fragments d’os de mon propre bassin et de ceux de donneurs, puis du ciment chirurgical après la première récidive, et enfin cette prothèse en titane. Chaque parcelle de mon corps a gardé en mémoire le moindre acte chirurgical, les piqûres, les réveils chaotiques d’anesthésies générales, les hallucinations causées par la morphine, les différents degrés de douleur. Je n’arrive aujourd’hui plus à supporter que l’on m’enlève une agrafe sans me mettre à pleurer. Trop-plein.

 

Alors maintenant, il me faut mettre de côté toutes les complications possibles, les métastases, l’infection, l’amputation, et les opérations encore à venir. Essayer de toutes mes forces de mobiliser mon pied, en partie paralysé suite à la dernière opération. Savourer la victoire de le voir enfin bouger d’un millimètre, et recommencer, tous les jours. Avancer en évitant d’anticiper, procéder étape par étape, patienter, parce que je dois encore rester immobilisée pendant de longs mois. M’approprier ce nouveau corps qui est désormais le mien.

 

Mais avant tout, je profite. Différemment, avec une mobilité très réduite, mais je savoure tous les moments de bonheur qui s’offrent à moi. Je suis en vie, et mon corps, qui ne cesse de fabriquer des cellules cancéreuses depuis une vingtaine d’années, a tout de même été capable de mettre au monde trois magnifiques bébés.

 

Je ne pourrai pas accompagner les premiers pas de ma fille, mais ma résolution pour cette nouvelle année est de réussir à marcher. Avant 2013. C’est ambitieux mais je sais que je suis capable d’y arriver.

Les cicatrices de la honte

Cela à commencé quand j’avais 4 ans. Papa est parti sur une île du bout du monde, Maman en Amérique du Nord.
Moi ballottée entre eux deux, premier voyage chez papa: je me fait littéralement bouffer par les moustiques. Mes jambes commencent à ressembler à un champs de mine.

Et ça ne cesseras jamais. Chaque été, le moindre insecte est pour moi. La piqûre gonfle, s’ouvre au moindre frottement. Des croûtes se forment, puis des cicatrices.

J’ai vu une dizaine de dermatos. Réponse? Vous avez la peau trop fragile, vous vous grattez… Non, je ne me gratte pas bordel, regardez sous mes ongles!!! Certains m’ont même prescris des anti-depresseurs… Super. Mais l’ « allergie », qui n’est pas reconnue comme telle, est là, bien présente. Des fois, elle me laisse un peu de répit, mais les beaux jours finissent par revenir, inlassablement…

 

Avec les années, j’ai réussi à faire abstraction du regard des autres. Ah répondre aux « Oh mais tu te mutiles? C’est des brûlures de cigarettes? ». J’ai appris à vivre avec.

Et puis, hier, mon chéri me dis: « Mais putain, qu’est ce que tu as fait à tes jambes? »

Rien minou, c’est comme ça, j’y peux rien. Pardon d’être moi-même, pardon de ne pouvoir montrer mes jambes en mettant de jolies jupes.

Désolée de les cacher, ou désolée de t’imposer leur vues. Au lit, je ne garde pas mes chaussettes. Tu préférerais?

 

Mon corps est tel qu’il est, imparfait. Mais il est mien, totalement.

Et ces cicatrices font partie de moi, aussi laide qu’elles soient.