Mais t’es bouchée ? Les oreilles c’est comme le… Ca s’lave !

oreille
Je suis ce qu’on appelle une enfant CODA. Children Of Deaf Adult. Vivre avec des parents sourds, c’est peut-être rigolo dans les films comme « La Famille Bélier » mais dans la vraie vie, c’est pas aussi rose. Dans la vraie vie, t’as 10 ans, tu réponds au téléphone et tu te fais engueuler par la représentante de la société à qui tes parents doivent de l’argent. C’est à toi que la personne menace d’envoyer l’huissier. 10 ans, bienvenue dans le monde des adultes.

Pas de chance, je suis moi aussi sourde. Enfin, je préfère dire malentendante. Pour le dictionnaire, c’est la même chose, pas pour moi.
Je tiens à ce qu’il me reste d’audition.
Je suis malentendante à 40 % environ. Avant je disais 30, puis 35…
Maintenant je suis honnête avec moi, et je dis 40 % environ.
Mes parents sont sourds à 100%, ils ont chacun une surdité différente de l’autre, et la mienne est encore différente de la leur. En gros, la faute à pas d’chance que ça me soit arrivé. A moi et pas à mon frère, pas à ma soeur. Veinards.
Enfin je suppose que c’est la faute à pas d’chance, parce que les médecins me disent juste « Bon bah on voit sur l’audiogramme que ça vient de l’oreille interne, plus précisément de la cochlée, mais on ne sait pas pourquoi ». Ils s’en fichent ? Peut-être. Un jour j’ai demandé à avoir un IRM, on m’a dit que ça ne servirait à rien. Bon bah d’accord si tu le dis.
Je suis comme ça depuis petite : à la maternité, je n’entendais pas, puis c’est venu par la suite. Et au fur et à mesure des années, mon audition a doucement baissé : elle est passée de -20 quand j’étais enfant, à -40 décibels depuis quelques années.
Vous me direz, sur 100, ça va encore ! En fait non. Parce que c’est une moyenne : j’entends les sons graves à -30, les conversations à -40, et les sons aigus à -70. C’est pratique des fois, je n’entends pas les moustiques voler (ouille piquée ! Tiens, y’a un moustique dans la
chambre…)

C’est quoi être malentendante ?
Je pense que les gens ne se rendent pas compte de ce que c’est que d’être malentendante. Par exemple, j’entends suffisamment bien pour discuter avec une personne, ou deux, quand on est au calme. Mais lors d’un repas avec des amis, c’est mort, je n’arrive plus à suivre personne. Tous les sons se mélangent, s’embrouillent, qui dit quoi ? Hey mais c’est quoi ce bruit ? Chut ! J’entends plus… Bon bah vas-y, sers-moi un verre, ça va passer le temps…

Etre malentendant, c’est demander aux gens de ne pas me tourner le dos quand ils me parlent.
C’est tendre l’oreille pour bien entendre chaque mot : essayer de deviner le mot mal compris, en le remettant dans son contexte. C’est dire oui, ou non, même si on n’a pas compris la phrase… Y’a une chance sur deux d’avoir la bonne réponse. La première fois que j’ai rencontré mon conjoint, il m’a dit : « thé ou café ? » Je n’avais pas compris, j’ai dit oui…
C’est essuyer le regard blasé de la personne que tu as en face de toi et à qui tu demandes de répéter. Blasée même quand tu lui dis « pardon je suis malentendante ». Connasse.
C’est ne pas entendre son enfant pleurer la nuit.
C’est préférer 1 000 fois plus les SMS que les coups de téléphone !
C’est la lassitude de dire « pardon mais j’entends mal si vous pouviez ne pas me tourner le dos, me regarder quand vous me parlez… ».
Je dis pardon… Pourquoi je dis pardon ? Ce n’est pas à moi de m’excuser de ne pas avoir compris ce qu’a dit la personne, c’est à elle de faire l’effort de me regarder, c’est la base de la communication non ?

C’est épuisant. Moralement, physiquement. Il y a des jours après le travail où je me sens épuisée d’avoir essayé de comprendre ce qu’on m’a dit (surtout quand je rencontre de nouvelles personnes : j’ai remarqué qu’au bout de quelques temps je m’habitue à la nouvelle voix et la comprends mieux).

« Ben mets tes appareils auditifs ! » Oui mais les appareils, c’est bête à dire mais parfois ça te casse les oreilles… Les sons ne sont pas naturels : certains sont juste amplifiés, d’autres sont traités et retranscris. Et ca aussi c’est épuisant, de bien entendre. Et puis y’a des jours où voilà quoi, merde, j’ai pas envie de les mettre.

J’ai mis des années avant de l’admettre. Avant de pouvoir dire « je suis malentendante ». Je ne voulais pas être comme mes parents, je ne voulais pas qu’on m’associe au monde des sourds… J’entendais mal, oui, mais je n’étais pas malentendante, et puis quoi encore !
Maintenant j’ai mûri, j’assume. Je ne le dis pas forcément mais quand il le faut, ça me dérange moins. Et je l’assume tellement que j’ai des appareils auditifs. Avoir des appareils auditifs, c’est afficher à la vue des autres son handicap. Tiens, ça aussi c’est difficile à encaisser… « je-suis-handicapée ». Wow.

Pour rajouter du fun à l’histoire, j’ai des acouphènes. Vous vous souvenez les vieilles télés à tube cathodique, qui sifflent ? Vous mettez un double sifflement à chaque oreille, et bienvenue dans mon monde. Toute la journée, toute la nuit. 24 heures sur 24. Pas de répit, pas de vacances, pas de trêve. J’entends mal, et ce que j’entends est parasité par des sifflements. Il y a des jours où je pleure, je n’en peux plus de ce bruit… C’est dans la tête, ca m’envahit, c’est toujours présent, toujours toujours toujours… Lâchez-moi, juste cinq minutes. J’aimerais juste savoir, UNE fois, quel effet ça fait de ne RIEN entendre, rien…

Alors je mets toujours le son plus fort. Parce que ça cache les acouphènes, parce que ça comble le silence qui, en fait, n’existe pas.
Le son de la télé plus fort, dans mon casque. Le son dans la voiture plus fort en allant chercher les enfants à l’école, partout où je peux, plus fort…

Un jour ça ne sifflera plus. Un jour il y aura un VRAI silence.

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Mon accident

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Avril 2004 – Je travaille dans une supérette. Je viens d’arriver, je vois le patron monter une étagère.

Un peu plus tard il me demande de la remplir. Je monte sur un tabouret, je range des cartons de vaisselle petit à petit. Au dernier étage de l’étagère, tout s’écroule, bascule, se renverse, m’entrainant. Je tombe, je crie, j’ai mal je ne comprends pas encore, on me dégage et on appelle vite les pompiers.

Je m’assoie sur un siège de caisse, je regarde mon pied gauche, qui pend littéralement, complètement tordu vers l’intérieur, en tremblant sur lui même. Je ne m’évanouis pas.
Fracture grave de la cheville et luxation.
Quand on te réduit une luxation, sur une fracture, comme ça, comme dans les films, te te rappelles longtemps de ta douleur.

Je suis hospitalisée 15 jours, c’est long. J’ai une première opération. Quand les médecins chirurgiens viennent me voir, je pense qu’ils vont m’annoncer une bonne nouvelle, que je vais bientôt sortir.
Et bien non, c’est une fracture grave, l’intervention n’a pas été suffisante. Nouveau rendez-vous pour le bloc programmé.
Après la première, deux autres opérations pour rattraper seront nécessaires. A chaque fois je me fais prendre au piège de l’entrée du staff dans ma chambre, je suis déçue, je craque. Les infirmières me disent de ne pas pleurer.
Trois voisines de chambre se succèdent.

Jusqu’à la 3e opération, je suis complètement immobilisée. J’ai un plâtre qui pèse très lourd, je ne peux pas bouger, me lever, aller prendre une douche, aller aux WC. Au début, c’est dur, de sonner pour pisser, de sonner pour que l’infirmière vienne chercher le bac dans lequel j’ai fait caca. De se laver au gant de toilette pendant 8 jours. De pleurer de joie quand un aide-soignant me lave les cheveux dans une bassine. De devoir montrer son corps nu, comme il est.

De ne pouvoir bouger, je n’en peux plus, je fais une crise de nerf, je crie, je pleure, je me secoue, puis je me calme et m’endors.

Trois anesthésies générales, de la morphine. Mon corps en prend plein la gueule.
Ravier dents de lion : c’est le nom d’un des outils utilisé pendant mon opération, ça fait flipper hein !

Le soir je n’arrive pas à m’endormir car j’ai trop faim. Les repas ne sont pas terribles.
Mon cousin ainsi que mon amie et ses copains viennent me voir. Les visites, y’a que ça de vrai quand t’es à l’hosto, rappelles t’en toi qui ne prends pas le temps d’aller voir ta grand-mère ou ta tante handicapée. Et ce qu’ils amènent, soyons honnête : nourriture de l’âme – livres – et chocolat noir.

Quand mes opérations sont terminées et l’atèle en résine posée, on peut me promener en fauteuil. Avec mon redon accroché en bandoulière. Vision de ce sang noir, faut pas être sensible. Prendre l’air dans le parc de l’hôpital une pizza sur les genoux, respirer l’air pollué du boulevard Magenta, prendre un mauvais café dans une brasserie populaire. La vie quoi.

Pendant mon hospitalisation mon employeur ne m’aura pas fait livré de fleurs, ne sera pas venu me voir à l’hôpital qui est à 15min de la supérette à pied, ne m’aura pas téléphoné pour prendre de mes nouvelles.
Quand je sors je fais 45kg toute mouillée, mes jeans ne me tiennent plus à la taille, et mon cousin va m’acheter deux t-shirts en urgence sur le boulevard.
Quand je sors un cocon de douceur et d’attention m’entoure à nouveau. Je reste quelques jours chez mon amie. Je déménage dans un appartement en colocation, soyons folle au 8e sans ascenseur. J’apprends à me déplacer et à me débrouiller seule avec mes béquilles. Parfois la solidarité : on me laisse la place dans les transports en commun, des mecs me portent dans les escaliers du métro.

Je souris à nouveau. Je décide de rentrer chez moi en province, de redémarrer ma vie là où je l’ai quittée. Avec ma fille. Je vais la chercher.

Tout n’est pas simple. Je vis quelques jours chez mes parents puis je prends un appartement seule avec ma fille. Je n’ai jamais vu un enfant d’un an et demi aussi compréhensif qu’elle. Jamais elle ne s’est sauvée. Elle marchait au pas, se tenait à ma béquille pour traverser. On allait faire les courses à pied ensemble, moi avec mon sac à dos blindé, elle accrochée à ma béquille. J’apprends qu’être handicapée n’est pas simple au quotidien et que tu transpires pas mal pour te démerder seule.

Je suis en accident de travail pendant plus de 2 ans. Deux ans pendant lesquels officiellement, tu ne fais rien, tu attends qu’un médecin conseil te dise que tu peux vivre, reprendre une activité. Mais je ne peux pas attendre. Je me fais moi même mes piqûres dans le bide comme une grande, j’abandonne un traitement dont les effets secondaires me causent nausées et bouffées de chaleur. J’ai envie de vivre normalement. Comme médicaments et alcool ne font pas bon ménage, je préfère ne pas prendre d’anti-douleur et boire une bière de temps en temps.
Je n’ai pas le droit de poser le pied, je peux sentir la pointe de ma broche à fleur de talon. Je retourne à Paris où on m’enlève mes broches. Autre AG.
De retour chez moi, on me diagnostique une algodystrophie : ma cheville se raidit, j’ai des sensations de chaud-froid, des douleurs. Les visites chez le kiné rythment ma semaine. La douleur est mon quotidien, la débrouille mon crédo. Je me déplace aisément. Ma fille est hyper autonome.
Tant pi pour la Sécu, je retourne à la fac, termine ma licence. Qui mettrait sa vie en pause pendant deux ans ?
Mon état devient stable, je remarche, longtemps avec deux béquilles, puis une béquille, puis sans. En boitant, puis normalement. Sauf quand j’ai trop mal.

Mais ma cheville est foutue. J’ai toujours des broches, et je garde une douleur quotidienne, qui s’accentue dès que je fais trop d’activité, que je marche trop. Alors ma cheville se raidit et je ne peux plus marcher, il me faut une cane pour mettre un pied devant l’autre. Souvent c’est le soir, alors personne ne le voit.
Tout le monde a plus ou moins oublié cette période de ma vie. Ce handicap ne se voit pas donc très souvent je l’assume seule. J’ai pourtant une reconnaissance de travailleur handicapé. Que je ne mentionne pas. Mais c’était important pour moi cette reconnaissance.
J’ai aussi mené une action contre mon employeur, qui n’a pas été jugé responsable, qui a menti sur les circonstances de l’accident. Souviens toi le jour où tu es au bord de l’inconscience avec ta fracture qu’il faut prendre des photos et recueillir des témoignages. Sinon t’es baisé.

Toutes ces démarches administratives et juridiques étaient nécessaires, mais elles m’ont beaucoup déçues et déstabilisées. Tu te retrouves face à des gens pour qui tu es un pourcentage d’invalidité, un N° de Sécu, un N° de dossier, tu perds ton humanité et tu chiales ta race sur le banc du Tribunal des Affaires de la Sécurité Sociale parce que t’as posé un jour de congé, fais une heure et demi de transport, fais garder ta gamine pour assister à ton audience et qu’évidemment, ton employeur est représenté par son avocat, et que l’affaire est reportée. Tout cela a duré 7 ans.

Ça peut paraître fou mais cet accident est arrivé à un moment de ma vie (dépression, séparation et exil) où j’avais besoin d’un coup de pouce/coup de pied au cul/ bonne grosse claque de cow-boy (au choix hein). Donc c’est arrivé au bon moment en fait. Je dirais même que l’hospitalisation a été un sas dans ma vie, mon accident une étape.
La page est tournée de l’évènement, restent les blessures, qui font partie de mon corps, que jamais je n’ai cherché à cacher.
Après ça je me suis reconstruite physiquement, moralement, affectivement. Et maintenant, malgré ma douleur, malgré les escaliers montés sur la pointe des pieds, malgré les kilos accumulés, le fait que je ne pourrais plus jamais faire de patins à glace, du roller avec ma fille, apprendre à skier, porter des chaussures à talon, courir après mon fils, sauter à cloche pied, faire de la corde à sauter, ou une randonnée, malgré le fait que je ne sais pas de quoi mon futur est fait et comment je vieillirais dans ce corps déjà abîmé et souffrant, enfin je suis heureuse et j’ai une vie normale.

N.

Le regard de l’autre

Dans mon corps déformée,
Se cache une femme fée,
Une maladie inique,
Me lacère le cœur,
Douleurs typique,
Mal vainqueur.
Je ne peux le cacher,
Il ne peut m’oublier.
Le martyre du corps,
La trahison de l’âme.
Un avenir mort,
Celui d’être une femme.
Suis un ballon éclatée,
Gisant sur le cotée.
Rêvant de légèreté,
Immobile destinée.
Dans cette immense cage,
Qui me sert de tombeau,
Je cache mes oripeaux,
Derrière des ombrages.
Car leurs regards m’effraient,
Je me cache en effet.
Perdue dans mon reflet.
Évanouie pour de vraie,
L’image que j’aurais,
Si ma maladie n’existait.

K.

Mon bout de chair et moi.

Un jour j’ai marché grâce à de longues jambes. J’ai été grande et fine, même presque trop. J’ai eu une petite poitrine mais personne ne s’en est jamais plaint et de longs cheveux noirs et bouclés ont couvert mes larges épaules. De mes origines espagnoles j’ai hérité de généreuses hanches et de bonnes cuisses et je me suis entendu dire souvent que j’avais de belles fesses. Je n’étais pas la plus jolie mais j’avais toute la splendeur de mes seize ans, quand le corps oscille entre la fillette et la femme, qu’il n’est plus ni tout à fait lui même, ni tout à fait un autre. Je ne savais d’ailleurs pas moi même qui j’étais, en équilibre instable au bord d’un précipice dans lequel je suis finalement tomber.

La chute fut rapide. Des phares dans la nuit, un froissement de tôles, la nuque écrasée et la moelle épinière en bouillie.

La jeune et jolie adolescente que j’étais est morte dans ce gouffre.

A l’aube de mes dix-sept ans on a rasé mes longues boucles noires pour me visser le crâne à un poids de 2 kilos. On a percé ma gorge pour y introduire la canule qui allait me permettre de vivre. On a troué les côtés de mes petits seins pour y enfiler des drains et vider mes poumons emplis d’une eau mortelle. On a fait descendre par mon nez et jusqu’à mon estomac un long serpent nourricier. On a piqué mes bras de mille aiguilles salvatrices.

La femme tétraplégique que je suis est née dans ce service de réanimation.

Depuis je ne marche plus et mes jambes se sont amaigries. Je suis toujours aussi grande mais seulement allongée car assise dans mon fauteuil je suis constamment la tête en l’air et j’observe le monde comme une enfant de 8 ans. Ma poitrine s’affaisse sur les côtés de mon torse et mes longs cheveux noirs et bouclés cachent lalongue cicatrice qui orne désormais ma nuque. Mes hanches et mes fesses s’étalent sur mon coussin anti escarres et on ne me complimente plus sur elles. Je ne suis toujours pas la plus jolie et je suis loin d’avoir toute la splendeur d’une femme de 34 ans, quand le corps est encore beau malgré le temps qui passe.

J’ai longtemps détesté ce corps immobile, inconnu. Je l’ai regardé avec mépris, je l’ai maltraité par omission, le laissant à l’abandon comme un jardin que l’on n’entretient pas. Je l’ai trouvé encombrant, moche, inutile, dérangeant et j’ai souvent préféré rester seule plutôt que de l’imposer aux autres. Il y avait moi et il y avait lui. Moi et ce bout de chair …

Et puis il est arrivé une chose. Un événement que seul mon corps pouvait gérer et pour lequel il a bien fallut que je lui fasse confiance. Niché au fond de ce ventre flasque un petit être s’est installé.

Sans encombres, naturellement, facilement, par voie basse, comme vous toutes, comme une femme, ni handicapée, ni inutile, ni encombrante ou dérangeante … Deux fois j’ai mis au monde un bébé.

Deux fois. Deux filles.

Alors je me suis un peu réconciliée avec lui. Un tout petit peu. Suffisamment en tous cas pour continuer, avoir envie de m’ouvrir, me revendiquer comme mère et femmeavant toute autre chose. Et oser partager mon histoire avec vous. Et à ceux que cela dérange je citerai une phrase, juste, d’Elisa BLANDAU « Que les voyeurs passent leur chemin, j’étale, certes, mais c’est pour construire ».

Mon corps, mon combat contre les autres

Bonjour,

Ça y est après de longues heures d’hésitation j’ai décidé de me lancer et de me montrer telle que je suis ! Donc voici mon texte et mes photos pour le blog et merci pour cette belle idée:

Parfois, j’aimerais être un homme, pour ne pas subir le dictat du corps parfait ! Sur un homme une petite bouée ça rassure, ça réconforte, on aime s’y blottir … chez une femme ça perd tout son charme et pourtant …

Il y a peu, les canons de la beauté étaient bien en chair ; un bassin large était un signe d’extrême féminité (mais peut-être était-ce parce que à cette époque une femme était avant tout une mère ?!).

Mais à notre époque, c’est quoi être belle ?

 

Si c’est ressembler à ces mannequins longilignes, assexués, déformés par les logiciels de retouche photo que l’on voit dans les magazines, alors je ne veux pas être belle !

Si c’est être heureuse, avec et malgré son corps, alors je suis en train de le devenir …

 

Depuis longtemps j’essaie de vivre avec mon corps, ce corps que je traîne comme un fardeau dont il m’est impossible de me débarrasser. Mon histoire de désamour avec cette part de mon être a commencé très jeune, trop jeune sûrement, à une époque où le souci principal devrait être de trouver le moyen de convaincre ses parents de nous offrir un chien …

 

Tout d’abord il y a eu mes pieds mal formés à cause d’une croissance trop rapide ce qui m’a obligé à porter des chaussures orthopédiques, mes « chaussures d’handicapée » comme mes « camarades » disaient. Je me rappelle m’être faite frapper par un « grand » à cause de ça ! Cruauté éphémère qui laisse pourtant une trace indélébile …

 

 

Ensuite, il y a eu ma taille : 1m72 à 12 ans ça ne passe pas inaperçu (heureusement pour moi ma croissance s’est arrêtée là) !! Pas facile de plaire aux garçons quand on fait une tête de plus qu’eux et que commence doucement à pointer un mal être qui ne fera que grandir au fil du temps pour finir par occuper la place du moteur de ses décisions !

 

A 10 ans : très facile de me retrouver !

 

Puis vint le problème de la poitrine. Ce symbole actuel de la féminité, je l’ai espéré … pendant des mois … des années. Ce n’est qu’à 20 ans que j’ai enfin eu quelque chose qui me convenait, des seins bien ronds et fermes ; enfin je pouvais arrêter de penser à la « planche à repasser » et aux autres colibets !

 

A 16 ans

 

 

 

Il y a également mes chevilles (un de mes nombreux héritages de famille). Ces deux poteaux difformes mal dessinés, à peine différenciés de mes mollets, ces deux masses qui m’empêchent de porter les chaussures que j’aimerais, qui me donnent des jambes identiques à celles de ma grand-mère. Quand je les regarde j’ai l’impression d’être un cheval de trait au milieu de pur-sang arabes !

Mes poteaux télégraphiques !

 

 

 

Le temps passe et puis on part, on fuit, vers la ville, vers un monde peuplé d’anonymes où personne ne s’intéresse à son prochain, où personne ne connait son voisin.

 

Là je me sens à ma place loin des miens.

Mais les blessures profondes d’une enfance difficile son

t malgré tout là et vient alors le problème du surpoids qui s’aggrave à chaque contrariété, à chaque critique. Peu à peu chaque partie du corps se modifie au point qu’on ne se reconnait plus … et l’amour, le soutien d’un conjoint n’y changent rien : le problème est ailleurs, caché derrière un besoin de reconnaissance filiale qui ne vient pas malgré les tentatives.

 

C’est alors que se produit une chose inattendue, un petit être a décidé de s’immiscer dans notre vie. Petit à petit il grandit au sein de ce corps qu’on ne peut supporter et c’est là que se produit le plus grand changement : je suis enfin devenue femme, je suis devenue mère.

 

Mes seins que j’avais tant espérés portent les traces de ces mois d’allaitement, de ces moments partagés où pour la première fois j’ai senti que j’étais indispensable à quelqu’un. Peut importe leurs vergetures et leur relâchement : c’est la marque que j’ai nourri, protégé un petit miracle, ma chair, mon sang …

 

Mon ventre est vide à présent, marqué, flasque, tombant, mais c’est un mal nécessaire ; il a fallut faire de la place pour notre ange, pour qu’il grandisse pleinement pendant ma grossesse.

 

Les kilos qui 9 mois après mon accouchement refusent de partir sont les réserves que mon corps a faites pour que d’un petit haricot je fasse un magnifique petit homme.

 

Me voici donc maintenant …

 

J’étais (je suis encore parfois) une cible pour qui voulait me blesser : incapable de répondre aux brimades, les gens ne voyaient pas ma détresse. Si avec le temps je suis devenue associale c’est pour ne plus souffrir, ne plus être déçue (surtout par ceux que j’aime) !

Mais maintenant les choses changent ! Oui, maintenant je suis déterminée à gagner la guerre, ma guerre, et à vivre heureuse telle que je suis, envers et contre tous !

Chaque jour est pour moi un combat contre les moqueries d’un temps oublié, contre une société formatée qui stigmatise les rondeurs, contre une famille intolérante … mais je m’accroche parce que j’ai trouvé ma voie : j’ai maintenant deux hommes merveilleux dans ma vie !

Je m’en fous

voila mon ventre a 22 ans

maman a 20 ans je savais dès le début que mon corps serait massacré

j’avoue j’espérait moins que ça mais c’est le prix a payer

se ventre il me gêne

parfois je m’en fou d’autre fois je me dit sa serait tellement mieux sans

évidement se n’est pas la seule partie de mon corps massacré

mes seins mon bas du dos mes hanche mes bras mes mollets rien n’a été épargné

mais voila j’ai la plus belle des poupettes et j’en suis fière

 

 

ma cicatrice sur mon pied droit

preuve d’un malheur mais d’un miracle en même temps

malformation ma mère a eu jusque son 6 ème mois de grossesse pour avorter

car les médecins ne savaient pas vraiment mon degrés d’handicap

heureusement pour moi ma mère assuma jusqu’au bout

a la naissance on me réanima hémorragie au cerveau

j’ai failli être hémiplégique

au final de légères séquelles a la main et un tendon d’Achille qui ne suit pas ma croissance

opéré a 3 ans comme séquelle je boite légèrement et je ne peut pas bougé mon pied correctement mais je marche et je suis en vie c’est tout ce qui compte merci maman