Mon corps, et le corps des autres femmes

Je regarde toutes les femmes, leurs fesses, leurs seins, leur jambes, leur visage, leur ventre. Je regarde si elles ont l’air bien avec. Si elles ont l’air de l’aimer, ou juste de le supporter. Mon corps, j’évite de le regarder. Non pas qu’il soit horrible, je m’en sort même plutôt bien d’un point de vue objectif et extérieur. Mais voilà, le problème de mon corps, c’est que je suis coincée à l’intérieur.

Du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours eu cette sensation, être coincée dans un corps qui n’est pas le mien. Il déborde, il dépasse, il m’empêche.

Parfois j’ai l’impression que si on regarde tout au fond de mes yeux, on pourrais me voir moi, coincée, qui essaye de sortir.

Je ne sais pas pourquoi. Je n’ai jamais vécu d’horreur, pas de traumatisme particulier. Je fais un 38, parfois quand je rentre le ventre j’enfile même un 36. J’arrive même à me trouver jolie quelques fois, c’est dire! Oui mais.

Je n’aime particulièrement pas mon ventre, mou, et ce depuis toujours. Ma grossesse a été un supplice. Alors que toutes les femmes s’extasiait sur mon ventre qui s’arrondissait, alors que cette grossesse était un vrai désir, une envie de couple, j’ai caché mon ventre, le plus possible. Je n’avais pas l’impression d’être enceinte, mais d’être gonflée. Quelqu’un d’autre se cachait dans mon corps avec moi, et il n’y avait plus beaucoup de place.

Quelle horreur quand on voulait toucher mon ventre…

Bien sûr à la place de mon bébé, il y a maintenant un ventre encore plus mou, encore plus détestable. Tous les jours je me dis « demain, je commence à faire des abdos. Demain j’arrête le chocolat. » Ça fait un bout de temps que j’aurais dû commencer!

Rien de tout ça n’est grave, rien de tout ça ne m’empêche de rire, d’aimer mon mari et ma fille, de mettre des jupes parfois, d’aller à la piscine.

J’use de subterfuges, je cache, je détourne l’attention, j’ai appris comment faire à force.

C’est juste que ce corps, il n’est pas à moi. Il est comme un déguisement que je ne peux pas enlever.

Une taille de mannequin

« Tu as une silhouette de mannequin ». J’entends ça depuis plus de 10 ans, depuis mon adolescence. On me le dit comme un compliment, mais je ne le prends pas vraiment bien. Oui, j’ai la taille mannequin, mais les mannequins actuelles, je ne les trouve pas attirantes.

Je suis plutôt grande (1m75) et fort mince, trop même, puisque mon IMC tourne autour de 16,9. Maigre, en fait.

J’ai souvent entendu les gens me dire que j’étais anorexique. Je réfute fermement. D’abord, parce que psychologiquement, je ne me trouve pas trop grosse, et je veux prendre du poids. Ensuite, parce que je ne me restreints pas de manger quoi que ce soit. J’ai juste un très petit appétit depuis que je suis petite.
Je mange de tout, très diversifié, assez équilibré. Je ne me prive pas du tout de petits plaisirs, je suis capable de m’empiffrer de plats caloriques, du sucré, du gras, de la crème fraiche, j’adore tout ça. Mais je ne mange pas assez de repas dans la journée. Je n’y arrive pas. Soit par manque de temps ou d’organisation, soit par manque d’appétit. Ma journée type? Un seul vrai repas, dans la journée ou en début de soirée, et des boissons (jus de fruits, sodas, milkshakes) et encas (gâteaux, pâtisseries, yaourts…) le reste de la journée pour combler les petites faims.

Je fais du sport. J’ai des cuisses et des bras musclées, un ventre à la peau légèrement distendue par la grossesse, mais qui reste ferme grâce à de bons abdos. Des fesses petites mais rondes. Dans l’ensemble, pas de complexes précis, à part sans doute des seins quasi inexistants qui n’aident pas à se sentir vraiment femme, malgré l’allaitement, et bien que je les trouve quand même jolis malgré leur taille ridicule.

Mais cette silhouette entière, bien que j’essaie de l’accepter, ne me convient pas. Je me sens fragile, dans ce corps trop fin. J’ai presque l’impression de donner l’image d’une femme malade, avec ma peau si blanche sur mes os trop saillants par endroit. Mes hanches, mes côtes. Cette pâleur et cette maigreur que tant d’autres femmes m’envient, je n’en veux pas.

Je vois si souvent des publicités pour maigrir. Des livres de méthodes à profusion. Des articles dans les magazines. Des conseils de stars, de médecins, de l’entourage. Tout le monde connait Dukan, WeightWatchers. Mais allez trouver des conseils efficaces pour prendre du poids! Et pourtant, parallèlement, j’entends tellement souvent que les hommes aiment les femmes bien en chair, qu’ils préfèrent les rondes. Qu’une « vraie » femme, c’est une femme qui fait plutôt un 40 qu’un 34. On déculpabilise régulièrement ces femmes qui se trouvent trop grosses, et pour le faire, on assassine ces filles trop maigres, pas assez femmes, pas finies, pas sexy, pas assez « bonnes ». Et quand on est dans cette dernière catégorie, ça fait mal d’entendre ces critiques. Ca a été très dur à vivre pour moi à l’adolescence. Une fois majeure, j’ai dépassé mon complexe en posant nue. Ca m’a aidé à avoir un autre regard sur mon corps. Je l’accepte, je l’intégre. La grossesse m’a beaucoup aidé aussi à être à l’aise avec cette enveloppe charnelle. Mais quand je vois des filles avec plus de formes, c’est moi qui les jalouse et qui me sent mal dans ma peau, surtout lorsqu’on met en exergue le fait qu’elles sont plus sexy que moi et mon corps en fil de fer, mes jambes Baguépi, mon torse de planche à pain…

Mon corps doit payer

« Arrêtes un peu de plâner, tu n’es pas grosse ! »
C’est vrai. Je suis loin d’être grosse, je me faufile dans du 38, parfois même du 36.
Mes 50 kilos se répartissent aisément sur mon mètre 55.
Pourtant mon corps, je ne le supporte pas.

Je fuis les miroirs, j’évite les cabines d’essayages. La piscine dépasse de loin ma dose de courage, c’est à peine si j’accepte de plonger dans les vagues chaudes d’une mer d’été en tee-shirt et caleçon.
Ce corps je le déteste tellement que je le malmène. Je teste ses limites.
A coups de lames de rasoirs, de couteau, de cutter, de ciseau, de tout ce qui tranche, pique, rouvre les plaies, à vif. Il faut que cette peau saigne, soit abîmée, mutilée. Punie d’être ce que je suis. Les cathéters trouent pour des bijoux, les aiguilles des machines à tatouer y introduisent de l’encre, mes lobes s’érlagissent sous ma contrainte. Il faut que je domine ce que je hais. Je suis seule à pouvoir décider de ce que je te fais subir, saloperie de peau, saloperie de coprs.
L’intérieur ne fait pas exception. Avale des pilulles, aspire des traces, liquide les bouteilles d’alcools, enfonce l’aiguille au creux du bras, dans cette chair autrefois douce, devenue une carte de plaies et de bleues.

C’est plus fort que moi, au dela du rationnel, de toute pensée cohérente. Il faut que je fasse endurer à mon corps des épreuves toujours plus douloureuses, il faut qu’il paie de me faire sentir aussi mal chaque jour qui s’écoule.
Rien n’existe d’autre que la recherche d’un nouveau moyen de souffrir.

Lou – Mélusine.

Mon corps c’est moi

Je sais que ça à l’air con dit comme ça, mais il a fallu tellement d’années pour que le déclic se fasse dans ma tête. Mon corps, n’est pas le véhicule de mon esprit, il n’est pas mon ennemi, ni mon allier. Il n’a pas d’identité propre : c’est juste moi.

Je suis une victime de viols, avec un « s », sur dix ans, sept personnes sans liens entre elles autre que moi. Je suis aussi une victime de maltraitance, ceci explique cela. Dissociée de mon corps je n’ai pas compris que mes non devaient être entendus.

Ne me touchez pas, ne m’approchez pas, ne me parlez pas. Vos regards me brûlent la peau.

Mon corps en à chier, en plus de ce que les autres ont fait. Anorexie boulimie, scarifications, acné excoriée, alcool et drogues. Un jour j’ai péter les plombs, c’était trop, trop de douleur, trop de pression : hôpital psychiatrique. Les chaînes aux fenêtres, pas de rideau de douche (histoire de ne pas pouvoir se pendre avec), pas de siège de toilette (pour ne pas agresser le personnel). Médicaments, beaucoup de médicaments. Puis le déclic, mon corps c’est moi. J’ai pris du papier et j’ai écrit des lettres. J’ai rendu ce qu’on m’avait mis sur les épaules, il s’est passé ça – ça m’a fait ça – (et pour certains) si tu veux qu’on continue à se voir j’attends ça de toi. Réactions lâches en retour, quelques-unes étonnantes et bouleversantes. Je suis revenue à la vie civile.

Quelques années ont passé, sereines. Nous avons fait un enfant. Notre bébé est né chez lui, dans la douceur et le respect de nos corps. Je ne suis pas une petite chose fragile, je me suis rendue à moi-même.

J’aime mon corps, j’aime ces cicatrices, ces vergetures. J’aime mes seins qui me permettent de nourrir mon enfant. J’aime les rides qui commencent à apparaitre aux coins de mes yeux, marques des rires quotidiens avec les miens. Je suis fière de ma puissance.

Mon corps c’est mon histoire.

Mon corps c’est ma victoire.

 

Mon corps a disparu…

Je n’ai jamais été toute mince et fine, je suis grande, musclée, j’ai les épaules et les hanches larges. Mais j’étais féminine, et j’étais belle. Le regard des hommes me le disait. J’étais fière de mon corps de femme.
Et puis un jour, ma thyroide a arrêté de fonctionner normalement, j’ai pris 20kg en quelques semaines et mon corps a disparu…
Mes jambes et mes bras galbés sont devenus des troncs d’arbre. Ma taille fine s’est transformée en bouée informe. Mes fesses se sont déformées. Mon dos musclé ne ressemble plus à rien. Ma poitrine, qui a toujours été importante, a encore pris de l’ampleur et s’est mise à pendouiller lamentablement. Mon cou, long et fin, s’est garni d’un double menton. Les traits de mon visage se sont effacés derrière la graisse.
Et je me suis regardée dans le miroir et je ne me suis pas vue.
Mon amoureux a continué à m’aimer et à me le démontrer, il est devenu mon mari et le père de mes enfants, mais je ne me retrouvais pas.
Je me sentais tellement étrangère à ce corps que je n’arrivais pas à prendre les mesures nécessaires pour me retrouver, j’ai commencé des régimes que je n’ai jamais terminés, je me suis inscrite dans des salles de gym que je n’ai jamais fréquentées. Comme je ne pouvais pas accepter mon corps, je me sentais incapable d’en prendre soin…
J’en suis arrivée à me sentir tellement absente de ce corps que je ne reconnaissais pas que j’ai perdu tout appétit sexuel: comment pouvais-je utiliser ce corps qui n’étais pas le mien pour donner et recevoir du plaisir?
Ca a duré deux ans, deux ans de ce que j’appelle de l’impuissance, à 25ans c’est pathétique. J’en ai presque perdu mon mari qui n’arrivait pas à comprendre pourquoi il ne me plaisait plus, pourquoi je ne le désirais plus… mais mon chéri, comment vais-je me permettre de te désirer si je n’ai pas de quoi te le démontrer?
C’est en réalisant que j’allais le perdre que je suis enfin sortie de ma torpeur, ce corps ne va pas me gâcher la vie, ne va pas me faire perdre l’amour de ma vie! Je veux me voir dans ses yeux, je veux me retrouver entre ses bras, je veux de nouveau me sentir femme…
Alors j’ai commencé un travail sur moi, ce texte en fait partie. J’apprends à apprivoiser ce corps que j’ai tant rejeté, je suis au régime, je fais du sport, je me regarde dans le miroir, je prends soin de moi , je laisse mon mari m’aimer et je me permets de le lui rendre.

Ce corps, ce maudit corps

Et oui, encore un texte de femme qui ne s’aime pas. Je suis qu’une jeune femme de 21 ans qui essai de vivre une vie normale.

Par contre, ce rêve m’est totalement impossible dans cette société pourrie par des images de femmes incroyablement sublimes. Je n’ai que 21 ans et ce corps m’empêche de vivre. Je suis grosse..c’est plus facile à se le dire qu’à l’avouer. Je suis grosse et oui, je suis grosse dans une vie qui privilégie les corps minces. Je ne m’aime pas.

Je n’aime pas mes seins, choses qui pendouillent, mon ventre, mes vergetures, mes cuisses et tout le reste. Même mes yeux, minimes particules que j’admire, ne viennent pas apaiser ce mal.

J’ai 21 ans, je n’ai jamais eu relation amoureuse, ni de rapprochements, ni de baisers, ni d’attention de la part d’un homme, si ce n’est que pour un vomi de bêtises et de répugnance. Ô combien de fois, dans ma jeunesse, j’ai été traitée de grosse, de chose immonde, de laide ? Des milliers de fois. Des gens qui rient derrière mon dos, qui me pointent du doigt, qui m’ignorent, qui se dégoûtent d’être en ma compagnie. Tout cela m’a totalement détruite, sans parler de mon estime.

Grandir en essayant d’être aveugle aux yeux des autres, de vouloir passer inaperçue dans une foule, de disparaitre sans cesses, l’avez-vous déjà essayé ? Ce n’est même plus une option de vie, c’est ma façon de vivre. J’ai un cercle d’amis très petit, voir quasi inexistant, mon estime est a -1000, et je cherche encore une raison de vivre. Oui, car quand on s’ancre dans la tête que ça donne plus rien, on veut vraiment disparaître. J’ai 21 ans et je me demande que sera mon avenir. Je ne sais pas si je veux des enfants, mais chose certaine, j’ai besoin de combler un vide immense, le besoin d’être aimer pour ce que je suis et ce à quoi je ressemble. Je pense ce qui pourrait bien m’arriver, j’ai l’impression d’avoir tout vécu ce qui était de mal, mais c’est seulement les paroles.

Aujourd’hui, ma vision d’adulte me fait voir les choses autrement, les paroles c’est du passé, mais le vide c’est pour toujours. Ah, je sais que plusieurs se diront, mais elle est jeune, elle n’a pas à pensé ça, et pourtant. Je sais aussi qu’il y a des hommes qui aiment les femmes enrobées, mais où sont-ils ? Sans oublié, que je ne veux pas d’un homme trop vieux, peut-être que je suis trop stricte la dessus, mais j’ai mes principes.

C’est un mélange de contradictions qui s’embrouillent. J’espère, sincèrement, qu’un jour je réussirai à m’aimer comme je suis, et ce, sans régimes, sans diètes, sans privations.

Mon corps qui n’existe pas

/Le fichier photo de ce témoignage était impossible à ouvrir/

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Mon corps et moi, on ne s’est jamais vraiment trouvé. Petite fille, il m’encombrait déjà, je ne savais pas le mener. Quand les autres réussissaient toutes les prouesses sportives, je peinais à seulement passer une porte sans me cogner à son chambranle. Mon corps ne me servait pas, c’était l’esprit qui dominait chez moi.
Parce qu’il fallait faire une activité physique, j’ai été inscrite à la danse classique. C’était chouette, c’était bien. On sautait, on dansait, on tournait. On avait des beaux costumes, et la musique était belle. J’étais une fée, une étoile.

Et puis il y a eu l’adolescence.
J’étais petite. J’avais cet air éternellement enfantin que me donnait de presque lointaines origines asiatiques. Je me suis développée tard par rapport aux autres. Qu’ont-ils vu qui m’a échappé? Je ne le sais toujours pas.
Je n’ai pas compris ce qu’il s’est passé.
A quel moment j’ai cessé de me voir dans le miroir de la salle de danse?
A quel moment mon image s’est dérobée à moi?
Quand est-ce que je me suis perdue?

A 14 ans, j’ai arrêté de manger.
Et puis j’ai vomis.
Je me suis arrêtée. Et j’ai recommencé.
Pendant 10 ans…11 ans…12 ans…

Ce n’est que récemment, depuis à peine un an que je sais que cette image de soi qui disparait à un nom. Dismorphophobie. Je l’ai doublée avec de l’anorexie.
Et aujourd’hui encore, à 27 ans, je cherche les contours de ce corps que je ne connais pas.
Ce que je vois dans le miroir n’est pas vrai. C’est une image, modelée par mon inconscient, par 4 années de brimades, par 17 ans de discipline de fer, par un esprit trop absent, par un modèle imposé, répété, irréel et omniprésent…Je pourrais trouver mille raisons, mais ça ne changerait rien.

Ne pas se voir telle que l’on est. Ne pas se connaitre. Ne pas se reconnaitre.
Je n’ai que des chiffres pour m’aider à faire exister ce corps que je ne vois pas: ceux du mètre ruban, ceux de la balance, ceux de l’IMC, ceux des tailles de vêtements, ceux des calories des aliments…
Je n’existe qu’à travers cela.

Pourtant mon corps existe et quand je l’imagine, je l’aime. Parce que je m’imagine belle.
Eux, il me trouvent belle aussi, mes amoureux. Ils me trouvent même « parfaite ».
Parfois, sous leur caresses je le trouve beau ce corps et je l’habite. Pendant un instant, celui d’une étreinte, ce corps est le mien, il m’appartient et peu m’importe la forme qu’il a. les formes qu’il a. Il est juste moi, et je suis là.

Longtemps, j’ai cru que je n’aimais pas mon corps. Mais c’était ce que je voyais que je n’aimais pas. Aujourd’hui je sais.
Je sais que mon corps, je ne le connais pas.
Mais promis, je l’aime déjà. »

 

Ce mal qui me ronge

De nos jours, si tu veux plaire il faut être mince, avec des fesses, pas trop de ventre, une poitrine, des hanches… Et si on a tous ça mais qu’on ne l’assume pas, on fait quoi ? On reste dans notre coin, honteux.

Quand je vois ces femmes qu’on voit à la télévision qui se dandinent pour décrocher un prix, j’ai mal pour elles, cette maigreur me répugne tout comme elle me répugne quand je m’apperçois dans un mirroir, une confrontation très rare. J’aimerais être comme elles, montrer que j’assume mon coprs, me montrer. Mais non, il ne faut même pas y songer.  Alors que certaines feraient tout pour maigrir, moi je fuie cette idée.

Au début, des amies enviaient mon corps alors que moi je le reniait. Quand on me pose la question, je dis toujours que je ne sais pas ! « Suite à quel évenement ? » Bonne question… Mais aujourd’hui j’en parle de ce corps plein d’air, plein de vide enfait. Ce corps d’adolescente qui n’a pourtant plus grand chose de féminin. Etre mince est une quelitée, être maigre est une honte. Je me demande si un jour je parviendrais à sortir de ce cercle vicieux. Finit les compléments, finit les nausées, finit la honte…

J’en parle parce que depuis 3 ans déjà j’en ai vu des filles passer.. Certaines qui s’en sortent bien et au bout d’un an peuvent à nouveau plus ou moin s’accepter, certaines pour qui ça ne se finit tout autrement et celles pour qui ça ne se fniti pas. Moi, j’aurais toujours du mal à dire ce mot, dire que je suis anorexique. Au début, on y croit pas, ou plutot on ne veut pas y croire. Mais il faut l’accepter, pour se faire soigner, il faut prendre l’initiative d’aller en parler à quelqu’un et finalement, je pense que c’est le plus dur, car c’est honteux. C’est terriblement honteux de ne plus vouloir de ce coprs alors que c’est de notre faute, c’est terriblement honteux d’être maigre et non plus mince. Mais quand tes amis commencent à t’en parler, c’est qu’alors d’autres personnes ont du le voir…

Je finirais sur les amis justement. Des personnes que je croyais pourtant intelligentes, mais non, à 12 ans au tout début certains ont crut que l’anorexie était un gros contagieux et ont préférés me fuir. J’avais envie de leur dire : « Non, non vous inquiétez pas, c’est moi qui a hérité de cette merde !  » Puis, il y a ceux qui seront toujours là, ceux là se comptent sur les doigts de la mains ! Et bien entendu les faux-culs qui grattent l’amitié avec une « malade » pour pouvoir s’en vanter à tout va… Ca me dégoute ! Je ne sais pas qui détester mais je déteste celui qui m’a infligé cette putin d’anorexie. J’estime qu’a 12 ans j’avais surement autre chose à faire que de passer des séjours à l’hopital loin de ma famille et qu’aujourd’hui, à 15 ans je devrais plutot être en train de raconter à ma meilleure amie mes histoires d’amour plutot que de parler de ce crabe qui me ronge tout les jours…

Quelle honte, quel gachis je fais. Beaucoup se sont inquiétés pour moi et quoi qu’ils disent, je sais que mes parents s’inquiètent encore beaucoup. Mais passer les journées dans ce centre fait vraiment réfléchir. e veux m’en tirer, « tu est une winneuse » me disait Robin ! J’ai envie de leur montrer, mais avec mes 30kg toute mouillée, on ne me crois pas trop…

Bref, voilà ma contribution, mon petit bout de moi, ce qu’il en reste, ma honte.

Hanna, 15 ans.

Mon corps, mon cancer, mes victoires

Mon corps à moi, il a changé en mai 2008. Après des années de douleurs, de nuits en morceau, de souffrances pendant lesquelles je me disais que, tant pis, ma vie serait comme ça et que je le supporterais, puisque les médecins étaient incapables de trouver d’où venait le problème, je me suis retrouvée hospitalisée d’urgence et ma vie a changé…

Malgré la souffrance, nous avions décidé d’avoir une petite merveille qui nous a rejoint en 2006. Alors qu’elle faisait ses nuits, moi je n’y arrivais déjà plus. La nuit, j’avais tellement mal aux jambes que j’étais obligée de me lever et d’aller me changer les idées 2-3 heures, devant la tv ou sur le pc. Puis je n’ai plus réussi à dormir allongée. Pendant les mois qui ont suivi j’ai donc dormi, par morceaux d’une petite heure, assise dans le canapé… Pendant ce temps là les médecins changeaient mes anti-douleurs, cherchaient la cause, sans succès… et moi je reprenais des études et donnais des cours particuliers en cours du soir. Je ne pouvais plus porter ma poulette tant mes jambes étaient devenues faibles et j’avais peur de tomber avec elle. Impossible de monter une marche d’un escalier, je devais prendre appui avec les bras… mais pendant ce temps là les mois passaient et la vie continuait… toujours sans diagnostic. Je dormais peu, très peu, plus ou moins 3-4 heures par nuit, et sans pouvoir faire de sieste parce que mes jambes me faisaient trop mal… mais je prenais sur moi et la vie continuait.

Et puis un jour, nous venions juste de fêter les 18 mois de notre puce, je n’ai plus réussi à uriner. Blocage complet malgré l’envie… après une nuit sans avoir réussi ça devenait critique… j’ai donc déposé ma fille à la crèche et ai dit à mon mari que j’allais faire vite un tour à l’hôpital parce qu’il fallait vraiment que j’aille faire pipi !!! Là aux urgences, moi qui pensais être ridicule, ai été prise en charge en 30 secondes.

 

Quelques heures plus tard le diagnostic attendu depuis des années tombait enfin : Ependymome, c’est à dire une tumeur intramédullaire (dans la moelle épinière), dans mon cas du cône terminal et de la queue de cheval… en résumé ? un cancer…

 

J’allais avoir 28 ans, j’étais maman d’une super poulette, j’avais perdu mon père d’un cancer 2 ans auparavant… mon futur devenait d’un coup très flou… et surtout ma préoccupation, comment l’annoncer à ma mère qui venait déjà de perdre mon père ?

Les médecins m’ont dit « vous êtes Out pendant au moins trois mois ». J’ai arrêté mes études et je me suis dit que je n’avais pas le choix. De toute façon le neurochirurgien était clair, je devais être opérée le plus vite possible et je ne sortirais qu’après.

8 jours plus tard je passais sur le billard. Mon mari, tous les jours, jonglait entre son boulot, notre fille et l’hôpital. Moi, je n’avais aucune certitude de retrouver mes jambes ni mon système sphinctérien après l’opération… Je suis restée 11h en salle d’op. J’ai fait transpirer les plus grands neurochirurgiens du pays, à 3 sur mon dos… ils s’en rappellent encore. Ils ont fait un travail de magicien, nettoyant les nerfs touchés par la tumeur, millimètre par millimètre tout en essayant de ne pas les abîmer… 3 ans après je n’ai quasi aucune séquelle.

 

Finalement, ma tumeur faisait 18 cm, et s’étendait sur 6 vertèbres. Elle était probablement là depuis 3 à 5 ans. Le neurochirurgien m’a demandé comment j’avais fait pour vivre avec cela et avec la douleur que ça devait occasionner… je lui ai répondu que je n’avais pas le choix, j’avais une famille à chouchouter, une petite poulette à m’occuper, à mari à aimer… bref, la vie continuait.

 

Et elle a continué. J’ai été en fauteuil roulant quelques semaines, puis je me suis déplacée en rollator (les magnifiques trucs à roulette pour les petits vieux), et j’ai eu 6 mois de rééducation à l’hôpital. Pendant ce temps là j’avais de l’aide de la famille, mais je devais quand même gérer ma poulette puisque son papa, militaire, était en exercice pour 4 mois et ne rentrait que le week end.

 

…Et la tumeur est revenue. J’ai demandé un prélèvement ovarien, au cas où on voudrait un deuxième bébé (on m’a pris pour une folle mais ils ont accepté) et j’ai commencé la radiothérapie. 33 séances. 33 jours à aller passer 45 minutes dans ce que j’appelais les « couloirs de la mort »…

Le dernier jour de radiothérapie, je commençais mon premier jour de travail temps plein. Ce n’est que quelques mois plus tard que je leur ai appris mon parcours.

 

La vie a continué et la tumeur est restée stable. Tous les 4 mois je passais un IRM de contrôle avec la boule au ventre, mais non, toujours stable !! Et puis il y a 2 ans, en 2009 on a décidé de faire un deuxième bébé. Non pas que les médecins étaient d’accord, ils nous prenaient un peu pour des inconscients… mais plutôt qu’ils n’ont pas franchement dit « non ». La tumeur n’était pas hormono dépendante, donc il n’y avait pas de risque qu’elle revienne à cause d’une grossesse. Moi cet argument me suffisait. Je ne voulais pas vivre sur des « si », sur des hypothèses, je voulais profiter de la vie…

 

Ce bébé a mis un an à arriver, mais il a fini par se loger au chaud, dans mon corps meurtri mais vainqueur. Ma poulette a eu un petit frère cet été et c’est le plus beau cadeau du monde !!! Et cette tumeur, on lui a fait un sacré pied de nez !!

 

En septembre j’ai passé mon IRM de controle, 11 mois après le précédent (grossesse oblige). Et contre toute attente… il semblerait que ma tumeur ait un peu diminué.

 

Cette cicatrice est pour moi la preuve de mon combat gagné contre les crasses de la vie. C’est ma petite spécificité. Je n’ai plus mes épines dorsales (les petites boules de la colonne vertébrale) sur 6 vertèbres. Mais maintenant j’ose à nouveau aller à la piscine, et je suis fière de me dire que j’ai fait ce que je voulais de ma vie, malgré cette pourriture. On s’en est tous relevés, et encore plus forts !!

 

Gouvy

 

Je ne m’aime pas

 

 

 

Je ne m’aime pas. Je ne me suis jamais aimée je pense.

J’ai toujours été la plus jeune de ma classe (de deux ans). Ce qui, aujourd’hui, m’apparait comme une fierté, a été un clavaire pendant mon adolescence. Que dis-je? Un enfer.

Trop grande, trop plate trop maigre, les bras trop longs, trop jeune. Quand les « copines » avaient des poils pubiens et les exhibaient fièrement dans le vestiaire pour la piscine, je me cachais, ou alors j’avais le droit à « ha ha ha non mais regarde là cette espèce de petite fille à sa mamaaaaan qui n’est même pas une femme » (alors que bon… Hein…Les poils…).

 

Les filles rondes prenaient un malin plaisir à me ridiculiser. Les filles normales à m’ignorer royalement. Les jolies filles à me tendre des pièges odieux. Et enfin, les filles « bizarres » me fuyaient.
D’ailleurs, aujourd’hui, je me complais à regarder ce qu’elles sont devenues (vive les réseaux sociaux) C’est mesquin, petit, malsain… Mais mon Dieu, ce que ça peut faire du bien.

 

Enfin bref. Je ne vais pas vous faire le couplet du vilain petit canard qui se transforme en cygne, évidemment.

Quoi qu’il en soit, un jour j’ai rencontré quelqu’un. Normalement, dans ces cas là on dit « et là, tout a changé, il m’a redonné confiance en moi, je me suis enfin acceptée »…
Hé bien, vous l’avez dans le mille. Non. Au contraire.

Ca a été la descente aux enfers. Au moment même où je commençais à envisager l’idée que j’étais éventuellement, potentiellement, peut être un tant soit peu potable, ça a été le coup de massue.

J’avais tous les jours le droit à mon lot de piques quotidien (que ce soit au niveau de mon physique, des mes goûts, mes projets). Le pire étant que j’ai fini par me convaincre (grâce à lui), que c’était pour mon bien, pour que je me dépasse, que je me transcende.

Tu parles.

 

Le jour où mon père est tombé malade, j’ai perdu tous mes repères. J’ai perdu à peu près 5kg. Ce n’est pas « énorme », mais, avec mon ex, j’étais déjà en insuffisance au niveau poids.
Vous savez ce qu’il a osé me dire? « Ah bah c’est bien, au moins tu as perdu ton petit bidou, je suis sûr que toute nue, tu ne voyais même plus ta foune »

Joli hein?

Et puis niveau soutien moral, on n’a pas vu mieux depuis des décennies.

Le jour où mon père est mort, j’ai tout perdu. J’ai perdu la seule personne qui me trouvait inconditionnellement belle. Qui me le disait tous les jours, comme ça, pour le plaisir, sans rien attendre en retour. Qui m’aimait, malgré tout.

 

Mon ex a osé me dire d’arrêter de pleurer. Que c’était bon, je pouvais m’en remettre quand même et qu’il fallait avancer. Il m’a dit qu’il allait mal lui aussi, mais que j’étais trop égoïste pour le voir de toutes façons.

Et j’ai plongé. J’ai regardé mes poignets, un soir, dans ma cuisine, un couteau en main. Et j’ai commencé à « gratouiller ». De toutes façons, personne ne pleurerait quelqu’un d’aussi laid intérieurement qu’extérieurement.

Un de mes amis m’a appelé à ce moment là, pour me changer les idées, pour qu’on sorte. Et il m’a avoué qu’il avait le béguin pour moi, et que beaucoup d’autres dans mon école d’ailleurs.

Ca a été le déclic.

J’ai enchaîné conneries sur conneries. En demandant à mes amants comment ils me trouvaient. Jolie? Oui. Intelligente? Oui. Sexy? Attirante? Bien habillée? Oui.

J’ai commencé à m' »apprécier ». Si on peut dire ça comme ça…Pour plaire à mes amants, je leur disais ce qu’ils voulaient entendre, quitte à changer de personnalité du tout au tout, m’habillais comme ils le désiraient, juste pour entendre ces quelques mots : « tu es exceptionnelle ».

Pourtant, ce n’était qu’à un de mes innombrables personnages que je m’étais créée, que l’on disait ça, et pas réellement à « moi ». Donc comment m’aimer? Est ce moi? Mon personnage?

 

 

J’ai fini par quitter mon ex. J’ai sorti la tête de l’eau, malgré mes nombreuses séquelles encore présentes aujourd’hui. Mes cicatrices, internes et externes.

 

 

Puis, j’ai rencontré mon amoureux. L’homme de ma vie. Le père de ma fille.
A lui, j’ai dit toute la vérité. Brute. Aucun personnage, rien, moi toute nue.
Il est resté, avec le sourire, et m’a offert une magnifique fille.

Et il me l’a dit. « Tu es exceptionnelle. »

Pour ma grossesse, j’ai eu la chance de ne pas avoir de vergétures au niveau de mon ventre.

Par contre.
Ce corps que j’ai fini par aimer, que mon conjoint aime à qui il dit de si beaux mots d’amour.
Ce corps m’a dit « hin hin hin, c’est moi qui décide ma poulette » : Mes seins tombent aujourd’hui.
Mes si petits seins, où je me disais « pas grave, les petits seins vieillissent mieux que les vieux »… Hé ben, ils tombent.

L’un est beaucoup plus lourd que l’autre.
Mes vergétures sont sur eux.

J’ai un mini ventre que je trouve énorme.
Mes fesses sont molles.

Enfin bref. Aujourd’hui, j’ai l’impression d’être revenue à la case départ.
Mais on est deux. Mieux…. On est trois.