Mes TCA

Mon histoire ressemble sans doute à celles de beaucoup de personnes touchées par le même mal-être mais je vais tout de même oser me livrer ici.
Tout a commencé il y a sept ans. A l’époque, j’étais étudiante, mes études me plaisaient, j’étais en couple avec mon premier copain depuis quelques années et j’en étais folle amoureuse, j’avais beaucoup d’amis et je sortais beaucoup, bref, tout me réussissait. A part… que j’étais très curieuse au niveau de la sexualité, c’était quelque chose qui me fascinait, et je dois bien avouer que mon copain de l’époque ne me satisfaisait pas (au rythme d’une relation toutes les deux semaines, à 20 ans, je ne me rendais pas compte alors que les autres couples le faisaient sans doute plus souvent…). Comme je me faisais rembarrer à chaque fois que j’avais envie de faire l’amour, j’ai commencé à chercher du plaisir ailleurs. Mais comme j’étais toujours folle amoureuse de mon copain, pas question de le lui dire et de risquer qu’il me quitte. La culpabilité a commencé à se faire de plus en plus lourde au fur et à mesure que je multipliais mes amants, puis il y eut la relation de trop, avec quelqu’un qui nous était très proche à tous les deux. Cette relation a duré plus d’un an, en même temps que je commençais à dépérir, je m’étais complètement perdue et l’appétit m’a brusquement quittée. J’ai perdu du poids à une vitesse folle, frôlant les 45 kilos, me délectant de me punir de cette façon. Pendant plus d’un an donc, je suis devenue un petit squelette. Puis, n’en pouvant plus, j’ai fini par quitter mes deux amoureux.
Je me suis donc retrouvée seule, emménageant dans la foulée dans mon premier appartement.
Puis j’ai rencontré quelqu’un, un garçon qui ne supportait pas mon état de maigreur avancé (« on voit tes côtes, c’est gerbant ») et qui m’a poussée à manger. Je l’ai écouté, je voulais lui plaire, et j’ai repris 10 kilos en 2 mois.
Puis nous nous sommes séparés, et je me suis retrouvée seule, et grosse (avec le recul, je me dis que 58 kilos pour 1,70m c’était pas si mal, mais le changement s’était fait si vite…).
Donc me revoilà à la case départ. Je me suis mise à sortir beaucoup, à boire énormément et à multiplier les aventures d’un soir. Et à bouffer jusqu’à me sentir mal. Puis un jour, à la suite d’un de ces excès, je me suis sentie si malade que j’ai tout vomi. Dans ma tête, ça a fait « tilt », et me voilà à me dire que j’ai trouvé la solution miracle pour arrêter de prendre du poids. A l’époque, je ne connaissais pas les mots « anorexie » et « boulimie » et je ne savais pas que ce qui m’arrivait était considéré comme une maladie.
Bref, ma vie était devenue infernale, je me perdais de plus en plus.
J’ai eu deux autres relations stables entre mes innombrables aventures, mais qui se sont très mal terminées. En tout cas, plus jamais je n’ai trompé mes copains, il n’était plus question de ressentir la moindre culpabilité à ce sujet. Mon poids a eu des variations folles (je passais de 50 à 60 kilos et inversement en très peu de temps) et je faisais crise d’angoisse sur crise d’angoisse, je passais mes journées à aller au travail puis à m’enfermer pour manger-vomir jusqu’à l’épuisement. Puis pleurer, longtemps, et penser à disparaître, à me supprimer.
Aujourd’hui, après avoir été serveuse pendant 3 ans et avoir repris mes études pendant un an, je sais quelle voie prendre au niveau professionnel même si c’est très difficile de trouver du travail dans le milieu qui m’intéresse.
Je suis sous anti-dépresseurs et je suis passée de 5 crises (de boulimie vomitive) par jour à une par semaine, voire toutes les 2 semaines. Je ne suis pas guérie mais je sais que je suis sur la bonne voie, j’ai RDV chez un psychiatre dans un mois, et je sais que j’ai fait les bonnes démarches pour pouvoir m’en sortir définitivement. Je pèse 51 kilos, ce qui est peu mais passer au-dessus des 52 me terrifie encore. Cependant, je me sens bien et je me trouve plutôt jolie finalement.
Et cerise sur le gâteau, j’ai enfin rencontré l’homme de ma vie, avec qui je file le parfait amour depuis bientôt un an… J’ai redécouvert la joie de partager un repas avec ma famille ou mon Amour, de prendre un morceau de chocolat ou un gâteau (et pas tout le paquet) sans culpabilité.
La route vers la guérison est longue mais elle se terminera bien un jour, je ne suis plus à quelques années près et j’ai confiance, la vie me sourit enfin.

Faux contact

Mon corps, il me va plutôt bien.
Quand on me voit, rien ne frappe : pas de nez tordu, de cicatrice, d’yeux magnifiques ou de jambes interminables. Une femme normale, quoi.

J’aime mon corps, malgré cette faille invisible à l’œil nu, et même au scanner, ce petit défaut, tout petit, quelque part dans ma tête mais personne ne sait où exactement, ce micro disjoncteur qui fait que, quand j’abuse de lui, quand je le fatigue trop, il s’éteint tout seul. Pour moi, ça fait juste on/off. Pour les autres, ça fait plusieurs minutes de peur, parfois même de panique. Ils souffrent à ma place, ils ne peuvent rien faire d’autre qu’éloigner tout danger de moi, et attendre que ça se passe. J’ai fini par m’habituer. Mais eux, je pense qu’ils ne s’y habitueront jamais.

En vérité, ce n’est pas très grave médicalement. Je risque une langue mordue ou une belle bosse en cas de mauvaise chute. Je connais mes limites, je sais quand mon cerveau est le plus susceptible de s’éteindre, je fais attention. Et puis les médicaments me permettent de tenir plutôt bien. Il y avait même eu presque 7 ans sans alerte.

Jusqu’au jour où j’ai détesté mon corps.

C’est un peu de ma faute, je l’avais malmené, en voulant jouer les wonder-mamans pour ce bouchon qui venait tout juste d’arriver. Mais il n’aurait jamais dû me faire ce coup là.

Disjoncter alors que j’avais mon tout petit dans les bras.

Je l’ai haï mon corps. J’ai haï ce disjoncteur, et les conséquences de ce faux contact : lactation stoppée, angoisse de tenir mon fils, doutes sur ma capacité à être maman, crise dans mon couple. Heureusement, rien n’est arrivé à mon bébé, son papa était là et l’a mis à l’abri. A l’abri, ce jour là, ça voulait dire loin de sa mère.

Il m’a fallu des mois avant de lui pardonner et de parvenir à l’aimer comme avant, ce corps. Il m’a fallu refaire le chemin que j’avais fait à l’adolescence, quand il change tellement qu’on ne le reconnait plus, et que j’avais refait quelque années plus tard, au moment des premiers faux contacts. Il a fallu me l’approprier de nouveau, pour ne refaire qu’une avec lui
Maintenant, je suis beaucoup plus indulgente envers mon corps. Je sais l’apprécier pour ce qu’il m’offre et me permet de faire : héberger mon âme, consoler mon petit, séduire mon amoureux. Il m’a rappelé de façon brutale que, quelles que soient les circonstances, il ne faut pas que je l’oublie, que je l’occulte, que je n’en prenne pas soin. C’est lui qui me permet d’être ce que je suis.

Je le remercie mais putain, parfois, il fait chier.

Afrodiziac

mon histoire, j’ai 25 ans deux enfants et un corps en ruine
j ai eu du mal a m accepter,j ai été maman très jeune et donc je n ai pas eu le temps de profiter du corps de jeune fille
que j avais.je n ai jamais été mince,juste des belles formes que j assumais.j ai du mettre un maillot de bain deux pièces une fois dans ma vie
j avais tellement honte de mon corps après ma première grossesse que tous mes rapports sexuels se faisaient dans le noir,alors ainsi j espérais que mon conjoint ne se rende jamais compte des monstruosités qui étaient sur mon ventre,mais un jour il m a avoué avoir toujours su que j en avait et qu il ne m aimait pas moins pour autant
mes filles me disent souvent « tu sais maman c’est pas grave si tu as des traces sur ton ventre,c est a cause de nous mais on a pas fait exprès »
et la je me suis dis c’est vrai,j ai eu des enfants et ça se lit sur mon corps soit!il y a beaucoup plus grave sur terre, moi ce que j ai ce sont seulement des VERGETURES.alors pour me donner plus de courage je suis venu sur internet.je suis tombée sur ton blog,j ai lu les post et c’est décide cet été je troc le tankini pour un bikini
bourrelets,vergetures et j en passe seront de la partie.je sais que le regard des gens ne sera pas facile a assumé en premier lieu,mais peu importe ils n auront qu a regardé ailleurs si ça leur déplait
moi, afrodiziac ronde et vergeturée je souhaite à toutes celles qui se reconnaitrons de passer le pas et profiter de la vie!

Patchwork

J’ai mis du temps pour me décider à écrire, très longtemps même. J’ai d’abord lu beaucoup de témoignages postés ici, et je me suis trouvée ridicule, avec mes cicatrices, mes blessures. Comment ne pas paraître dérisoire devant des corps de mères sans plus jamais d’enfants dedans, des corps meurtris par le cancer, la maladie ou la greffe ? Puis je me suis dit que, peut-être, l’acceptation de mon corps passerait par l’écriture, par la confession de soi.

Je ne m’accepte pas à la piscine mais derrière mon écran, tout semble tellement plus simple…

Il faut dire que j’ai commencé jeune, un peu boulote, un peu à la limite des courbes, celle qu’on appelle la vache ou le thon. La bonne copine un peu chiante et très autoritaire. Celle qui ne plaît pas, qui n’aura jamais de relations amoureuses, la vierge de bientôt vingt ans.

Très rapidement, mon corps se fait patchwork, une lèvre écorchée, un bout de crâne ouvert, de multiples entorses, une jolie fracture et une appendicite. Je deviens la miss cata, la petite boule qui ne tient pas debout.

12 ans, mon esprit d’enfant habite un corps d’adulte, les vergetures deviennent mon quotidien, elles strient mon corps, s’étirent, comme autant de griffes violettes et ponctuent ma prise de seins, ma prise de hanches, ma prise subite de féminité.

16 ans, ma courbe de poids et passée au dessus de la ligne verte. Le lycée se fait moqueur, vicieux. Mon corps se stabilise, puis se brise. Un cours de danse, Décembre 2009, mauvaise position, mauvaise retenue, le genou hurle, se déplace et me fait faillir.

Dix-sept ans, Avril 2010. La douleur est mon quotidien, je n’inquiète que moi-même, je garde ma douleur à l’intérieur et me réfugie dans la pâtisserie.

Juillet 2010, Sept mois. Peut-être faudrait-il faire une radio, quelques examens ? On écoute ma douleur, sans trop y croire. L’été passe, les kilos restent. Dix de plus, en tout. La douleur aussi. Marcher devient difficile…

Octobre 2010, les examens s’enchaînent, scanner, arthroscanner, radios 3D, chirurgien.

Le 20 octobre le verdict tombe, dix mois après. Mademoiselle, nous allons opérer, c’est congénital. Trois mois de rééducation seront nécessaires, au bas mot. On digère, on se prépare. Pas plus d’informations que ça, quelques consultations et l’entrée en clinique.

29 Octobre, je suis une plante, l’anesthésie ne se dissipe pas, je vogue entre deux mondes et j’adhère à mon lit d’hôpital. L’opération a un jour.

TROCHLEOPLASTIE.

Enfin je vois la cicatrice, elle est immense, rouge, dégoulinant le long du genou. 30 centimètres, rien que ça. La douleur est atroce, insupportable. La morphine ne calme rien, la sophrologie à peine plus. Le quadriceps se tord, la rotule monte, ma haine aussi. Je ne sais plus bouger, ni marcher. Une aide-soignante me met à nu pour me laver, je n’ai jamais été aussi humiliée. J’ai dix-sept ans et un déambulateur à la main. Mes parents, ma sœur, ma famille me manquent, les visites sont déboussolantes, je ne m’alimente plus.

01 Novembre, entrée en centre de rééducation, l’horreur, la peur, la solitude, les pleurs, la séparation, impossible de raconter la douleur ressentie quand votre mère vous « abandonne » là, dans ce lieu sordide, dépendante de tous, pour tout.

Arrivée en salle de kinésithérapie, premier contact froid et apeuré. Mais l’expérience m’aura appris qu’il ne faut pas s’arrêter aux apparences. Là-bas j’ai connu une grande famille au grand cœur. Une kinésithérapeute exceptionnelle qui peu à peu m’a redonné le sourire, la foi et l’usage de ma jambe. Tout à coup ma vie est devenue médicale. Arrêter le lycée l’année du bac, vivre trois mois à l’hôpital, ne vivre que de consultations, de kiné et d’examens. Ici il y a pire que moi, bien pire, bien plus courageux.

Ma vie devient détermination. J’ai dix-sept ans et une priorité dans la vie : remarcher. Personne ne m’avait dit que ça se passerait ainsi, personne ne m’avait prévenue de l’impact que tout ça aurait sur moi, personne ne m’avait dit que je deviendrai une autre sur la table d’opération.

21 Novembre, presque un mois est passé et je retourne chez moi pour la première fois. Désormais, je n’irai à l’hôpital que la journée, de huit à dix-sept heures. J’apprends enfin ce qu’on a fait à mon corps. Ces mots résonnent dans mon esprit : fracture provoquée du tibia, auto-greffe de cartilage, remise en place de la rotule, curage de la maladie.

Si j’avais été bien informée, je n’y serai probablement jamais allée.

31 Décembre 2010, contre toute attente, l’année se finit, l’hospitalisation aussi, je marche depuis Noël sans déambulateur ni béquilles. Je peux quitter ma nouvelle famille, non sans émotions, non sans soulagement. Nous nous reverrons, toi avec ta force de combattre, et toi avec ta belle vie qui t’attends, et aussi toi qui sera bientôt Maman.

Je retrouve le lycée, et la kiné libérale. Je redeviens une bête curieuse, loin des normes de l’hôpital. Je deviens l’absente, celle qu’on ne connaît plus, qu’on à oubliée, ignorée, méprisée. Le tri est vite fait.

15 Mars 2011, je prends la décision d’arrêter la kiné. Mon corps ne peut plus, mon corps ne VEUT plus. Cette cicatrice immonde qui me barre la jambe, pourtant si jolie aux yeux des médecins est un vrai fardeau. J’ai reperdu un peu de ma mobilité et beaucoup de ma vie sociale.

02 Avril 2011, j’ai dix-huit ans depuis la veille, et ma grande famille réunie m’offre la plus belle des surprises, le plus beau des passages à l’âge adulte. Je tiens une heure sur des talons et toute la nuit sur la piste de danse.

05 Juillet 2011, j’obtiens, contre toute attente, mon bac, mention assez bien. Mention « victoire », surtout. Je cache mon corps et son ver de terre sanguinolent sous des pansements, et évite franchement les maillots de bain.

Je ne suis plus fille, je suis cicatrice. Mais pourquoi me plaindre, je marche !

Aujourd’hui je peux l’écrire, je ne suis pas jolie,je ne danserai plus jamais, mes dix kilos ne sont jamais repartis et mon corps est un vrai patchwork. Cinq opérations, la dernière il y a 48 heures. Cinq cicatrices visibles, beaucoup d’autres invisibles.

Je continue de marcher, je réapprends à courir chaque jour. Ma vie sportive se limite à la marche, au cyclisme et à la natation. Je suis incapable de tenir à genoux, de m’accroupir ou de tenir sur ce pied.

J’ai été réopérée en Janvier 2012 pour retirer une partie du matériel planté dans mon tibia. Un deuxième ver blanc sur son frère violet.

Je n’accepte pas mes cicatrices, je n’accepte pas mon corps, mais j’accepte mon histoire chaotique, mon abonnement aux hôpitaux et ma mauvaise réputation de miss-je-me-casse-tout.

La douleur est devenue mon amie, une partie intégrante de ma vie.

J’ai dix-neuf ans, le corps en miettes et le cœur en puzzle mais toute une vie devant moi et toute une famille derrière moi.

Et malgré mes souffrances si dérisoires, je pense chaque jour qu’il y a bien pire que moi, que finalement je ne m’en sors pas si mal.

A.

Il y a des soirs ou le passé vous rattrape

Il y a des soirs ou le passé vous rattrape. Ou tous ce qui était bien rangé au fond de votre mémoire refait surface, ou toute une partie de vous ressurgie. Des soirs pires que d autres ou toutes les parties de votre cerveau même celle que vous avez désespérément essayé d enfouir réapparaissent. Il y a des soirs comme ça… Aussi loin que je me souvienne j ai toujours détesté ce corps … J ai toujours détesté ce qui fait de moi ce que je suis. Un homme l a meurtri a l aube de mes 12 ans je n est d ailleurs aucun souvenir avant de ce moi, de celle que j étais ,de celle que j ai bien pu être . Sûrement une jeune fille pleine de vie je ne sais pas, je ne m en rappelle plus. Toujours est il que ce jour la, j ai appris a me détester a me haïr, a lui infligé le pire. Aussi loin que je me souvienne j ai toujours eu une relation très particulière avec la nourriture et les aliments. Effacé ce corps qui avait pu être le mien ce jour la, Effacé la petite fille qui ne pouvais pas hurler sous ses mains. Mon seul but ?. Effacé les traces qu il avait laissé, Nettoyé , lavé, rendre neutre ce corps pas encore formé. Reprendre possession de moi et maîtriser… Avoir la maîtrise de soi, de ce que l on est, de ce qui passe par soi. Je crois que j ai arrêter de manger durant cette période .

J ai arrêté de m alimenter pour m effacé. J ai alors 15 ans et je pèse 38 kg pour 1m76. Je suis seule… mes journées sont rythmé par les crises j invente toujours plus de stratagèmes pour évité les repas, je cache la nourriture, me réfugie dans ma chambre… J ai d ailleurs plus de 10 ans plus tard beaucoup de mal a rester a table. Et ce corps alors ? J ai réussi a jouer avec, a prendre possession de cette chose décharnée. Je l ai mutilée. Je l ai sali, j ai joué et j ai perdu… Je l ai mutilée en essayant de lui donner la mort pour que tout s arrête et que tout disparaisse. Arrêté de penser pour fuir la réalité pour fuir un passé et détruire un avenir. J ai joué en repoussant les limites, mes limites. Je sais que j en était proches que j allais mourir et j ai eu peur. Peur de perdre ce rien qui était moi . Je l ai sali pour qu on m aime pour avoir de l attention pour me sentir vivre et pour m abandonner. Chercher de la douceur la ou il n y en avait pas ,perdre pied dans des bras qui n était pas les miens. J ai perdu et je me suis perdu j ai jouer un rôle la première partie de ma vie. Rebelle et insignifiante Grande gueule et meurtri. Personne n a su voir qui j étais vraiment et pourquoi je me haïssais. Emprisonné dans un corps qui devenait celui d une femme alors que mon esprit était resté celui d une enfant.

J ai connu l hôpital, la réanimation, les traitements. Ceux qui vous abrutisse pour ne plus penser Ceux qui font rentrer les souvenirs dans des cases et qui les empêchent de remonter . Ils sont pourtant toujours la tout près, toutes les nuits, tous les soirs .J ai grandi, le temps a eu raison de mes kilos j ai repris tant bien que mal une alimentation et j ai donné la vie par deux fois …J ai aimé être enceinte je me suis regardé j ai aimé ce ventre rond , j ai porté la vie alors que j étais morte a l aube de mes 12 ans. Plus forte que tout, plus rien ne pouvais me détruire j étais deux. Je suis née le 16 novembre 2007 en donnant la vie. Mon tout petit je l ai nourri au sein sa première année je lui ai donné le meilleur de moi même mon bébé joufflu je le nourrissais de moi . J ai recommencé en 2009 avec sa petite sœur petit bébé surprise la vie me faisait le plus jolie cadeau a défaut d être une femme j étais une mère .

Je crois qu’ On ne m a jamais aimé pour ce que j étais vraiment on n a même jamais vraiment cherché a savoir qui j étais.. J étais la et ça suffisait . Spectatrice de ma propre vie… Le passé vous rattrape toujours il y a des soirs comme ça… Apres huit ans de vie communes de promesses ratés je suis partie. J ai quitté ce qui avait un faux semblant de jolies.J ai quitté le neant, le rien qui me construisais. Je combat mes démons, ils sont toujours la ,je commence juste a amadoué mes peurs. Je ne vis plus contre elles je vis avec. Chaque nouveaux aliments goutés et une victoire et un pied de nez a ma peur d avoir en moi ce que je ne connais pas. Aujourd’hui hui j ai 25 ans, aujourd’hui hui j ai refait ma vie… Aujourd’hui hui je réapprend a aimé ce corps, j ai grossi. Je vis la passion avec un homme celui qui malgré lui me réapprend a m’aimer il sait tout de moi le seul et l unique. Le pire et le meilleur. La douceur et la douleur. J ai mal dans ce corps trop grand pour moi mais je m efforce tout de même a aimer celle que je suis désormais . J ai 25 ans un corps de femme un cœur qui bat, des rondeurs et des complexes . Mais je suis aussi entourée de rires, de cris d enfants de douceur et d amour .Je remercie la vie de l avoir fait entré dans la mienne a pas de loup a force de patience et d amour,de promesses et de vertiges. J ai la tete qui me tourne de tout ce bonheur..J ai peur que tout s arrête, peur de perdre ce que je n ai jamais réussi a atteindre . De lui faire partagé ce bagage trop lourd a porter, me soulager de cette peine que je porte seule depuis 15 ans. Il m apaise me console et je me noie dans ses yeux. Il est le sens de ma vie… Aimer a en mourir ? Oui Se faire la promesse d un avenir meilleur … Juste lui et moi mes douceurs et le reste on s en fou..

Aujourd’hui hui j ai 25 ans et j ai fait le pari fou d être heureuse

Des courbes et des os

Mon corps et moi c’est comme une histoire d’amour. Il y a eu des hauts, des bas, des jours avec, et des jours sans.

La dysmorphophobie a toujours rythmé ma vie, avec cette impression d’être dans ma peau comme on flotte dans un manteau trop grand. Sauf qu’un manteau, on peut l’enlever .

J’ai martyrisé ce vêtement pendant des années. À grands coups de privations, de vomissements. J’ai bu des litres et des litres d’eau tous les jours, fumé comme un pompier. Puis quand la tentation était trop forte, je mangeais en une fois ce qu’on absorbe en une semaine. Puis la crise. Les conséquences, la prise de poids, la culpabilité, le dégoût.

Je n’arrivais pas à percevoir ni ce que je devenais, ni ce que j’étais.

Et nous savons tous comme la plèbe peut être cruelle, surtout dans ses jeunes années. Les avances maladroites, violentes, parfois crues, n’aident pas à construire un égo stable, ou assez conséquent pour pousser vers l’avant. Les remarques, les questions, les taquineries, les moqueries, sont autant de grains de sel qu’on saupoudre sur une plaie gangrénée.

Les amours aident parfois, et dans d’autres cas, ce n’est pas suffisant. La comparaison. Se comparer aux anciennes conquêtes, à celle qui passe sur le même trottoir, aux fréquentations.

J’ai toujours été très discrète sur cette partie là de ma psyché.

Là aussi j’épargne beaucoup de détails.

Parce que si nous ne faisons pas de concours de peines, ou d’épreuves, nous avons toutes connu des souffrances, qui se rejoignent, parce que si elles ne sont pas liées à la psyché, à la construction de la personnalité, ou de l’estime globale de soi, c’est au corps que nous nous référons.

Aujourd’hui, j’ai vingt-deux ans. Je mesure 1m60, ma balance m’indiquait 52 kilos dimanche dernier. J’ai perdu dix kilos suite à une rupture difficile. Et j’ai hâte de reprendre du poids.

Parce que si aujourd’hui mon corps est un vrai chantier, et qu’il changera tous les jours de ma vie, je l’aime. J’aime mon bassin, trop étroit, mes clavicules saillantes, mes vertèbres exhibitionnistes. Mais j’aime d’avantage mes seins, mon ventre rebondi, mes fesses rondes, mes joues pleines.

Aujourd’hui je n’aime pas seulement ce manteau.

Je m’aime, et de jour en jour, on me le rend plutôt bien.

Circé

La première fois que je suis née

La première fois que je suis née, je suis née fille et je ne savais pas que je deviendrais femme-

La première fois que j’ai réalisé que j’étais une fille, je n’avais déjà plus l’âge d’en être une… j’avais plutôt l’âge d’être une femme, mais je ne le savais pas encore.

La première fois que je suis devenue une femme, j’ai eu peur et j’ai pleuré. J’ai eu très peur et j’ai eu très honte. J’ai eu très très peur et j’en ai fait un tabou.

La première fois que je suis devenue femme, j’étais trop jeune.

La première fois que j’ai ressenti le ventre qui gratte, l’appel du ventre vide, cet instinct de survie de l’espèce, je n’ai pas compris ce qu’il m’arrivait. J’ai trouvé cette sensation étrange. J’ai appris à vivre avec elle et à ne pas m’en faire une ennemie.

La première fois que j’ai aimé être une femme, je l’ai trouvé très doux, juste comme il faut, comme fait pour moi.

La première fois que j’ai senti la vie s’installer en moi, j’ai été envahie de sentiments aussi contradictoires les uns que les autres. J’étais prête mais finalement pas prête. J’étais heureuse et effrayée. Je me suis demandée comment on faisait pour faire demi-tour si jamais on décidait que non, finalement, ce n’était pas ce que je voulais.

La première que j’ai senti la vie s’installer en moi, j’ai compris que ce chemin-là était en sens unique et que finalement c’était bien aussi.

La première fois que j’ai découvert celle qui avait habité mon ventre pendant plus de neuf mois, je n’ai pas trop su ce qu’il fallait faire. Je me suis sentie comme un oiseau sans aile ou comme avec un nouveau jouet et aucun mode d’emploi. Je me suis sentie un peu désarmée, charmée, ébahie, abasourdie par ces quelques grammes de vie. J’ai eu envie de courir, de sauter, de voler, de crier. Crier de joie et de rage, de peur et de bonheur. J’ai eu envie de partir loin mais aussi de revenir bien vite et régaler mes yeux, mon nez, ma peau.

La première fois que le sang est revenu, j’étais très en colère avec mon corps. Je n’avais pas envie de ce poids-là. Non, pas de ça…. Des envies de légèreté… de douceur… de confort…

La première fois que mon corps a donné la mort, j’ai pleuré. Je me suis effondrée. Je me suis brisée. Mon corps a saigné. Mon cœur aussi. Je n’ai pas pu lui dire au revoir, la médecine ne m’a pas laissée faire… trop petit, un petit tas de sang sans intérêt.

La première fois que j’ai senti la vie de nouveau en moi, j’ai pleuré, de joie, de peur. J’ai attendu… jour après jour… visite après visite… étape par étape pour enfin pouvoir me réjouir.

La première fois que je l’ai vue, que je l’ai sentie, que je l’ai mise contre moi, je me suis sentie soulagée de la savoir ici avec nous. Elle avait sa place, nous l’attendions. Elle était si belle.

La première fois que le sang est revenu, j’ai eu envie de crier très fort.

La première fois que j’ai accepté être devenue une femme, j’ai aussi découvert mon premier cheveux blanc. C’est aussi quand j’ai découvert mon visage avec quelques premières rides. Ces marques laissées par la douleur. La douleur qui n’a pas de nom. De ces douleurs qui déchirent les entrailles, font tourner la tête et anesthésient le contenu, le contenant devant tenir debout et continuer sa route.

La première fois que je me suis vue femme, je me suis trouvée belle. J’ai aimé mes formes. J’ai aimé les marques de la vie sur mon ventre et ma poitrine. La première fois que je me suis vue femme, j’ai aimé être une femme.

La première fois que j’ai parlé de mon utérus à voix haute, c’était sur une scène avec dans la salle des femmes mais aussi des hommes. Je me suis sentie un peu effrayée à l’idée de dévoiler la vie de mon organe. J’ai pris mon courage avec moi, je l’ai regardé droit dans les yeux et je lui ai dit qu’il devait venir avec moi. Et ça s’est bien bien passé. Enfin je crois….

Quoi mon corps

Du plus loin, que me revienne….

Du plus loin, que me revienne,
L’ombre de mes amours anciennes,
Du plus loin, du premier rendez-vous,
Du temps des premières peines,
Lors, j’avais quinze ans, à peine,

Corps tout blanc et maigre des genoux

 

J’ai toujours eu un physique maladif : des grands yeux sombres, un teint pâle et un IMC ras des pâquerettes.

Les premières réflexions désagréables ont commencé à l’adolescence « c’est sûr tu n’as pas besoin de faire de régime toi, t’es maigre », « tu devrais prendre du poids, tu fais peur là ».

Et oui c’est bien connu si tu es maigre c’est que tu l’as choisi, t’avais qu’à manger de la mayo avec tes frites à midi.

Et tu as beau expliquer aux gens que « Le maigre » ne se contente pas forcément d’une feuille de salade et d’un verre d’eau à chaque repas, qu’il ne court pas un marathon tous les jours, que certaines réflexions peuvent êtres blessantes, tu te sens parfois bien seul(e) avec tes os.

 

A la vingtaine les réflexions désagréables sur ma maigreur (et dire que médicalement je n’ai même jamais été réellement « maigre ») étaient extrêmement nombreuses.

 

Puis il y a eu ma grossesse pour laquelle j’ai pris un peu de poids (normal quoi) et surtout après laquelle j’ai gardé une petite bouée autour de la taille. Et là les réflexions ont pour ainsi dire cessé.

Cinq kilos en plus (uniquement sur le ventre parce que c’est quand même plus rigolo que cinq kilos bien répartis) et d’un coup je gagnais en respectabilité corporelle.

Sauf que je ne m’aimais pas avec cette bouée qui se transformait en pâte à pizza dès que je regardais mes pompes, j’ai donc pour la première fois en 30 ans fait attention à mon alimentation et je nage à nouveau sans bouée.

 

Je suis à nouveau très mince et ma foi ça me convient. Et je pense que si désormais je n’ai que rarement des réflexions désagréables c’est aussi parce que j’ai fini par m’excepter comme je suis.

En revanche en tant que FMAAC (fausse maigre anonyme anciennement complexée) je suis très en colère quand j’entends ou lis (notamment sur internet) les amalgames entre maigreur/minceur et anorexie et les commentaires du genre « y a pas à dire une fille maigre c’est quand même trop moche horrible quoi». Je sais que ces commentaires se font aussi en réaction à certains diktats extrêmes de la minceur-maigreur mais j’ai envie de dire (non plutôt d’hurler) que si le corps humain est à la fois si beau et si troublant c’est parce qu’il est diverse et qu’aucune discrimination sur le physique n’est légitime.

 

Elle fut longue la route,
Mais je l’ai faite, la route,
Celle-là, qui menait jusqu’à
moi
Et je ne suis pas parjure,
Si ce soir, je vous jure,

Que je me sens bien mieux comme ça

 

Olympe la courge

Peu importe mon poids, je me vois grosse

Il paraît qu’on regrette toute notre vie le corps de nos vingt ans. Et bien, si c’est le cas, je me demande à quoi va ressembler mon corps dans quelques années … Oui, j’ai vingt ans et je déteste mon corps. Pourquoi ? Oh, et bien, le classique « je suis trop grosse ». Oui, mais… C’est beaucoup plus compliqué que ça.

Il faut fuir les miroirs, les appareils photos lors des soirées … Si je croise mon regard dans un miroir lors d’une sortie, c’est fini, les larmes me montent aux yeux et je ne peux plus penser à autre chose… Se détester de la sorte, c’est aussi, quand vous voyez sur Facebook la notification « Machine vous a identifiée sur une photo », cliquer avec appréhension, mettre sa main sur l’écran pour cacher l’image, écarter tout doucement les doigts pour voir et vite se désidentifier, et pleurer, toute la soirée … Mes réactions paraissent sans doute exagérées mais c’est une telle souffrance, c’est plus fort que moi.

J’ai toujours été plus grande et plus grosse que la moyenne. De petite fille rondelette, je suis passée à carrément obèse. Puis j’ai fait mon premier régime, à 12 ans. Je tenais un carnet où je notais scrupuleusement tout ce que je mangeais, tout en comptant les calories. Je m’en autorisais 1000 par jour. Ah ça, pour maigrir, j’ai maigri. Mais j’étais pâle, faible, je m’évanouissais et comble du comble, me voyais encore énorme. Et j’ai regrossi. Et refait un régime. Et regrossi. J’avais réussi à stabiliser un peu mon poids, bon certes, je n’étais pas mince, mais pas vraiment grosse non plus, et à vrai dire je n’y pensais plus trop, j’étais heureuse, certes pas très bien dans ma peau mais je me disais que ça viendrait avec le temps.

C’était il y a deux ans, j’avais donc 18 ans, et à ce moment-là, j’ai décidé de prendre la pilule. Histoire de faire d’une pierre deux coups, j’ai demandé à mon docteur une pilule qui atténuait l’acné car j’avais quelques boutons qui m’agaçaient fortement. Grand mal m’en a pris. Il m’a donné une nouvelle pilule, une de ces fameuses pilules 3ème génération. Pendant deux ans, je ne me suis doutée de rien, mais pendant ces deux ans, j’ai senti ma confiance en moi s’amenuiser de plus en plus, mon stress augmentait, mon poids avec, j’ai même eu la joie de voir apparaître des vergetures sur mon ventre (qui ont presque totalement disparu aujourd’hui, Dieu merci), je n’avais plus goût en rien, rien que de sortir dans la rue était un effort insurmontable pour moi, j’avais l’impression que les gens ne me faisaient que me juger et penser que j’étais grosse. J’ai même eu quelques pensées suicidaires, mon humeur changeait tout le temps, j’ai fait la terrible expérience de la paralysie du sommeil, je pleurais tous les jours, et il n’y avait pas toujours de raison. Mais devant les gens, je faisais bonne figure, il n’y a que mon copain qui a su à quel point je souffrais, mais il ne savait pas quoi faire le pauvre… Je me rappelle encore le jour où j’ai fondu en larmes parce qu’il m’a dit qu’il aimerait mieux que je laisse cuire le riz plus longtemps, comme faisait sa mère… Je ne sais pas combien de kilos j’ai pris durant cette période, mais trop, bien trop … Et là, cet été, ça m’a fait tilt. Je me demandais ce qu’il avait bien pu se passer pour que je me mette subitement à être aussi malheureuse. Et cela coïncidait étrangement avec la prise de cette pilule, ou plutôt devrais-je dire de ce poison ! Je suis allée voir sur Internet, il y avait une liste d’effets indésirables longs comme mon bras dont : « déprime, dépression, pensées suicidaires, prise de poids, vergetures, troubles du sommeil, … ». Tiens donc, quel hasard … Et en parcourant des forum (surtout des forum anglais), j’ai vu que pas mal de filles avaient vu leur vie gâchée à cause de cette pilule.

Alors j’ai dit stop, je suis allée voir mon médecin, qui n’avait pas l’air si étonné que ça. Il m’a juste dit « ah oui ça ne te ressemble pas, normalement tu es plutôt joyeuse ». J’étais joyeuse, oui, il y a deux ans. Je donnerais n’importe quoi pour revenir à cette époque où je rigolais tout le temps, où je ne me prenais pas autant la tête. Mais c’est trop tard. Oui j’ai arrêté la pilule. Oui je vais mieux. Mais ce n’est pas encore ça … Bien sûr, je ne dis pas que tout est la faute de « médicament », il faut l’avoir en soi tout ça je pense … Mais je pense sincèrement qu’elle m’a bien poussée vers ce mal-être. Mais maintenant j’ose sortir dans la rue, j’ose même sortir seule, je pleure nettement moins. Mais si je m’aperçois dans le miroir d’un magasin, c’est toujours comme un coup de poignard qui me transperce.

Je m’en veux tellement. Je suis terriblement en colère contre moi-même de ne pas avoir réagi plus tôt, de ne m’être doutée de rien. Je suis terrifiée par l’idée de reprendre la pilule, même si je sais bien qu’elle ne me fera sûrement pas la même chose. Je n’y peux rien, j’ai peur, j’ai gâché tellement de mois… Pas envie que ça recommence. Et maintenant, mon poids est le point central de ma vie. Je ne pense quasiment plus qu’à ça, comme une égoïste. J’ai l’impression d’être un monstre à côté de mes amies toutes petites et fines. Je repense encore avec une immense nostalgie à ce jour où, après un énième régime, j’étais allée faire les magasins. J’avais essayé une jupe taille 38, et elle était trop grande ! Oui, trop grande ! Mais je ne m’en rendais pas compte, je suis allée chercher un pantalon noir, taille 44, comme d’habitude, et ce n’est qu’une fois chez moi que je me suis rendu compte qu’il y avait bien deux tailles en trop … Ça aussi, ça me fait peur : et si j’arrive à perdre du poids et que je me vois toujours aussi grosse qu’avant ? Je suis (bêtement) persuadée que tout va s’arranger dans ma vie si je mincis. Et si ça ne se passe pas comme ça, qu’est-ce que je vais faire ?

Me réconcilier avec mon corps

Mon corps, j’ai longtemps été en désaccord avec lui. Ca a commencé à la puberté. J’ai commencé à avoir des poils partout sur les jambes (merci papa), et ma poitrine a surgi de nulle part. Je n’ai rien compris car je me suis retrouvée avec une poitrine qui était trop grosse et trop lourde à mon goût (merci maman) et moi qui étais d’un naturel timide, me retrouver avec ces deux obus ne m’a pas aidé à prendre confiance en moi. C’était trop voyant, comment allais-je passer inaperçu désormais ?

La puberté, l’adolescence, c’est l’âge des premiers amours, seulement moi je n’attirais pas les garçons de mon école, et encore moins ceux de mon âge. Je ne le comprends que maintenant, parce qu’à l’époque je mettais ça sur le compte de ma mocheté, de mes fringues, de ma non popularité, je me disais que j’étais une fille quelconque. Faisais-je plus vieille que mon âge ? Certainement, car j’attirais toujours des garçons plus mûrs, beaucoup plus âgés. Je l’ai surtout remarqué quand je sortais les weekend. C’est surtout cette période du collège qui m’a posé problème, me retrouver formée d’un seul coup, je n’y étais pas préparée, et puis les jeunes ne sont pas tendres entre eux. Je ne me souviens pas d’en avoir parler une seule fois avec ma mère, on ne parlait pas de ça. Mais j’ai fait avec, parce que je suis une fille docile, parce que je suis discrète, parce que de toute façon je n’avais pas le choix. Me fondre dans la masse.

 

Ce passage de ma vie a certainement laissé des traces pour le futur, je n’ai jamais été du genre à ouvrir ma gueule quand il le fallait, et non, toujours rester discrète, ne pas faire d’histoire -se fondre dans la masse- inconsciemment telles étaient mes devises!! Ma timidité a toujours pris le dessus, et puis se faire remarquer c’est risquer de se faire critiquer, d’être mal aimé, et ça, je ne sais pas pourquoi, je ne l’ai jamais supporté. Je me souviens encore d’un garçon de ma classe m’interpellant « hé la grosse! » alors qu’à bien y réfléchir, je n’étais pas grosse, je pesais 57kg (je paierai cher pour faire ce poids aujourd’hui) mais ma poitrine était imposante pour mon âge, on ne voyait que ça, je suis petite, alors voilà, on me voyait grosse, ronde, quelconque.

 

Mon corps je ne l’aimais pas, j’aurai voulu être plus mince, plus grande, avoir les cheveux raides, des yeux bleus… et bien sûr des seins plus petits ! Être tout le contraire de ce que j’étais finalement. N’empêche… je devais me sous-estimer parce que quand je regarde les photos de moi plus jeune, j’étais belle, ni grosse ni maigre, joyeuse, j’avais de beaux cheveux, et je ne m’en rendais même pas compte ! Et surtout, surtout, j’avais une vision démesurée de ma poitrine, elle me dérangeait tellement que je ne voyais que ça, je la voyais énorme ; j’ai très vite et longtemps fait un 95D, des mensurations parfaites aux yeux de certain(e)s, mais non non non je n’étais pas préparée!

 

J’aurai du en profiter en portant des vêtements qui m’auraient mis en valeur, [comme le faisait une fille de ma classe à la même morphologie que moi sauf qu’elle on la tagguait direct de salope bref] au lieu de ça je me cachais car j’en avais honte. Se fondre dans la masse. Je m’habillais large en haut, alors forcément je paraissais grosse. Mais… il fallait se fondre dans la masse.

 

Peut être parce qu’à 9 ans, un soir, j’ai subi des attouchements et que cela m’a traumatisé ? peut être que devenir femme allait vouloir dire attirer le regard des hommes et me voler à nouveau mon innocence ? je ne saurais jamais.

 

Aujourd’hui, j’ai un mari formidable (qui est plus jeune d’une année que moi, joli pied de nez). Dix ans qu’on s’aime, dix ans pour le meilleur et pour le pire, dix ans qu’il est toujours là et je sais qu’il sera là à mes côtés toute ma vie et vice et versa. Je me rends enfin compte à la trentaine passée, que s’il est avec moi c’est que je ne dois pas être aussi quelconque que ça. Quand je l’ai rencontré je pesais une « soixandizaine » de kilos, c’est beaucoup et en même temps c’est parfait pour ma morphologie, parce que dans ma famille nous avons de gros os, et je sais que je ne referai plus jamais les 57 kg du collège. Je ne suis pas de morphologie fine quoi.

 

Il a su m’amadouer au fil du temps, parce que ça n’a pas été facile, je ne supportais pas qu’il me touche les seins, objets pour moi de pornographie. Il avait beau me dire que j’étais belle, je ne le croyais pas. Je le crois depuis peu. Et puis au moins il les aime lui mes seins, pas comme moi ! Mais l’amour, c’est plus fort que tout, sa douceur et sa patience ont eu raison de ma gêne et ont fait de moi au fil du temps une amante comblée et parfaite à ses yeux.

 

En dix ans de vie commune, j’ai prix une vingtaine de kilos, sans m’en apercevoir, tout doucement qu’ils se sont installés ces enflures, et mes seins ont grossi avec, forcément. CQFD. Boulot, chômage, arrêt de la clope, dizaine de kilos, nouveau boulot, régime, soucis familiaux, grossesse, coup bas de la vie, re-grossesse, joie, vie quotidienne, encore des kilos, re régime, re re-grossesse, bonheur, maladie, soucis, et encore des kilos …. qui s’entassent, discrètement mais sûrement.

 

Inutile de préciser que je n’ai pas allaité mes enfants. Par expérience, allaiter, quand on a une forte poitrine, relève d’un vrai parcours du combattant, je l’ai fait 3 jours comme ça pour voir, parce « qu’allaiter c’est bien » qu’ils nous tannent partout, donc j’ai tenté, j’ai vu, voilà, on en parle plus. Pas à l’aise avec cet acte, pas à l’aise avec mes seins que je n’ai jamais considéré comme nourriciers, plutôt comme un danger car peur d’étouffer mon enfant. Non vraiment ça n’est pas mon truc l’allaitement. Je le laisse aux autres. Mais heureusement je l’ai très bien vécu, toujours ça de pris.

 

Fin d’année dernière, j’ai eu un déclic. Après une visite de contrôle chez mon docteur, le déclic est survenu. Côté santé tout allait mieux alors voilà c’était maintenant ou jamais. Je suis rentrée chez moi et j’ai annoncé à mon mari que j’entamais un régime, un vrai. Comme ça sur un coup de tête… Cela va faire 3 mois que j’ai changé mon mode de vie, et j’ai déjà perdu dix kilos. Je reprends confiance en moi petit à petit. Et surtout je suis fière de moi car j’en suis capable, c’est pas aussi dur qu’on le pense de tenir un vrai régime quand on est motivé. Manger équilibré et à sa faim (pas Dukkon hein, ça va pas !), tout en perdant du poids, que demande le peuple franchement ?

 

Bon… question poitrine, à force de grossir et de maigrir et re grossir, avec les grossesses, avec les années toussa, ils deviennent mous, s’aplatissent au niveau du décolleté, mais je ne suis plus du tout complexée comme j’ai pu l’être par le passé. Oh! Regretterais je mes seins d’avant !? Je les ai tellement détesté faut dire, que je les ai malmené. Mais je pense qu’en atteignant la trentaine les complexes passent au dessus, enfin c’est le cas pour moi.

 

J’ai eu le courage de me prendre en photo récemment pour me montrer aux amies car j’avais besoin qu’on me confirme que cette perte de poids se voyait. Besoin de l’entendre. Je me suis tellement fondue dans la masse que je ne suis même plus capable de me voir tel que je suis.

Je veux perdre encore dix kilos, et je serais de nouveau la jeune femme sur laquelle mon homme a flashé il y dix ans. Pour moi bien sûr mais aussi pour lui.

 

En écrivant ces quelques lignes je me rends compte que j’ai vraiment perdu du temps à me focaliser sur des détails. Quel gâchis… mais c’était certainement nécessaire à ma construction.

 

La nouvelle Moi est en train de naître. Je ne me fondrais plus dans la masse.