Le drame est logé dans le corps

scarifications

Tombée ici par hasard (si taper des mots connotant l’automutilation dans une barre de recherche c’est du hasard), j’ai envie de raconter en bloc ce que je n’ai jamais raconté que partiellement.

Mon corps a beaucoup d’histoires, on va la faire chronologique.

La première c’est ma naissance, prématurissime.
6 mois à l’hosto dont pas mal en couveuse, une machine dans mon dos un jour surchauffe, j’en garde une marque de brûlure assez discrète bien que conséquente, qui ne me dérange pas.
Les tuyaux dans mes narines les ont agrandies asymétriquement.
Une opération pour éviter que je ne devienne aveugle m’a laissé un strabisme qui m’a longtemps beaucoup complexé, mais aujourd’hui j’arrive à regarder les gens dans les yeux plusieurs secondes, et quand je leur parle j’imagine moins le visage que je leur renvoie, même si ça n’a pas tout à fait disparu.

Ensuite une pause de bien des années, je n’aime pas particulièrement mon corps ni mon visage, mais la haine n’est pas encore là.
Elle vient au lycée, pour des raisons que je juge inutile de détailler ici.
Je commence par les scarifications, je ne me suis jamais fait de blessures graves, il faut attendre un, deux ans et les cicatrices disparaissent, mais mon corps n’en a pas été vierge depuis plusieurs années. Même si aujourd’hui ça n’est plus un problème, ma cuisse en bave un peu de temps à autre. C’est rare, c’est rien du tout. Tenté-je de me convaincre.
Il y a une raison notamment qui me pousse à me tailler. Une raison que je n’ai jamais lu nulle part alors je la livre ici avec toute ma honte.
ça me fait une raison pour fuir les propositions sexuelles avec lesquelles je ne suis pas à l’aise. Simplement parce que je suis pas une fille qui couche facilement. J’aimerais bien l’être, je suis jeune, bientôt le temps sera finit où je peux potentiellement m’envoyer qui je veux, enfin s’il n’y avait pas ce corps, ces marques, ce malaise avec tout ce qui a trait au sentimental (le cul pour le cul je n’ai connu quasiment que ça et en même temps j’a toujours fait du mal ou eut mal ensuite. Alors pas de sentiment? J’y crois moyen.).

Les autres raisons qui poussent à ça, elles sont bien connues, je crois, mais enfin cette impression de bouillonner intérieurement que ce soit d’angoisse ou de haine ou de désespoir, vouloir couper court à ça.
La haine bien sûr, ne pas se supporter, littéralement, alors faut s’amocher, s’abîmer.
Je me suis toujours sentie naze, en période d’automutilation, de pas oser couper assez profond.

Puis ensuite les galères alimentaires, bien finies elles. Des troubles qui n’en ont pas été, je n’ai pas été vraiment malade, mes symptômes étaient assez “légers”. Mais en période de grosse déprime j’ai adopté des comportements anorexiques et surtout de boulimie vomitive qui, même si ce mal est resté assez superficiel d’un strict pont de vue médical, m’ont pris un an de ma vie. L’obsession surtout qui laissait aucune place pour quoi que ce soit d’autre. Encore la honte de même pas être vraiment malade. De me dire que j’avais le choix et que je faisais le mauvais. Se faire vomir jusque dans les restos, chez les amis des parents, avec la famille dans la pièce d’à côté. Inquiéter l’entourage, les faire culpabiliser. Je n’arrive pas à croire que j’ai pu tomber si bas.

Puis le nodule énorme qu’on m’a enlevé, la cicatrice dans le cou que j’aime parce que pour celle-ci je ne suis pas coupable.

Et puis l’acné. Fléau. Apparu récemment. Stress du changement de vie, pollution de la grande ville. J’ai honte de mon visage. Je n’ose pas draguer qui que ce soit. Pas avec un visage aussi dégueulasse, mon dieu. Les hommes qui ont bien voulu le toucher dans cet état, quand j’y repense je chiale souvent. ça passera, bien sûr, il faut faire un traitement. Retourner voir des médecins. J’en peux plus des médecins, qu’ils soient psy ou autres. Parce qu’aujourd’hui je vais plutôt bien. Vraiment. Alors me faire chier chez des médecins. J’en ai bouffé pendant des années des médecins. Non.

J’aime pas mon corps mais ça n’a jamais vraiment été lui le problème, il n’est que triste témoin et victime de mes caprices et du Distilbène (je vous laisse chercher des infos sur ce médoc de merde si ça vous intéresse, je suis petite-fille de’ d’où la naissance catastrophique), le problème c’est moi, qui suit née n’importe comment en plongeant ma mère en dépression (je sais j’y suis pour rien, on choisit pas de naître, on choisit pas que sa mère soit bipolaire), qui ai traité les gens que j’ai aimé n’importe comment par cynisme désespéré.

Quiconque connaît un peu de mon histoire me reconnaîtra probablement dans ces mots. ça me flippe mais tant pis.

Mon corps, mon corps qui est moi sans l’être comme tout corps, cette tâche de nicotine qui grandit, mon corps que je ne sais pas rencontrer ailleurs que dans la destruction même après toutes ces années. Pardon mon corps, pardon ma peau. Un jour je te déploierai ailleurs que dans la violence et on dansera dans la lumière. On dansera avant de s’éteindre. On étreindra des hommes à nouveau, dans la joie, dans l’amour. Mon corps, mon cher corps. Fidèle gardien de mes secrets, de mes erreurs, de mes peines. Fidèle point de rencontre de regards intenses, de gestes tendres. Des paroles qui en tombent, murmurées dans les soirs chauds, dans les matins brumeux, dans les maisons, les cafés, les salles de cours. Des cris, des gémissements qui s’en échappent, des chants qui le libèrent. Et des mots merveilleux qui tombent sur lui, sur moi, doux. Des halètements qui désaltèrent. Des mélodies qui m’envahissent, des paroles, des gens, des chairs, des airs qui m’ont sauvé. Merci les autres. Merci la musique. Merci mon corps. Mon corps, mon corps, mon corps et mon allié. L’amour est logé dans le corps.

A la vie dans nos veines.

Trahie par l’homme que j’aimais

trahison

 

J’avais 14 ans. Il en avait 21.
Je l’aimais en secret depuis quelques temps.
Un jour je n’étais pas bien j’avais besoin de parler. Je l’ai appelé, je voulais le voir.

Il ne voulait pas. J’ai insisté.
Il a fini par passer me prendre.
J’ai commencé à lui déballer tout ce qui n’allait pas, je lui faisais confiance, j’avais besoin d’aide.
Il nous a conduit sur un parking de forêt. Il m’a dit « et maintenant on fait quoi? »
Je ne me suis pas rendu compte qu’il n’avait pas écouté un seul mot de ce que je lui disais.
On s’est embrassés, ce dont je rêvais secrètement.

Mais assez vite il a mis son sexe dans ma main et m’a dit « suce-moi ».
Puis  » ta première pipe ». « Tu suces bien ».
Il m’a demandé d’enlever mon pantalon et ma culotte et est venu s’asseoir sous moi sur le siège passager.
Je ne sais plus si j’ai dit non, ou quelque chose.
Il a juste dit  » ne t’inquiète pas je ne vais pas te pénétrer « . (Aujourd’hui je pense qu’il m’aurait pénétrée s’il avait eu une capote)
Je ne voulais pas voir alors je lui demandais régulièrement de m’embrasser.
Je ne sais plus comment ni où il a joui.
Après ça, il m’a demandé de garder le secret et m’a raccompagnée.
Je ne savais pas ce qui venait de se passer, je ne comprenais plus rien.
Quelques jours plus tard, il a été cassant avec moi, je n’ai pas compris pourquoi..
J’ai dû souvent essayer de l’appeler ou de le prendre à part pour avoir des explications.
Je n’en ai jamais eu réellement à part  » tu avais l’air d’en avoir envie » et « qui ne dit mot consent ». Et je l’ai cru pendant longtemps, que c’était de ma faute, que c’était moi qui l’avais voulu.

Aujourd’hui je ne le crois plus, je sais la vérité. Je n’ai plus honte, il est coupable. Je libère le secret.

Une photo de mon poignet que j’ai si souvent coupé lors de cette période.

Assigné femme à la naissance

Hakuna Matata

Je ne suis ni femme ni homme, mais un peu des deux, ou plutôt entre les deux.

En fait, enfant, mon corps m’importait peu. Maman m’habillait « en fille » et ça ne me dérangeait pas, mais je me m’identifiais pas en fille. Je ne m’identifiais que par mon prénom en fait, et je n’avais pas l’oppression du Madame futur. Filles et garçons jouaient aux pogs, à la corde à sauter et aux billes sans sentir de gêne, c’était neutre entre tout le monde, c’était cool.

C’est à la puberté que ça a commencé à merder. Dès mes 10 ans j’ai commencé à avoir des règles (anarchiques) et de la poitrine que je cachais dans un Tshirt serré + un sweat large. Je ne comprenais pas pourquoi, et ne reconnaissais pas la personne dans le miroir.
Je me voyais « garçon raté », j’imaginais une erreur de corps à la naissance pas bien claire dans ma propre tête. Je rêvais aussi beaucoup devant Ranma 1/2 !

Un soir, en zappant à la TV, j’ai entendu parler du « syndrome de Benjamin » (avec secret story ! la seule et unique fois où j’ai regardé sans zapper). Le témoignage d’Erwan m’a énormément parlé. Pas encore totalement, mais tellement plus que ceux qui me parlent comme si j’étais une vraie fille !
Je ne suis pas une femme, je dois donc être un homme trans ? J’attendais donc ma majorité pour entamer les démarches de transition, avec un doute tout de même car j’ai l’impression de mentir un peu quand je me présente au masculin (beaucoup fait au temps d’MSN par exemple, mais impossible dans la vraie vie vue l’apparence de mon corps). Mais est-ce à cause de mon éducation totalement binaire, ou ne suis-je pas un homme transgenre en fait ?

Entre temps j’ai rencontré celui qui est devenu mon mari. Pour et avec lui j’ai abandonné l’idée des opérations, j’ai laissé pousser mes cheveux, et petit à petit j’apprécie certains « trucs de fille », mais sans aller trop loin, sinon je me sens travesti-e, ça sonne faux, voire ridicule.

Je ne reconnais toujours pas la personne dans le miroir. J’ai toujours les poils qui se dressent et le front qui se plisse intérieurement quand on m’appelle Madame, mais je ne dis rien car je ne sais trop que dire, et mes tentatives de faire changer les choses dans mon entourage proche se soldent par du déni ou de la moquerie, alors avec les gens lambda… D’autant plus que j’ai porté trois enfants et les ai allaités. Aux yeux des autres c’est, s’il en fallait, une preuve de plus pour affirmer que je suis évidement une femme. Aux miens, j’ai ce corps qui me fait royalement chier au quotidien, mais j’essaie de profiter des quelques bons côtés que j’y trouve tout de même. Nous ne répondions pas aux conditions d’adoption, alors j’ai porté moi-même nos enfants, même s’il a fallu des
FIV (je me dis que même mon intérieur n’est pas clairement féminin). L’allaitement est pratique, gratuit et très bon pour eux : j’allaite pour eux et par commodité, mais en plus de ne pas y ressentir de plaisir, c’est une nouvelle source de dysphorie.

Les années passent encore : je viens de prendre 30 ans et j’ai tout récemment découvert la non-binarité. Et je m’y retrouve enfin ! Quelque part entre « androgyne » et « demi girl / demi boy » : je suis quelque part sur le spectre entre « femme » et « homme », ou un peu femme et un peu homme – je ne sais pas encore bien distinguer les deux – même si la première formulation sonne mieux à mon oreille/ressenti. J’y ajoute le terme de « fluide » car mon pourcentage sur l’axe H/F peut varier.

Donc je me connais enfin, mais en dehors des concepts binaires et figés qui règnent partout chez nous. Comment alors m’habiller pour être reconnu-e comme je suis par les gens que je croise ? Comment doit-on me parler, m’appeler ? Parmi les formulations proposées par d’autres personnes non binaires, je préfère le pronom « iel » au lieu du « elle » qu’on me sort à tout bout de champ. Qu’on utilise mon prénom, ou mieux, Mané (je pense atteindre un orgasme si quelqu’un m’appelle comme ça en vrai !) pour m’appeler et surtout pas « madame ». Monsieur me dérange moins déjà mais ce n’est pas envisageable avec mes formes… J’espère donc perdre beaucoup de poids et subir une grosse réduction mammaire pour pourvoir m’habiller de façon plus androgyne. Les accords féminins me gênent beaucoup aussi. Certain-e-s utilisent un « E » final pour inclure les hommes, les femmes et aussi tous les autres. D’autres mettent un « e » entre tirets, ou avec des points médians (·). On peut aussi utiliser une terminaison en « æ » ou en « euxse » qui me plait assez. (ex : « Iel est heureuxse. ») Je n’en ai pas (encore) l’habitude alors j’écris au masculin, mais ça me gêne parfois, alors j’ajoute « -e » en général. (ou Alt + 0149 pour faire le point médian, mais je ne m’en rappelle jamais…) Et, autant que possible, je tourne mes phrases pour ne pas avoir à y mettre (ou pas) une terminaison féminine. (au lieu de dire « je suis étonné-e », je dis « ça m’étonne ! »)

Et si vous n’avez rien compris… ça marche mieux avec un dessin ?

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Traduction rapide :
Il faut comprendre que notre carte d’identité nous désigne homme ou femme juste parce qu’un docteur à regardé entre nos jambes à la naissance et croit que la forme des organes génitaux coïncide forcément avec notre genre. (et ils font du forcing aux parents d’enfants intersexe pour les mutiler et choisir à la place des premiers concernés !)
PS : il est également faux de prétendre que femme = XX et homme = XY. Demandez à un généticien (ou à wikipédia).
L’apparence physique n’a rien à voir non plus avec le genre. La société occidentale a décidé que seules les femmes peuvent porter des robes à fleur sans être ridicules. C’est fondé sur rien du tout.

La vie sexuelle (ou asexuelle) et romantique (ou aromantique) n’est pas liée au genre non plus. (et ça ne regarde personne)
Seule la personne concernée peut juger de son genre/identité, et personne n’à rien à y redire.

Lui ou moi… Moi et lui !

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Mon corps et moi c’est toute une histoire.
J’ai 5 ans, et jusque-là je n’y avais pas fait attention. Il était là je jouais, je dansais, je sautais mais sans vraiment m’en préoccuper.
Et puis il y a eu ÇA… Cet épisode qui a marqué le début d’une relation compliquée. Mon cousin, une caravane stockée dans une grange, une cave chez une grand-mère. Des jeux d’un autre âge, de celui de mon cousin pas le mien. Il a 10 ans de plus que moi. Ses jeux ne sont pas les miens, pas ceux de mon corps. A cause de lui j’ai senti ce corps. Mais je n’aurai pas dû le remarquer si tôt, pas de cette façon…
Et puis pendant longtemps j’ai « oublié ». Moi oui, mais pas mon corps.
Enfant, très sage, très comme il faut. Mais quand les adultes ne sont pas là, je plonge dans le placard à gâteaux. Mon père me l’interdit, pour que je ne sois pas trop grosse, mais en achète plein. Il est malade dans sa tête mais à cet âge-là je ne remarque rien. Je ne suis qu’une ENFANT.
L’adolescence, comme dans une drôle de bulle, hors de la réalité. Mes copines ont des petits copains. On leur a demandé : « est-ce que tu veux sortir avec moi » ? C’est tout bête cette petite phrase, mais personne ne me l’a jamais dite. Et la seule fois où j’ai OSE demander par l’intermédiaire d’une copine, elle est revenue en me disant « non il ne veut pas, il dit que t’es trop grosse… » BAM !
Je mange trop, sans vraiment m’en rendre compte. J’espère maigrir à chaque fois que je suis loin de la maison. Mais ça ne dure pas assez longtemps et je replonge dans le placard à gâteaux.
Premier vrai petit copain.
Après coup je me dis que j’ai fait n’importe quoi avec lui. Premier baiser, premier rapport, première « expérience »… Tout allait trop vite, comme si je voulais rattraper mon « retard ». Je ne respecte pas mon corps, je ne sentais même pas ce qui se passais, mais je le faisais quand même.
Je fini par rencontrer quelqu’un de bien, qui m’aime et m’apprend à m’aimer. C’est long. Je pensais y être arrivée, mais ce n’était qu’une ILLUSION.
Au fond rien n’allait bien. Je veux maigrir une fois de plus, mais là ça va trop loin. Je n’habite plus chez mes parents, je gère mes « repas » toute seule. En fait je ne mange pas ou très peu. Je me déteste toujours, mais je suis enfin mince. Je m’insulte toujours, mais je suis enfin MINCE. Mais lui ne sais plus comment gérer ça. Sa détresse m’incite à aller voir une psy. Ça va mieux, ça m’aide, mais ce n’est toujours pas ça.
Mon corps visuel n’est pas satisfaisant, mon corps sensuel inexistant.
Les années passent. Je ne me déteste plus, mais je me tolère. Et ça, ça ne suffit pas.
Je tombe enceinte sans prendre de poids. Ma vie bascule. Entre bonheurs et incertitudes je deviens ADULTE petit à petit. Un deuxième bébé, toujours pas de kilos et cette fois, ça se passe plus facilement. Ça m’aide mais le problème n’est pas réglé…
Après m’être mise au sport, je suis de plus en plus mince. Plus mince que je ne l’ai jamais été. Mais je n’ai toujours pas de VRAIE VIE SEXUELLE. Ça me dépasse, moi qui pensais que le problème venais de là…
La peur est quand même là, peut-être même un peu plus maintenant que la graisse s’est littéralement envolée. Mais je ne sais toujours pas quoi faire de lui. On n’est pas complices, on ne se connait pas. Alors quand j’ai trop peur, je mange. Un peu trop. Alors je l’oblige à bouger, bouger encore et encore pour que rien ne s’accroche. Je l’oblige tellement qu’il finit par craquer. On finit tous les deux à l’hôpital. Rien de très très grave, mais assez pour que je puisse plus faire de sport. AÏE ! J’ai peur, de nouveau… Alors je mange.
Et là, cette fois je décide que C’EST FINI !!! Je décide que ÇA SUFFIT !!!
J’aurais voulu retrouver ce corps plus mince, mais on me trouvait maigre. Alors je décide que je vais essayer de L’AIMER VRAIMENT. De vivre avec lui, en LUI.
Nous avons vécu l’un à côté de l’autre pendant 35 ans.
Nous vivrons ensemble les 50 prochaines autres.
Fini les frustrations.
Fini les obligations.
Fini les observations.
Maintenant place à la vie, une vie d’équilibre avec ses hauts et ses bas. Mais pas ses peurs qui font faire n’importe quoi. J’espère pouvoir continuer sur cette voie qui semble bien apaisante. J’espère que je ne suis pas une fois de plus dans cette ILLUSION qui m’a souvent fait croire que tout allait bien.
Nous sommes là, tous les deux, chair dans la chair, liés à jamais.
2016 sera notre année de retrouvailles.

L’art de la faim / Après la faim

1- L’art de la faim

Faim, n. f. : Sensation qui traduit le besoin de manger

Sensation. Besoin de manger. Ne pas manger. Retenir la sensation. La faim remplit le vide. Elle tient compagnie. Elle devient familière. Elle est exigeante. Chaque jour réduire un peu plus ce que l’on met dans son estomac, pour l’avoir continuellement présente en soi. On n’a pas d’émotions, pas d’idées, pas de désirs, quand on a faim. L’effort perpétuel consistant à la maintenir s’empare du peu d’espace qui reste. C’est simple. Difficile mais simple.

La faim s’estompe au bout de quelques temps. D’autres sensations la remplacent. La fatigue, les douleurs, le froid. A tout le reste je deviens hermétique. Mes cheveux sont tombés cet automne-là. Je me souviens aussi d’un cours de biologie, dans une classe entièrement carrelée, d’un froid glacial en hiver. J’ai enlevé mes gants en laine, gardé mes gants de soie. Le prof m’a demandé de les retirer. Je me suis exécutée, lentement. Aucune sensation dans mes doigts devenus blancs. Silence de mort dans la salle, pudeur de mes camarades de classe. Ces gamins de 15 ans faisaient preuve d’une décence qui me crève le cœur.

Les chiffres sur la balance dégringolent. Pas que je veuille maigrir. Maigre, je l’étais déjà, avant. Les chiffres n’ont rien à voir avec ça. Ils sont un repère, une preuve matérielle de la disparition progressive du corps après que la faim s’est éteinte.

Le corps acquiert une certaine beauté, étrange et morbide, dans ce que l’absence de chair révèle du squelette, de l’architecture primaire d’un être humain débarrassé de son identité physique. L’extrême maigreur, fragilité ostentatoire, sacrificielle, est une protection vis-à-vis du monde, le signe extérieur de la folie de celle qui l’exhibe. Elle fascine. Elle fait peur. Elle isole. Elle rend intouchable.

Vient un état d’engourdissement, de semi conscience, où le moindre geste demande une totale concentration, un effort physique inouï qui brûle chaque muscle, chaque parcelle de peau, mon squelette tout entier. Mettre un pas devant l’autre, tenir un crayon, coordonner mon souffle et le mouvement de mes lèvres pour pouvoir parler. Je n’arrive plus à sourire. L’immobilité fait mal aussi. Rester debout, rester assise, rester allongée. Mais l’anesthésie s’étend. La douleur diminue. Il faut accroître encore les efforts, courir plus longtemps, dormir moins, s’exposer au froid. La douleur ne procure aucun plaisir. Elle est insupportable. Le vide l’est juste davantage.

Ma mère m’a demandé un jour « Mais qu’est-ce que tu cherches ? Tu veux mourir, c’est ça ? ». Non, je ne veux pas mourir. Mais la mort est une perspective rassurante, nécessaire, de plus en plus nécessaire à mesure que je vois mes capacités physiques et intellectuelles décliner. La mort d’une anorexique n’est pas un suicide ; c’est la solution au dilemme, la fin simultanée de la souffrance et du vide. C’est en cela qu’elle est rassurante. Elle est la seule libération accessible. La seule liberté qui reste quand il ne reste plus rien de soi.

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2- Après la faim

On m’a enfermée dans une chambre d’hôpital vide. Pas de livres, pas de téléphone, pas de visites. La seule distraction c’est le plateau repas qui arrive à heures fixes 6 fois par jour. On se met rapidement à attendre ces moments. C’est humiliant. C’est le but. Il faut « casser » la maladie. Les dégâts collatéraux ne sont pas pris en considération dans le protocole. Je fais tache dans ce service de pédiatrie. Entourée de pauvres gosses atteints de vraies pathologies, qui n’ont rien demandé à personne, je suis celle qui s’est volontairement mise dans un état maladif. Comme si c’était un choix. Que j’aurais aussi bien pu me teindre les cheveux en bleu, si je tenais tant que ça à me rebeller. J’aurais moins emmerdé le monde. On me fait sentir que je prends de la place. Plus exactement que je prends la place de quelqu’un, d’un pauvre gosse malade. L’après-midi les parents viennent voir leurs gamins cancéreux. Les portes sont vitrées, il m’est interdit de tirer le rideau devant la mienne. C’est l’heure du zoo. Chaque personne qui passe devant ma chambre marque un temps d’arrêt, observe la bête de foire.

Il faut manger, reprendre du poids, c’est la seule façon de s’en sortir. La Solution. Tu parles. J’ai juste accepté de ne pas mourir. Manger ne résout rien. A part à rentrer dans des normes de poids médicalement acceptables pour sortir de l’hôpital. La faim a tout rempli, tout défini de moi. Elle n’est plus là. Le vide a fait son retour, d’autant plus violemment que tout a été effacé. Je suis une page blanche. Je n’ai plus d’identité, je ne sais plus qui j’étais avant, et même si je le savais, je ne saurais quoi en faire. Mon corps lui-même est une page blanche ; il n’a pas d’âge, pas de sexe. Je me suis rasé la tête. Retour au point zéro.

Et puis il faut se justifier, a posteriori, de n’être pas allée jusqu’au bout. Trouver un sens au renoncement, à savoir à sa propre vie. Tout un programme. J’essaie. Rien ne m’anime, rien ne m’investit. Je ne fais que passer le temps alors que c’est le vide qu’il me faut combler. La faim n’est plus une option. C’est la petite sœur infernale de l’anorexie qui vient s’engouffrer dans la plaie béante. Boulimie. Mot détestable et sale, honteux, impossible à prononcer sans détourner les yeux. La mécanique se met rapidement en place, insidieusement, sans que l’on comprenne ce qui arrive. Remplir le vide. Se remplir. Manger, vomir, manger, vomir, encore et encore, jusqu’à épuisement. Dormir. Dissimuler les traces, effacer les marques, sauver les apparences. Recommencer.

Mes cheveux ont repoussé. Le corps reprend sa place, son âge, son identité. Ses sensations. L’intimité physique est facile quand on n’a pas d’émotions. Mais le corps, vide de substance, devient vite encombrant. Il attire les regards. L’image que l’on projette est publique. Il me vient la pensée récurrente que mon corps est par conséquent public et qu’il appartient à celui qui le regarde. Je suis terrifiée, anonyme et seule dans Paris. Je m’enferme. Je me détruis, quotidiennement, méthodiquement, rituellement. Ce que je fais depuis un certain temps déjà ; la différence est que je ne le cache plus. J’ai le visage bouffi et marqué de brûlures, des entailles dans les bras, mon poids grimpe et dégringole au rythme imposé par la peur. Les regards ne s’attardent plus.

Le souci c’est que je veux vivre. Pas que cela aille de soi, pas qu’il me reste un quelconque instinct de survie. Je veux vivre parce que j’ai pris cette décision un lundi soir dans le cabinet d’un médecin et pour cela accepté les humiliations qui allaient avec. Mais je ne peux pas vivre en enfer. Même si je sais que le bonheur ne m’est probablement pas accessible, je sais aussi que je ne vais pas pouvoir cumuler le vide, la douleur, la solitude et la honte beaucoup plus longtemps. Que je vais finir par me tuer, d’une façon ou d’une autre, plus ou moins volontairement, avant même d’avoir commencé à vivre. Cela prend du temps, de sortir de l’enfer. Mais peu à peu la peur s’estompe. La torture s’arrête. La honte est reléguée au passé. On redevient fonctionnel. Suffisamment normal aux yeux du monde extérieur. Ne reste que le vide. A nouveau.

Je commence à comprendre que le vide sera toujours là, et que, peut-être, il est ce que je possède de plus précieux. Qu’il faut l’accepter. L’assumer. L’utiliser. Utiliser l’absence de sens, de règles, de projet, comme une forme de liberté. Puisque rien n’a de sens, je n’ai rien à perdre. Je peux être inconséquente, ouvrir ma grande gueule, aimer qui bon me semble le temps d’une nuit, m’attacher, me détacher. Les sentiments ne sont qu’une construction mentale dont il est facile de s’affranchir. Et puisque demain n’aura pas plus de sens qu’aujourd’hui, je peux vivre sans entrave les moments d’ivresse. Ils sont rares, mais ils existent. J’ignore s’ils rendent le vide plus cruel ou bien si c’est le vide qui fait naître les sensations violentes, les émotions insensées. Peu importe, en réalité. Je n’ai pas d’autre choix que d’évoluer dans cette alternance de dépression et d’instants de beauté fugaces. Mais les états de grâce sont parfois suffisants pour me permettre de supporter la laideur et la médiocrité du quotidien. Et tant qu’ils existeront, j’aurai une raison de continuer à lutter contre le désespoir. Quelque chose à quoi me raccrocher. Quelque chose qui en vaut la peine.

Mes poils de combat : un éloge !

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Il faudra l’avouer: au commencement il y a un homme. Il y a quelques années, il m’a dit aimer mes poils sous les bras, de les trouver extrêmement érotiques. Visuellement, mais encore plus odorifèrement. Un peu par paresse, un peu car je percevais déjà la dépilation comme une constriction, j’arrêtai de me dépiler les aisselles. Je m’aimais ainsi. Dans l’intimité, c’était devenu mon signe distinctif. Signe distinctif, mais saisonnier : avec l’arrivée de la chaleur, des robes sans manches et de la plage, je faisais place nette de ma touffe sous les bras. A contrecœur, bien sûr, et non sans noter sur mon agenda la date de cet acte apocryphe.

Les étés passés, entretemps les poils ont repoussé, et à présent je continue de résister. Au fond, nous ne sommes qu’en avril. Oui, mon acte est, sans le vouloir explicitement, un acte de résistance. Car en piscine moi j’y vais, et j’y emmène même mes poils. Inutile de le dire, je suis la seule. Quand, pendant les exercices d’aquagym –par ailleurs ridicules, il faut l’avouer- on soulève les bras, ma tache noire est la seule à se révéler. Je n’en ai pas honte, même si parfois je remarque que mes poils ont le pouvoir de réveiller auprès des couples de copines cette espèce de complicité féminine qui peut être très bête et agaçante. Je m’en fiche royalement, mais n’empêche que mon excentricité pilifère me met beaucoup de tristesse car elle marque l’homicide consensuel de la variété des corps et de leur naturel qui est si magnifique.

Je ne veux pas assimiler mes aisselles poilues à un acte de résistance féministe : je me méfie des catégorisation et en plus dans ce cas il n’y en a aucun besoin. Simplement, moi j’aime les poils. J’aime leur consistance soyeuse, j’aime l’odeur qu’ils retiennent et j’adore que le nez de mon aimant puisse s’y faufiler. L’existence de ma petite forêt de l’étage du dessus ne devrait pas représenter un acte de résistance. Et pourtant…

La dépilation est désormais devenue une vraie dictature. Complice le porno, complice l’incroyable chiffre d’affaires de l’industrie de l’épilation, complice un diktat culturel qui court après un faux hygiénisme. Complice trop de femmes consentantes.

Femmes, je voudrais venir chez vous cacher vos rasoirs, détourner vos chemins quand vous allez dépenser votre argent dans les centres esthétiques. Venez avec moi dans la forêt des libertés. Faites avec moi l’éloge des nos corps et de leur naturel. Pas non plus d’obligation aux poils, mais une invitation complice à reconsidérer leur rôle et leur beauté. Contre l’esclavage de l’épilation et pour la célébration de notre diversité. Que cet éloge soit un antidote à la solitude pilifère.
-Giulia

De l’HUMANITE bordel ! (Un peu de DOUCEUR dans ce monde de bruts)

mon corps m'appartient

Parler de mon corps, ça me parle. Tout comme lui semble savoir me parler.
Quelqu’un m’a murmuré un jour à l’oreille qu’existait la sagesse du corps. Vous en avez entendu parler?
Expérimenter, chercher un équilibre.
C’est quand même « vachement BON », comme dirait l’un.
J’ai envie de partager un petit bout de ma modeste quête ma foi bien ambitieuse… J’aime écrire des belles histoires et mon corps y participe. Quand les histoires virent au moche, tu te grouilles d’aller chercher tes crayons de couleurs pour y mettre un peu d’éclat. C’est pareil pour le corps ? oui, non ?
J’aime la spontanéité, le naturel dans les histoires; je trouve que ça les rend plus authentiques, plus jolies. C’est pareil pour le corps? oui, non?

Apprendre à (se)(re)connaître, à repérer ce qui nous correspond, devenir soi, devenir FEMME, ETRE une femme—-> ce sont les kiffs de cette vie que je choisis.

Ce texte illustré d’un bout de mon corps a pour objectif de faire passer un doux message sur l’espace public : c’est cool de vivre avec vos réalités, vos vérités tout en respectant celles des autres.

A mes enfants, A mes amours, A mes amis.
A « mon corps m’appartient ».