Mon ventre-sourire

mon ventre sourire

Il y a 6 mois, j’ai accouché par césarienne. Qui l’eut cru ? Moi, l’enfant violée qui étais terrifiée à l’idée d’une grossesse.
En arriver là fut un combat : combat pour retrouver l’envie de rester en vie, combat en justice, combat pour mener une vie de couple normale, combat pour réussir professionnellement, combat pendant plusieurs années de thérapie pour accepter l’idée de vivre avec moi-même.
Puis je me sens un jour suffisamment bien dans ma peau et dans ma vie pour avoir le désir de fonder une famille. Je me sens même prête à supporter une grossesse, moi qui n’ai longtemps juré que par l’adoption. Enceinte, je m’apprête à livrer un nouveau combat : je vais régulièrement voir une psychologue, m’entoure de praticiens compétents, avertis chacun d’entre eux de mes réactions angoissées à tous les examens qui attentent à ma pudeur.
Se pose alors la question de l’accouchement. Et pour la première fois de ma vie, j’ai choisi de ne pas me battre. De ne pas rechercher la performance pour masquer le traumatisme : j’ai fait le choix de la césarienne. Un choix certes guidé par mes peurs et mes angoisses, mais aussi un choix de respect pour le chemin parcouru et restant à parcourir, un choix rassurant, un choix doux pour moi-même. Un choix qui dit « tu t’es bien battue, tu as droit à une pause. Tu n’as pas toujours à gagner ton bonheur, tu peux aussi juste t’en saisir ».
Et elle est née par césarienne, dans le moment le plus doux, le plus beau, le plus fort et le plus émouvant qu’il m’ait été donné de vivre. Cette enfant est une lumière. Aujourd’hui, restent mes souvenirs, et ma cicatrice. Elle ne m’a jamais fait peur, j’aimais déjà l’idée de ma cicatrice avant d’accoucher. Et maintenant qu’elle est là je l’aime encore plus. Inscrite sur mon bas ventre, que j’ai tant détesté, cette cicatrice est un sourire, qui atteste de ce que le bonheur est passé par là.
Depuis que mon enfant n’est plus dans mon ventre, mon intérieur me fait de nouveau souffrir, le combat reprend. Mais mon ventre-sourire est un espoir de me réapproprier un jour mon corps durablement, et les doux yeux de mon enfant me rappellent qu’en attendant, la vie vaut toujours d’être vécue.

J.

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Ca nous ronge de l’intérieur jusqu’au point de non retour

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Quand je repense à tout ce qu’il s’est passé depuis ma naissance, je me dis que j’ai quand même eu beaucoup de force pour tout garder pour moi et de courage surtout pour continuer à avancer.

Mon enfance a été assez douloureuse. Je n’ai quasiment aucun souvenir de ces périodes, mis à part les choses qui me hantent depuis enfant.
Je suis née d’une grossesse non désirée. Mon père était alcoolique, droguée et avait fait de la prison. Ma mère était une jeune fille de 19 ans un peu paumée.
Lorsqu’elle a appris sa grossesse il était trop tard pour elle d’avorter, elle a alors caché pendant un moment sa grossesse à la famille, car ça aurait été assez mal vu selon elle.
Quelques mois après ma naissance, mon père nous a mise à la porte toute les deux. Ma mère c’est réfugié chez son père. J’ai grandi en étant trimbalé un coup chez ma mgrand-mère, un coup chez mon grand-père, mon père me gardait de temps en temps les weekends.
Ma mère a toujours reporté sur moi la colère qu’elle avait envers mon père de l’avoir traité ainsi (elle avait été battue, rabaissée…). Elle voyait mon père en moi.
Elle s’occupait rarement de moi, c’était mes grand-parent qui jouaient son rôle, pendant qu’elle sortait faire la fête avec ses copines. J’ai grandi sans avoir vraiment de mère, puisque nous n’avions jamais tissé de lien et sans père puisqu’après nous avoir mis à la porte, ma mère a tout fait pour l’éloigner de moi.

A mes 2 ans, nous sommes allé vivre dans une autre région, car elle avait rencontré un autre homme (avec qui elle a eu ma belle-soeur).
Cet homme a eu du mal à m’accepter et me l’a fait ressentir pendant des années: il m’injuriait, me rabaissait, disait que je n’étais qu’une mois que rien, que j’étais idiote, sans cerveau, il m’a maltraité (il me donnait des douches glacées, m’enfermé dans le garage dans le noir à genoux sur le paillasson le doigt en l’air pendant des heures, me donnait des claques plus que forte cul nue à répétition, il a même été jusqu’à me donner des coups dans le dos une nuit…). C’était juste horrible.
Ma propre identité en à souffert.

Mon adolescence a été elle aussi difficile. Ma mère et moi on ne faisait que s’engueuler. Cris, larmes, claquements de porte, injures étaient notre quotidien.
Tout ce qu’elle m’interdisait, je le faisais. Elle était beaucoup plus complice avec ma petite soeur, qu’avec moi. J’étais comme invisible. J’ai essayé à plusieurs reprises de tenter des gestes de tendresse (l’enlacer), mais cela la gênée.
J’ai été violé par un garçon à mes 12 ans, trop naïve…je pensais que c’était mon ami, je l’ai invité chez moi quand ma mère n’était pas là. Il a demandé à voir ma collection de CD alors nous sommes montés dans ma chambre et là j’ai vécu un enfer…(je n’expliquerait pas en détail car ça fait trop mal).
Je pense que ce garçon a du raconter des choses sur moi au collège, car une fois en rentrant chez moi (c’était un petit chemin au bord d’un canal) deux garçons m’ont suivis, j’ai marché plus vite mais ils m’ont couru après. Un m’a attrapé et plaqué contre le mur, mis la main sur la bouche et à commencé à me faire des attouchements. L’autre garçon rigolait à côté. J’avais très peur les jours suivant de faire la route à pied seule. J’ai commencé a être mal dans ma peau ensuite. Je restais enfermée dans ma chambre et n’en sortait que pour l’heure du repas ou pour aller en cours (lorsque je ne les séchait pas).

A mes 19 ans, ayant signé un contrat d’un an, j’ai profité de l’occasion pour quitter la maison. J’ai alors pris mon appartement car la vie sous le même toit que ma mère était devenue impossible. Moins on se voyait, mieux c’était.

Entre temps, j’ai fait des recherches et j’ai retrouvé mon père, j’ai repris contact avec lui. Malgré que je lui en voulais de ne pas avoir été présent, je l’avais toujours porté dans mon coeur et souhaitais le rencontrer pour apprendre à le connaître et pourquoi pas rattraper un peu le temps. J’avais besoin de savoir qui était mon géniteur et connaître un peu plus ma famille (de son côté).
Nous avons échangé des mails et des coups de téléphones pendant quasiment 3 ans (il habitait une autre région, était sous tutelle). Nous avions décidé de nous rencontrer. Il était convenu qu’il viendrait dans ma région et prendrais un hôtel pendant quelques temps pour que l’on puisse passer du temps ensemble. Il faisait son possible avec sa tutrice pour faire des économies pour réaliser ce projet. Il y était presque…
Malheureusement, le 2 décembre 2012, il est décédé sur son lit d’hôpital. L’infirmière l’a trouvé tout bleu et crispé. Il était rentré à l’hôpital pour un sevrage alcoolique, il avait décidé de s’en sortir avant de venir me rencontrer. Il voulait me prouver qu’il pouvait y arriver, car il voulait retrouver sa fille qu’il aimait tant.
J’ai très mal vécue cette période. Je suis partie en train pour les funérailles mais arrivé là bas ceux ci ont été repoussé pendant 15jours (autopsie, enquête étaient en cours car il était décédé dans un hôpital). J’ai du repartir entre temps chez moi et n’ai pas pu assister aux funérailles de mon père, car je devais être présente au travail et mes jours de congés exceptionnels étaient épuisés.
Pendant mon séjour là bas, j’ai demandé à voir le corps. Je voulais lui dire « bonjour et au revoir », au moins voir son visage en vrai une fois…ça n’a pas était possible, la dame m’a répondu : « son corps est trop endommagé, il ne vaut mieux pas que tu le vois comme ça. »

Je n’ai pas eu le temps de me remettre du décès de mon père qu’en mars 2014, j’apprends que je suis enceinte. Ma 1ère grossesse, mon 1er enfant, vous n’imaginez pas mon bonheur dans ma tête. Le jour de la 1ère échographie, elle m’annonce que je suis à 8 semaine 1/2, qu’il mesure presque 5cm mais… qu’il est situé dans ma trompe droite. Je fais une grossesse extra utérine. Il faut m’opérer de toute urgence.
L’opération a eu lieu le samedi 27 avril 2013, ils m’ont enlevé mon enfant et ma trompe droite. Le père de l’enfant a préféré fuir que de me soutenir. Je suis passée à deux doigts de la mort, ma trompe avait éclatée et l’hémorragie interne commencée à être importante. Par la suite, il n’a pas été plus présent, j’ai du me débrouiller toute seule pour tout, malgré qu’il fallait que je reste coucher pour mes douleurs et cicatrices. Il m’a également rabaissée, injuriée. Peut être m’en voulait-il, je ne sais pas. En tout cas, moi oui j’avais une bonne raison de lui en vouloir, car il m’avait laissé seule.
Depuis ce jour là, mes journées sont devenues un enfer. Je voulais tant cet enfant…je l’aimais déjà tant…

Ensuite je me suis complètement renfermée sur moi-même. J’ai fait comme si tout allez bien, alors que rien n’allait, c’était dans ma tête un tourbillon d’horreur.
Jusqu’à il y a quelques semaines, où la couple pleine à céder par ces années de souffrance et d’accumulation. Me taire m’a tué à petit feu…
J’ai commencé à me mutiler le 16 mars et c’est fou mais ça me fait du bien. Je me sens tellement vide. Je ne ressens plus rien à part la douleur de tout ce qui c’est passé et la tristesse. Je ne sais pas qui je suis. Je n’ai aucune confiance en moi.
J’ai été voir le médecin le 17 mars dernier et j’ai craqué devant lui. Je n’ai pas tout raconté, je lui ai dit qu’il fallait que je vide mon sac parce que je n’en pouvait plus de vivre avec tout ce poids sur mes épaules.
Il m’a donné un traitement contre mes angoisses et me voit chaque semaine en psychothérapie maintenant.

Tout ça pour dire que, même si c’est difficile de parler des choses qui nous font mal, ça l’est encore plus si on les garde pour nous, car tôt ou tard ça nous ronge de l’intérieur jusqu’au point de non retour.

Mon accident

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Avril 2004 – Je travaille dans une supérette. Je viens d’arriver, je vois le patron monter une étagère.

Un peu plus tard il me demande de la remplir. Je monte sur un tabouret, je range des cartons de vaisselle petit à petit. Au dernier étage de l’étagère, tout s’écroule, bascule, se renverse, m’entrainant. Je tombe, je crie, j’ai mal je ne comprends pas encore, on me dégage et on appelle vite les pompiers.

Je m’assoie sur un siège de caisse, je regarde mon pied gauche, qui pend littéralement, complètement tordu vers l’intérieur, en tremblant sur lui même. Je ne m’évanouis pas.
Fracture grave de la cheville et luxation.
Quand on te réduit une luxation, sur une fracture, comme ça, comme dans les films, te te rappelles longtemps de ta douleur.

Je suis hospitalisée 15 jours, c’est long. J’ai une première opération. Quand les médecins chirurgiens viennent me voir, je pense qu’ils vont m’annoncer une bonne nouvelle, que je vais bientôt sortir.
Et bien non, c’est une fracture grave, l’intervention n’a pas été suffisante. Nouveau rendez-vous pour le bloc programmé.
Après la première, deux autres opérations pour rattraper seront nécessaires. A chaque fois je me fais prendre au piège de l’entrée du staff dans ma chambre, je suis déçue, je craque. Les infirmières me disent de ne pas pleurer.
Trois voisines de chambre se succèdent.

Jusqu’à la 3e opération, je suis complètement immobilisée. J’ai un plâtre qui pèse très lourd, je ne peux pas bouger, me lever, aller prendre une douche, aller aux WC. Au début, c’est dur, de sonner pour pisser, de sonner pour que l’infirmière vienne chercher le bac dans lequel j’ai fait caca. De se laver au gant de toilette pendant 8 jours. De pleurer de joie quand un aide-soignant me lave les cheveux dans une bassine. De devoir montrer son corps nu, comme il est.

De ne pouvoir bouger, je n’en peux plus, je fais une crise de nerf, je crie, je pleure, je me secoue, puis je me calme et m’endors.

Trois anesthésies générales, de la morphine. Mon corps en prend plein la gueule.
Ravier dents de lion : c’est le nom d’un des outils utilisé pendant mon opération, ça fait flipper hein !

Le soir je n’arrive pas à m’endormir car j’ai trop faim. Les repas ne sont pas terribles.
Mon cousin ainsi que mon amie et ses copains viennent me voir. Les visites, y’a que ça de vrai quand t’es à l’hosto, rappelles t’en toi qui ne prends pas le temps d’aller voir ta grand-mère ou ta tante handicapée. Et ce qu’ils amènent, soyons honnête : nourriture de l’âme – livres – et chocolat noir.

Quand mes opérations sont terminées et l’atèle en résine posée, on peut me promener en fauteuil. Avec mon redon accroché en bandoulière. Vision de ce sang noir, faut pas être sensible. Prendre l’air dans le parc de l’hôpital une pizza sur les genoux, respirer l’air pollué du boulevard Magenta, prendre un mauvais café dans une brasserie populaire. La vie quoi.

Pendant mon hospitalisation mon employeur ne m’aura pas fait livré de fleurs, ne sera pas venu me voir à l’hôpital qui est à 15min de la supérette à pied, ne m’aura pas téléphoné pour prendre de mes nouvelles.
Quand je sors je fais 45kg toute mouillée, mes jeans ne me tiennent plus à la taille, et mon cousin va m’acheter deux t-shirts en urgence sur le boulevard.
Quand je sors un cocon de douceur et d’attention m’entoure à nouveau. Je reste quelques jours chez mon amie. Je déménage dans un appartement en colocation, soyons folle au 8e sans ascenseur. J’apprends à me déplacer et à me débrouiller seule avec mes béquilles. Parfois la solidarité : on me laisse la place dans les transports en commun, des mecs me portent dans les escaliers du métro.

Je souris à nouveau. Je décide de rentrer chez moi en province, de redémarrer ma vie là où je l’ai quittée. Avec ma fille. Je vais la chercher.

Tout n’est pas simple. Je vis quelques jours chez mes parents puis je prends un appartement seule avec ma fille. Je n’ai jamais vu un enfant d’un an et demi aussi compréhensif qu’elle. Jamais elle ne s’est sauvée. Elle marchait au pas, se tenait à ma béquille pour traverser. On allait faire les courses à pied ensemble, moi avec mon sac à dos blindé, elle accrochée à ma béquille. J’apprends qu’être handicapée n’est pas simple au quotidien et que tu transpires pas mal pour te démerder seule.

Je suis en accident de travail pendant plus de 2 ans. Deux ans pendant lesquels officiellement, tu ne fais rien, tu attends qu’un médecin conseil te dise que tu peux vivre, reprendre une activité. Mais je ne peux pas attendre. Je me fais moi même mes piqûres dans le bide comme une grande, j’abandonne un traitement dont les effets secondaires me causent nausées et bouffées de chaleur. J’ai envie de vivre normalement. Comme médicaments et alcool ne font pas bon ménage, je préfère ne pas prendre d’anti-douleur et boire une bière de temps en temps.
Je n’ai pas le droit de poser le pied, je peux sentir la pointe de ma broche à fleur de talon. Je retourne à Paris où on m’enlève mes broches. Autre AG.
De retour chez moi, on me diagnostique une algodystrophie : ma cheville se raidit, j’ai des sensations de chaud-froid, des douleurs. Les visites chez le kiné rythment ma semaine. La douleur est mon quotidien, la débrouille mon crédo. Je me déplace aisément. Ma fille est hyper autonome.
Tant pi pour la Sécu, je retourne à la fac, termine ma licence. Qui mettrait sa vie en pause pendant deux ans ?
Mon état devient stable, je remarche, longtemps avec deux béquilles, puis une béquille, puis sans. En boitant, puis normalement. Sauf quand j’ai trop mal.

Mais ma cheville est foutue. J’ai toujours des broches, et je garde une douleur quotidienne, qui s’accentue dès que je fais trop d’activité, que je marche trop. Alors ma cheville se raidit et je ne peux plus marcher, il me faut une cane pour mettre un pied devant l’autre. Souvent c’est le soir, alors personne ne le voit.
Tout le monde a plus ou moins oublié cette période de ma vie. Ce handicap ne se voit pas donc très souvent je l’assume seule. J’ai pourtant une reconnaissance de travailleur handicapé. Que je ne mentionne pas. Mais c’était important pour moi cette reconnaissance.
J’ai aussi mené une action contre mon employeur, qui n’a pas été jugé responsable, qui a menti sur les circonstances de l’accident. Souviens toi le jour où tu es au bord de l’inconscience avec ta fracture qu’il faut prendre des photos et recueillir des témoignages. Sinon t’es baisé.

Toutes ces démarches administratives et juridiques étaient nécessaires, mais elles m’ont beaucoup déçues et déstabilisées. Tu te retrouves face à des gens pour qui tu es un pourcentage d’invalidité, un N° de Sécu, un N° de dossier, tu perds ton humanité et tu chiales ta race sur le banc du Tribunal des Affaires de la Sécurité Sociale parce que t’as posé un jour de congé, fais une heure et demi de transport, fais garder ta gamine pour assister à ton audience et qu’évidemment, ton employeur est représenté par son avocat, et que l’affaire est reportée. Tout cela a duré 7 ans.

Ça peut paraître fou mais cet accident est arrivé à un moment de ma vie (dépression, séparation et exil) où j’avais besoin d’un coup de pouce/coup de pied au cul/ bonne grosse claque de cow-boy (au choix hein). Donc c’est arrivé au bon moment en fait. Je dirais même que l’hospitalisation a été un sas dans ma vie, mon accident une étape.
La page est tournée de l’évènement, restent les blessures, qui font partie de mon corps, que jamais je n’ai cherché à cacher.
Après ça je me suis reconstruite physiquement, moralement, affectivement. Et maintenant, malgré ma douleur, malgré les escaliers montés sur la pointe des pieds, malgré les kilos accumulés, le fait que je ne pourrais plus jamais faire de patins à glace, du roller avec ma fille, apprendre à skier, porter des chaussures à talon, courir après mon fils, sauter à cloche pied, faire de la corde à sauter, ou une randonnée, malgré le fait que je ne sais pas de quoi mon futur est fait et comment je vieillirais dans ce corps déjà abîmé et souffrant, enfin je suis heureuse et j’ai une vie normale.

N.

Mon corps, mes cicatrices, mes bourrelets, ma féminité

Mon corps, mes cicatrices, mes bourrelets, ma féminité
J’ai un mal fou à vivre dans cette enveloppe charnelle. Et c’est pas faute d’avoir essayé, sincèrement. Chaque fois je me fais violence, je me dis « merde, t’es pas si dégueulasse » mais y a rien à faire, que je pèse 45kg ou 65kg, c’est le même tas de graisse que je vois dans le miroir.

J’ai honte de moi, de la tête au pied. Honte d’être une maman grosse, honte de mes cicatrices sur le bras et la cuisse. Honte de continuer mes conneries d’adolescente, de ne pas savoir me débarrasser de mon penchant auto-destructeur. D’exiger de ma fille de ne pas faire de comédie alors que je suis moi même une pauvre petite gamine pleurnicharde.

Je sauve les apparences, je me fais passer pour une autre, du moins j’essaie. j’essuie mes larmes et je prépare le goûter de ma puce, on fait des dessins, on va au parc. Je l’amène à l’école, on prend le goûter toutes les deux sur un banc. J’essaie de ne pas rater son éducation, j’essaie de la rendre heureuse, je voudrais tant qu’elle ne souffre jamais. La moindre larme sur ses petites joues me fend le coeur.

Et quand je suis seule, j’essaie de ne pas sombrer. Et quand je vois que je péris, j’essaie d’être gentille avec moi même. Mais c’est difficile, c’est atroce de se haïr autant. Je me hais au point de me déchirer la peau, au point de me vomir ! Comment est ce que j’ai pu en arriver là ?!

Ce mal-être n’est pas sorti de nulle part, bien entendu. Mes parents ont divorcé quand j’étais petite, maman nous a pris sous son aile, et on s’est installés avec un homme, à l’autre bout du pays. C’est comme ça que j’ai passé mes 15 premiers printemps à voir maman se faire cogner. Entre autre..
Papa appelait, parfois. Quand il avait beaucoup bu, la première chose à laquelle il pensait durant ses soirées d’ivresse, c’était sa progéniture. Et donc il nous appelait. Aujourd’hui j’ai 27 ans et ça n’a pas beaucoup changé, hormis le fait que je ne répond plus à ses appels.
J’ai eu ma première expérience sexuelle à 7 ans. Ma vie amoureuse a été, ce soir là, réduite à néant avant même qu’elle n’ai pu naître. J’ai perdu toute confiance en l’homme, en moi même, plus rien n’avait d’importance, tout est devenu flou.

Depuis les choses ont évolué, dans le bon sens. Après plusieurs années à maudire mon corps et à laisser n’importe qui me toucher, me salir, j’ai rencontré le père de ma fille, qui m’a appris à m’accepter, à me respecter, à refuser un rapport sexuel, à ne plus avoir peur des hommes. Nous avons traversé un avortement tous les deux. Je suis la seule à en avoir souffert, et je lui en ai longtemps voulu. Aujourd’hui je comprends mieux ses réactions, j’apprends à faire le deuil de mon bébé, le temps a déjà bien apaisé ma peine. Je l’ai quitté au bout de 8 ans, car je n’étais plus amoureuse.

Aujourd’hui je suis avec un homme qui me correspond parfaitement, je crois. J’ai toujours peur de m’engager, je ne veux pas lui appartenir, je suis encore très farouche et je ne veux pas qu’il ait trop de pouvoir sur ma vie, mais l’amour est là. Il sait presque tout de moi, mes qualités, mes défauts, mes erreurs, mes faiblesses. Il me force un peu à consulter un psychologue, me répète sans arrêt, tous les jours, que je suis vraiment belle et que j’ai des formes magnifiques. Il s’inquiète pour moi quand il voit que je me suis encore coupée, il essaie de m’aider comme il peut. Je culpabilise et j’ai parfois tendance à me voir comme un boulet dans sa vie, et à me dire qu’il mériterais une femme, une vraie, une normale. Mais il m’a choisie, je l’ai choisi, il me rend heureuse, alors j’essaie de le rendre heureux comme je peux. On passe beaucoup de temps ensemble, on rigole énormément, il me fait vraiment rire, avec lui je sais que je suis belle. A ses yeux, je suis belle, quoi que je fasse. A mes yeux il est merveilleux, il est grand beau et fort. Il est doux et patient. Et surtout, il aime ma fille comme si c’était sa propre fille.

L’année dernière j’ai obtenu mon permis, je n’y croyais pas… quelques mois plus tard j’ai trouvé un appartement de rêve, un travail… je suis de plus en plus confiante. Je me suis sentie vraiment bien ces derniers mois, c’était une victoire d’avoir pu réaliser tout ça, toute seule. Mais pour que mon bonheur soit complet, je dois me faire aider par un psy. Je voudrais me sentir libre, je voudrais apprendre à recevoir les émotions, les laisser venir, et les laisser repartir, en douceur. Ne plus avoir les mains pleines d’hématomes à force de m’énerver contre les murs, ne plus avoir la cuisse recouverte de coupures. Pour l’instant ma fille ne se rend pas compte que sa maman va mal. J’arrive sans aucune difficulté à lui cacher mes blessures, intérieures comme extérieures, et à lui apporter tout l’amour dont elle a besoin, je ne me lasse jamais des câlins et des bisous, tout le temps, chaque fois que ma fille croise mon chemin, à la maison ou ailleurs, je lui répète comme je l’aime. Mais un jour elle finira par avoir peur de moi… Parce qu’il y a dans ma tête un truc qui tourne pas rond et je dois absolument me sortir de là, pour elle, pour moi, pour mes proches.

Ce soir je pleure

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07/08/12
Encore une journée, où sans être vraiment mal, je suis absente, insensible à ce qui m’entoure. J’observe de loin, l’esprit vide. Je fais semblant quand il le faut, le cœur n’y est pas. Je vis dans le fantasme : j’aimerais avoir envie de faire du sport, j’aimerais être mince, avoir envie de bien m’habiller, j’aimerais avoir la joie de vivre. Je me façonne un personnage idéal sans rien faire pour tendre vers lui. Je suis immobile, je laisse défiler les jours.
Je ne fais plus de crises d’angoisse depuis quelques jours, mais elle est toujours là. Elle me rend vulnérable, et creuse un trou qui me donne envie de hurler. J’ai l’impression de me détériorer petit à petit. Je me sens de plus en plus seule avec mon mal être. J’ai enfin compris pourquoi je m’imagine me larder le bras de coups de couteau ou en train de me couper les veines. Ce n’est pas parce que je veux mourir, mais parce que si cela devenait réalité, on serait obligé de voir à quel point je vais mal, on serait obligé de me guérir. J’en suis à espérer faire une dépression; une maladie, ça se soigne.

04/11/12
Je fais une dépression, je suis allée voir une psychiatre. J’ai parlé avec elle de mes idées noires. Le soir même, je prenais une grosse aiguille et j’ai cherché mes veines avec, au niveau de mon poignet. J’ai du piquer plusieurs fois avant d’en trouver une. Lorsque j’ai retiré l’aiguille le sang est monté et s’est déversé sur mon poignet. J’étais fascinée. Le lendemain, dans un moment de vide, j’ai pris une lame de bistouri, j’ai cherché l’artère de mon poignée en sentant mon pouls et j’ai coupé. Quatre fois. Ça n’a pas fait si mal, c’était profond mais je n’avais pas touché l’artère. Quand j’ai réalisé ce que j’avais fait, j’ai appelé mes parents.

05/12/12
Je suis dans une maison de repos psychiatrique. Pour une cure de sommeil de 5 jours, puis pour un temps indéterminé. J’étais folle d’angoisse pendant le trajet. Et à l’arrivée, l’horreur, des gens bizarres partout.

28/12/12
Je me suis faite tatouer Live sur le poignet droit, au départ je voulais le faire sur le gauche mais il y avait trop de cicatrices encore fraiches. Ce tatouage, c’est pour me rappeler que dans les mauvais moments, la vie en vaut quand même la peine et qu’entre en finir et vivre, mieux vaut prendre la seconde option.

30/01/13
Il est 8h et je suis déjà une enveloppe, vide de sentiments et de sensations. Juste une enveloppe avec rien dedans. Tout en moi est mal-être, à vif, comme les coupures que je me fais. Elles cicatrisent, moi non. Je reste avec ma douleur à m’en faire exploser le cœur, qui me pousse à me faire des entailles, toujours un peu plus profondes. La joie de vivre je l’attends, sans plus d’espoir. Je serais seule, sans famille, je pense que je me foutrais en l’air pour en finir pour de bon avec cette blessure à l’air libre que personne ne voit, même quand je ne suis plus enveloppe, même quand je laisse mes larmes couler. Les gens s’inquiètent en voyant mes coupures, mais ce n’est rien ces entailles, par rapport à tout ce sang invisible qui suinte de tous mes pores

06/08/13
Je viens de manger à outrance, je viens de me faire vomir. C’est la deuxième fois aujourd’hui. J’ai l’habitude, j’ai commencé en quatrième, maintenant j’ai 24 ans. C’est venu petit à petit, tracas après tracas. Là, je suis crevée, je me dégoute et je ne comprends pas pourquoi je n’arrive pas à manger normalement.

30/10/13
Ce soir je pleure. j’ai mal au cœur. Mes yeux sont gonflés, je suis fatiguée, vidée. Encore une crise de boulimie, encore ce mal-être cet après midi. Je suis allée au pot de thèse d’une amie. Il y avait des filles en jupe. Des minces, des bien foutues. Et il y avait moi, dans mon vieux pantalon marron, un des seuls qui me va encore. J’ai honte de moi, de ma boulimie, de mon incapacité à respecter mes bonnes résolutions. Il y avait de la nourriture, je lorgnais dessus. Je suis partie avant d’en prendre une miette, puis deux , puis trop. Le cœur lourd. J’ai promené mes deux petits chiens, il faisait noir et froid, j’étais seule et j’ai pleuré encore.
Ce soir je suis une jeune fille de 24 ans, plutôt belle et intelligente, complexée, qui fait une dépression et de la boulimie vomitive et qui n’arrive pas à s’en sortir malgré la psychothérapie et les médicaments. Alors oui, ce soir, je pleure.

Je t’en prie, je t’en supplie, libère moi

toi
Toi,

Oui toi que je croise parfois au détour d’un miroir, toi que je n’ose regarder, sais-tu que mon souffle est coupé à chaque fois que je te distingue ? Sais-tu que ma voix se brise ? C’est tant mieux, je n’aurais pas la force de te parler, de toute façon.

Sais-tu que tu m’impressionnes ? Que tu me fais peur au point que je baisse la tête à chaque miroir, chaque vitrine, chaque glace, voiture… que je croise ?

Je n’ose te toucher, chaque centimètre de ta peau me fait frissonner, entre dégout et horrible fascination. Tes marques, tes cicatrices me rappellent tant les souffrances que tu endures.

Tu me tourmentes, parfois tu m’épouvante jusque dans mon sommeil. Tu rends mes nuits agitées et fiévreuses, je n’arrive pas à te sortir de mes pensées. Tu es partout. À chaque marche que je grimpe je te maudis, à chaque bouchée que j’avale je te hais plus fort encore.

A chaque regard des autres, chaque réflexion, je voudrais te faire disparaitre, t’enterrer loin, très loin. Toutes les paroles deviennent moqueries, tous les regards sont torves, tu fais de moi une folle paranoïaque. Tu me rends agressive et en colère, pourtant eux, n’y sont pour rien.

Pourquoi ? Pourquoi viens-tu, intrusif, t’immiscer sens cesse dans ma vie ? Vas-tu me laisser le temps de déguster ce repas ou va-t-il falloir encore que tu assailles ma tête de tourments violents qui me laissent chaque fois un peu plus épuisée, vaincue ?
Vas-tu encore me briser au point de ne pas avoir la force de me relever des semaines durant ? Vas-tu encore faire de moi ton jouet, poupée pantelante au fond d’un lit, à la merci de la souffrance et de la douleur que tu engendres. Vas-tu encore faire de moi un demi-être, une incapable, une dépendante des autres…. Une faible ?

« Ce n’est pas moi, ce n’est pas de ma faute, me dis-tu, c’est toi. C’est dans ta tête.»

Menteur ! Tu es un sale menteur ! Non… ?

Je voudrais hurler la souffrance, la douleur, l’incompréhension. La rage d’être enfermée, toi qui me diminue, qui m’empêche d’être moi.

Je t’en prie, je t’en supplie, libère moi.

Aujourd’hui j’ai vieilli

bijou

Aujourd’hui, j’ai vieilli. Je suis ferme, je suis sure . Dure.
Mes mains ont appris à dominer la matière, à jouer avec elle, un combat sensuel.
Mon métier fais de moi une femme solide , à 26 ans.
Oui; aujourd’hui, j’ai vieilli.
12 années déjà qu’il à fallu traverser.
Peccadilles pour quiconque est épargné.
Ce n’est pas mon cas, ca ne l’as jamais été, ou si loin que je ne m’en souviens pas.
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Il a fallu te connaitre toi,
Me laisser manipuler des semaines durant pour avoir l’honneur de prendre ton sexe entre mes reins .
La gueule sur la table de la cuisine, ton infect poids me brisant le dos, et ta voix répétant « non je ne peux pas… »
Bien sur que tu as pu, pas de ça entre nous va, nous n’en sommes plus aux jeux de dupes.
Tu es arrivé derrière ta Princesse comme une Ombre, sans un bruit…
Couilles molles .. Mon violeur est un couard, j’aurai préféré me faire défoncer pour ne pas avoir à te trouver des excuses.
Je ne sais même plus si tu as jouis.
Oui; aujourd’hui, je déteste la faiblesse . Merci, c’est grâce à toi.
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Une victime trouve toujours très vite de nouveaux bourreaux .
Un petit ami qui peut te baiser comme un sac à viande, devant son frère, ses amis… moyennant bien sur un petit peu de « cames » diverses et variées.
Faut pas déconner.
Je n’ai pas 15 ans, je sais maintenant comment me maintenir dans l’oubli.
Au pire, si cela ne fonctionne pas, tu pourras toujours essayer de me battre.
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Déjà deux ans..
J’ai besoin d’aide, il faut que j’en parle. La lame ne suffit plus, le sang versé n’estompe rien.
Un professeur, Vite.
Oui; toi tu as l’air de t’intéressé à moi, tu va m’aider c’est sur .
Je ne peux que me jeter vers cette main tendue.
Ma dernière chance, mon oxygène.
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Ah bon, c’est comme cela? Pourquoi l’alcool? les médicaments? l’ecsta?
Tu veux me caresser ? Certes…Ta langue au fond ou ca fais mal? les pinces sur les seins.. D’accord…
Vraiment, tu es sur? Le scalpel sur ma peau? Ne pense tu pas que j’en ai eu assez ?
… »Non »…
D’accord, continue .
Merci, tu as pris de moi ce qu’il restait pour y mettre le feu.
Merci, Grace à toi, La Folie est mienne.
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Oui aujourd’hui j’ai vieilli,
Déjà douze longues années..
J’ai soignée les chairs, j’ai maintenant environ deux cents cicatrices… Oui, celle que tu vois au travail, dans la rue, dans nos amitiés… Celles qui te font juger .. facilement en plus. Si tu savais au contraire l’effort qu’il m’as fallu pour les faire…
Tu aurais la décence de respecter au moins cela. C’était de ma main, mais c’était de ta faute à toi.
J’ai vieilli oui… et je sais que derrière les yeux noirs tu ne vois pas ce qui est écrit ici.
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Nella.