Du vernis ? Tu te fous de ma gueule ?

Non mais tu as une jolie ligne mais tu devrais te muscler. Ah t’as vu cette nana ? Elle est grosse hein ? T’as perdu du poids mon amour ? C’est bien je suis fier de toi. Encore ? Bravo, tu verras ça t’ira mieux. Et, tais toi, non chut pourquoi tu pleures ? Ca t’a pas plu ? Pourquoi pourtant je baise bien. Non ? Allez c’est bon casse toi. C’est quoi cette jupe ? Tu veux attirer les mecs ? C’est quoi ces talons, allez dégage moi ça. Du vernis ? Tu te fous de ma gueule ? T’as changé toi vraiment t’es plus celle que tu étais. Ah tu te maquilles ? Pour qui ? Pour quoi ? Pour plaire ? Je te suffis plus ? T’as changé. Ce décolleté là, tu me remontes ça, tous les mecs vont regarder tes seins c’est pas possible. Oh ma chérie que tu es belle, je t’aime tu es parfaite. Non cette jupe tu l’enlèves, pantalon stp, et une taille au dessus au moins ça ne te moule pas. Oh mon amour je t’aime, dis, si on avait un enfant ? Tu peux refermer le bouton du haut stp ? Oh mon amour, si on avait un autre enfant ? Cache ce corps, aies honte de toi. Pourquoi tu ne mets pas cette jupe juste pour nous le soir ? Tu sais moi ça m’excite. Pourquoi tu portes ça pour sortir ? Tu veux allumer ? Allez mon amour, j’ai envie ce soir. Pas toi ? Je m’en fous. Et souris, t’as tout pour être heureuse. Quoi ? Tu me quittes ? Mais moi je t’aime ! Salope.

Corps de rêve, corps rêvé, apprivoisé, subit.

J’ai un beau visage. Je m’en fou de l’avis des autres. J’ai un beau visage. Je l’aime. C’est tout. Mon ventre est une bouée de sauvetage. Je sais nager, je n’ai plus besoin de bouée. Je ne l’aime pas cette bouée.

Je ne suis pas faite pour la minceur. Je suis jolie à 75/80kilos. Mais impossible d’en trouver le chemin. Les psychologue de comptoir balance que c’est une carapace, que je veux me protéger. Les autres, que c’est un détraquement hormonal.

J’ai connu l’anorexie, la boulimie prandiale. 2 enfer. Le premier m’a rendu trop jolie. Oui, on peut-être trop jolie quand on cette fragilité. Façonné, éduqué par un pédophile, j’ai des portes ouvertes sur l’agression sexuel. 3 faucheur de corps, de cœur. Une plainte, classé sans suite, contre le dernier. Il a re-violé parait-il. Etonnant ? Les deux autres faucheurs, un père, mort. Même pas mon père biologique. Je l’ai su tard. C’est quand même fou ce que je lui ressemble. L’autre, il vit sa vie. Il fréquente toujours des enfants. Je ne peux oublier leurs odeurs, leur gout… le plaisir forcé, mécanique. Bordel, le jour où j’ai lu cette canadienne victime d’un père abuseur parler de ça. J’ai dit « oh, je ne suis pas seule, pas folle, pas perverse ». Alors, il parait que j’ai une carapace de graisse à cause de ça.

Merde à la psychologie. J’en parle là. Mais 10 ans de psy, un bon psy. Je n’ai pas peur de jouir, de vivre, de rire, de pleurer, d’aimer, d’avoir du plaisir, de la peine, de la colère, de la joie.

Je suis grosse, et je ne bouffe pas. Je mange assez peu.

Je le connais mon corps rêvé. Un peu moins gras. Un peu moins.

Ca y est, toute façon, je mets du 46. Je peux m’habiller ailleurs que dans les grande taille. Ça ne vous scandalise pas les « grandes tailles ». On n’a pas le droit à la même mode. Non c’est « ample », toujours un peu « fou ». Oui. Bon ça va 5 min. Je n’ai pas envie d’avoir soit du fou-fou flashy au couleur que je n’aime pas ou du sérieux terne. J’ai envie d’être femme. Il parait que ça existe. Mais je n’ai pas le budget. Fait chier.

Je m’en fou, j’y arriverais au 42.

J’ai 2 enfants. A la naissance du 2°, j’ai voulu être « femme », « féminine ». Un tour chez le coiffeur, un cours de maquillage… des jupes.

Mon corps, il n’est pas facile. Il est usé. Ma peau est fragile, sensible au stress. Psoriasis, tu serras le feux entre mes cuisses. On ne le sait pas, mais le psoriasis « en milieu humide » ça brule. Oui, humide. En été, mes grosse cuisse se frottent aussi l’une à l’autre. La chaleur, la sueur, la brulure. Je mets des cycliste pour éviter ça. Le moindre stress, c’est le cuisse, les coudes, la tête. Ça gratte, ça pique.

Je n’aime pas les photos de femme enceinte. Elles ne sont pas des bouée échouée sur une plage ces femmes. Elles sont belles. On la voit leur grossesse. Moi, je le sens cet utérus qui grandit, qui prend de la place, sous ma graisse. Il est volumineux. J’entame mon 4°mois. Personne ne le voit avant le 7 ou 8 mois que j’ai « un hôte ». Moi aussi je voudrais pouvoir montrer au monde ma rondeur, ma douceur maternelle qui accueille cette hôte pas programmé, mais désiré par la réunions de nos inconscients. (Oui, je m’autorise un brin de comptoir psy).

J’aimerais faire ces jolies photo « mois à près mois ». Ça me fait rêvasser. C’est beau de voir la vie grandir. Mais non. Y a une bouée de sauvetage qui me coule à la place. La graisse va se déplacer sur les côtés. C’est tout.

Ironie du sort. Enceinte, je perds du poids. Ce qui confirme la thèse « hormonal » pour ma doc. Mais voyons, comme j’allaite « encore », je n’ai pas vraiment le droit à une attention médical, et au final… J’ai tellement à gérer. Un fils avec un léger handicap pas du tout reconnu par les médecins, un autre qui est à une légère perde d’audition à cause d’un traitement, des problèmes de tune (comme tout le monde), bosser, m’occuper de la vie courante… Je me calle « quand » pour un bilan de santé ? Entre 7h00 et 7h01 ? Je préfère dormir. Désolé, j’en ai besoin.

Le plus drôle, c’est que ce petit topos rapide de mon quotidien doit faire croire que je le déteste. Mais non. J’aime m’occuper de mes zouaves. J’aime accompagner le premier qui a 4 ans et demi ne sait toujours pas dessiner un bonhomme, a du mal à causer. J’aime sa présence, sa clarté, son univers, ses passions. Mon second, il compense admirablement à légère perte. Il me montre ce que c’est un enfant qui se développe a un rythme classique. Un enfant qui dit ses premiers mots, qui a une pèche, qui est drôle, surprenant et qui me montre qu’il est prêt à plein d’expérience nouvelle, qui marche enfin dans la rue… J’adore faire de la photo, mon métier que je lance bénévolement depuis trop longtemps. J’aime faire des sites web pour les autres. J’aime mes projets d’atelier qui commence. Bordel. Ma vie est BELLE.

Un jour, je ferais du 42. Je vous monterais mon cul parfait pour les mains de mon mec, l’absence de bouée de sauvetage, et même si je sais qu’un jour, je finirais en fauteuil roulant parce que mon dos a un gros problème… vous verrez que ça, ce n’est pas un soucis.

Alors voilà. 1 bouée, un beau visage, des cuisses qui brule parfois. Et une vie que je grave dans ma peau, un bébé qui pousse, 2 enfants qui grandissent, des projets, des envies. Il faut juste que je ne sois jamais nue devant une glace. Parce que là, je deteste ce que je vois.

 

PS : Étonnant… j’ai passé « sous silence » la violence physique que j’ai subit… les 15 ans de coups quasi quotidien…
Pas que je sois encore prise dedans… comme si ce n’est qu’un détails concordant avec le père violent

Frappée et humiliée : c’est fini

Une histoire:

Une femme rencontre un homme, ils font connaissance, elle vient de se séparer depuis peu, lui depuis 2ans, les mois passent, ils aiment passer du temps ensemble.

4 mois plus tard, elle tombe enceinte, fait une fausse-couche au bout de 2mois.(sous contraceptif).

La relation commence à ne pas être simple, jalousie, mal qu’elle n’avait jamais éprouvé, elle le vit et commence à se sentir dans l’insécurité de leur couple.

1 an après elle re-tombe enceinte, refait une fausse-couche 2 mois après…(sous contraceptif).

Quelques jours après la dernière fausse-couche, elle retombe enceinte(sous contraceptif), mais là le bébé tient, elle hésite mais finalement garde l’enfant, elle est toujours avec lui, pas mal de disputes et espère qu’avec ce bébé qui grandit, les querelles cesseront.

La grossesse avance, la relation de couple est difficile avec lui. Ils se disputent beaucoup, des cris, des pleurs, des séparations, ils se remettent ensemble. Elle doit rester allonger car son col est ouvert, elle tient malgré la peur, l’angoisse, les humiliations qu’il lui renvoie de son image, de qui elle est.

Le bébé nait, une petite fille magnifique. Elle espère encore le changement.

1 an après cette merveilleuse naissance, la 1ere gifle.
15 mois après la naissance les 1ers coups sur le visage, le corps…

Elle dépose une « main courante »

Ils se séparent.

Mais elle se sent si mal seule qu’elle se dit qu’il doit avoir raison, c’est forcement de sa faute à elle, elle n’est jamais d’accord avec lui sur la façon de faire avec leur petite fille, elle fait tout mal.
Ils se remettent ensemble quelques jours après. « Il accepte » il est si bon lui dit-il, « c’est une faveur… »

Elle continue dans cette relation pourrie, où chaque dispute finit en violence, ça en devient une habitude. Elle se maquille pour pour cacher les bleus, elle évite qu’on la prenne par le bras, le cou, la tête. Ses jambes lui font mal, son ventre aussi.

1 an après elle est enceinte malgré sa contraception (encore) elle est enceinte à nouveau, elle songe à l’avortement fortement, même si elle sait que lui est contre (elle connait son avis il lui a déjà donné dans le passé), elle finit en fausse-couche. La raison est contente, le cœur non.

D’autres fausses-couches suivront (maudit contraceptif tu le fais exprès avoue merde).

Elle va voir son gynécologue pour se refaire prescrire sa pilule,elle est de nouveau enceinte (encore) , elle calcule les dates avec le gynécologue, elle a vomi sa pilule parce qu’elle a été malade en décembre.

4 mois déjà, mais elle n’a rien senti dans son corps, elle réfléchit aux coups reçus depuis le début de cette grossesse, elle a peur que l’enfant ait des gros problèmes vu qu’il tapait à coups de pied dans le ventre…

Grosse dispute avec lui quand elle lui annonce la grossesse, ils se séparent, elle vit mal la grossesse, il continue de la rabaisser, même séparés, il parle à leur 1er enfant  » ta mère t’aime pas, elle s’occupe mal de toi ».

L’enfant répète à la maman sans comprendre le sens des mots.

Il revient dans sa vie, elle se sent perdue sans lui, encore une faveur qu’il lui fait lui dit-il.

Promis cette fois elle fera comme lui veut. Il a raison, personne s’intéresse a elle, ses soit disant amis, en fait ils s’en foutent d’elle, il n’y a que lui qui sache qui ELLE est vraiment, ce qu’il doit supporter, il a raison. Elle grossit, elle n’arrive pas à contrôler, elle  » se venge » sur la seul chose qu’elle arrive a gérer » la nourriture ».

Le bébé vient au monde, une 2eme petite puce, une merveille, un trésor.

3 semaines après la naissance, il veut la frapper, elle n’a encore pas écouté, elle veut vraiment n’en faire qu’à sa tête, pfff elle fait exprès ma parole.

Il se casse la main en la frappant( ouf durant quelques jours il ne la frappera plus).
Que nenni… Il a toujours l’autre main, les pieds, hé hé hé…
Le dernier bébé a 10 mois, l’ainée 3 ans, elle n’a pas encore écouté, elle mérite vraiment la raclée.

Elle tombe avec le bébé dans les bras, il la roue de coups, l’ainée, tombe avec elles, elle lui tenait la jambe, il part, les laissant au sol toutes les 3, la mère toujours évanouie, les enfants hurlant.

Elle se réveille, la tête dans le jus, elle entend au lointain des cris, mais ils sont sourd ces cris, elle reprend conscience, elle entend: SES FILLES HURLENT.

Elle se lève, prend ses filles, va à l’hôpital.

Elle dépose aussi une main courante. Elle refuse de déposer plainte. Elle a peur, elle sait qu’une fois qu’il le saura elle va morfler encore.

Elle y arrive, elle le quitte pour de bon cette fois, elle remonte la pente doucement, mais elle continue de prendre du poids. Même séparée de lui il continue à l’insulter, l’humilier, la menacer main levée… Mais elle est forte, elle tient tête. Elle reprend vie, des ami(e)s l’aide beaucoup a rire de nouveau,elle se dit que finalement elle doit pas être si nulle que ça même si lui dit l’inverse.

Elle prend un avocat( sans jamais parler des coups) elle fait faire un jugement de garde pour leur 2 enfants, ils résideront chez elle, mais les enfants verront leur papa. Elle sort, fait des rencontres masculines, ne leur parlant pas de « ca ».

18 mois qu’ils sont sépares, un soir de décembre, il fait nuit, il lui ramène les enfants, il est énervé, elle le sent, il la frappe, elle a encore un enfant dans les bras, les escaliers sont derrière elle, elle ne peut pas lâcher l’enfant, il continue, elle protège l’enfant, elle repousse le père, mais rien ne l’arrête….

CETTE FOIS ELLE A DÉPOSÉ PLAINTE.


ELLE
c’est moi.

Mon corps c’est moi

Je sais que ça à l’air con dit comme ça, mais il a fallu tellement d’années pour que le déclic se fasse dans ma tête. Mon corps, n’est pas le véhicule de mon esprit, il n’est pas mon ennemi, ni mon allier. Il n’a pas d’identité propre : c’est juste moi.

Je suis une victime de viols, avec un « s », sur dix ans, sept personnes sans liens entre elles autre que moi. Je suis aussi une victime de maltraitance, ceci explique cela. Dissociée de mon corps je n’ai pas compris que mes non devaient être entendus.

Ne me touchez pas, ne m’approchez pas, ne me parlez pas. Vos regards me brûlent la peau.

Mon corps en à chier, en plus de ce que les autres ont fait. Anorexie boulimie, scarifications, acné excoriée, alcool et drogues. Un jour j’ai péter les plombs, c’était trop, trop de douleur, trop de pression : hôpital psychiatrique. Les chaînes aux fenêtres, pas de rideau de douche (histoire de ne pas pouvoir se pendre avec), pas de siège de toilette (pour ne pas agresser le personnel). Médicaments, beaucoup de médicaments. Puis le déclic, mon corps c’est moi. J’ai pris du papier et j’ai écrit des lettres. J’ai rendu ce qu’on m’avait mis sur les épaules, il s’est passé ça – ça m’a fait ça – (et pour certains) si tu veux qu’on continue à se voir j’attends ça de toi. Réactions lâches en retour, quelques-unes étonnantes et bouleversantes. Je suis revenue à la vie civile.

Quelques années ont passé, sereines. Nous avons fait un enfant. Notre bébé est né chez lui, dans la douceur et le respect de nos corps. Je ne suis pas une petite chose fragile, je me suis rendue à moi-même.

J’aime mon corps, j’aime ces cicatrices, ces vergetures. J’aime mes seins qui me permettent de nourrir mon enfant. J’aime les rides qui commencent à apparaitre aux coins de mes yeux, marques des rires quotidiens avec les miens. Je suis fière de ma puissance.

Mon corps c’est mon histoire.

Mon corps c’est ma victoire.

 

Réconciliation

Je n’ai jamais fait l’amour avant de faire l’amour avec mon mari. Pourtant j’avais eu d’autres amoureux et j’avais largement dépassé « l’âge moyen » de la « première fois ». Je fuyais.

Je ne voulais pas montrer mon sexe. Chaque visite chez le gynécologue était une torture psychologique et physique. Je ne portais pas de pantalon trop serré ni de jupe au-dessus du genou, j’avais trop peur de laisser voir ou deviner quelque chose de mon sexe. J’étais malade à l’idée d’aller en cours de sport ou de natation, je me faisais dispenser pour des raisons fictives. Avoir mes règles était la pire des choses et il était hors de question que je mette un tampon. Je ne supportais pas non plus de voir mon sexe, de l’apercevoir. D’ailleurs, je n’y ai jamais touché avant que mon mari ne m’apprenne à le faire.

Pourtant, ça n’a jamais été un tabou dans ma famille. Mais mon sexe était devenu mon pire ennemi, il était sale, il me salissait. Mon corps s’était totalement fermé un jour, brutalement, dans la violence.

Quand j’ai fait l’amour avec mon mari pour la première fois, j’ai compris que je l’aimais comme aucun autre homme. Qu’il me respectait comme aucun autre homme. Qu’il était digne de mon amour, de ma confiance. J’ai découvert le plaisir de l’amour charnel. J’ai compris qu’il était l’homme de ma vie. Et que j’avais gagné.

J’ai gagné contre celui qui m’a violée.

Il faut que je déteste mon corps

Je suis obligée, c’est comme ça, tout le monde me le dit !

Le corps médical, les media, mon entourage, des inconnus…

Mais pourtant, je n’y arrive pas. Enfin, si, quand je suis déprimée, quand je me rends compte qu’il m’embarrasse, qu’il m’empêche de faire quelque chose de simple…

Aujourd’hui, pour la première fois, je me suis prise en photo nue et j’ai aimé le résultat. Et merde, comment je vais faire ? Une raison de plus qui me fait aimer mon corps, alors que je ne devrais pas.

J’ai toujours été grosse (oui, pas « ronde » ou « forte » ou « costaud » ou je ne sais quoi) et on me l’a toujours reproché et je me suis toujours sentie coupable. Et je me sens toujours coupable.

C’est pas faute d’avoir essayé de le changer à coup de régimes, de centre spécialisé, d’opération… Pendant 20 ans.

 

Le pire, c’est que j’essaye toujours. Visiblement, je n’ai pas trouvé la bonne méthode.

Ce qui me gène, c’est ce sentiment de culpabilité qui me ne me lâche jamais. C’est fatiguant de vivre avec.

J’ai vu un nouveau médecin récemment et j’ai dû me concentrer quand je lui ai fait l’historique de mes tentatives pour bien mettre en avant le fait que je reconnais être la seule responsable de mes échecs.

 

Parce que, bien sur, c’est de ma faute, personne ne me force à bouffer.

Je ne vais plus chez le médecin quand j’ai mal au dos, au poignet ou n’importe où, d’ailleurs.

De toutes façons, c’est à cause de mon poids.

 

De toutes façons, c’est ma faute.

 

Un médecin m’avait dit qu’à la fac de médecine, on leur enseignait de ne pas nous soulager pour nous convaincre de perdre du poids.

Donc j’ai mal. Tout le temps. Tous les jours. En permanence. Partout.

Mais je n’ai pas le droit de me plaindre parce que c’est ma putain de faute.

Je n’ai même pas l’excuse de dire que c’est une maladie qui me fait grossir.

Non, non, c’est juste de ma faute à moi. Je suis la seule responsable.

 

La seule coupable.

 

Les gens se permettent de me juger, ils me rejettent juste parce que mon apparence physique les débectent, juste parce que je suis trop différente d’eux.

Pourtant, quand il s’agit de me tripoter dans le bus ou dans le tram, de me dire des saloperies, d’essayer de me violer, y’a pas de souci.

Je déteste cet aspect de mon corps, ces grosses fesses et ces gros nénés qui attirent le regard de certains hommes. Ils me débectent mais surtout ils me font peur.

On voit le corps d’une femme là où on devrait plutôt voir celui d’un bébé, quelqu’un sans défense qui a besoin qu’on s’occupe de lui.

 

C’est vrai, je l’admets, je suis un bébé. J’ai besoin qu’on me protège, qu’on s’occupe de moi, qu’on m’entoure de bras chaleureux. Qu’on me dise que tout va bien se passer, qu’on est là pour moi, qu’on veille sur moi, qu’on me rassure.

J’aimerais en dire beaucoup plus mais je n’en ai pas l’habitude alors les idées, les mots, restent coincés dans mon cerveau.

Mon corps, je l’aime, il est doux, il est moelleux, tout le monde aime dormir dessus ! Mon mari, mes chats, mes enfants, un jour…

 

Mais je n’ai pas le droit, je dois détester mon corps.

Mon sexe

Dans la galerie des curiosités, il n’y a pas encore eu le sexe difforme, et je me permets donc d’ouvrir la catégorie autour d’une partie du corps qui m’a tant fait souffrir, et puis maintenant, c’est moi, ma vie intime, connue de mon homme seulement, de mes gynécos officiellement aussi.

Donc j’ai eu un sexe « normal », enfin ce qu’on imagine par un sexe féminin, tout un temps.

Quand j’étais petite fille, un soir, on a abusé de moi sexuellement en justifiant cette violence par la phrase: Faut que tu t’habitues, plus tard, les hommes te feront ça.

Puis je suis allée me coucher, j’ai refoulé ce que je venais de vivre et je l’ai oublié.

Puis j’ai eu mes règles, à 11 ou 12 ans, et c’était la honte, parce que dans ma famille, on ne parlait pas de ça, et que nulle part j’avais quelqu’un pour en parler, il n’y avait pour m’aider que les pubs de tampons à la télé. Puis j’ai eu 13 ans. Et je me suis réveillée un matin, et mon sexe avait changé.

Les lèvres inférieures de la vulve était devenues du jour au lendemain énormes, elles dépassaient les lèvres extérieures de plusieurs centimètres. J’aurais du mal à dire ce que ça a bouleversé en moi. Je ne savais rien sur le sexe féminin. Personne n’en parlait avec moi. J’étais enfermée dans mon ignorance, comme un bébé complètement à la merci de ce qui lui arrive. J’étais paniquée et je crois que ça m’a détruit.

J’achetais à l’époque des magasines féminins parce que j’aimais les pubs de luxe et je me souviens que, sur une double page, il y avait une pub pour le couturier Louis Féraud, avec une femme qui portait une veste de cuir. Et le slogan, imprimé en grand, c’était: VOUS ÊTES UNE FEMME!

Moi, qui ne savais pas ce qui m’arrivait, je ne me sentais plus visée par ce slogan. J’étais, à 13 ans, persuadée d’être hermaphrodite. PERSUADÉE. C’était ma vérité! Je me souviens avoir lu des reportages sur les hermaphrodites, et je me disais: je suis ça.

À 15 ans, aussi du jour au lendemain, je me suis souvenue d’avoir été abusée. Je me suis rappelée de tous les détails. Et j’ai commencé à éprouver une énorme haine et rancune vis-à-vis de la personne qui m’avait tant abimée.

À 17 ans, j’ai craqué. Je n’en pouvais plus de ne pas pouvoir avoir de vie sexuelle comme mes copines parce que j’avais ce bout de peau en plus. Je voulais savoir, enfin savoir. J’ai pris mon courage à deux mains, et j’ai dit à ma mère que je devais aller voir un gynécologue. C’était la première fois que j’allais me retrouver sur la chaise à étriers, et je savais que j’allais exposer quelque chose d’horrible.

Le gynécologue – un type dont j’espère parvenir un jour à effacer le souvenir – m’a dit, et cela a eu l’effet d’une bombe, 1) que c’était une malformation fréquente et rien de grave, 2) que dans mon cas, c’était quand même impressionnant, 3) qu’avec une petite chirurgie plastique, quand je serai adulte, on allait réparer ça, 4) il m’a demandé si je me masturbais.

Savoir que j’étais une femme, une vraie femme, a provoqué en moi, à 17 ans, le besoin impérieux de rattraper ce que je pensais avoir raté, la baise. Je me suis mise à baiser avec n’importe qui, hommes et femme. Je me proposais sur le net, que j’étais en train de découvrir, et des hommes, venus parfois de loin, me baisaient, dans des chambres d’hôtels, des escaliers d’université, sur des bancs, dans des voitures, dans les toilettes du cinéma. Plus âgés que moi, mariés, je m’en foutais. Je suis allée loin.

Et un jour, je ne savais plus quoi faire. Alors je suis partie pour ne pas devoir solutionner tous les problèmes que je m’étais attirée. J’ai quitté le pays, je suis partie très loin, et je me suis investie à fond dans mes études. C’était mes années de sacerdoce. Je me levais à 5 h, j’étudiais, j’allais à la fac, je rentrais, j’étudiais jusqu’à 22 h, tous les jours, weekend compris. Pas de copains, pas de sorties, pas de débauche. J’ai arrêté de prendre la pilule, puisqu’elle n’était plus nécessaire. Mes règles ne sont pas revenues. Après 1 an et demi sans règles, j’ai pris des hormones pour quand même relancer la machine.

À la fin de mes études, un soir, j’ai croisé le regard d’un jeune garçon. J’ai su que je voulais l’avoir. Je l’ai dragué. On est devenu un couple après une demi-année. On s’est fiancé, on s’est marié. On a eu un enfant qu’on a perdu. On a eu un enfant qui est notre bonheur.

 

Je blâme ceux qui ont abusé de moi, famille et médecins. Je blâme ceux qui ne m’ont pas éduquée et qui m’ont laissée souffrir dans mon ignorance. Aujourd’hui, je commence lentement à être par-delà la haine et la colère.