Le drame est logé dans le corps

scarifications

Tombée ici par hasard (si taper des mots connotant l’automutilation dans une barre de recherche c’est du hasard), j’ai envie de raconter en bloc ce que je n’ai jamais raconté que partiellement.

Mon corps a beaucoup d’histoires, on va la faire chronologique.

La première c’est ma naissance, prématurissime.
6 mois à l’hosto dont pas mal en couveuse, une machine dans mon dos un jour surchauffe, j’en garde une marque de brûlure assez discrète bien que conséquente, qui ne me dérange pas.
Les tuyaux dans mes narines les ont agrandies asymétriquement.
Une opération pour éviter que je ne devienne aveugle m’a laissé un strabisme qui m’a longtemps beaucoup complexé, mais aujourd’hui j’arrive à regarder les gens dans les yeux plusieurs secondes, et quand je leur parle j’imagine moins le visage que je leur renvoie, même si ça n’a pas tout à fait disparu.

Ensuite une pause de bien des années, je n’aime pas particulièrement mon corps ni mon visage, mais la haine n’est pas encore là.
Elle vient au lycée, pour des raisons que je juge inutile de détailler ici.
Je commence par les scarifications, je ne me suis jamais fait de blessures graves, il faut attendre un, deux ans et les cicatrices disparaissent, mais mon corps n’en a pas été vierge depuis plusieurs années. Même si aujourd’hui ça n’est plus un problème, ma cuisse en bave un peu de temps à autre. C’est rare, c’est rien du tout. Tenté-je de me convaincre.
Il y a une raison notamment qui me pousse à me tailler. Une raison que je n’ai jamais lu nulle part alors je la livre ici avec toute ma honte.
ça me fait une raison pour fuir les propositions sexuelles avec lesquelles je ne suis pas à l’aise. Simplement parce que je suis pas une fille qui couche facilement. J’aimerais bien l’être, je suis jeune, bientôt le temps sera finit où je peux potentiellement m’envoyer qui je veux, enfin s’il n’y avait pas ce corps, ces marques, ce malaise avec tout ce qui a trait au sentimental (le cul pour le cul je n’ai connu quasiment que ça et en même temps j’a toujours fait du mal ou eut mal ensuite. Alors pas de sentiment? J’y crois moyen.).

Les autres raisons qui poussent à ça, elles sont bien connues, je crois, mais enfin cette impression de bouillonner intérieurement que ce soit d’angoisse ou de haine ou de désespoir, vouloir couper court à ça.
La haine bien sûr, ne pas se supporter, littéralement, alors faut s’amocher, s’abîmer.
Je me suis toujours sentie naze, en période d’automutilation, de pas oser couper assez profond.

Puis ensuite les galères alimentaires, bien finies elles. Des troubles qui n’en ont pas été, je n’ai pas été vraiment malade, mes symptômes étaient assez “légers”. Mais en période de grosse déprime j’ai adopté des comportements anorexiques et surtout de boulimie vomitive qui, même si ce mal est resté assez superficiel d’un strict pont de vue médical, m’ont pris un an de ma vie. L’obsession surtout qui laissait aucune place pour quoi que ce soit d’autre. Encore la honte de même pas être vraiment malade. De me dire que j’avais le choix et que je faisais le mauvais. Se faire vomir jusque dans les restos, chez les amis des parents, avec la famille dans la pièce d’à côté. Inquiéter l’entourage, les faire culpabiliser. Je n’arrive pas à croire que j’ai pu tomber si bas.

Puis le nodule énorme qu’on m’a enlevé, la cicatrice dans le cou que j’aime parce que pour celle-ci je ne suis pas coupable.

Et puis l’acné. Fléau. Apparu récemment. Stress du changement de vie, pollution de la grande ville. J’ai honte de mon visage. Je n’ose pas draguer qui que ce soit. Pas avec un visage aussi dégueulasse, mon dieu. Les hommes qui ont bien voulu le toucher dans cet état, quand j’y repense je chiale souvent. ça passera, bien sûr, il faut faire un traitement. Retourner voir des médecins. J’en peux plus des médecins, qu’ils soient psy ou autres. Parce qu’aujourd’hui je vais plutôt bien. Vraiment. Alors me faire chier chez des médecins. J’en ai bouffé pendant des années des médecins. Non.

J’aime pas mon corps mais ça n’a jamais vraiment été lui le problème, il n’est que triste témoin et victime de mes caprices et du Distilbène (je vous laisse chercher des infos sur ce médoc de merde si ça vous intéresse, je suis petite-fille de’ d’où la naissance catastrophique), le problème c’est moi, qui suit née n’importe comment en plongeant ma mère en dépression (je sais j’y suis pour rien, on choisit pas de naître, on choisit pas que sa mère soit bipolaire), qui ai traité les gens que j’ai aimé n’importe comment par cynisme désespéré.

Quiconque connaît un peu de mon histoire me reconnaîtra probablement dans ces mots. ça me flippe mais tant pis.

Mon corps, mon corps qui est moi sans l’être comme tout corps, cette tâche de nicotine qui grandit, mon corps que je ne sais pas rencontrer ailleurs que dans la destruction même après toutes ces années. Pardon mon corps, pardon ma peau. Un jour je te déploierai ailleurs que dans la violence et on dansera dans la lumière. On dansera avant de s’éteindre. On étreindra des hommes à nouveau, dans la joie, dans l’amour. Mon corps, mon cher corps. Fidèle gardien de mes secrets, de mes erreurs, de mes peines. Fidèle point de rencontre de regards intenses, de gestes tendres. Des paroles qui en tombent, murmurées dans les soirs chauds, dans les matins brumeux, dans les maisons, les cafés, les salles de cours. Des cris, des gémissements qui s’en échappent, des chants qui le libèrent. Et des mots merveilleux qui tombent sur lui, sur moi, doux. Des halètements qui désaltèrent. Des mélodies qui m’envahissent, des paroles, des gens, des chairs, des airs qui m’ont sauvé. Merci les autres. Merci la musique. Merci mon corps. Mon corps, mon corps, mon corps et mon allié. L’amour est logé dans le corps.

A la vie dans nos veines.

4 réflexions au sujet de « Le drame est logé dans le corps »

  1. Quel témoignage puissant en émotions! Tu touches du doigt les origines de ton mal-être. Un jour peut etre tu auras envie de creuser (ouch! creuser… pas ta peau hein :)). Ca fera mal, mais ca libère l’esprit pour longtemps!
    Un seul élément me contrarie dans ton texte, et je crois meme que ca revient plusieurs fois: tu dis que ce n’est pas grave, si tu n’aimes pas ton corps! que ce n’est qu’un détail… Je crois, j’ai appris, qu’au contraire, le secret du bonheur commence par s’aimer soi meme…. J’ai pas dit que c’était simple hein? :)
    Bises, prends soin de toi!
    Et continue à écrire, il y a beaucoup de poésie dans ton texte. C’est beau!

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  2. on se fait mal pour se soigner, c est pour cela qu’on va pas jusqu’au bout, on se fait mal pour sortir le mal, on se fait mal pour réagir,
    car il y a en soi une force, mais on ne sait pas comment s’en sortir,
    avec tous ces évênements passés, dis toi que tu es une héroine ! car franchement, nos vies banales ne sont rien à côté de ce que tu as traverser, franchement chapeau et la fin de ton texte avec les merci, cela me donne une leçon à moi meme
    ecoutes, il y a le passé qui nous marque mais qui nous forge, et il y a le présent qui fera ton passé de demain, ne gache pas ce présent, il est important pour demain,
    fait de ce present là , de bons souvenirs

    bisous

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  3. La possession du corps et le miroir de l’âme sur son être entier tend à se dissuader de s’aimer très souvent. Comprendre son mal, son bien, son pourquoi mais surtout son comment et sortir de ces formes qui nous meurtrissent intérieurement.
    La femme de plus de quarante ans renaît souvent, mais dans quelle dimension corporelle et dans quelle dynamique? Une étude intéressante, peut être à programmer pour mieux être ?
    Amicalement, Mel

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  4. Je suis tombée sur ce texte complètement par hasard en suivant un lien sur un article, j’ai lu jusqu’au bout intriguée quand même car je ne m’attendais pas à cela en cliquant sur le lien….
    Et j’ai envie d’écrire quelque chose….
    On se découpe la peau parce qu’on a besoin que la douleur morale devienne physique pour ressentir le « mal » que cela fait de façon tangible, se l’infliger moi-même plutôt que le subir, le décider, le faire cesser à notre guise, le contrôler en somme car les souffrances internes qui nous rongent nous dépassent, mais surtout pour l’évacuer ce mal car lorsque le ciseau ou la pointe cesse de pénétrer la chair vient soudain une sensation d’apaisement, comme un sedatif, une drogue puissante et jouissive qui t’envahit avant que la honte te submerge…….
    Il faut que cela se voit aussi…..pour nous car c’est une preuve que ces souffrances sont bien réelles dans un univers où souvent on nous nie ce droit et pour le renvoyer à la gueule de ceux qui nous l’inflige en nous maintenant dans l’omerta.
    En fait c’est simple, clair comme de l’eau de roche et comme le sang libérateur qui coule parfois.
    Et puis un jour on comprend que ça ne sert à rien qu’à se faire encore plus de mal, que la source du mal ne changera pas et que rien, absolulent rien de bon ne viendra de là……
    On arrête de boire à cette source et on prend son vrai courage à deux mains pour aller trouver des eaux plus limpides et faire son chemin.
    Parce qu’en vrai on est ni folle, ni torturée…..ni sado, ni maso…..
    Parce qu’en vrai on est peut-être juste trop intelligente, de cette intelligence insoutenable qui fait que l’on perçoit toutes les nuances et qu’on se les prend à chaque fois de façon trop violente en pleine face…..
    Dressée par la vie pour se planquer sans cesse, observer les signes, s’adapter aux autres afin de s’effacer, disparaître au maximum….anorexie, boulimie vont de pair….
    L’histoire se termine bien car le coeur et le cerveau fonctionnement à merveille……
    Avec l’âge, tout fini par s’appaiser……
    Bises

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