Intimité, pudeur et respect

Intimité, pudeur et respect

 Premier souvenir.
J’ai 12 ans, je suis en vacances chez ma tante. J’ai de forts maux de ventre, qui me tordent et me font pleurer. En fait j’ai une appendicite mais on ne le sait pas encore. Ma tante décide d’appeler le docteur de garde.
Il arrive, on est dans le salon, il décide de m’examiner. Il me demande de me mettre à quatre pattes pour me faire un toucher rectal. Pour vérifier si il n’ y a pas une occlusion ou une constipation importante à l’origine de mes douleurs.
Je me rappelle de ma tante qui reste dans la pièce, je me souviens de son rire quand le docteur enfile un gant en latex, je me souviens de ma peur et de mon extrême gêne en me retournant, ma tête qui tourne en pensant à des images vues à la télé – ce gant – ce vieux canapé à fleurs qui sent le renfermé, mes yeux qui se ferment, mon visage qui grimace et sûrement une larme ou deux.
Je me retourne, remonte ma culotte, c’est fini.

Deuxième souvenir.
Je dois avoir 13 ou peut être 14 ans. Je suis partie faire du vélo avec ma cousine. J’ai pris le vélo de son père. Je ne suis pas très grande et la barre transversale me gêne. On roule autour de l’étang, la piste est bosselée. Je chute et je me cogne l’entrejambe sur la barre transversale. Très vite j’ai un énorme hématome qui se forme, gonfle et se gorge de sang, juste à l’entrejambe, comme un énorme testicule plein de sang. Ça fait un mal affreux et en plus je ne peux pas marcher sans que ça fasse pression sur l’hématome. Je suis donc conduite aux urgences.

Là bas, dans une salle d’examen, porte ouverte sur la salle d’à côté, bruits du couloir, on m’examine. En été, avec un petit t-shirt et sans bas, on se sent vite nue et vulnérable sur une table d’examen au milieu de toutes ces blouses blanches. Mon vagin de jeune fille nu et souffrant exposé.
Le professionnel de garde n’a jamais vu ça ! Il commente à haute voix son grand étonnement et invite des collègues à venir voir ça. Ça débarque, c’est un peu le spectacle ? Je ne sais plus où regarder, j’aurais bien envie de disparaître tellement j’ai honte.
Je me souviens de mon père qui vient me chercher, et aussi des invités, qui sont, le soir là, à la maison. J’étais tellement gênée que j’aurais voulu être seule et que personne ne sache tout ça.

Je ne sais pas pourquoi j’ai eu envie d’écrire ça mais certaines lectures m’ont fait remonter ces deux souvenirs, qui sont gravés dans ma mémoire et ont marqué mes souvenirs d’enfance, sûrement autant que mon rapport au corps et ma pudeur.

N.

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9 réflexions au sujet de « Intimité, pudeur et respect »

  1. j’ai des souvenirs comme celui ci aussi… terribles meme des années apres.
    du coup j’accorde une importance capitale a la pudeur de mes enfants, au point de ne pas insister pour qu’ils se deshabillent chez le medecin s’ils n’ont pas envie (il se debrouille autrement)
    les adultes devraient se mettre un peu a la place des enfants parfois ca les rendrait plus humains…

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  2. Ces manques de respect sont autant de choses qui resteront gravées en toi, elles se sont déroulées dans ton adolescence où l’on construit son estime de soi, tout doucement. Pas évident du tout de garder cela en soi, et tu fais bien de mettre des mots sur tes maux. Le rapport au corps est chamboulé, la pudeur s’impose très fortement. J’espère simplement que ta vie personnelle et intime n’est pas trop entachée de ces souvenirs.

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  3. idem ! j’ai vécu des choses , je m’en souviens en encore, et ce sentiment de honte, et ca part pas quand on a des images qui renviennent, les gens se rendent pas compte oui de faire attention a la pudeur,
    il y a meme des gens qui pour eux c est banal un corps, ils en parlent comme cela, tiens viens voir ce qu’elle a oh la , c’est pas possible c’est incroyable, et on se voit observer comme une chose un animal, un rien, j’ai deja eu oui, ensuite bon on vieillit on relativise, on s’arrange avec cela, pfff, po facile ! je pense comme la premiere personne, moi aussi j’ai fait gaffe a mes enfants, et meme a ma maman qui se mourait, il y a peu de temps, une personne agée, tu vois, j’ai été choquée par certaine personne qui la mettait sur le pot devant toute la famille, j’etais outrée, outrée, et la c’est encore pire que ma personne, si tu savais, comment cela me revolte, desfois j’ai envie de crier, et j’ai meme l’impression qu’on m’a fait cela a moi, comme un viol,
    pfff,

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  4. je suis choquée devant aussi peu de considération devant le corps d’une jeune fille … c’est affigeant, triste et les gens ne se rendent pas une seconde compte du mal qu’ils peuvent faire à un enfant à travers ce qui pour eux est négligeable… l’idée selon laquelle parce que l’on est un enfant ou un bébé, qu’on ne ressent rien et que pire notre ressentit s’il y en a un est négligeable perdure encore et toujours… combien d’adulte se marrent lorsqu’un enfant tombe et se fait mal ? le respect commence tôt, dés que l’on a un comportement et que l’on se demande si nous, à la place de l’enfant ou du bébé, on tolèrerait la même chose …

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  5. J’avais 6 ans et très mal au ventre, je me souviens de ma mère qui avait appelé le médecin. Il m’avait fait allonger sur la table du salon et s’en était suivi une horrible douleur…. Bien des années plus tard je lis par hasard que les appendicites se détectaient à partir d’un toucher vaginal ou rectal, c’était donc ça ! J’avais seulement 6 ans bon sang ! Mon fils a 6 ans, j’ai déjà prévenu mon mari qu’en cas de douleur au ventre il fallait lui faire passer une échographie et rien d’autre ! Combien sommes nous à avoir été brutalisés de la sorte sous couvert de diagnostic médical ?

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  6. ces personnes sont profondément connes et négligentes. ce qui est déjà difficile a accepter en règle général, mais de la part du corps médical et de sa famille..c’est inadmissible.. Vous avez eu raison de l’écrire et de le partager, ne serait-ce que pour ne plus garder cela enfouit et à supporter seule, et pour recevoir un peu d’amour de lectrices(lecteurs), espérons que cela en adoucisse leur violence.
    bien à vous…

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  7. Vous avez bien fait de l’écrire, j’espère que cela vous a soulagé un peu.
    Vous avez subie une atteinte au corps, d’autant plus grave, que vous êtes pudique.
    J’espère que ça ira mieux à présent, prenez bien soin de vous…

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  8. Je suis très choquée de la manière dont se sont déroulées ces deux « expériences » !!! Je en comprends pas l’attitude des médecins (expliquer, prévenir d’une éventuelle douleur, respecter l’intimité, faire sortir la famille etc etc) et l’attitude de la famille (m’enfin, quand même ! on sort, ou on préserve l’intimité de l’enfant !)…
    Tu es tombée sur une famille pas prévenante et sur des médecins particulièrement maltraitants…
    En parler te fera du bien…

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