J’étais cette enfant

J’étais cette enfant ordinaire. Celle qui joue dans la cour de récréation à la corde à sauter et à la marelle. J’étais cette enfant ordinaire qu’on remarque peu, studieuse et un petit peu bavarde.
Mais j’étais cette enfant qui avait peur de rentrer chez elle quand elle s’y savait seule avec son père.

J’étais cette jeune adolescence qui ne disait rien face à cet homme qui tenait son emprise sur son corps qu’elle commençait déjà à détester.
J’étais celle qui faisait comme si de rien était. Elle en avait l’ordre.
J’étais celle qui ne laissait jamais seules ses petites sœurs en compagnie de cet homme, par crainte qu’elles aussi ne subissent le même sort.

J’ai été cette adolescente qui un jour a parlé, cette adolescente qu’on n’a pas crue. J’ai été celle qu’on a accusée de menteuse et d’égoïste. J’ai été celle qu’on a jugée de vouloir détruire sa propre famille.

J’ai été cette chose qu’on rejette, qui ne vaut rien.

J’étais cette jeune femme complexée dans ses rondeurs, dans son corps malade et détruit. J’étais cette jeune femme qui devait croiser ce père chaque jour. Deux à connaître la vérité, mais seule dans la réalité. J’ai appris à devenir cette jeune femme qui portait le masque du « tout va bien », celle qui faisait rire les autres, la rigolote de la bande. J’ai appris accepter de tout perdre. Sa mère, son corps, son âme.
J’étais cette femme qui un jour, a rencontré un homme. J’étais cette femme qui refusait de lui en parler par la honte.
Il a été cet homme qui n’a pas eu besoin de mots pour comprendre. Et il a été cet homme qui, avec le temps, a su.

Il est cet homme, mon homme. Le seul à m’aider à porter ce fardeau qui pèse si lourd.

Je suis cette femme ordinaire. Celle qui part au boulot le matin et qui rentre dans la soirée. Je suis cette femme ordinaire, rigolote et encore plus bavarde.
Je suis cette épouse et maman comblée de bonheur mais qui reste brisée au plus profond de son être.

Je suis cette femme qui sait ce qu’elle veut, ce qu’elle peut et ce dont elle a le droit aujourd’hui.

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17 réflexions au sujet de « J’étais cette enfant »

  1. merci de ton témoignage… juste quelques mots, pas de sensationnalisme comme ils en parlent bien trop dans les journaux, mais j’ai mal aux tripes et au coeur à lire ce que tu a subit de cet homme qui était tout sauf un père… je te souhaite de trouver un jour la sérénité et de parvenir à devenir vraiment toi… et bravo à ton homme qui a su t’aimer et te deviner…

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  2. hier j’ai vu une emission sur des femmes violées qui témoignaient, et puis la je lis ton témoignage, aujourd’hui je lis aussi un autre billet d’une jeune dame ayant la leucémie, je suis triste, triste, j’arrive plus à réconforter les gens, je m’en excuse,
    j’espere que oui il faut avancer oui, oui, mais comme c’est difficile je le sais aussi,
    beaucoup de bonnes pensées vers toi, et de souhaits de bonheur

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    1. C’est justement cette émission qui m’a donné le déclic pour enfin coucher sur papier ces quelques lignes. Je n’avais jamais réussi à le faire avant.

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  3. Mon coeur se serre en lisant vos lignes… Je ressens la douleur, je ressens la honte, l’injustice surtout car ne vous méprenez pas, vous n’avez aucune honte à avoir, mais plus que tout, je ressens la force qui vous anime et l’amour que vous avez en vous. Car il faut une sacrée force et un sacré courage pour protéger vos soeurs comme vous l’avez fait et pour avancer malgré tout Je vous souhaite tout le bonheur du monde et je suis heureuse de savoir que vous avez un homme, un VRAi, à vos côtés. Amicalement.

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  4. c est incroyable le nombre de guerrieres dans notre pays moi ce qui me tue c est cette impunité c est tellement taboo que TOUT ce que l on souhaite c est que les victimes arrivent malgre tout a refaire leur vie a se marrier, avoir des enfants et qu elle tombe sur un gars bien. Puree! et l autre dans l affaire tranquille l a vie ? Ce qu ils ont pris est parti à jamais . Notre société a un gros probleme avec ca . Ca me degoute Dieu merci si la justice des hommes est imparfaite celle de notre createur rendra ses comptes , et heureusement pour moi j y crois sinon ce serait dure……………

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  5. Triste message mais courageux.
    Comment peut on admettre qu’1 femme soit violée en France toutes les 8 minutes (sachant qu’en réalité ce sont 10 femmes qui sont violées toutes les 8 minutes car les 9 autres ne portent pas plainte…). Notre société est bien malade. Nos hommes politiques ont des mères, des épouses, des soeurs, des filles qui sont ou seront touchées par ce drame. Ca ne les intéresse pas ? ou bien pensent-ils qu’ELLES l’ont bien méritées ???
    Ecoeurant et consternant.
    J’ai un fils et je pense que le début de la prévention c’est que son père et moi lui inculquions le respect des filles et des femmes.
    Hier soir, J’ai trouvé mon mari en train de regarder la superbe émission de France 2 sur le viol. Il n’a pas zappé. Cet homme, je sais pourquoi je l’aime.

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  6. Vous êtes une résiliente, celle qui a su se reconstruire après l’enfer de votre enfance.
    Et quelle beauté du cœur, vouloir protéger vos sœurs.
    Continuez, vous êtes forte, les blessures si profondes de votre enfance cicatriseront, grâce à ce miracle de l’amour.

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  7. Bonjour, j’ai un peu la même histoire que toi. En fait nos histoires se ressemblent étrangement mais moi, c’était un « père de substitution ».
    Voilà, j’ai plusieurs questions à te poser. Tu n’es pas forcée d’y répondre.
    Qu’est t’il devenu ce type? As tu porté plainte? Reparle tu à ta famille? Comment ça se passe? L’as t’il fait à d’autres personnes ?
    Tu n’es pas forcée de répondre, c’est juste que je me pose beaucoup de questions et que je cherche des réponses.
    En tout cas je te remercie d’ores et déjà pour toutes réponses que tu m’apporteras
    Continue à avoir ce courage.
    Beaucoup de bonheur à toi.

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    1. « Qu’est t’il devenu ce type? » : Cet homme a toujours continué sa vie comme si de rien était.
      « As tu porté plainte? » : J’avais 14 ans lorsque les responsables du collège ont prévenus mes parents, et qu’ils m’ont rejoint à la gendarmerie où j’étais en train de faire ma déposition. mais après quelques rdv en gendarmerie l’affaire s’est étouffée, et je n’ai plus eu mon mot à dire…
      « Reparle tu à ta famille? » : Je continue de parler à ma famille, car en ayant protégé mes soeurs, je les ai aussi protégées de la vérité (je suis très proche de mes soeurs, et ça les détruiraient de savoir). je préfère enfouir tres profondément tout ça.
      « Comment ça se passe? » : Ca se passe que s’ils ne m’appellent pas, je ne les appellent pas, j’ai toujours appris à vivre sans eux finalement…. J’ai quitté le foyer à 17 ans pour m’installer avec l’homme qui deviendrait mon mari. Donc je me passe très bien d’eux.
      « L’as t’il fait à d’autres personnes ? » : NON il ne l’a jamais fait à quiconque et j’en suis persuadée. Et je l’ai menacé de mort si je venais un jour à apprendre une chose pareille. Pour bien me connaître il sait que j’en suis capable !!!

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  8. J’ai une drôle de sensation en lisant ton message. J’ai l’impression que c’est la mienne (à quelques détails près) que je lis.
    Je suis l’ainée de six. Ma mère partait très tôt le matin pour aller travailler, et mon père venait me chercher dans ma chambre. Il ne fallait pas faire de bruit. Pendant les vacances, il me touchaient dans la buanderie…
    Ce n’est pas facile de se construire après.
    Je suis comme toi « épouse et maman comblée de bonheur mais qui reste brisée au plus profond de son être ».
    Mais nous devons avancer, n’est ce pas ?
    Je te souhaite bon courage, et de bonnes fêtes de fin d’année

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