Pendant que je gère la douleur physique, j’oublie la douleur morale

Trop comme ci, pas assez comme ça…
Le temps passe, mes copines ressemblent de plus en plus à des femmes et moi à un vilain petit canard.
Les premiers garçons m’approchent, je n’éprouve rien mais je n’ose pas dire non…J’ai peur de leur rejet, que pourrais-je exiger, moi le vilain petit canard, je devrais déjà être assez heureuse qu’on s’intéresse à moi. Alors je laisse faire… le temps passe…
A 17 ans je rencontre un garçon, je ne veux pas être avec lui mais je n’ose toujours pas dire non… Il est beau, grand et fort, j’ai une chance inouïe…
Je n’aime toujours pas mon corps mais il me couvre de mots doux, je suis belle à ses yeux, sublime, l’impression d’être unique. J’ose me montrer en sous vêtements devant lui, il me dit : « jusqu’à la taille tu es parfaite » (j’exulte) « mais qu’en dessous c’est elephant man ». Oui j’ai des hanches, des fesses… Ses mots sont durs…Je mesure 1m65 et pèse 48kg, je me sens grosse, laide, humiliée…
Commence son jeu, il m’a entre ses mains, il me glorifie pour mieux me rejeter après.
Je suis dans son lit, c’est la première fois pour moi, il n’est ni tendre, ni prévenant, un peu brusque… Je pleure, j’ai mal, je me sens mal, sale…
Je déteste mon corps encore un peu plus… Je reste, n’ose pas partir, pour aller où ? qui voudrait de moi ? me sentir rejetée encore ? Si j’étais plus belle, plus mince, si j’avais plus de seins… ce foutu corps je le déteste. Et pendant qu’il continue ses assauts, semaine après semaine, malgré mes refus, mes pleurs, incapable de me libérer de son emprise, je hais de plus en plus ce corps, ce traître qui parfois ose m’imposer le plaisir, la jouissance mécanique alors que tout le reste de mon être refuse… Pas grave, j’ai trouvé la parade, je vais lui faire mal, à coup de cutter, à coup d’alcool, à coup de médicaments, à coup de drogues…Mais il résiste, l’ordure, il ne se laisse pas faire…
Je suis toujours dans son lit, toujours forcée à subir, ou à faire… Il fait entrer son frère, mon corps n’est plus à moi… Il me trompe, m’humilie, c’est de ma faute.
Je suis en vacances avec lui, dans une maison isolée. Il essaie de lever la main sur moi, détruit sur son passage jusqu’à me trouver, mon corps recroquevillé dans l’attente, je prends les coups, mon corps encaisse…
J’ai 18 ans, je pars pour mes études, mets de la distance entre lui et moi, je le quitte.
Mais mon corps et moi, impossible de faire la paix depuis. Je grossis, maigris, lui fait mal…
Je ne l’aime pas et il me le rend bien.
J’ai 31 ans. Je n’aime toujours pas mon corps. Je ne mange plus, il crie famine, mais moi j’ai l’ascendant sur lui et pendant que je gère la douleur physique, j’oublie la douleur morale.

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6 réflexions au sujet de « Pendant que je gère la douleur physique, j’oublie la douleur morale »

  1. je comprend tout à fait, tu sais en lisant ton texte , j’avais mal, ici il y a des femmes qui se detestent et puis celle qui s’acceptent et enfin celles qui s’aiment , enfin !

    mais je sais que les blessures atteintes dans l’ame sont tres difficiles à faire partir,
    il faut se faire aider, vraiment,
    moi j’aimais entendre ces mots style va voir un psy,
    c etait pas pour moi, et pourquoi aller re commencer a tout raconter, deja l’avoir subit ca suffit n’est ce pas ?

    ecoutes, proteges toi, tu es jeune, tes douleurs sont reels mais elles peuvent disparaitre, je t’assure, imagines toi, ne serait ce qu’un instant, avec un poid tout a fait normal, tranquille, avec une passion je sais la peinture, le chant , le sport, des amis, j’en sais rien, visualise une fois ce que tu veux

    fait un schéma, colonne ce qui va pas, colonne ce que je peux changer, colonne comment changer

    et va, go go go

    tu ne changeras pas le passé, il a existé, mais tu peux etre maintenant ton maitre d’aujourd’hui et de demain, prepare le passé de demain pour des aujourdh’ui tranquille de vie de bonheur

    ecoutes, tu sais dans ma famille, les femmes sont minces du haut et vraiment large du bas, sauf moi lol, je suis le vilain petit canar, lol
    et bien voila c’et tout,
    ma mere je savais que cela l’enervait, surtout pour s’habiller, mais , elle etait jolie,
    c’est une forme de corps, c’est tout

    et mon pere disait toujours, ca c’est de la femme, (bon c’est pas tres courtois comme cela)
    mais lui qui peignait, disait toujours que la femme devait avoir des hanches, et mes freres idem, ils ont pris des femmes aux hanches !!!!!!!!!!!!!!!!

    et moi, mon pere disait, que j’etais pas pareil, limite tu vois j’etais pas ds les criteres, j’ai souffert aussi,

    donc je suis pas une specialiste, j’ecoute que ta souffrance je la comprend, c’est pas facile de conseiller les gens,
    j’espere que je dis pas de betise

    prend soin de toi, ya tellement de belles choses à vivre

    affection

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    1. Merci pour ces doux mots qui m’apaisent… Tu n’as dis aucune bêtise bien au contraire…
      Oui je veux changer, et pas que physiquement, je prends les choses en mains, petit à petit, ce témoignage était déjà un pas en avant… Je vais voir un psy dans quelques jours…
      J’ai quelqu’un de merveilleux qui essaie de m’apprendre à m’aimer un peu plus chaque jour…
      Je veux faire table rase du passé et construire quelque chose de nouveau et de beau, comme tu le dis, on ne peut pas changer le passé, alors je vais en parler un bon coup, sous toutes ses formes et après, je le fais disparaitre!
      Merci pour votre réconfort, merci de m’avoir lue et d’avoir pris le temps de me répondre

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  2. Dur de lire un tel récit mais aussi très émouvant. Oui, je connais bien le processus, vous infligez les mauvais traitements à votre corps, parce que vous le sentez sali, dégradé, humilié.
    Permettez moi de vous dire que cela peut être une histoire sans fin, à moins de cesser de vous maltraiter. Et je présume que la souffrance physique n’enlève pas la morale, elle sont trop étroitement liées.
    Commencer à vous aimer, oui, je sais, très facile à dire…
    Mais au fond de vous, avez vous vraiment envie de continuer à vivre dans cette éternelle souffrance ?
    N’avez vous personne qui vous aime et vous apprécie, quelqu’un qui puisse vous tendre la main et dire : « tu es digne d’être aimée et respectée » ?
    Il me semble que vous êtes allée bien trop loin et que vos blessures, probablement venues de l’enfance, sont trop graves, pour que vous puissiez vous en sortir toute seule.
    Mais il n’y a que vous pour décider, si vous vous sentez prête, la vie mettra une aide sur votre chemin..
    Toute ma tendresse vers vous, chère petit canard et n’oubliez pas qu’il est appelé à devenir un beau cygne, un jour très prochain, j’espère…

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    1. Merci pour votre réponse, vous avez visé juste en ce qui concerne le processus, et la douleur physique et morale si liées…
      M’en sortir seule, vous avez raison, me parait bien difficile.
      Alors j’ai décidé de ne pas attendre que la vie m’aide… j’ai décidé MOI de m’aider et j’ai rdv avec une specialiste dans quelques jours…
      Et puis, comme si c’était le déclic, la vie a décidé de s’y mettre aussi finallement…en mettant sur ma route une personne qui me dit que oui « je suis digne d’être aimée et respectée »…
      Comme quoi…
      Merci pour vos mots de réconfort, cela fait chaud au coeur.

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      1. Ce sont vos mots qui font tellement chaud au cœur et bien davantage…
        Ce MOI majuscule affirme vraiment votre volonté ferme de vous guérir et se faire aider, quand on est plongé dans une telle souffrance est une sage décision, les thérapeutes sont là, pour vous tendre la main et accélérer le processus que votre décision a mis en route.
        C’est un déclic, l’Univers répond toujours, quand nous lançons une action, par le choix d’une voie différente.
        C’est à moi de vous remercier pour cette réponse, elle me procure tant de bonheur.
        Belle route vers la guérison et toute ma tendresse.

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  3. 3 mois jour pour jour après cet article… je reviens ici relire, faire mon petit bilan personnel…
    Oui je vais mieux, bien mieux… Bien sûr, j’ai encore des bas bien bas, mais ils perdent du terrain, n’arrivent plus à prendre le dessus.
    Je me reconstruis un peu plus chaque jour. Je suis entourée… mon enfant, mes amis, des vrais de toujours et des vrais récents, de jolies rencontres qui me font prendre confiance en moi chaque jour un peu plus.
    Il s’est passé en 3 mois, plus de choses dans ma vie qu’en 3 ans.
    Ce n’est pas le hasard, c’est moi qui change et ça me rend heureuse.
    La route est encore longue mais beaucoup plus belle, alors ce n’est plus un chemin de croix…
    C’est « juste » la vie…

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