A mon cher ami


Tu as demandé, il y a six mois, à sortir de ma vie. J’étais amoureuse, toi pas, et tu étais assez honnête pour ne pas entretenir mes espoirs. Puis, après tout ce silence, tu m’as de nouveau fait signe, estimant que suffisamment de temps avait passé pour que je n’attende plus de toi ce que tu ne pouvais pas me donner. C’est vrai, suffisamment de temps a passé. Sauf que quand je t’ai annoncé, dans ma réponse à ton message, qu’au cours de ces six mois j’avais eu un accident et que je m’étais brûlée très gravement, tu n’as absolument pas réagi. Tu écrivais pour me parler de toi, des tes soucis, de tes angoisses. Mais tu n’écoutais pas les miennes.

Je ne suis pas d’humeur à te réconforter. Je n’ai pas d’énergie. Je n’ai pas réalisé, au moment de l’accident, à quel point je m’embarquais dans une période difficile, et pourtant… je n’ai plus d’énergie pour rien, je l’ai toute dépensée.

À l’hôpital, d’abord, quand on m’a opérée pour une greffe de peau. Une brûlure au troisième degré de 20 centimètres de diamètre, ça ne guérit malheureusement pas tout seul. C’est long, dix jours, quand on est prisonnière de son corps, immobilisée dans son lit sans avoir le droit de se lever, quand les changements de pansements sont un supplice quotidien, quand on réalise qu’on est au service des Grands Brûlés et qu’on voit passer dans le couloir des patients encore plus amochés. C’est long, quand on doit demander de l’aide pour faire pipi, pour se laver ou boire un verre d’eau, parfois même juste pour attraper la couverture qui a glissé en bas du lit, ou le livre hors de portée sur la table de chevet. Oubliés, l’orgueil et la pudeur ! Et puis toutes ces nuits qu’on passe avec la sensation de dormir dans un sarcophage, dans la position des morts, immobile sur le dos et les mains croisées…

Finalement, quand on rentre enfin chez soi, c’est pour y trouver un autre calvaire. Ce ne sont plus de grosses douleurs, mais elles sont quasi permanentes. C’est long, deux mois, quand on se tortille douloureusement juste pour sortir de son lit ou se lever du canapé, quand on perd deux ou trois heures tous les jours à se traîner comme une pauvresse jusqu’au centre infirmier pour renouveler les pansements, quand le moindre geste du quotidien demande une énergie folle, quand on a constamment mal au dos parce qu’on n’a pas d’autre choix que de s’asseoir de travers et de boîter pour se déplacer. C’est terrible pour le moral quand on réalise que la greffe s’est infectée, qu’une bonne partie des tissus a été dévorée, qu’il faut peut-être envisager tout recommencer à zéro avec une nouvelle greffe… Tu n’imagines pas les efforts que j’ai dû faire pour résister à l’envie de te téléphoner, de foncer chez toi, juste pour que tu me prennes dans tes bras ! Parce que c’est insupportable, deux mois, quand on vit seule, et que même si on est entourée d’amis fidèles on n’a personne contre qui se blottir, le soir, dans le creux du lit. Tu n’as pas idée à quel point tu as pu me manquer pendant tout ce temps-là…

Malgré tout, on tient bon, on refuse la nouvelle greffe, on soigne l’infection. Et maintenant il faut vivre avec une cicatrice énorme. Oh, elle n’est pas si méchante d’un point de vue social : elle est cachée, sur la cuisse. Je ne me suis brûlée ni au visage, ni à la poitrine, ni aux mains, et je reste la belle fille sur qui se retournent les hommes dans la rue. Mais elle est là, cette putain de cicatrice, et je le sais bien, moi. Elle prend toute la place dans ma vie, dans ma tête, et j’appréhende le jour où je me déshabillerai de nouveau devant un homme. Et puis j’ai en mémoire des images de ma peau gondolée par les cloques, puis à vif, d’un beau rose bonbon, puis couturée d’agrafes, noircie de croûtes immondes, envahie de crevasses et de cratères, je l’ai vue poisseuse, purulente et enfin patinée d’une belle couleur bronze par les antimicrobiens qui lui donnaient l’air d’une peau de lézard… Mes amis disent maintenant qu’elle ressemble à un arbre : une large zone rose violacé, parcourue d’arabesques violettes partout où ces salopes de bactéries ont rongé la peau. La moitié du travail foutue en l’air. En guérissant, les trous ont été comblés par du tissus cicatriciel qui en fait une cicatrice hypertrophique, ayant tendance à rougir, durcir, enfler, réclamant des soins compressifs pour les deux ans à venir, le temps que la cicatrice se stabilise et atteigne enfin son état final.

C’est long, deux ans, tu sais…

Tu comprendras donc que non, je ne suis pas d’humeur à écouter tes tracas. Je ne doute pas qu’ils soient réels, je connais ta nature angoissée, et en temps normal tu aurais pu compter sur mon soutien. Mais là, non. Ce qui m’est arrivé m’a complètement bouleversée, je ne suis plus la même, et c’est moi, maintenant, qui ai besoin d’aide, c’est moi qui ai besoin qu’on m’écoute, qu’on me réconforte. Je suis un vase vide, j’ai besoin de me remplir avant de pouvoir de nouveau déborder sur les autres et ça va prendre du temps.

Alors si tu veux revenir dans ma vie, mets-y au moins un peu de délicatesse…

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19 réflexions au sujet de « A mon cher ami »

  1. Très touchée par votre article, tant de douleur s’en dégage mais vous gardez votre dignité et une grande pudeur. A dire vrai, en voyant la photo, j’ai pensé que c’était un tatouage. Je vous souhaite de tout cœur de guérir vos blessures, extérieures mais aussi celles provoquées par l’indifférence de cet homme pour qui vous avez toujours été là et qui n’a pas voulu vous soutenir dans ces moments si difficiles. Prenez tout le temps de vous donner assez d’amour, afin d’être à nouveau un vase plein.
    Allez de l’avant, cette cicatrice sera peut-être un jour comme un signe d’une victoire que vous aurez emportée sur vous même.
    Avec toute ma tendresse émue.

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    1. Une femme, une douleur, un combat. Quelle épreuve à assumer, quelle souffrance… pour cela, je vous souhaite de poursuivre comme vous le faites déjà habilement dans la voie de la relativisation. Je ressens, mais c’est tout personnel, cette cruelle mais si légitime frustration de ne pas recevoir une attention à la hauteur de celle que l’on aurait pour une personne. Mais donne-t-on pour recevoir ? Oui, souvent, mais ce n’est pas sain… son empathie aurait été la bienvenue, certes… En fait, je me demande ce qui vous fait le plus souffrir, votre blessure physique ou émotionnelle… le titre « à mon cher ami » en dit long… Mais voilà, vous avez cumulé les deux…doublement de la douleur. Tant il est vrai qu’une plaie corporelle cause moins de préjudices quand on a un soutien moral. Vous vous justifiez même de ne pas être en mesure de l’accompagner dans ses difficultés ! C’est dire !
      Je voudrais également vous dire que vous lire est un vrai plaisir; votre plume, votre phrasé, profond, accentué avec de belles envolées ! Votre écrit est pudique il me semble, je vous imagine bien vous « lâcher » franchement ! Hurler, cracher, vomir votre revendication d’être soutenue, d’être aimée puisque vous souffrez ! Je sais de quoi je parle, je m’étais inventée un cancer pour qu’il se rapproche de moi… ça avait marché un instant…mais bon, ce stratagème est un leurre…
      Je suis là pour vous si vous le souhaitez,
      Amicalement,

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  2. Bonsoir.. je vous souhaites d’avoir du courage pour affronter cette epreuve, celle de la douleur, et celle du coeur..
    Il est vrai que votre cicatrice est plutot esthetique, bien qu’elle vous soit etrangere.. une pensée sincere de soutien à votre egard.. vous avez entierrement raison de prendre le temps de vous reprendre et de laisser ce badaud.. je vous souhaite aussi malgres tout qu’il se rende compte de son erreur.
    Bonne continuation..

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  3. Moi je la trouve sincèrement jolie, cette cicatrice.
    Elle est porteuse de sens, je trouve. On dirait un placenta, quelque chose qui marque un commencement, quelque chose d’important. Quelque chose qui nous fait être ce que nous sommes.
    Ou un arbre, bref, dans tous les cas, tout ce à quoi elle me fait penser sont des symboles de vie.
    Prends soin de toi, remplis toi.

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  4. À toutes celles qui ont laissé un commentaire (ici ou sur Facebook), je voudrais vous dire un grand merci. J’avais besoin d’écrire ce texte pour me défaire un peu de tout ça en le lançant simplement « dans le vide », mais je ne m’attendais pas à de si belles réactions, et si vite ! Ça fait chaud au coeur, alors encore merci :)

    Je voudrais juste vous dire de ne pas vous montrer trop dures envers mon ami. Je pense qu’il a juste été maladroit, ou qu’il ne s’est tout simplement pas rendu compte de la gravité de l’accident et de ce par quoi je suis passée. C’est une très bonne personne, simplement je n’ai pas eu l’occasion de lui dire que j’avais été déçue (blessée ?) par son manque de réaction, et c’est pourquoi je l’ai pris comme « illustration » pour écrire ce texte. Il n’est que le déclencheur qui a fait sortir toute la fatigue que j’ai accumulée (et dont il n’est aucunement responsable !).

    Mon but n’était donc pas du tout d’écrire une lettre de rancoeur contre une personne, j’avais juste besoin de raconter mon histoire. Je me suis brûlée fin avril, et même si je commence à m’habituer à cette cicatrice et que le plus dur est clairement derrière moi, le moral fait des hauts et des bas, je trouve le temps long, j’aimerais en avoir déjà fini avec les soins, j’aimerais être déjà dans deux ans…

    Mais oui, cette cicatrice n’est pas un hasard, elle est plein de sens et je la trouve belle aussi, d’une certaine façon. Elle a fait surgir plein de choses qui étaient en moi et que j’ignorais, elle me permet de passer à une autre étape de ma vie. Je suis encore en train de l’apprivoiser, voilà tout… :)

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    1. Bonjour, je ne sais pas si vous lirez mon commentaire…2ans après le votre…Ma fille de 15 ans vient de vivre un accident dramatique et s’est brulée au 2è et 3è degré profond sur les cuisses et hanches. Alors je me demandais si 2 ans après votre cicatrice avait évolué ? Je trouve la votre tellement semblable à celles de ma fille…Mais aujourd’hui je suis incapable de lui ce qu’il en sera dans 2 ans…après la fin du port de son vêtement compressif, après ses nombreuses séances de kiné…Alors si vous le voulez bien, sans que cela ne nous affecte ou vous gêne bien sure…Accepteriez vous de m’en parler ? D’avance Merci

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      1. Bonjour, et oui, bien sûr que je peux vous en parler maintenant que cet épisode est enfin derrière moi. Aujourd’hui, ma cicatrice a bien évolué et je n’ai plus besoin de lui apporter de soins particuliers. Elle s’est beaucoup éclaircie (elle n’a d’ailleurs pas encore fini de blanchir) et les sensations sont revenues progressivement, même si ce n’est pas la même chose qu’avec une peau normale. La cicatrice a fini par s’intégrer au reste de mon corps et j’ai retrouvé ma vie d’avant, avec juste un changement esthétique, mais heureusement pas de séquelle. Contactez-moi à ladyekaterin@hotmail.com, je pourrai vous envoyer des photos avant-après, si ça peut aider et rassurer votre fille à passer ce moment difficile. Je lui souhaite plein de courage : c’est long et dur, mais le temps est son meilleur allié et elle finira par s’en sortir !

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  5. J’ai cru moi aussi que c’était un tatouage, des roses aux tiges entrelacées, quelque chose comme ça, et surtout quelque chose d’assez beau….
    J’ai été très surprise de lire le récit ! Et très émue aussi.

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  6. De même, j’ai cru à un grand tatouage de fleurs… ce sont les bandes au dessus qui m’ont fait douter… Il n’y a que le temps et encore le temps pour adoucir cette cicatrice…
    Dans ton récit, ça conforte mon idée : quand il nous arrive un grand évènement, ça permet de faire le tri entre le futile et le vital, l’ami sincère et celui qui est là par intérêt. Pour ton ami, il n’a pas compris à quel point tu étais « touchée physiquement et moralement », je dirais que c’est une forme d’aveuglement de facilité… il n’a pas pris conscience de la gravité de ton accident… Bon courage pour la suite…

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    1. Les bandes sur le dessus, c’est l’endroit où on a prélevé la peau pour la greffer sur la brûlure. On m’a en quelque sorte épluchée comme une carotte, et ça fait une autre cicatrice. C’est d’ailleurs elle qui me dérange le plus, finalement, j’ai vraiment hâte qu’elle s’estompe !

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  7. tinkiet pas on juge pas, tu as simplement bien dis ta souffrance, et ce qui t’avait fait mal, deja physiquement et moralement, tu l’aimes encore , et nous de toute facon on ne te connais pas ni on le connait , donc on peut pas dire il est mechant, si tu nous dis le contraire, enfin je m’explique mal, c’est que j’ai ressenti cela , j’ai regretté une fois de meettre confiée, les gens on tiré des conclusions, car mes mots ont mis d’autres images dans leur tete, et du coup, zon po compris, et apres j’avais honte car je me disait je vais passer pour , etc, et je veux pas de pitié, etc, mais moi c’etait pas le meme cas que toi,

    donc tinkiet , moi je pense que tu sais les hommes n’ont pas le meme fonctionnement, et quand tu as parlé de ton accident, bah c’est con cela semble surprenant, il en a pas pris conscience, car peut etre que ses problemes a lui etaient prenant, et que a toi, rien qu’a toi il ne pouvait qu’en parler, cela prouve que tu es quelqun qui compte, sinon il aurait eté voir quelqun d’autres, ensuite, j’ai remarqué, que nous les nanas, on est quand meme pas mal forte a la douleur et donc finalement quand on dis on est pas bien, ils sont habitués a ce que tout roule, et hop ils se disent mais non, mais non,
    faut vraiment leur dire haut et fort, desfois, tiens pour te dire, un exemple, je suis migraineuse, je le dis sur les blogs, mais dans la vie, depuis l’age de 12 ans j’ai mal, bah je me plains pas, et une fois j’etais invitée a une soirée, on a insisté insisté, j’avais beau dire je me sens pas bien, on me disait, mais non, on va te donner un cachet , je disais mais c’est une brulure dans ma tete, je peux rien faire, mais si si si retorquait on, pfffff, et moi je disais non, mais on me trouvait toujours une excuse, mais non on t’emene, t’aura rien a faire, on va te chouchoutter,
    resultat, je suis arrivée, la tete une horreur la migraine ayant empirée, et je me suis mise a vomir, j’etais com d’hab blanche livide, tout le monde a pris peur, et ils etaient bien desolés, bon c’set un exemple, mais j’en ai plein ou on me crois pas trop quand je dis j’ai mal parceque tu vois on passe pour des gens forts,
    inconsciemment ton namoureux voulalient pas que tu es qq chose, il s’est peut etre dit c’st pas grave la brulure il avait peut etre pas dosé l’amplitude enfin bon je sais pas

    sinon, la douleur de la brulure, je connais pas, mais j’ai vu ma tante brulé au bras a cause d’eau bouillante, elle disait comment elle souffrait, et puis une copine a moi elle c’etait son frere handicapé qui lui a jeté de l’eau bouillante , elle a la poitrine toute brulée, elle etait petite a l’epoque, mais a eu moralement la brulure je pense toute sa vie,

    mais je sais que ta du passer des sales moments, on a tous des souvenirs de passage a l’hopital, on se sent mal loin de chez soi, dans cet univers, et meme si on a des gentilles infirmieres le temps est long, et le fait de dependre des gens de ne plsu etre soi, que les petits gestes tout bete on peut plus les faire, j’imagine vraiment tres bien, franchement tu as du passé des moments difficile, je comprend aussi par mes petites experiences hosto, le retour a la maison , fatiguée, n’ayant pas tout récupérée, contente de rentrer comme si tout allait s’arranger et puis finalement on est pas bien, et on veut l’autre , les bras de l’autre, un calin comme si on etait redevenu enfant, comme si on voulait pleurer dans les bras, on voudrait etre encouragé,
    moi c’est con, mais quand quelqun a vécu un truc dur et qu’il sort de l’hopital je lui fait un ti cadeau, meme une bagatelle, qu’importe, mais c’est un ti truc symolique, pour lui donner le sourire,

    maintenant ta brulure, pffff, et cette greffe, mon Dieu, alors que tu croyais que tout etait fini, et oui cela arrive, mais pourquoi sur soi ? fallait que cela tombe sur moi ! tu as du te dire cela, apres les epreuves coeur moral douleur, t’avais deja payé, bah non, la bactérie,

    ecoutes je sais pas j’y connais rien, mais tout cela est derriere, certe vivant en toi, maintenant tu recupére ton homme, maintenant tu vas vers une guerison, c’est en cela que tu dois mettre tes pensées, et je sais pas si on peut faire qq chose pour la peau, j ai vu ds reportages ou les brulures etaient atténuées par des soins, je sais plus vraiment pardon, mais pose la question,
    si jamais cela part pas, bon je vais te dire un truc a la noix peut etre, mais , je trouve que ta cuisse on dirait un tatouage, peut on faire un tatouage, sur une peau abimée, enfin j’en doute, car les tissus on du etre touché, enfin je sais pas, vraiment je suis depourvue, je sais par contre que ya des bons resultats je te dis avec les soins des cremes j’ai vu cela, mais j’ai pas retenu mais cela m’avait epaté,

    voila, en fait ton com m’a émue, car je ressens tout ce que tu as ecrit,

    je sais que le meilleur est devant toi, faut le temps, le temps d’oublier les mauvais moment, et apprecier le nouveau temps du bonheur qui va arrive,
    bon c’est des paroles sans doute qui semble fastoch mais je te le souhaite,
    tiens si j’avais un fantasme, je serai une fée, et j’effacerai tous les malheures et les peines des gens,
    attent je fais un voeu, ok on sait jamais, …………………………… ouais § CA Y EST LA FEE LA FAIT ! (bon ca te fait pas rigoler hein mon humour a deux balles,

    bises reconfortante, et beaucoup de bonheur a toi,

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  8. C’est la première fois que je laisse un message sur ce site.
    Quand j’ai vu la photo, j’ai aussi cru distinguer un tatouage, des fleurs, des arabesques, quelque chose comme ça. Elle est bizarrement violente mais également esthétique cette brûlure. Vous pouvez penser que c’est ce moquer du monde que de dire qu’une telle cicatrice pourraît être ne serait-ce qu’un peu jolie. Et bien sur, personne ne réclamerait à l’avoir sur sa cuisse. Mais tout de même, elle n’est pas vilaine…

    Ma maman a une cicatrice de la taille de la votre sur la cuisse aussi. Ce n’est pas une brûlure mais c’est tout aussi impressionnant puisqu’il y a toujours la marque des agraphes en relief et on voit qu’il manque des morceaux de chaire, ça fait un creux. Elle a appris à vivre avec (et avec les autres qu’elle a sur le corps), ça fait parti d’elle. Elle a rencontré mon père après cet accident, ça n’a jamais été un problème. Et moi je l’ai vu toute mon enfance ne pas hésiter à se mettre en maillot de bain sur la plage, malgré les regards fréquents de nos voisins de serviette.

    Quant à votre ami, j’ai envie d’être indulgente, parce qu’il y a peut-être une autre vision à avoir des choses. Lui avez-vous dit combien vous étiez mal, lui avez vous dépeint les épreuves et la souffrance que vous avez traversées ? Ou vous êtes vous contentée de lui dire « je me suis brûlée, j’ai eu mal » ?
    Parce que vous savez, quand j’ai vu votre cicatrice, je n’étais pas préparé à votre texte, je n’étais pas préparé à autant de douleur… on ne se rend pas toujours compte, quand on a pas vécu quelque chose. Peut-être n’a-t-il pas été à la hauteur parce que comme ça, abstraitement, il ne pouvait pas se rendre compte…
    Lui avez-vous dit que vous aviez besoin de parler, de soutien ? Ou avez-vous attendu que ça vienne de lui ?
    Parce que souvent, on espère que les gens vont deviner notre besoin de réconfort et nous l’apporter spontanément. Mais ça ne marche pas toujours comme ça non plus.
    Si une amie m’avait montré cette cicatrice, oui j’aurais été horrifiée, je lui aurais demandé ce qui lui était arrivé, je lui aurais dit « olàlààà ma pauvre, je suis si désolée pour toi… » et… c’est tout. Sans doute que je n’aurais pas compris qu’en réalité, elle avait besoin de beaucoup plus que ça….

    J’espère très fort que vous apprendrez à vivre avec cette cicatrice.
    Je vous souhaite plein de courage et que les choses aillent dans le sens que vous aurez choisi :)

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  9. Bonjour,
    à la lecture de votre solitude face à une très longue et difficile guérison tant physique que morale je ne peux qu’être admirative et pleine d’empathie face à cette force qui vous soutient malgré tout.
    Cette cicatrice ,dont l’aspect visuel ,suggère une arabesque est peut être le reflet ou « l’âme soeur « d’une douleur sentimentale qui est aussi très présente…
    Reconstruisez vous pour vous même!!
    Acceptez enfin le fait que vous vous êtes trompée sur cette personne qui n’était en fait qu’une personne superficielle , trompeuse , égoiste et totalement imbue de sa personne.
    On a le droit de se tromper mais observez bien autour de vous….bien des personnes tiennent à vous beaucoup plus que ce que vous pouvez vous imaginer!!
    De tout coeur !!!,je vous souhaite bon courage pour surmonter cette dure épreuve mais n’oubliez pas que la vie est une chose que l’on ne peut valoriser personnellement que si l’on s’en donne la peine en avançant malgré les épreuves !!!
    Alors …. BATTEZ VOUS!!
    bien amicalement,
    Christelle P

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  10. merci de ton témoignage… j’y suis d’autant plus sensible qu’il y a un mois mon fils est tombé contre le poele à bois, s’est brulé aux deux bras et sur une joue… hospi… greffe de peau… il va mieux, mais c’est dur pour un petit d’un an 1/2 à supporter tout ça, comme c’est traumatisant en fait, quelque soit l’âge… je te souhaite du courage et cette patience nécessaire durant les suites, le temps de la compression qui semble si long…

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  11. Ekaterin,

    Je viens de lire ton texte qui m’a énormément touché…
    Je me permet de te donner mon sens de la vie, ayant été brûlé au visage, au torse, aux jambes et aux mains il a 18 ans maintenant, je peux te dire que malgré tout la vie continue… que c’est un long combat de tout les jours, que le regard des gens envers toi va changer. Tu peux le cacher sous tes vêtements, moi je ne peux pas et pourtant…
    J’ai subi et je subis toujours le regard des gens depuis mes 9 ans, les dépressions, les tentatives de suicide, … mais je suis là, toujours bien là. J’ai eu 2 merveilleux enfants qui sont devenu ma raison de vivre.
    Bats-toi, ne baisses jamais les bras…

    Emily

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    1. Un grand merci pour ton message. Non, je ne baisse pas les bras, et je suis très consciente de n’être qu’une « toute petite » grande brûlée, en comparaison des autres accidentés que j’ai vus pendant mon séjour à l’hôpital. Je sais à quel point je suis chanceuse de n’avoir été brûlée qu’à la jambe et sur une zone qui n’implique aucune gêne ni complications autre que quelques tiraillements et la sensation d’avoir un morceau de cuir collé sur la peau.

      Mais c’est vrai que c’est difficile de partager ça. Je ne connais aucun brûlé dans mon entourage donc c’est pas évident de faire comprendre à quel point c’est un choc de voir son corps changer du jour au lendemain et de se dire que, même une fois guérie, les traces sont importantes et définitives. Le regard intrigué des gens, je le sens seulement quand je me mets en maillot de bain, donc c’est ponctuel et pas trop lourd à supporter. Par contre, c’est le temps de guérison qui est si long et qui mine le moral. Je suis techniquement guérie, mais la cicatrice va encore évoluer pendant des mois et des années, alors que je voudrais déjà savoir à quoi va ressembler la version définitive, à quoi je dois m’attendre, si elle passera encore au bleu-gris-violet au moindre changement de température sous la douche… Mais non, ça ne fonctionne pas comme ça, on ne peut jamais prévoir à l’avance.

      Alors je reprends progressivement en main l’image que j’ai de mon propre corps, j’en parle beaucoup, et je m’apprête à poser nue pour des artistes (peintres et photographes), histoire d’apprivoiser cette nouvelle image de moi. Il y a des solutions, du soutien à aller chercher, mais il y a aussi parfois le moral qui fait des hauts et des bas, alors faut faire avec. Au moins, j’essaye d’être le plus active possible dans mon processus de guérison mentale, et le fait d’écrire sur ce blog en faisait partie. Cette cicatrice porte aussi énormément de choses, elle a un sens, une explication, ce n’est pas (en tout cas pour moi) qu’un simple accident dû au hasard, ce qui fait que ça m’aide à l’accepter. Et on ressort toujours plus fort d’avoir traversé tout ça…

      Encore merci pour ton message et plein de belles choses à toi aussi ! :)

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  12. Hello, moi aussi je la trouve belle ta cicatrice, on dirait une tête de mort et des fleurs douloureuses; on dirait qu’un dieu t’a touché et a changé d’avis, ou t’a élue.

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  13. Je trouve cela très touchant étant moi même à peu prêt dans la même situation et étant pourtant un homme.
    Douleur de femme, douleur d’homme, nous sommes inextricablement liés et ce que peuvent ressentir les femmes ne sont pas des douleurs inconnus de la gente masculine.
    je compatis complètement et merci pour ce témoigne courageux et sincère.

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