Bleus au corps, blues à l’âme

 « -Finalement, c’est comme si votre corps ne vous avez jamais appartenu. »

C’est comme ça que se termine ma séance chez le psy. Je venais de lui parlais du site, que je lis régulièrement, et qui m’avait fait réalisé que mon corps avait toujours été un problème… d’abord pour les autres (par là, je veux dire mes proches, en particulier mes parents) avant de faire ce problème le mien.

Née trop petite et trop malingre (parce que trop pressée de découvrir le monde), j’ai fini par « vite [me] rattraper » m’a-t-on toujours dit.

avant l’âge d’a peu près 8 ans, je ne pensais pas que mon corps pouvait faire des siennes. à cette période, mes parents se séparent et je me mets à avoir des maladies imaginaires. par exemple, j’ai fini aux urgences parce que je ne pouvais plus plier la jambe, même avec l’aide de ma douce infirmière de mère… alors que le joli interne , avec son beau sourire, me la plie sans aucun cri de ma part. puis, je finis par ne plus rien voir à l’école : verdict, myopie. rien d’exceptionnel me dirait vous, sauf pendant l’adolescence où tout le collège se fout de ta gueule parce que t’es une binoclarde, que les garçons n’envisagent même pas de sortir avec toi parce que, bien sur, c’est la honte d’être avec une fille à lunettes qui, en plus, porte un appareil dentaire…

à la même période, ma mère m’envoie chez ma tante à l’étranger et là-bas, je prends 3kg. Pour une gamine de 8 ans, c’est pas la mort. mais pour ma mère, j’étais devenue trop grosse alors, elle s’est évertuée, dès la rentrée, à ma faire rentrer dans le rang.

9 ans, mon corps commence à changer. l’adolescence a décidé de débuter son oeuvre. ma prof de danse classique alerte ma mère « attention, elle change, elle forcit« . qu’y puis-je? rien mais manifestement, y a un problème.

10 ans, tout le monde me complimente sur mes jambes « elles sont longues, tu vas être grande« . je me rêve mannequin. je vous dis pas la désillusion quand je m’arrête de grandir à 12 ans et que je n’atteindrais jamais le mètre 60. des soirée à pleurer sur mes rêves de grandeur…

11 ans, mes premières règles. une fierté pour certaines. pour moi aussi si je n’avais pas été en CM2 et que l’école avait pensé à mettre des poubelles dans les toilettes. je sens encore le regard plein de haine de la part du personnel de la cantine quand je tente, tant bien que mal, de camoufler ma serviette usagée au fond de la grosse poubelle noire au milieu de la cour de récréation. mes copines m’envient… j’ai honte d’être si précoce.

suivent des années de remarques insultantes de mes parents, ma mère trouvant toujours mes jeans trop moulants « t’es sure que tu veux mettre ça, ça te fait de grosses fesses. » « t’as de la culotte de cheval ma fille, c’est comme ça alors, faut que tu la cache« . mon père ne m’aide pas plus. dès que je passe la porte de son appartement miteux, empli de cafard, il remarque que j’ai « encore pris des fesses cette semaine ». je m’habille en noir, me cache derrière des pull informes. mes lunettes sont tellement grosses qu’on ne voit plus mon visage. j’accumule les blessures : entorses à répétition, à telle point que mes chevilles ne supportent plus la moindre ballade en montagne (je trouve toujours le moyen de me tordre la cheville juste avant d’arriver), les chutes de cheval qui me cassent le dos, ce cheval qui me tape dans la cuisse et me laisse un creux à la place du muscle. j’ai gardé le bleu 2 ans. dans le vestiaire du gymnase, mes copines comptaient le nombre de clous dans le fer du cheval.

je ne me rend pas compte de mon corps. je me cogne en permanence, en particulier la tête. j’investis l’intellectuel à fond. suis tête de classe. j’ai du mal à assumer le regard des garçons, plus âgés, sur mes formes. quand je revois les photos de cette époque, je réalise que j’étais canon. je me suis toujours trouvé grosse alors qu’à l’époque, mon tour de taille peine à dépasser les 60 cm. Un jour, alors que j’attendais l’heure de mon cours de danse, un garçon que je connaissais me saute dessus et me mets les mains sur les seins. je suis sidérée et me forge l’idée que les mecs sont tous des obsédés sexuels. c’est donc comme ça qu’il faut attirer leur attention?

le lycée. j’utilise mon corps pour séduire, du moins, en prenant soin de cacher mes fesses, toujours trop proéminentes, mais je n’assume que très peu cette possible sexualité. je rencontre un gars que j’aime passionnément. je lui donne tout, même mon corps. quand il me quitte, je deviens folle. je prends des médicaments. pas assez pour quitter ce monde… puis la douleur passe et je rencontre l’homme de ma vie.

arrive la terminale. cet homme auquel je tiens tant part faire ses études. son absence me pèse. je le montre dans mon corps. je prends 7 kg en 2 semaines. commence une longue descente aux enfers. les kilos s’accumulent. ma mère me fait faire des régimes. j’ai 18 ans et je dois déjà me battre pour rester dans ce qui est « normal » selon certain. j’ai tenté plusieurs méthodes. weight watcher, 3 fois, la première fois à 18 ans… pour 7 kilos qui finalement me faisait passer d’un 38 à un 40… en réfléchissant, 56 kg, c’est pas mal…

pendant mes études, je me maintiens tant bien que mal. mais, en dernière année, c’est l’enfer. la perspective de la vie active me stresse. je suis dans un domaine où y a peu de boulot. J’arrive à trouver un travail rapidement mais, c’est beaucoup de responsabilité. j’arrive à maintenir un poids correct pour mon mariage. puis c’est l’horreur : 5 ans, 20 kg. aujourd’hui, je suis grosse : 83kg pour 1,57m, je suis une tour. mes articulations me lâchent : je n’ai plus de ligaments au genou. pour m’habiller, j’ai développé la faculté de me regarder dans le miroir par portion : comme ça, je ne constate pas l’étendue des dégâts. quelque part, c’est comme si ce n’était pas moi dans ce miroir.

maintenant que je suis installée dans ma vie professionnelle et personnelle, j’ai cru que mon corps deviendrait mon allier. j’étais prète à l’accepter avec tous ces plis et les vergetures que j’ai accumulé toutes ses années… comme les cicatrices de mes souffrances… mais encore une fois, il me laisse tomber… deux ans que nous voulons un enfant… deux ans d’attente, de pleurs chaque mois quand les règles reviennent me dire que je ne décide de rien… deux ans où les médecins ne savent plus quoi dire parce que rien, absolument rien, sur le plan médical, n’explique pourquoi mon ventre reste vide, flasque… un ventre que ne veut pas accueillir de bébé.

alors oui, mon corps ne m’a peut-être jamais appartenu… je ne sais pas encore comment le (re)trouver, comment faire alliance avec lui. en attendant, je continue d’aller chez le psy pour parler inlassablement du même sujet : je souffre de ne pas avoir cet enfant qui me manque pour donner un sens à ma vie, à mon histoire et à mon corps aussi.

pour l’instant, j’attends…

S.

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9 réflexions au sujet de « Bleus au corps, blues à l’âme »

  1. Question, vos entretiens avec votre « psy » vous semblent ils satisfaisants ? Ont-ils commencé récemment ? Si oui, la patience peut beaucoup aider et sinon, changez de méthode et voyez pour une thérapie ou un autre psy …
    Je ne vais pas vous mentir, sortir d’une problématique du corps est difficile car il est ce que l’on donne à voir de soi mais d’après vous, il n’a jamais été à vous … J’espère de tout coeur qu’on jour vous pourrez vous regarder entièrement dans un miroir peut être pas pour voir un mannequin mais juste une FEMME dont le sourire suffit à rendre belle …
    Cordialement et en vous souhaitant d’être courageuse …

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    1. pour répondre à votre question, mes entretiens chez le psychanalyste me conviennent très bien. j’ai jamais autant avancer que depuis que je le vois. justement parce que maintenant, je peux dire et témoigner que je souffre, ce qui était impossible auparavant. merci pour les mots gentils.
      S.

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  2. moi je suis une femme ordinaire, j’ai pas la vérité, mais la premiere dame Angonne je trouve elle a raison, peut etre voir un autre psy, serait bien
    bon ecoutes, tu vois quand je lis ton histoire, moi je vois aussi des trucs qui me sont arrivés, et hop ca me pique, tu vois, le genre de souvenir, qui fait que ce sont des souvenirs mais que lorsqu’on y pense ils sont pas passé on les vit comme si ils etaient encore present, ors c’est fini tout cela,, et en fait le truc c’est que enfin pour moi, ce sont des traumatismes, et voila, donc maintenant oui il faut les chasser, car maintenant c’est une autre personne que tu es enfin peut etre que tu dois etre la vraie personne que tu es réellement,
    les prolemes de poids et aussi les parents qui te disait des choses, bon c’est pas franchement cool et ils ont peut etre fait du mal sans le savoir, ils voulaient pour toi, un ideal, mais ils ont pas été tres psychologue, plutot vexant, et les mots te sont restés, revoit maintenant une petite fille a qui on dit cela, et revoit une autre scene, ils te disent tu es grosse, pense alors tiens mes parents pensent a moi peut etre, ils veulent pas que j’ai des complexes, (je sais tu vas me dire que je pige rien) en fait c’est pour habituer ton esprit a voir autrement le mal que tu as recu, ensuite, tout a peut etre decoulé de la, et tu sais ensuite, l’ecole c’est un lieu affreux desfois, car si té pas au top on te met de coté, style les garcons vont que vers les belles, ors, vu qu’on était pas bien ds notre peau on transmettait pas notre veritable charme, et voui si si, revois la petite ado , regarde des photos tu verras que tu etais pas vilaine, mais que peut etre tu faisait pas de seduction vu tes soucis, enfin quand je dis seduction c’est pas drague, bon bref, tout cela c’etait pas de ta faute, et pas de ta faute et certainement pas ta faute, oui tu as grossi etc, c’est difficile, tu sais, mes mots sont idiots desfois je me dis mais elle va croire que je pige pas, mais si, moi aussi a l’ecole on s’en foutai de moi, et le coup de la poubelle, oh la, moi je me souviens de l’embarra, oh la la, les hontes de ma vie desfois, car ma mere me gerai pas a ce niveau et je me suis retrouvé dans des situations humiliantes, si tu savais, et pis, bon en fait, moi je me dis, que maintenant on va changer, et crotte on va etre belle et oui et on va plus se laisser faire, moi mes frangins se moquait de mes mollets, j’ai eté opéré des deux pieds aussi j’ai des cicatrices a l’epoque toute grande et violettes, affreux, bref, maintenant on me regarde, j’ai des defauts pourtant, mais je les adapte, lol,
    pour le bébé, il va venir, sur et certaines, c’est le stress, tes traumatismes, tu as un homme, des amis, regarde ta vie, reste le bébé, donc cool, seance de relaxation, detente, pensées positive, petit regime mais avec un sport ne serait ce que une petite foulée le dimanche au parc avec ton homme, tu vois, vas vers le meilleur poru toi mais sans peine, sans pleurer, va vers la joie, sinon tu vas stagner, tu dis bon voila mon ti bébé je vais l’avoir, je vais perdre un peu avant d’avoir le gros ventre de la maman enceinte, je vais revivre, et vivre tout simplement,
    je suis sure que tu as le potentiel pour
    bisous a toi,
    tu sais je fais la nana style allez on se remue, mais cela n’empeche, que j’ai ressenti beaucoup de chose dans ton billet, et surtout des souvenirs aussi, mais je voulais te redonner la patate comme on dis, surtout que ya plus de raison maintenant je te promet, attention la nouvelle maman va arriver mettant naissance a un enfant et mettant une renaissance a elle meme
    haut les coeurs !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

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  3. Merci pour votre beau, même si tellement douloureux témoignage. Votre corps exprime depuis toujours avec ses maux, ce qui n’a jamais été dit avec les mots. C’est donc une excellente idée de faire une analyse, surtout si vous dites qu’elle vous aide. Cela peut être long mais vous y arriverez.
    Si je puis me permettre un conseil, puisque la souffrance est aussi inscrite dans votre chair, cela vous dirait de la libérer à travers une activité corporelle qui vous apporterai du plaisir et pourrait vous permettre de « l’apprivoiser » petit à petit…
    Courage…

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  4. Je ne commente pas souvent, mais ton témoignage m’a touchée. Outre l’attitude, à mon avis assez destructrice de tes parents, j’y ai retrouvé un vrai traumatisme lié à l’école. Je suis enseignante, et je vois au quotidien à quel point les enfants peuvent être cruels entre eux, sans le vouloir. Il y a vraiment des mots qui tuent, et pour longtemps. Moi même, à l’adolescence, j’ai été victime de ces moqueries qui forgent les complexes, et c’est une thérapie qui m’a permis de m’en détacher et de m’accepter comme je suis (bon, il y a des jours où c’est plus facile que d’autres, mais une fois qu’on s’est réconciliée avec l’ado qu’on a été, et qu’on a décidé de ne plus écouter les souvenirs des mots qui font mal, ça va quand même bien mieux)
    Si tu n’as aucun problème physique pour accueillir un enfant, tu as raison d’aller voir un psy, c’est sans doute la clef. Quand tu auras appris à t’accueillir toi même, avec amour et bienveillance malgré ce que tu considères comme un corps trop gros (qu’en pense ton mari, d’ailleurs ?), le bébé sentira qu’il va être bien en toi et décidera de s’installer ! Combien de fois j’ai entendu autour de moi : « c’est quand je ne m’y attendais plus / quand j’ai décidé de laisser tomber / quand je suis allée mieux dans ma tête… que je suis tombée enceinte ». Je suis aussi d’accord avec le précédent commentaire : une activité physique bien choisie peut permettre aussi de se réapproprier son corps, en la faisant non pour perdre du poids (pas besoin d’une pression supplémentaire !) mais pour le plaisir de se redécouvrir, et de constater à quel point son corps fonctionne bien, finalement, malgré ses faiblesses (ligaments, par exemple).
    Je te souhaite en tous cas de te sentir mieux, que ta thérapie soit constructive, et qu’un petit bout d’humain vienne vite illuminer votre vie.

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  5. Bonjour,
    je suis d’accord avec Owlette.Etant donné que ton histoire tourne autour de l’identité de ton corps,une activité appropriée come par exemple le Yoga ou la natation te permettrait de retrouver cette confiance que les tribulations de ton passé t’ont enlevées.Tu as reçu beaucoup de critiques par rapport à ton corp ,même quand il n’y avait pas de réel de problèmes venant des personnes (tes parents) dont le rôle est d’apporter la confiance en soi aux enfants;les critiques désobligeantes de ton père( je parle de lui en tant qu’homme),tes attentes brisées par rapport à ton corps( taille) ,les mains…Il faudrait d’abord que psychologiquement ,tu renoues avec ton corps pour que tu puisses accepter la venue de ton bébé,car peut-être inconsciemment tu as peur des retombées qu’il pourrait y avoir suite à la grossesse (retombées physiques) …C’est essentiel car la nidation physique est précédée ,lorque le bébé est voulu,par la nidation psychologique…il faudrait que tu te réappropries ton corps;
    Ton corps t’appartient ,mais c’est le concept en lui-même qui a été brisé par ton entourage , dans ton enfance ,ensuite ton adolescence.Aujourd’hui tu es une femme,revendiques ce qui t’appartient ne laisses plus jamais personne te l’arracher.Ce sont des mots certes,mais j’espère qu’ils te feront réfléchir .Beaucoup de courage dans cette quête de toi même.

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