Mes TCA

Mon histoire ressemble sans doute à celles de beaucoup de personnes touchées par le même mal-être mais je vais tout de même oser me livrer ici.
Tout a commencé il y a sept ans. A l’époque, j’étais étudiante, mes études me plaisaient, j’étais en couple avec mon premier copain depuis quelques années et j’en étais folle amoureuse, j’avais beaucoup d’amis et je sortais beaucoup, bref, tout me réussissait. A part… que j’étais très curieuse au niveau de la sexualité, c’était quelque chose qui me fascinait, et je dois bien avouer que mon copain de l’époque ne me satisfaisait pas (au rythme d’une relation toutes les deux semaines, à 20 ans, je ne me rendais pas compte alors que les autres couples le faisaient sans doute plus souvent…). Comme je me faisais rembarrer à chaque fois que j’avais envie de faire l’amour, j’ai commencé à chercher du plaisir ailleurs. Mais comme j’étais toujours folle amoureuse de mon copain, pas question de le lui dire et de risquer qu’il me quitte. La culpabilité a commencé à se faire de plus en plus lourde au fur et à mesure que je multipliais mes amants, puis il y eut la relation de trop, avec quelqu’un qui nous était très proche à tous les deux. Cette relation a duré plus d’un an, en même temps que je commençais à dépérir, je m’étais complètement perdue et l’appétit m’a brusquement quittée. J’ai perdu du poids à une vitesse folle, frôlant les 45 kilos, me délectant de me punir de cette façon. Pendant plus d’un an donc, je suis devenue un petit squelette. Puis, n’en pouvant plus, j’ai fini par quitter mes deux amoureux.
Je me suis donc retrouvée seule, emménageant dans la foulée dans mon premier appartement.
Puis j’ai rencontré quelqu’un, un garçon qui ne supportait pas mon état de maigreur avancé (« on voit tes côtes, c’est gerbant ») et qui m’a poussée à manger. Je l’ai écouté, je voulais lui plaire, et j’ai repris 10 kilos en 2 mois.
Puis nous nous sommes séparés, et je me suis retrouvée seule, et grosse (avec le recul, je me dis que 58 kilos pour 1,70m c’était pas si mal, mais le changement s’était fait si vite…).
Donc me revoilà à la case départ. Je me suis mise à sortir beaucoup, à boire énormément et à multiplier les aventures d’un soir. Et à bouffer jusqu’à me sentir mal. Puis un jour, à la suite d’un de ces excès, je me suis sentie si malade que j’ai tout vomi. Dans ma tête, ça a fait « tilt », et me voilà à me dire que j’ai trouvé la solution miracle pour arrêter de prendre du poids. A l’époque, je ne connaissais pas les mots « anorexie » et « boulimie » et je ne savais pas que ce qui m’arrivait était considéré comme une maladie.
Bref, ma vie était devenue infernale, je me perdais de plus en plus.
J’ai eu deux autres relations stables entre mes innombrables aventures, mais qui se sont très mal terminées. En tout cas, plus jamais je n’ai trompé mes copains, il n’était plus question de ressentir la moindre culpabilité à ce sujet. Mon poids a eu des variations folles (je passais de 50 à 60 kilos et inversement en très peu de temps) et je faisais crise d’angoisse sur crise d’angoisse, je passais mes journées à aller au travail puis à m’enfermer pour manger-vomir jusqu’à l’épuisement. Puis pleurer, longtemps, et penser à disparaître, à me supprimer.
Aujourd’hui, après avoir été serveuse pendant 3 ans et avoir repris mes études pendant un an, je sais quelle voie prendre au niveau professionnel même si c’est très difficile de trouver du travail dans le milieu qui m’intéresse.
Je suis sous anti-dépresseurs et je suis passée de 5 crises (de boulimie vomitive) par jour à une par semaine, voire toutes les 2 semaines. Je ne suis pas guérie mais je sais que je suis sur la bonne voie, j’ai RDV chez un psychiatre dans un mois, et je sais que j’ai fait les bonnes démarches pour pouvoir m’en sortir définitivement. Je pèse 51 kilos, ce qui est peu mais passer au-dessus des 52 me terrifie encore. Cependant, je me sens bien et je me trouve plutôt jolie finalement.
Et cerise sur le gâteau, j’ai enfin rencontré l’homme de ma vie, avec qui je file le parfait amour depuis bientôt un an… J’ai redécouvert la joie de partager un repas avec ma famille ou mon Amour, de prendre un morceau de chocolat ou un gâteau (et pas tout le paquet) sans culpabilité.
La route vers la guérison est longue mais elle se terminera bien un jour, je ne suis plus à quelques années près et j’ai confiance, la vie me sourit enfin.

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7 réflexions au sujet de « Mes TCA »

  1. Merci à vous pour ce si touchant article, j’avoue que j’ai eu peur au milieu du récit car cet engrenage aurait pu vous conduire à vous détruire, ainsi la fin m’a soulagée et rassurée. Vous dites vous même que c’est une maladie et votre corps exprime par ses maux ce qui ne l’a pas été fait par les mots.
    Consulter un psychiatre pour guérir les blessures qui sont à la base de ce déséquilibre est une excellente décision et, même si cela sera long, vous irez mieux au fur et à mesure.
    Le fait d’avoir trouvé l’homme qui vous aime et vous accepte est aussi primordial.
    Je vous souhaite juste à apprendre, petit à petit à vous aimer vous-même. C’est long et difficile mais cela apporte tant de paix et d’équilibre.
    Que la vie continue à vous sourire et tous mes vœux du bonheur.

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  2. en tous les cas votre témoignage aidera d’autres femmes j’en suis sure, voyez vous , votre nouveau bien être prouvera que oui on peut s’en sortir et que oui c’est long, mais voilà vous y arrivez ! alors franchement bravo pour l’espoir que vous apportez, vous pouvez etre fiere de vous, en tout,
    bisous

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  3. Un mal être qui ronge tellement de personnes .. Aujourd’hui on le qualifie enfin de maladie et la prise en charge existe un peu plus qu’avant. Mais ce qui fait tout, c’est la volonté et l’entourage ! BRAVO et continue comme ça !!!

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    1. PS : je n’ai jamais vraiment eu de problèmes avec mon corps, mais depuis peu j’ai pris quelques kilos, je trouve ça moins joli. Et paradoxalement, je n’ai jamais été aussi heureuse et épanouie, alors bon ! :)

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  4. Merci beaucoup beaucoup pour vos gentils commentaires! C’est vrai qu’avec le recul je me dis que ça aurait pu tourner vraiment mal, mais je profite d’autant plus de mon bonheur d’aujourd’hui…
    Encore merci et bonne route à tous…

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  5. Bonjour,

    Cette maladie est vraiment désastreuse et destructrice! je suis aussi heureuse de lire que tu as réussi à t’en sortir et à passer au dela de tout ca, petit à petit, par l’aide de ta propre volonté et force et par l’amour de tes proches. C’est encouraeant, c’est beau! je te souhaite une belle vie, pleins de belles choses!
    je t’embrasse! bonne route à toi aussi =)

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  6. Je crois aussi que l’aide d’un-e psy sera importante dans le processus de guérison. Je voudrais juste ajouter une touche personnelle concernant le rapport à la nourriture car je suis passé aussi par des phases boulimie/anorexie (mais bien sûr rien à voir avec ton vécu) ; dans mon cas, le résultat était l’obésité car les phases boulimiques dominaient. Tout a changé le jour où j’ai rencontré une personne qui m’a persuadé de « faire quelque chose ». Ce quelque chose était la chrononutrition, que je venais de découvrir par l’expérience d’une amie. Voir mon blog « OursQuiDanse » à ce sujet.
    En complément du soutien psy, je crois que le fait de modifier son comportement alimentaire a un formidable effet. Dans la chrono on essaie de rythmer la consommation alimentaire aux besoins du corps, autrement dit à des flots d’hormones qui sont sécrétées à certaines heures. Parmi elles, la sérotonine, « l’hormone du bonheur »… Et c’est justement en milieu d’après-midi, quand il y a une chute (plus ou moins importante) de sérotononine, qu’on a besoin de consommer un peu de sucre (rapide). Les gens qui dépriment ont des chutes de sérotonine qui amènent des besoins compulsifs de sucre, pendant toute la journée… Mais ce processus est annihilé à partir du moement où on fournit à l’organisme ce dont il a besoin et au moment où il en a besoin : graisses saturées au réveil, protéines à midi, des sucres lents bien câlibrés. C’est spectaculaire comme ça révolutionne la sensation de satisfaction dès les premiers jours où l’on suit exactement le protocole. Pour moi c’est avant tout une démarche philosophique : cesser d’utiliser la nourriture pour punir ou récompenser le corps, soit pas la privation soit par l’addiction.
    Vraiment c’est la plus belle chose qui m’est arrivée ces dernières années, avec la rencontre de la personne qui a provoqué ce changement dans ma pratique nutritionnelle ! Mais l’une n’allait pas sans l’autre, comme je l’ai dit.
    Surtout ne pas lire mon message comme de la publicité : pour faire la chrono il n’y a strictement rien à acheter, à part sa nourriture quotidienne ! ;-)

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