Faux contact

Mon corps, il me va plutôt bien.
Quand on me voit, rien ne frappe : pas de nez tordu, de cicatrice, d’yeux magnifiques ou de jambes interminables. Une femme normale, quoi.

J’aime mon corps, malgré cette faille invisible à l’œil nu, et même au scanner, ce petit défaut, tout petit, quelque part dans ma tête mais personne ne sait où exactement, ce micro disjoncteur qui fait que, quand j’abuse de lui, quand je le fatigue trop, il s’éteint tout seul. Pour moi, ça fait juste on/off. Pour les autres, ça fait plusieurs minutes de peur, parfois même de panique. Ils souffrent à ma place, ils ne peuvent rien faire d’autre qu’éloigner tout danger de moi, et attendre que ça se passe. J’ai fini par m’habituer. Mais eux, je pense qu’ils ne s’y habitueront jamais.

En vérité, ce n’est pas très grave médicalement. Je risque une langue mordue ou une belle bosse en cas de mauvaise chute. Je connais mes limites, je sais quand mon cerveau est le plus susceptible de s’éteindre, je fais attention. Et puis les médicaments me permettent de tenir plutôt bien. Il y avait même eu presque 7 ans sans alerte.

Jusqu’au jour où j’ai détesté mon corps.

C’est un peu de ma faute, je l’avais malmené, en voulant jouer les wonder-mamans pour ce bouchon qui venait tout juste d’arriver. Mais il n’aurait jamais dû me faire ce coup là.

Disjoncter alors que j’avais mon tout petit dans les bras.

Je l’ai haï mon corps. J’ai haï ce disjoncteur, et les conséquences de ce faux contact : lactation stoppée, angoisse de tenir mon fils, doutes sur ma capacité à être maman, crise dans mon couple. Heureusement, rien n’est arrivé à mon bébé, son papa était là et l’a mis à l’abri. A l’abri, ce jour là, ça voulait dire loin de sa mère.

Il m’a fallu des mois avant de lui pardonner et de parvenir à l’aimer comme avant, ce corps. Il m’a fallu refaire le chemin que j’avais fait à l’adolescence, quand il change tellement qu’on ne le reconnait plus, et que j’avais refait quelque années plus tard, au moment des premiers faux contacts. Il a fallu me l’approprier de nouveau, pour ne refaire qu’une avec lui
Maintenant, je suis beaucoup plus indulgente envers mon corps. Je sais l’apprécier pour ce qu’il m’offre et me permet de faire : héberger mon âme, consoler mon petit, séduire mon amoureux. Il m’a rappelé de façon brutale que, quelles que soient les circonstances, il ne faut pas que je l’oublie, que je l’occulte, que je n’en prenne pas soin. C’est lui qui me permet d’être ce que je suis.

Je le remercie mais putain, parfois, il fait chier.

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