Des courbes et des os

Mon corps et moi c’est comme une histoire d’amour. Il y a eu des hauts, des bas, des jours avec, et des jours sans.

La dysmorphophobie a toujours rythmé ma vie, avec cette impression d’être dans ma peau comme on flotte dans un manteau trop grand. Sauf qu’un manteau, on peut l’enlever .

J’ai martyrisé ce vêtement pendant des années. À grands coups de privations, de vomissements. J’ai bu des litres et des litres d’eau tous les jours, fumé comme un pompier. Puis quand la tentation était trop forte, je mangeais en une fois ce qu’on absorbe en une semaine. Puis la crise. Les conséquences, la prise de poids, la culpabilité, le dégoût.

Je n’arrivais pas à percevoir ni ce que je devenais, ni ce que j’étais.

Et nous savons tous comme la plèbe peut être cruelle, surtout dans ses jeunes années. Les avances maladroites, violentes, parfois crues, n’aident pas à construire un égo stable, ou assez conséquent pour pousser vers l’avant. Les remarques, les questions, les taquineries, les moqueries, sont autant de grains de sel qu’on saupoudre sur une plaie gangrénée.

Les amours aident parfois, et dans d’autres cas, ce n’est pas suffisant. La comparaison. Se comparer aux anciennes conquêtes, à celle qui passe sur le même trottoir, aux fréquentations.

J’ai toujours été très discrète sur cette partie là de ma psyché.

Là aussi j’épargne beaucoup de détails.

Parce que si nous ne faisons pas de concours de peines, ou d’épreuves, nous avons toutes connu des souffrances, qui se rejoignent, parce que si elles ne sont pas liées à la psyché, à la construction de la personnalité, ou de l’estime globale de soi, c’est au corps que nous nous référons.

Aujourd’hui, j’ai vingt-deux ans. Je mesure 1m60, ma balance m’indiquait 52 kilos dimanche dernier. J’ai perdu dix kilos suite à une rupture difficile. Et j’ai hâte de reprendre du poids.

Parce que si aujourd’hui mon corps est un vrai chantier, et qu’il changera tous les jours de ma vie, je l’aime. J’aime mon bassin, trop étroit, mes clavicules saillantes, mes vertèbres exhibitionnistes. Mais j’aime d’avantage mes seins, mon ventre rebondi, mes fesses rondes, mes joues pleines.

Aujourd’hui je n’aime pas seulement ce manteau.

Je m’aime, et de jour en jour, on me le rend plutôt bien.

Circé

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2 réflexions au sujet de « Des courbes et des os »

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