Moi et mon « autre »

Mon corps et moi, on s’est perdu de vue il y a longtemps.

A cette époque, j’étais petite fille, je ne savais pas ce qu’être jolie signifiait, les gens m’aimaient pour des tas de raisons et moi je n’avais pas conscience de l’existence du concept de la beauté. Quand je me regardais dans le miroir, je me voyais, « moi ».

Et puis un jour, on me dit que je suis laide, que je suis grosse, que je ne suis pas jolie …

Mais moi dans le miroir, je me vois toujours pareil, rien n’a changé.

Et depuis ce temps-là, j’ai deux corps : celui qui est dans ma tête, celui que je vois dans le miroir, « moi », et l’autre, celui que les gens voient, celui qui incite aux moqueries, aux méchancetés.

J’aimais le premier, je détestais le deuxième ; comment aimer quelque chose qui ne vous apporte que des ennuis ? …

Je ne me sentais moi qu’avec le premier corps, quand je me regardais dans le miroir, quand je pensais à moi, je me voyais telle que je me l’imaginais …

J’ai mis du temps à comprendre que je devais faire la paix avec ce deuxième corps, le vrai corps, celui de la réalité.

La méthode que j’ai choisi n’était peut-être pas la plus sage …

Il est difficile d’expliquer l’automutilation en commençant par dire qu’on a jamais recherché la souffrance.

Peut-être en disant que c’était un moyen de faire de mon corps « mon œuvre », la toile d’expression de mes désirs, de mes joies et de mes peines.

En faisant ça, j’étais fière, chaque plaie, chaque cicatrice était ma marque sur un corps dont j’étais si loin que j’avais l’impression qu’il ne m’appartenait pas.

Quand je voyais la cicatrice en forme du logo de mon groupe préféré, je me disais « Oui, ça c’est bien moi ! »

Le sang aussi était important ; j’ai toujours aimé voir mon sang, la preuve que je suis vivante.

La douleur, j’essayais de la supporter, mais j’aurais aimé l’éviter. Je la remercie aujourd’hui, c’était ma limite, celle qui m’a empêchée de tomber trop loin.

Les cicatrices, je n’en voulais pas ; ma démarche était personnelle, les autres n’avaient surtout pas à être au courant, c’était une histoire entre moi et mon corps. Mais pour garder des traces, j’ai pris des photos …

Aujourd’hui, je suis en paix avec mon second corps.

J’ai admis son existence, j’arrive même à l’aimer par moments.

J’ai gardé quelques cicatrices, involontairement : 3 lignes sur le haut de la cuisse, deux sur le bras gauche, et la rune Eolh (symbole de protection face au destin) sur le sein droit ; je ne regrette pas cette période, mais je suis contente qu’elle soit derrière moi.

Et je rêve du jour où mes deux corps ne feront plus qu’un, le jour où ma tête et la réalité se rejoindront, et où je n’aurais plus qu’à être « moi ».

Joan Liv

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3 réflexions au sujet de « Moi et mon « autre » »

  1. Comme quoi, les personnes qui se mutilent n’ont pas la même démarche vis-à-vis de cette « pratique ». J’ai arrêté de me taillader il y a quatre ans, après quatre ans d’automutilation (quotidienne). Et je recherchais la douleur physique pour me détourner de ma souffrance intérieure. Je recherchais l’auto-destruction, comme pour me prouver que moi aussi, je pouvais faire ce que je voulais de mon corps. Et mon corps, je n’en voulais plus… Je voulais garder des cicatrices, et je les ai gardé (ma peau marque énormément). Je le regrette aujourd’hui. Je les aime et je les déteste. Je les aime car elle me rappellent que le vrai contrôle, c’est d’avoir su dépasser ma souffrance et pouvoir affirmer aujourd’hui « c’est du passé ». Mais je les hais, car je ne sais pas ce que je vais pouvoir répondre à mes enfants le jour où il seront assez mûrs pour me poser des questions à leur sujet. Maman n’a pas le droit d’avoir été si faible…

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    1. oui, vraiment touchant moi je suis en train de m’arrêter, parce que je me suis rendue compte que je faisais souffrir mes proches plus que moi ><"
      La vie est dure mais je suis arrivé à choisir mon camp, on peut choisir d'être heureux, je vous le promet, il suffit d'un changement d’état.
      je travail mieux au collège, mon copain, qui se mutilait aussi n'arrive pas à comprendre comment j'arrive à rire à la vie autant que ça mais comme je l'ai dit, il suffit d'un changement d'état intérieur, et une paix intérieur énorme. il faut réussir à la trouver, seul.
      Parfois je suis tellement heureuse d'être heureuse que je ressent la douleur des moment où je me sentais tellement mal que j'avais besoin de voir ce sang couler, je la ressent en inversé , c'est une force de douleur/mal être qui peut se convertir en "boule de chaleur", une force de bien être !
      je vous souhaites à toutes et à tous d'être fort et de trouver le meilleur chemin
      bisous :)

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  2. Très touchant, tu as l’air d’avoir beaucoup de recul. Et comme Hiljainen, je découvre une autre « facette » de l’AM que je ne connaissais pas, j’ai eu le même parcours qu’Hiljainen.
    Heureuse aussi que tout cela soit derrière, je te souhaite que le jour où tu te retrouveras « une » arrivera bientôt.
    d.

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