La dépendance affective, ou les complexes qu’on nous crée

Je n’ai jamais été complexée au point de ne pas pouvoir me regarder dans un miroir, au point de détester mon corps, de le renier, de vouloir en changer. Mais ma dépendance vis à vis de certaines personnes font qu’un jour je me suis regardé à deux fois dans le miroir. Et si elles avaient raison? C’est vrai, ces bras, ces cuisses, ce ventre… Je les ai laissé s’insinuer dans ma « vie corporelle », porter un jugement sur ce corps qui ne ressemble en rien à celui de mon enfance.

J’ai été une enfant banale physiquement, ni maigre, ni grosse. Puis vers 12 ans viennent mes premières règles, mon corps change, mes hanches s’élargissent, mes bras stockent beaucoup de graisse… A mes yeux, le changement n’est pas flagrant mais vient la première réflexion de la part d’un camarade de classe. Je prends sur moi, d’autant plus que je suis devenue experte en matière de carapace, étant bègue je me dois de me faire la plus discrète possible.

Puis les années passent, je commence à prendre la pilule, et hop 10kilos en quelques mois. MAis là encore, je ne me prends pas la tête, je prends les choses comme elles viennent. Quand je rencontre mon homme qui deviendra le père de ma fille et mon mari, nous nous installons rapidement ensemble. Une chance pour moi, comme pour me couper définitivement de mon enfance et mon adolescence désastreuses. Grandir dans une famille qui se déchire, avec un beau père narcissique manipulateur qui me critique à longueur de temps (mon poids, ma personnalité), un géniteur qui me tourne le dos, le bégaiement, la timidité maladive… tout cela marque, en prenant mon envol je tourne le dos à tout ça. Mais je garde précieusement une relation privilégiée avec les deux femmes les plus importantes pour moi, celle que j’ai toujours eu l’impression de devoir protéger, ma mère, et celle qui nous a toujours tous protéger, ma grand mère. Je ne peux couper le cordon, comme redevable, ligotée… Je n’ai pas su mettre la distance nécessaire à la construction de ma propre famille.

Arpès m’être installée avec mon homme, je prends du poids. On se fait des restos, on se fait plaisir!! Et puis je bosse en restauration, ce qui n’aide pas forcément! Mangeant sur place la plupart du temps, je mange, je mange, je mange. Et je grossis. Là je le vois, mais je ne suis pas complexée au sens propre du terme, ça m’ennuie bien sûr de ne pas pouvoir bouger correctement dans mon « uniforme », de ne plus pouvoir porter certaines choses. Mais je ne ressens pas de dégoût pour mon corps, je m’y adapte sans essayer de lutter.

L’environnement dans lequel je bosse n’est guère différent de celui dans lequel j’ai grandit. De nature pessimiste, je prends sur moi, me ferme. Je mange.

Je claque la porte du travail, galère pour retrouver du travail, incapable de me vendre, perd toute confiance en moi. Je me sens inutile, nulle, je grossis.

Octobre 2008, je tombe enceinte, enfin un sens à ma vie! Je couve ma fille comme une perle précieuse, épanouie, mais l’attérissage n’est pas idyllique lui. Dépression du post-partum, mes vieux démons sont de retour, ma confiance en moi disparaît définitivement.

Mon surpoids devient flagrant, je vis avec, je m’y adapte. Mon homme m’aime toujours, apprécie mes formes rondes. Tout le contraire d’elles. En particulier, elle. Elle se voit en moi je crois, elle qui est au régime depuis ses 17 ans. Elle qui est dépressive me taxe de dépressive. Oui, maman. Elle essaye de me persuader que je ne suis pas heureuse. Non, maman tu as raison. Un jour ce sont mes dents, c’est vrai du côté paternel ils ne sont pas gâtés niveau dent. Pauvre de moi j’en ai hérité. Mais oui maman. Puis vient la pire chose qu’elle a pu faire… Ce qui m’a blessé au plus profond de mon être… Un week end j’arrive chez elle, il y a un cadeau pour moi. Un stock de briquettes minceur!! Y’en a pour plusieurs semaines, je n’en buvrai qu’une. CElle là même qui m’a permis d’ouvrir les yeux, enfin. MAis trop tard, le mal est fait, les réflexions sur mon poids, la satisfaction et la fierté dans ses yeux quand je perds un peu de poids, et pourquoi ne pas avoir vue cette fierté quand j’ai décroché mon premier job? Finalement, je regarde à deux fois dans le miroir, commence à détester mes bras, ce bourrelet sur les côtes, mon double menton…

Vient ma crise d’adolecence à retardement, je fais n’importe quoi, tourne le dos aux mauvaise personnes, je maigris, moins 13kilos. Elle est heureuse!!! Moi, je ne vois pas la différence. Je reprends mes esprits, prends conscience de la valeur de certaines personnes, blessées par d’autres, je reprends un peu de poids, mais je ne m’en sens pas plus mal. il s’agit de mon corps, de mes vergétures, cicatrices de mon passé, plaies qui se referment (blanchissent) petit à petit, mon corps entier en est criblé, je ne les vois même plus.

Je ne suis pas forcément complexée, on l’est pour moi. J’ai apprivoisé ce corps qui a subit les épreuves que l’on m’a imposées. Mon corps et moi sommes unis, il n’en fait qu’à sa tête, je n’en fais qu’à la mienne, on se complète, nous ne faisons qu’un. Nous nous sommes apprivoisés, lutter contre sa volonté m’use rien que d’y penser, je n’ai aucune volonté de changer physiquement, ni même l’envie. Je suis ronde, pleine, marquée, moi.

A.

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5 réflexions au sujet de « La dépendance affective, ou les complexes qu’on nous crée »

  1. Les complexes nous viennent du regard des autres, d’une norme qu’on voudrait nous imposée.
    Ton témoignage est touchant, vraiment…
    Tu as eu une sacrée force pour envoyer bouler ces normes.
    Bravo.

    ( et moi je trouve pas du tout que tu aies de quoi complexer !)

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  2. beau témoignage ne change pas, on ressent que tu es bien comme tu es vie pour toi, et les autres tu t’en chiche du moment que tu est bien toi dans ton corps c’est le principal, ca fait du bien de lire un témoignage comme le tien. Merci

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  3. Je suis toujours étonnée, découragée, triste, de voir à quel point nous subissons les critiques, de part et d’autre, au sujet de notre poids, de voir à quel point les diktats beauté et minceur sont si oppressants, de sorte qu’on ne peut être immunisées de ces regards…
    Merci pour votre témoignage, et oui, nous sommes belles telles que nous sommes…

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  4. si c’est une photo récente, je t’y trouve tres bien :) je suis à peu près comme toi. mais moi je m’aime pas, donc j’essaie de maigrir. pas pour plaire aux autres, pour ME plaire! si tu t’aimes comme ça, c’est chouette

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