Auto-mutilée

Cette photo c’est mon bras gauche. Vous allez dire que vous ne voyez rien de spécial. Moi si. Ce bras est un rappel à l’ordre. Un appel quotidien de mon passé, de ce que j’ai été, de ce que je peux redevenir un jour.

 

L’été particulièrement, j’y prête énormément attention. Avec le soleil, le bronzage, de fines lignes ressurgissent. Ces petites lignes si fines peuvent me trahir à tout moment. Ces petites lignes si fines sont un gouffre béant vers le côté le plus sombre de ma vie.

 

Lorsque j’avais environ 12 ans, mes parents ont divorcé. Je l’ai très mal vécu. D’autant plus mal vécu que je savais que mon père trompait ma mère, que je savais que ma mère était fragile, qu’elle avait déjà fait des tentatives de suicides. Je l’ai vue du haut de mes 12 ans totalement défoncée aux anti-dépresseurs, une ambulance du SAMU garée devant la maison, une voiture explosée.

 

J’ai grandi dans cette violence.

Puis mon père s’est installé avec une autre femme que je haïssait, et qui me le rendait bien. Il ne m’a rien expliqué sur ce qui allait se passer, ni sur le fait que désormais on vivrait tous ensemble, avec de nouveaux frères et soeurs. Je ne savais pas que je ne rentrerais jamais « chez moi ».

Un jour, tout cela a été trop dur pour moi. Je suis allée m’isoler aux toilettes pour pleurer. Je devais avoir 13 ans. Sans savoir pourquoi, j’ai pris la barrette que j’avais dans les cheveux et je l’ai frottée très fort sur mon bras. Ca me brulait. Ca me faisait mal. Mais ça me faisait aussi beaucoup de bien. J’avais détourné la douleur. Tout à coup, j’avais moins mal dans ma tête, parce que j’avais mal dans mon bras.

 

Et ça a continué. La barrette ne suffisait plus. Quand je sentais la colère et la douleur monter en moi, j’attrapais un couteau, je le posais sur mon bras, et tout doucement je faisais aller la lame. Ca griffait. Ca déchirait la peau. Un couteau à dents ça n’était pas l’idéal. Alors, je cherchais d’autres moyens. J’ai tout essayé : les couteaux avec ou sans dent, les ciseaux, les rasoirs, les cutters, …

 

Assez rapidement c’est devenu quelque chose d’habituel pour moi. J’étais devenue complètement dépendante. J’avais tellement mal dedans, que je me faisais mal dehors. Quand je voyais le sang perler, je sentais un gros poids quitter mon estomac. Je voyais littéralement la douleur quitter mon corps. Dans ces moments là, je ne contrôlais plus rien. C’était ma douleur du dedans qui contrôlais tous mes gestes. Une fois que c’était fait, j’avais le sentiment de reprendre conscience, comme en sortant d’un rêve. Je savais ce que j’avais fait, mais j’avais l’impression de ne pas l’avoir dirigé.

 

Quelques années plus tard, je m’étais améliorée. J’avais à côté de mon lit une trousse, contenant mon cutter. Il y avait aussi un nécessaire de camouflage. J’allais au lycée et il ne fallait pas que ça se voit, surtout pas que ça se sache.

J’avais donc un peu de tout dans cette trousse : du désinfectant, des compresses, de quoi faire un pansement et un bandage pour camoufler le tout.

 

Il m’a fallu longtemps et énormément de volonté pour réussir à arrêter ça. Un jour au lycée j’avais comme devoir d’écrire un poème et je crois que c’est ce qui m’a libérée. J’ai découvert l’écriture, et quand je voyais les mots s’enchainer sans que je les contrôle, j’avais la même sensation qu’en voyant le sang. Alors j’ai pu arrêter.

 

 

Aujourd’hui, j’ai 32 ans. Tout ça ne sera jamais complètement derrière moi. Je sais que je suis toujours sur le fil. Borderline.

J’ai recommencé une fois, il y a 2 ans. une crise d’hystérie à cause de mon ex. Mais je n’ai recommencé qu’une seule fois depuis 15 ans. Et je trouve que c’est assez prometteur.

 

Je sais très bien ce que comportement fait peur à énormément de monde. C’est pourquoi peu de personnes savent que je l’ai fait. Dans les émissions, quand on en parle, on passe pour des fous, des psychopathes.

 

Non, on est juste en grande souffrance. Alors on se bat tous les jours, et on fini par y arriver.

 

J’ai 32 ans, et pendant des années, je me suis auto-mutilée.

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16 réflexions au sujet de « Auto-mutilée »

  1. Nadine : merci

    Verivita : au lycée, 2 de mes très proches amies l’ont découvert. On chahutaient, et l’une d’elle m’a attrapée par le bras dans le jeu et a senti mon bandage.
    Comme nous étions très proches j’ai pu leur en parler, sans qu’elles me jugent.

    Beaucoup plus tard, je souffrais toujours d’une dépression importante, et j’en ai parlé à ma mère. J’avais besoin que ça sorte. Elle ne m’a pas jugée non plus, au contraire, je crois qu’elle s’en est voulue de n’avoir pas vu.
    Vous dites que vous vous y retrouvez, avez vous arrêté aussi ? Je vous le souhaite. il faut trouver un substitut, quelque chose qui défoule autant.
    De tout coeur avec vous

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    1. C’est dingue, j’ai l’impression de me lire…l’auto-mutilation ou comment faire pour que la souffrance mentale s’estompent grâce à une souffrance physique…je l’ai fais durant près de 4 ans…personne ne l’a vu ou ne voulait le voir…seul ma meilleure amie le savait, on partageait ensemble une douleur incomprise, elle se faisait vomir car se trouvait trop grosse dans son 36 et moi je m’auto mutilé au compas pour m’enlever une souffrance causé par un petit ami violent, agressif…
      Aujourd’hui mariée à un homme qui m’aime, qui sait ce que j’ai traversé car j’ai voulu qu’il connaisse mon passé avant de m’engager, et enceinte d’un petit garçon que j’éduquerai pour qu’il soit le parfait gentleman et prince charmant, qu’il ne fasse jamais souffrir une femme comme on a pu me faire souffrir…
      5ans sans m’être auto-mutilé, mais j’y pense toujours quand un gros problème pointe le bout de son nez…pour éviter et faire sortir ces douleurs différement, je me suis tatouée les endroits où le compas rentré…mes avant bras sont auto mutilés par des dessins, des couleurs qui signifient énormèment pour moi, qui retrace mon passé qui retrace mes joies et mes peines…mais qui m’évite de retomber dans cette spirale!
      Mes avants bras sont devenus ma fierté…j’aimerais avoir le courage de les mettre en photo mais au vue de mes tatouages, mes amis, ma famille pourrait me reconnaitre et je suis trop pudique de cette période pour enfin commencer cette discussion avec mes parents  » oui j’allais mal, oui je me suis faites tatouer pour cette raison, oui il me tapé, non vous n’avez rien vu… »
      Merci, grâce à toi j’ai quand même pu faire sortir ce texte, qui devient long sans que je ne m’en rend compte…!

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    2. J’ai arrêté oui, sans réellement trouvé de substituts. L’amour que me porte mon homme m’a aidé énormément, et petit a petit, à force de ne plus y penser, de ne plus le faire, je n’en ressens plus aucune envie. Même dans les périodes plus noires.
      Par contre, bizarrement, je garde toujours des lames sur moi, dans mon porte feuille. Et généralement ceux qui s’en aperçoivent me sortent « mais qu’est ce que tu fiches avec des lames?! » et à cela je leur répond « C’est toujours utile… » La plupart du temps, je taille mes crayons avec !

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  2. wouah je n’ai qu’un mot : MERCI, car je connais quelqu’un qui fait la même chose, et jusque là je n’avais pas pris en compte que c’était peut-être ou aussi pour faire sortir sa douleur morale, et c’est très important dans un processus de compréhension quand on est extérieur à cela, de le savoir. Malheureusement, au bout d’un moment, quand ce n’est pas caché, la famille, les amis, les connaissances, s’habituent à ce comportement, en ont marre de s’apitoyer, pensent qu’il faut faire comme si de rien pour que la sale habitude s’en aille, et ils en viennent à juger la « mutilée » comme une personne qui veut attirer l’attention et qui se victimise pour que l’on s’occupe d’elle, ce qui n’est au fond, peut-être, pas totalement faux.
    J’aurais une question, si vous pouvez y répondre, ce serait chouette : quelle attitude pour nous, extérieurs à cette souffrance, pouvons-nous adopter ? Merci pour votre éventuelle réponse et encore Merci pour ce récit qui m’a éclairé.

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    1. Surtout ne pas nous juger, trouver quelque chose pour nous faire arrêter sans que se soit direct ou avec quelque chose qui nous force… Nous écouter et être juste là….

      J’ai 14 ans, comme casiment tout le monde ici, je me mutile, je suis malheureuse, des amies qui me comprennent pas, des parents qui non seulement s’en foutent mais en rajoutent….. Je souhaite bonne chance à tout le monde et merci de nous comprendre et nous respecter… ♥

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  3. @ Je te comprend : Merci de ton message que je trouve extrêmement positif et qui m’a fait beaucoup de bien. Tu as trouvé par le tatouage de quoi affronter ça et de quoi t’y confronter. Quel courage !
    Ton message m’a donné le sourire, et plein plein d’espoir. Merci.

    @ Verivita : tu gardes des lames sur toi « au cas où » ? je crois que je peux comprendre, j’ai mis du temps avant de me séparer de tout. maintenant que j’y pense, je n’en ai plus depuis cette dernière « crise » avec mon ex. Une page de tournée. Je crois.

    @ Jo : je pense que quand elle n’est pas cachée, c’est effectivement pour attirer l’attention. attention, je ne dis pas du tout que c’est feint, parce qu’il faut quand même avoir des idées particulières en tête pour parvenir à se couper. Je veux dire par là que cette personne montre qu’elle a besoin d’aide, qu’elle souffre.
    Après tout dépend de qui il s’agit par rapport à vous. Une fille, une amie, une connaissance, une nièce. Je dis « une », parce qu’il parait que c’est très féminin comme comportement.
    En fait, je me garderais bien de donner des conseils sur la façon d’appréhender les choses, car chaque personne est différente.
    Mais il est évident que cette personne a besoin de quelqu’un qui lui dise « je vois ta souffrance. je ne te juge pas. j’ai peut etre des solutions pour toi ou peut etre que je n’en ai pas. mais je te vois et je peux t’écouter ».
    les amies qui l’ont su pour moi ne m’ont pas jugée. elles ne m’ont pas dit que c’était mal. elles se sont assises à côté de moi, et elles m’ont dit « parle nous ». je leur ai parlé.
    il ne faut pas faire comme si de rien n’était, parce que c’est une chose grave. et si cette personne le montre, c’est qu’elle veut qu’on le voit.
    je pense qu’il ne faut porter aucun jugement. ne pas dire « ne le fais pas ». mais simplement être là. lui suggérer peut être de trouver le moyen de détourner cette violence contre autre chose qu’elle même. allez courir, taper dans un sac, écrire, faire de la musique, etc… chaque personne a sa propre solution. il faut juste la trouver.
    j’espère en tout cas que les choses s’arrangeront pour cette personne.
    vous pouvez lui dire de venir lire ce blog peut être, qu’elle sache qu’elle n’est pas la seule à l’avoir vécu, et que l’on s’en sort.

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  4. J’ai fait ça, moi aussi. Pendant 4 ans.Malheureusement, les cicatrices sont très visibles. Je sais que beaucoup les ont vues sans me poser de questions. Si : mon homme. Le jour même de notre rencontre. Je me suis contenté de lui dire « j’ai arrêté », il a connu les détails plus tard.
    Ce qui m’a fait arrêter ? J’ai fait une tentative de suicide. Je me suis ouvert le poignet, une blessure béante, les veines tranchées, le sang qui gicle, partout, incontrôlable, 6 points de suture (ont peut encore en compter les marques autour de la cicatrice).
    Ma mère en a été folle de désespoir, je ne l’avais jamais vue comme ça. Elle pleurait, elle criait presque. Je la revois dans ma tête, je ne me le pardonne toujours pas. C’est l’un de mes pires souvenirs. J’ai arrêté du jour au lendemain.

    J’ai recommencé une fois depuis, une seule, après une violente dispute avec mon mari. J’étais partie dehors, j’ai trouvé une pierre tranchante, je me suis griffée jusqu’au sang. Mais je ne lui en ai jamais parlé, ni à personne d’autre. Rien qu’à l’idée qu’il puisse en être malheureux, je me suis sentie extrêmement coupable. Et puis j’ai un enfant, bientôt deux… je n’ai plus le droit d’être aussi faible.

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  5. Merci pour votre réponse, il s’agit de ma belle-soeur qui a de gros problèmes de couple et a fait une énorme dépression, plus crises d’angoisse. Elle a été internée, tentatives de suicide, médicaments qu’elle ne veut pas prendre régulièrement, refus d’aller voir un psy et/ou de quitter l’homme qui la violente moralement. Incapacité certainement, malgré le fait que dans sa famille, certaines de ses soeurs lui aient tendu la main et lui aient proposé de venir habiter chez elles. Elle a fait machine arrière, dès que son bourreau le lui a ordonné.
    Ils ont une petite fille qui souffre, et qui ne va pas voir le psy non plus, parce qu’ils ne veulent pas! Si l’on tend la main, on nous traite de dérangé et de trouble-famille, c’est un comble. ça me met en colère, ms l’on se sent impuissant. Elle a devant des psy et des témoins à l’hôpital, dit qu’elle était victime d’abus sexuel, puis s’est rétractée. C’est très compliqué, car elle dit perdre la tête et devenir folle. Et lui en profite, il lui pompe son argent, et elle, lui donne sa carte bleue, donc tout « semble » consentis. et elle continue d’appeler au secours, de mentir, elle commence à boire. C’est la descente aux enfers.
    Nous avons besoin d’aide, car j’ai déjà eu cette conversation avc elle : lui dire que je comprenais sa souffrance, ayant moi-mm eu une dépression pr d’autres raisons, ms rien n’y fait, elle se persuade que personne ne la comprend, et qu’elle est seule. Ce qui n’est pas faux. Le pire c’est que tout le monde se blase, et se lasse de cette situation, et ne pense pas à la petite qui souffre.
    Je me demande si l’on peut porter plainte, ou dénoncer. Je ne sais pas.

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  6. Je trouve ton parcours formidable, j’ai que 15 ans mais moi j’ai vécu pas pareille que toi mais moi quand je regarde mais cicatrice aujourd’hui je le dégoûte toute seul, je vais le faire tatouer sur ma cicatrice parce qu’elle me donne envié de vomir des que je la voie… Mais c’est très dur aussi car j’ai peur de m’en séparer, c’est tout à fait débile ce que je dit mais bon voilà .. Juste pour vois dire que j’admire votre parcours. Moi j’ai pas vécus pareille mais voilà.

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