Le drame est logé dans le corps

scarifications

Tombée ici par hasard (si taper des mots connotant l’automutilation dans une barre de recherche c’est du hasard), j’ai envie de raconter en bloc ce que je n’ai jamais raconté que partiellement.

Mon corps a beaucoup d’histoires, on va la faire chronologique.

La première c’est ma naissance, prématurissime.
6 mois à l’hosto dont pas mal en couveuse, une machine dans mon dos un jour surchauffe, j’en garde une marque de brûlure assez discrète bien que conséquente, qui ne me dérange pas.
Les tuyaux dans mes narines les ont agrandies asymétriquement.
Une opération pour éviter que je ne devienne aveugle m’a laissé un strabisme qui m’a longtemps beaucoup complexé, mais aujourd’hui j’arrive à regarder les gens dans les yeux plusieurs secondes, et quand je leur parle j’imagine moins le visage que je leur renvoie, même si ça n’a pas tout à fait disparu.

Ensuite une pause de bien des années, je n’aime pas particulièrement mon corps ni mon visage, mais la haine n’est pas encore là.
Elle vient au lycée, pour des raisons que je juge inutile de détailler ici.
Je commence par les scarifications, je ne me suis jamais fait de blessures graves, il faut attendre un, deux ans et les cicatrices disparaissent, mais mon corps n’en a pas été vierge depuis plusieurs années. Même si aujourd’hui ça n’est plus un problème, ma cuisse en bave un peu de temps à autre. C’est rare, c’est rien du tout. Tenté-je de me convaincre.
Il y a une raison notamment qui me pousse à me tailler. Une raison que je n’ai jamais lu nulle part alors je la livre ici avec toute ma honte.
ça me fait une raison pour fuir les propositions sexuelles avec lesquelles je ne suis pas à l’aise. Simplement parce que je suis pas une fille qui couche facilement. J’aimerais bien l’être, je suis jeune, bientôt le temps sera finit où je peux potentiellement m’envoyer qui je veux, enfin s’il n’y avait pas ce corps, ces marques, ce malaise avec tout ce qui a trait au sentimental (le cul pour le cul je n’ai connu quasiment que ça et en même temps j’a toujours fait du mal ou eut mal ensuite. Alors pas de sentiment? J’y crois moyen.).

Les autres raisons qui poussent à ça, elles sont bien connues, je crois, mais enfin cette impression de bouillonner intérieurement que ce soit d’angoisse ou de haine ou de désespoir, vouloir couper court à ça.
La haine bien sûr, ne pas se supporter, littéralement, alors faut s’amocher, s’abîmer.
Je me suis toujours sentie naze, en période d’automutilation, de pas oser couper assez profond.

Puis ensuite les galères alimentaires, bien finies elles. Des troubles qui n’en ont pas été, je n’ai pas été vraiment malade, mes symptômes étaient assez “légers”. Mais en période de grosse déprime j’ai adopté des comportements anorexiques et surtout de boulimie vomitive qui, même si ce mal est resté assez superficiel d’un strict pont de vue médical, m’ont pris un an de ma vie. L’obsession surtout qui laissait aucune place pour quoi que ce soit d’autre. Encore la honte de même pas être vraiment malade. De me dire que j’avais le choix et que je faisais le mauvais. Se faire vomir jusque dans les restos, chez les amis des parents, avec la famille dans la pièce d’à côté. Inquiéter l’entourage, les faire culpabiliser. Je n’arrive pas à croire que j’ai pu tomber si bas.

Puis le nodule énorme qu’on m’a enlevé, la cicatrice dans le cou que j’aime parce que pour celle-ci je ne suis pas coupable.

Et puis l’acné. Fléau. Apparu récemment. Stress du changement de vie, pollution de la grande ville. J’ai honte de mon visage. Je n’ose pas draguer qui que ce soit. Pas avec un visage aussi dégueulasse, mon dieu. Les hommes qui ont bien voulu le toucher dans cet état, quand j’y repense je chiale souvent. ça passera, bien sûr, il faut faire un traitement. Retourner voir des médecins. J’en peux plus des médecins, qu’ils soient psy ou autres. Parce qu’aujourd’hui je vais plutôt bien. Vraiment. Alors me faire chier chez des médecins. J’en ai bouffé pendant des années des médecins. Non.

J’aime pas mon corps mais ça n’a jamais vraiment été lui le problème, il n’est que triste témoin et victime de mes caprices et du Distilbène (je vous laisse chercher des infos sur ce médoc de merde si ça vous intéresse, je suis petite-fille de’ d’où la naissance catastrophique), le problème c’est moi, qui suit née n’importe comment en plongeant ma mère en dépression (je sais j’y suis pour rien, on choisit pas de naître, on choisit pas que sa mère soit bipolaire), qui ai traité les gens que j’ai aimé n’importe comment par cynisme désespéré.

Quiconque connaît un peu de mon histoire me reconnaîtra probablement dans ces mots. ça me flippe mais tant pis.

Mon corps, mon corps qui est moi sans l’être comme tout corps, cette tâche de nicotine qui grandit, mon corps que je ne sais pas rencontrer ailleurs que dans la destruction même après toutes ces années. Pardon mon corps, pardon ma peau. Un jour je te déploierai ailleurs que dans la violence et on dansera dans la lumière. On dansera avant de s’éteindre. On étreindra des hommes à nouveau, dans la joie, dans l’amour. Mon corps, mon cher corps. Fidèle gardien de mes secrets, de mes erreurs, de mes peines. Fidèle point de rencontre de regards intenses, de gestes tendres. Des paroles qui en tombent, murmurées dans les soirs chauds, dans les matins brumeux, dans les maisons, les cafés, les salles de cours. Des cris, des gémissements qui s’en échappent, des chants qui le libèrent. Et des mots merveilleux qui tombent sur lui, sur moi, doux. Des halètements qui désaltèrent. Des mélodies qui m’envahissent, des paroles, des gens, des chairs, des airs qui m’ont sauvé. Merci les autres. Merci la musique. Merci mon corps. Mon corps, mon corps, mon corps et mon allié. L’amour est logé dans le corps.

A la vie dans nos veines.

Trahie par l’homme que j’aimais

trahison

 

J’avais 14 ans. Il en avait 21.
Je l’aimais en secret depuis quelques temps.
Un jour je n’étais pas bien j’avais besoin de parler. Je l’ai appelé, je voulais le voir.

Il ne voulait pas. J’ai insisté.
Il a fini par passer me prendre.
J’ai commencé à lui déballer tout ce qui n’allait pas, je lui faisais confiance, j’avais besoin d’aide.
Il nous a conduit sur un parking de forêt. Il m’a dit « et maintenant on fait quoi? »
Je ne me suis pas rendu compte qu’il n’avait pas écouté un seul mot de ce que je lui disais.
On s’est embrassés, ce dont je rêvais secrètement.

Mais assez vite il a mis son sexe dans ma main et m’a dit « suce-moi ».
Puis  » ta première pipe ». « Tu suces bien ».
Il m’a demandé d’enlever mon pantalon et ma culotte et est venu s’asseoir sous moi sur le siège passager.
Je ne sais plus si j’ai dit non, ou quelque chose.
Il a juste dit  » ne t’inquiète pas je ne vais pas te pénétrer « . (Aujourd’hui je pense qu’il m’aurait pénétrée s’il avait eu une capote)
Je ne voulais pas voir alors je lui demandais régulièrement de m’embrasser.
Je ne sais plus comment ni où il a joui.
Après ça, il m’a demandé de garder le secret et m’a raccompagnée.
Je ne savais pas ce qui venait de se passer, je ne comprenais plus rien.
Quelques jours plus tard, il a été cassant avec moi, je n’ai pas compris pourquoi..
J’ai dû souvent essayer de l’appeler ou de le prendre à part pour avoir des explications.
Je n’en ai jamais eu réellement à part  » tu avais l’air d’en avoir envie » et « qui ne dit mot consent ». Et je l’ai cru pendant longtemps, que c’était de ma faute, que c’était moi qui l’avais voulu.

Aujourd’hui je ne le crois plus, je sais la vérité. Je n’ai plus honte, il est coupable. Je libère le secret.

Une photo de mon poignet que j’ai si souvent coupé lors de cette période.

Assigné femme à la naissance

Hakuna Matata

Je ne suis ni femme ni homme, mais un peu des deux, ou plutôt entre les deux.

En fait, enfant, mon corps m’importait peu. Maman m’habillait « en fille » et ça ne me dérangeait pas, mais je me m’identifiais pas en fille. Je ne m’identifiais que par mon prénom en fait, et je n’avais pas l’oppression du Madame futur. Filles et garçons jouaient aux pogs, à la corde à sauter et aux billes sans sentir de gêne, c’était neutre entre tout le monde, c’était cool.

C’est à la puberté que ça a commencé à merder. Dès mes 10 ans j’ai commencé à avoir des règles (anarchiques) et de la poitrine que je cachais dans un Tshirt serré + un sweat large. Je ne comprenais pas pourquoi, et ne reconnaissais pas la personne dans le miroir.
Je me voyais « garçon raté », j’imaginais une erreur de corps à la naissance pas bien claire dans ma propre tête. Je rêvais aussi beaucoup devant Ranma 1/2 !

Un soir, en zappant à la TV, j’ai entendu parler du « syndrome de Benjamin » (avec secret story ! la seule et unique fois où j’ai regardé sans zapper). Le témoignage d’Erwan m’a énormément parlé. Pas encore totalement, mais tellement plus que ceux qui me parlent comme si j’étais une vraie fille !
Je ne suis pas une femme, je dois donc être un homme trans ? J’attendais donc ma majorité pour entamer les démarches de transition, avec un doute tout de même car j’ai l’impression de mentir un peu quand je me présente au masculin (beaucoup fait au temps d’MSN par exemple, mais impossible dans la vraie vie vue l’apparence de mon corps). Mais est-ce à cause de mon éducation totalement binaire, ou ne suis-je pas un homme transgenre en fait ?

Entre temps j’ai rencontré celui qui est devenu mon mari. Pour et avec lui j’ai abandonné l’idée des opérations, j’ai laissé pousser mes cheveux, et petit à petit j’apprécie certains « trucs de fille », mais sans aller trop loin, sinon je me sens travesti-e, ça sonne faux, voire ridicule.

Je ne reconnais toujours pas la personne dans le miroir. J’ai toujours les poils qui se dressent et le front qui se plisse intérieurement quand on m’appelle Madame, mais je ne dis rien car je ne sais trop que dire, et mes tentatives de faire changer les choses dans mon entourage proche se soldent par du déni ou de la moquerie, alors avec les gens lambda… D’autant plus que j’ai porté trois enfants et les ai allaités. Aux yeux des autres c’est, s’il en fallait, une preuve de plus pour affirmer que je suis évidement une femme. Aux miens, j’ai ce corps qui me fait royalement chier au quotidien, mais j’essaie de profiter des quelques bons côtés que j’y trouve tout de même. Nous ne répondions pas aux conditions d’adoption, alors j’ai porté moi-même nos enfants, même s’il a fallu des
FIV (je me dis que même mon intérieur n’est pas clairement féminin). L’allaitement est pratique, gratuit et très bon pour eux : j’allaite pour eux et par commodité, mais en plus de ne pas y ressentir de plaisir, c’est une nouvelle source de dysphorie.

Les années passent encore : je viens de prendre 30 ans et j’ai tout récemment découvert la non-binarité. Et je m’y retrouve enfin ! Quelque part entre « androgyne » et « demi girl / demi boy » : je suis quelque part sur le spectre entre « femme » et « homme », ou un peu femme et un peu homme – je ne sais pas encore bien distinguer les deux – même si la première formulation sonne mieux à mon oreille/ressenti. J’y ajoute le terme de « fluide » car mon pourcentage sur l’axe H/F peut varier.

Donc je me connais enfin, mais en dehors des concepts binaires et figés qui règnent partout chez nous. Comment alors m’habiller pour être reconnu-e comme je suis par les gens que je croise ? Comment doit-on me parler, m’appeler ? Parmi les formulations proposées par d’autres personnes non binaires, je préfère le pronom « iel » au lieu du « elle » qu’on me sort à tout bout de champ. Qu’on utilise mon prénom, ou mieux, Mané (je pense atteindre un orgasme si quelqu’un m’appelle comme ça en vrai !) pour m’appeler et surtout pas « madame ». Monsieur me dérange moins déjà mais ce n’est pas envisageable avec mes formes… J’espère donc perdre beaucoup de poids et subir une grosse réduction mammaire pour pourvoir m’habiller de façon plus androgyne. Les accords féminins me gênent beaucoup aussi. Certain-e-s utilisent un « E » final pour inclure les hommes, les femmes et aussi tous les autres. D’autres mettent un « e » entre tirets, ou avec des points médians (·). On peut aussi utiliser une terminaison en « æ » ou en « euxse » qui me plait assez. (ex : « Iel est heureuxse. ») Je n’en ai pas (encore) l’habitude alors j’écris au masculin, mais ça me gêne parfois, alors j’ajoute « -e » en général. (ou Alt + 0149 pour faire le point médian, mais je ne m’en rappelle jamais…) Et, autant que possible, je tourne mes phrases pour ne pas avoir à y mettre (ou pas) une terminaison féminine. (au lieu de dire « je suis étonné-e », je dis « ça m’étonne ! »)

Et si vous n’avez rien compris… ça marche mieux avec un dessin ?

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Traduction rapide :
Il faut comprendre que notre carte d’identité nous désigne homme ou femme juste parce qu’un docteur à regardé entre nos jambes à la naissance et croit que la forme des organes génitaux coïncide forcément avec notre genre. (et ils font du forcing aux parents d’enfants intersexe pour les mutiler et choisir à la place des premiers concernés !)
PS : il est également faux de prétendre que femme = XX et homme = XY. Demandez à un généticien (ou à wikipédia).
L’apparence physique n’a rien à voir non plus avec le genre. La société occidentale a décidé que seules les femmes peuvent porter des robes à fleur sans être ridicules. C’est fondé sur rien du tout.

La vie sexuelle (ou asexuelle) et romantique (ou aromantique) n’est pas liée au genre non plus. (et ça ne regarde personne)
Seule la personne concernée peut juger de son genre/identité, et personne n’à rien à y redire.

Lui ou moi… Moi et lui !

corps des femmes
Mon corps et moi c’est toute une histoire.
J’ai 5 ans, et jusque-là je n’y avais pas fait attention. Il était là je jouais, je dansais, je sautais mais sans vraiment m’en préoccuper.
Et puis il y a eu ÇA… Cet épisode qui a marqué le début d’une relation compliquée. Mon cousin, une caravane stockée dans une grange, une cave chez une grand-mère. Des jeux d’un autre âge, de celui de mon cousin pas le mien. Il a 10 ans de plus que moi. Ses jeux ne sont pas les miens, pas ceux de mon corps. A cause de lui j’ai senti ce corps. Mais je n’aurai pas dû le remarquer si tôt, pas de cette façon…
Et puis pendant longtemps j’ai « oublié ». Moi oui, mais pas mon corps.
Enfant, très sage, très comme il faut. Mais quand les adultes ne sont pas là, je plonge dans le placard à gâteaux. Mon père me l’interdit, pour que je ne sois pas trop grosse, mais en achète plein. Il est malade dans sa tête mais à cet âge-là je ne remarque rien. Je ne suis qu’une ENFANT.
L’adolescence, comme dans une drôle de bulle, hors de la réalité. Mes copines ont des petits copains. On leur a demandé : « est-ce que tu veux sortir avec moi » ? C’est tout bête cette petite phrase, mais personne ne me l’a jamais dite. Et la seule fois où j’ai OSE demander par l’intermédiaire d’une copine, elle est revenue en me disant « non il ne veut pas, il dit que t’es trop grosse… » BAM !
Je mange trop, sans vraiment m’en rendre compte. J’espère maigrir à chaque fois que je suis loin de la maison. Mais ça ne dure pas assez longtemps et je replonge dans le placard à gâteaux.
Premier vrai petit copain.
Après coup je me dis que j’ai fait n’importe quoi avec lui. Premier baiser, premier rapport, première « expérience »… Tout allait trop vite, comme si je voulais rattraper mon « retard ». Je ne respecte pas mon corps, je ne sentais même pas ce qui se passais, mais je le faisais quand même.
Je fini par rencontrer quelqu’un de bien, qui m’aime et m’apprend à m’aimer. C’est long. Je pensais y être arrivée, mais ce n’était qu’une ILLUSION.
Au fond rien n’allait bien. Je veux maigrir une fois de plus, mais là ça va trop loin. Je n’habite plus chez mes parents, je gère mes « repas » toute seule. En fait je ne mange pas ou très peu. Je me déteste toujours, mais je suis enfin mince. Je m’insulte toujours, mais je suis enfin MINCE. Mais lui ne sais plus comment gérer ça. Sa détresse m’incite à aller voir une psy. Ça va mieux, ça m’aide, mais ce n’est toujours pas ça.
Mon corps visuel n’est pas satisfaisant, mon corps sensuel inexistant.
Les années passent. Je ne me déteste plus, mais je me tolère. Et ça, ça ne suffit pas.
Je tombe enceinte sans prendre de poids. Ma vie bascule. Entre bonheurs et incertitudes je deviens ADULTE petit à petit. Un deuxième bébé, toujours pas de kilos et cette fois, ça se passe plus facilement. Ça m’aide mais le problème n’est pas réglé…
Après m’être mise au sport, je suis de plus en plus mince. Plus mince que je ne l’ai jamais été. Mais je n’ai toujours pas de VRAIE VIE SEXUELLE. Ça me dépasse, moi qui pensais que le problème venais de là…
La peur est quand même là, peut-être même un peu plus maintenant que la graisse s’est littéralement envolée. Mais je ne sais toujours pas quoi faire de lui. On n’est pas complices, on ne se connait pas. Alors quand j’ai trop peur, je mange. Un peu trop. Alors je l’oblige à bouger, bouger encore et encore pour que rien ne s’accroche. Je l’oblige tellement qu’il finit par craquer. On finit tous les deux à l’hôpital. Rien de très très grave, mais assez pour que je puisse plus faire de sport. AÏE ! J’ai peur, de nouveau… Alors je mange.
Et là, cette fois je décide que C’EST FINI !!! Je décide que ÇA SUFFIT !!!
J’aurais voulu retrouver ce corps plus mince, mais on me trouvait maigre. Alors je décide que je vais essayer de L’AIMER VRAIMENT. De vivre avec lui, en LUI.
Nous avons vécu l’un à côté de l’autre pendant 35 ans.
Nous vivrons ensemble les 50 prochaines autres.
Fini les frustrations.
Fini les obligations.
Fini les observations.
Maintenant place à la vie, une vie d’équilibre avec ses hauts et ses bas. Mais pas ses peurs qui font faire n’importe quoi. J’espère pouvoir continuer sur cette voie qui semble bien apaisante. J’espère que je ne suis pas une fois de plus dans cette ILLUSION qui m’a souvent fait croire que tout allait bien.
Nous sommes là, tous les deux, chair dans la chair, liés à jamais.
2016 sera notre année de retrouvailles.

A qui la faute?

faute

Comment je peux raconter ça, comment je peux décrire ça, en sachant que j’ai tous les symptômes, tous les signes d’ « après » mais pas de souvenir d’un événement déclencheur précis…
Le souvenir le plus ancien que j’ai, c’est mon père dans la salle de bain, le sexe en érection (je ne le savais pas à l’époque, je l’ai compris lorsque j’ai vu celui de mon premier petit ami) me disant : ça c’est quand papa a envie de faire pipi…
J’ai le souvenir d’avoir raconté ce souvenir à mon petit ami de l’époque, le premier, premier tout. Mais je n’ai plus vraiment d’image de ce souvenir. Je me souviens avoir compris l’état de son sexe à ce moment-là, car à l’époque je ne savais pas et on ne m’a jamais expliqué grand-chose à ce sujet ensuite… Je me souviens donc que ce petit ami m’a dit alors, oui c’est vrai que quand on a envie de faire pipi fortement, on peut être un peu en érection… ça ne semblait pas anormal selon lui, ni au petit ami suivant d’ailleurs.
J’ai mis 1 an avant d’accepter de faire l’amour pour la première fois avec ce garçon, j’avais 15 ou 16 ans. J’avais peur de la pénétration, une peur de l’inconnu pure et simple peut-être. Je l’ai fait, ça a été un peu douloureux après, comme un bleu.
Nos ébats étaient toujours formidables, nous découvrions ensemble la sexualité. Et puis j’ai arrêté de l’aimer mais je n’arrivais pas à le lui dire, trop peur de changer la situation, j’avais des crises d’angoisses parfois. Donc je disais oui, alors que je voulais dire non, je me taisais car je ne voulais pas qu’il comprenne que ça n’allait plus pour moi. Que j’allais briser son cœur. Mon corps a parlé à ma place, il se fermait, il n’acceptait plus aucune intrusion. Et puis j’ai finis par lui dire. Nous nous sommes séparés, dans la douleur et le fracas.
J’ai ensuite rencontrée un autre garçon, le parfait gendre, de bonne famille. Il écoute mon récit et me dit qu’avec lui je n’aurai jamais besoin de psy….
Avec lui je fais beaucoup l’amour au départ, j’en avais envie mais pas envie en même temps. Parfois envie au début et plus envie pendant mais CHUUUT… ne blesse personne, ne fait pas de vagues, n’emmerde pas ton monde, ne lui brise pas son plaisir….Et puis peu à peu je me ferme à nouveau, j’ai mal pendant les rapports. Je commence à refuser certains rapports et là commence le chantage, pour qu’en échange d’une pénétration-éjaculation pour lui, je puisse enfin recevoir ses gestes d’affection. Etrange deal, deal destructeur. Car cette personne n’est pas spécialement tendre et ne sait pas gérer son désir, ne sait pas gérer l’intimité, la nudité. Si on est nus, c’est pour qu’il me pénètre, rien d’autre. La sexualité n’est que cela pour lui. J’ai peur de ses gestes, de son désir. Je suis toujours avec une main entre les jambes et sur ma poitrine pour qu’il n’aille pas toucher ces zones-là, car ce sont les seules qui l’intéresse.
Après 3 mois de relation avec lui mon corps me parle de nouveau. Je développe un herpès. Ma vulve est un terrain miné, je la sens comme brûlée, comme passé sous des lames de rasoirs, endoloris et ces boutons me faisant mal, m’empêchant de dormir tellement la douleur est intense. C’est pourtant auprès de lui que je cherche le réconfort. Cette douce absurdité qu’est l’aveuglement de l’amour et de la dépendance affective. Et finalement pas de virus de l’herpès en mon corps. Mon cerveau a créé cela de toute pièce… pour l’éloigner, le dégouter.
Je vais voir un psy pour comprendre ces problèmes. Elle me dit que ça n’a rien d’étrange que mon père m’explique le fonctionnement de son sexe en pleine érection, sous mon nez. La même qui me dit que cet herpès créé de toute pièce semble avoir un impact disproportionné sur ma vie, car j’en parle avec émotion.
Un médecin à qui je parle de mes douleurs lors des rapports qui passe bien plus de temps que de normal à me palper les seins.
Je me cherche une raison à ces douleurs, je suis aveuglé, toujours. Un gynécologue-chirurgien pense que j’ai un endométriose. Après être allé voir par célioscopie, ce n’est pas ça. Je le savais quelque part… Après l’opération sous anesthésie générale, il me dit que vu mon physique je devrais être mannequin… violence supplémentaire, abus de mon corps supplémentaire.
Aujourd’hui je suis avec quelqu’un de patient et à l’écoute mais avec qui je n’arrive pas à dire ce que je veux, car je ne le sais pas. Le lit est un endroit pour moi ou je suis en libre-service, je suis à disposition, je perds toute volonté. J’ai mal durant un rapport sur deux.
J’alterne et j’ai toujours alterné durant mes relations entre des moments d’envie intense mais toujours mêlés de refus et des moments de replis complets. L’envie complète et totale n’a eu lieu que lors de relation courte. Les rapports à long terme créé une relation de possession qui me font perdre mon indépendance, ma volonté, mon autonomie et me dépossède de mon corps, de mes désirs, de ma sexualité.

Je sais que quelque chose ne va pas, quand je lis des récits de femmes violés, je sens un échos en moi, un échos puissant. Lorsque j’entends des récits sur ces sujets, au sujets de femmes dont la volonté n’est pas respectée par un conjoint ou par une figure médicale, par un violeur, je sens une colère sans nom monter en moi, une volonté, une énergie qui me ferait tout détruire sur mon passage pour rétablir la justice et condamner ces comportements.
Je n’arrive jamais à comprendre quand cela à commencé et donc il me semble alors que c’est moi qui ai tout créé…. Moi qui n’ai jamais su m’affirmer… Je ne sais pas, que dois-je faire ?

Mais t’es bouchée ? Les oreilles c’est comme le… Ca s’lave !

oreille
Je suis ce qu’on appelle une enfant CODA. Children Of Deaf Adult. Vivre avec des parents sourds, c’est peut-être rigolo dans les films comme « La Famille Bélier » mais dans la vraie vie, c’est pas aussi rose. Dans la vraie vie, t’as 10 ans, tu réponds au téléphone et tu te fais engueuler par la représentante de la société à qui tes parents doivent de l’argent. C’est à toi que la personne menace d’envoyer l’huissier. 10 ans, bienvenue dans le monde des adultes.

Pas de chance, je suis moi aussi sourde. Enfin, je préfère dire malentendante. Pour le dictionnaire, c’est la même chose, pas pour moi.
Je tiens à ce qu’il me reste d’audition.
Je suis malentendante à 40 % environ. Avant je disais 30, puis 35…
Maintenant je suis honnête avec moi, et je dis 40 % environ.
Mes parents sont sourds à 100%, ils ont chacun une surdité différente de l’autre, et la mienne est encore différente de la leur. En gros, la faute à pas d’chance que ça me soit arrivé. A moi et pas à mon frère, pas à ma soeur. Veinards.
Enfin je suppose que c’est la faute à pas d’chance, parce que les médecins me disent juste « Bon bah on voit sur l’audiogramme que ça vient de l’oreille interne, plus précisément de la cochlée, mais on ne sait pas pourquoi ». Ils s’en fichent ? Peut-être. Un jour j’ai demandé à avoir un IRM, on m’a dit que ça ne servirait à rien. Bon bah d’accord si tu le dis.
Je suis comme ça depuis petite : à la maternité, je n’entendais pas, puis c’est venu par la suite. Et au fur et à mesure des années, mon audition a doucement baissé : elle est passée de -20 quand j’étais enfant, à -40 décibels depuis quelques années.
Vous me direz, sur 100, ça va encore ! En fait non. Parce que c’est une moyenne : j’entends les sons graves à -30, les conversations à -40, et les sons aigus à -70. C’est pratique des fois, je n’entends pas les moustiques voler (ouille piquée ! Tiens, y’a un moustique dans la
chambre…)

C’est quoi être malentendante ?
Je pense que les gens ne se rendent pas compte de ce que c’est que d’être malentendante. Par exemple, j’entends suffisamment bien pour discuter avec une personne, ou deux, quand on est au calme. Mais lors d’un repas avec des amis, c’est mort, je n’arrive plus à suivre personne. Tous les sons se mélangent, s’embrouillent, qui dit quoi ? Hey mais c’est quoi ce bruit ? Chut ! J’entends plus… Bon bah vas-y, sers-moi un verre, ça va passer le temps…

Etre malentendant, c’est demander aux gens de ne pas me tourner le dos quand ils me parlent.
C’est tendre l’oreille pour bien entendre chaque mot : essayer de deviner le mot mal compris, en le remettant dans son contexte. C’est dire oui, ou non, même si on n’a pas compris la phrase… Y’a une chance sur deux d’avoir la bonne réponse. La première fois que j’ai rencontré mon conjoint, il m’a dit : « thé ou café ? » Je n’avais pas compris, j’ai dit oui…
C’est essuyer le regard blasé de la personne que tu as en face de toi et à qui tu demandes de répéter. Blasée même quand tu lui dis « pardon je suis malentendante ». Connasse.
C’est ne pas entendre son enfant pleurer la nuit.
C’est préférer 1 000 fois plus les SMS que les coups de téléphone !
C’est la lassitude de dire « pardon mais j’entends mal si vous pouviez ne pas me tourner le dos, me regarder quand vous me parlez… ».
Je dis pardon… Pourquoi je dis pardon ? Ce n’est pas à moi de m’excuser de ne pas avoir compris ce qu’a dit la personne, c’est à elle de faire l’effort de me regarder, c’est la base de la communication non ?

C’est épuisant. Moralement, physiquement. Il y a des jours après le travail où je me sens épuisée d’avoir essayé de comprendre ce qu’on m’a dit (surtout quand je rencontre de nouvelles personnes : j’ai remarqué qu’au bout de quelques temps je m’habitue à la nouvelle voix et la comprends mieux).

« Ben mets tes appareils auditifs ! » Oui mais les appareils, c’est bête à dire mais parfois ça te casse les oreilles… Les sons ne sont pas naturels : certains sont juste amplifiés, d’autres sont traités et retranscris. Et ca aussi c’est épuisant, de bien entendre. Et puis y’a des jours où voilà quoi, merde, j’ai pas envie de les mettre.

J’ai mis des années avant de l’admettre. Avant de pouvoir dire « je suis malentendante ». Je ne voulais pas être comme mes parents, je ne voulais pas qu’on m’associe au monde des sourds… J’entendais mal, oui, mais je n’étais pas malentendante, et puis quoi encore !
Maintenant j’ai mûri, j’assume. Je ne le dis pas forcément mais quand il le faut, ça me dérange moins. Et je l’assume tellement que j’ai des appareils auditifs. Avoir des appareils auditifs, c’est afficher à la vue des autres son handicap. Tiens, ça aussi c’est difficile à encaisser… « je-suis-handicapée ». Wow.

Pour rajouter du fun à l’histoire, j’ai des acouphènes. Vous vous souvenez les vieilles télés à tube cathodique, qui sifflent ? Vous mettez un double sifflement à chaque oreille, et bienvenue dans mon monde. Toute la journée, toute la nuit. 24 heures sur 24. Pas de répit, pas de vacances, pas de trêve. J’entends mal, et ce que j’entends est parasité par des sifflements. Il y a des jours où je pleure, je n’en peux plus de ce bruit… C’est dans la tête, ca m’envahit, c’est toujours présent, toujours toujours toujours… Lâchez-moi, juste cinq minutes. J’aimerais juste savoir, UNE fois, quel effet ça fait de ne RIEN entendre, rien…

Alors je mets toujours le son plus fort. Parce que ça cache les acouphènes, parce que ça comble le silence qui, en fait, n’existe pas.
Le son de la télé plus fort, dans mon casque. Le son dans la voiture plus fort en allant chercher les enfants à l’école, partout où je peux, plus fort…

Un jour ça ne sifflera plus. Un jour il y aura un VRAI silence.

Mon corps est un temple

temple

 Je dois le reconstruire, faire attention à ses fêlures, aux murs qui se fissurent, au plâtre qui s’effrite, contrôler l’accès de ceux qui le visitent. Je dois le caresser, le toucher, me faire l’amour, être douce, et puis brutale si je l’ai choisi, le chérir.
Ca n’a pas toujours été le cas.
On dit qu’après un abus il est difficile de refaire confiance, de se laisser à nouveau caresser embrasser lécher visiter. Que c’est difficile de reprendre du plaisir, de ressentir à nouveau du désir, que la colère et la tristesse bloquent le passage du laisser-aller et de l’amour des corps.
Je veux pas.
Je ne veux pas.
Je ne veux plus.
Je refuse de pardonner cet abus mais je veux l’accepter. L’accepter pour avancer, pour laisser à nouveau quelqu’un qui me plait au moins un peu, que j’aime peut-être, que je désire surtout, me toucher sans qu’une boule se serre dans ma gorge parce que je ressens encore et encore et encore la même culpabilité et la même peur. Culpabilité de l’avoir laissé faire, peur de la peur, qui entraîne à nouveau la peur -cercle vicieux.
Je suis calme. Devant mon écran je suis en tailleur.
Pourtant il faut que j’arrête ces petites choses qui laissent entendre, entrevoir, qui se souviennent de ce lundi après-midi de décembre.
Les peaux rongées jusqu’au sang. Les gerçures que je gratte sans m’en rendre compte. Mes lèvres fendues, les peaux dessus que je tire. Ma gorge serrée, douloureux rappel de mon sexe ce jour-là. Mes mal de ventre sans raison. Les bouffées de chaleur dans les grands magasins. Les démangeaisons partout. La respiration qui s’accélère, qui parfois se bloque.
Je suis mon corps, je suis ma tête. Mes principes, mes idées, mes idéaux, mes valeurs, mes convictions, mes envies, mes besoins, mes désirs, mes tortures, mes névroses, mes traumatismes. Je suis une personne. Une personne consciente et qui décide de son consentement, de ce qui lui arrive. Une personne avant d’être une jeune femme qui a souffert de son appartenance au sexe faible.
Il s’est trompé. Je suis du genre de ceux qui sont forts, je suis de la race de ceux qui se relèvent, je suis de l’espèce des tenaces et des accrochés vifs.
Je suis des chiffres : 17 ans, première fois à 14 ans et demi, 6 partenaires, 2 ruptures, 1 abus, 100 rumeurs -sans rancœur.
T’as pas tout pris. Tu m’as pas laissé sur le bas-côté. J’existe aussi, mon corps ne t’appartiens pas, il ne t’as jamais appartenu, je te l’ai prêté une fois, tu as transgressé mes interdits silencieux et mes règles tacites une autre fois.
Mais je suis.
Je ne tolère pas.
Je ne t’aime plus.
Tu as souillé mon corps mais il existe encore, mes sens attendent le signal pour s’emballer follement à nouveau sous les caresses d’un autre, quand je l’aurais choisi, quand j’aurais décidé que ma pause a assez duré.
T’as pas tout pris. Me restent encore les mots.
Et mon propre corps que je chéris.