Violences conjugales : ce jour où j’ai décidé de partir

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Bonjour ,je n arrêté pas de voir les extraits du film l emprise qui passe ce soir faut que je parle que je raconte comment ma vie à changer en 1 soirée.
13ans et demi à faire semblant, pardonner,déprime, vivre, mourir.ca à commencé si vite les 2 mains sur l épaule claquée sur un mur .et puis un pardon un je voulais pas..aussi c était de ma faute j avais qu a me taire..
Et puis les brimades verbales je passe le détails. .c est un peu tout les jours mais le pov c est son travail ça le pèse. ..
5ans et je v accoucher ds le mois mais il recommence je croyais qu enceinte il aurait confiance en moi.j appel ma maman lui supplie de venir le dernier mois gros caprice je peux pas lui dire pourquoi mais au fond elle se doute comme tous d ailleurs mais chut!
Aye elle est la il se l accapare me la volé je suis mauvaise mère aussi trop fatiguée bonne pour nourrir.une soirée un jeu il perd on rigole….on rentre j ai à peine le temps de la poser sur la table à langer et je m en prend une..bah oui le pov il est au chômage et dvt nos amis je me moque en rigolant…
Les années passent mon père décédé il le savait pouvait plus le voir il voulait que m éloigné. .mais non je l aime il a un dur passé le pov..
Et mais c est quoi ses bleus aux bras?c est l été merde faut que je me cache.un matin j ai mal mal mais je sais pas où. .ah oui c est la dispute ce qu il me dit ..je suis vraiment nulle je le cherche aussi. .
Voilà enceinte de bb 2!c est génial il travaille n à plus mal au dos..et oh je suis la!!mais non j existe plus. .elle a bientôt 1 an il M étranglé devant elle je peux plus sa grande soeur en peut plus des crises de son papa..alors on y va.
Bonjour je viens porter plainte. ..ça fait combien de temps que vous vivez ça ?8ans? Bah faut partir madame. …pis la honte je m en vais s en plainte….l été d après il recommence c est de ma faute je l énervé. .la famille Noël une crise…mais tu dois te taire arrêté aussi de l énerver fais le pour nous on vous voit pas souvent. .mais vous savez ce que je vis?oui mais chut si on parle on verra plus les filles. Mes soeurs savent tout le monde a peur personne n agit…4 ans après un drame la il va me tuer non une chaise je vais voir les gendarmes. Monsieur c est pas bien on la laisser partir car elle vs aime mais changez la prochaine fois on vient vous chercher. 3jrs après soirée sans enfants je pardonné soulagée le pov il a si mal au dos..on rentre il se jeté sur moi ç est la fin je vais mourir. ..et puis plus rien trouvé noir j ai mal au genou au secours au secours j ai plus de batterie je peux plus marcher….au secours. ..mes collègues vont m aider on est à 15jrs de Noël j ai trouvé mon appart les filles on part c est fini je vous le promet…tjrs trop bonne je lui laisse tout je porte pas plainte il doit se soigner voir un psy…
Le docteur de famille me soutient sa famille enfin aussi. ..à quel prix? Ce que je dis pas c est le traitement commence en juin pour bb 3 qui n arrivant pas je me suis dit c est parce que il sera pas le bienvenue. ..j ai fais le deuil d une famille à 4..on est le 7 janvier 2015…mes règles n arrivent pas foutu traitement foutu choc elles vont arriver. ..non elles arriveront pas je suis enceinte de 6 semaines. ..
Ce bb je le garde…quand il sera soigné je reviendrai oui non?Mais non on car pour lui il est pas malade c est les médicaments pour son dos ça le rend fou…
Docteur vous en pensez quoi? Que vous avez vécu avec un vrai pervers narcissique et qu un jour il vous tuera. ..
Non un jour c est moi qui vais le tuer car en décembre j ai riposté un coup de poing vite le couteau la faut que je le prenne avt lui..trop tard mon genou est pété. ..si j étais pas tombé je l aurai tué ….

Mon ventre-sourire

mon ventre sourire

Il y a 6 mois, j’ai accouché par césarienne. Qui l’eut cru ? Moi, l’enfant violée qui étais terrifiée à l’idée d’une grossesse.
En arriver là fut un combat : combat pour retrouver l’envie de rester en vie, combat en justice, combat pour mener une vie de couple normale, combat pour réussir professionnellement, combat pendant plusieurs années de thérapie pour accepter l’idée de vivre avec moi-même.
Puis je me sens un jour suffisamment bien dans ma peau et dans ma vie pour avoir le désir de fonder une famille. Je me sens même prête à supporter une grossesse, moi qui n’ai longtemps juré que par l’adoption. Enceinte, je m’apprête à livrer un nouveau combat : je vais régulièrement voir une psychologue, m’entoure de praticiens compétents, avertis chacun d’entre eux de mes réactions angoissées à tous les examens qui attentent à ma pudeur.
Se pose alors la question de l’accouchement. Et pour la première fois de ma vie, j’ai choisi de ne pas me battre. De ne pas rechercher la performance pour masquer le traumatisme : j’ai fait le choix de la césarienne. Un choix certes guidé par mes peurs et mes angoisses, mais aussi un choix de respect pour le chemin parcouru et restant à parcourir, un choix rassurant, un choix doux pour moi-même. Un choix qui dit « tu t’es bien battue, tu as droit à une pause. Tu n’as pas toujours à gagner ton bonheur, tu peux aussi juste t’en saisir ».
Et elle est née par césarienne, dans le moment le plus doux, le plus beau, le plus fort et le plus émouvant qu’il m’ait été donné de vivre. Cette enfant est une lumière. Aujourd’hui, restent mes souvenirs, et ma cicatrice. Elle ne m’a jamais fait peur, j’aimais déjà l’idée de ma cicatrice avant d’accoucher. Et maintenant qu’elle est là je l’aime encore plus. Inscrite sur mon bas ventre, que j’ai tant détesté, cette cicatrice est un sourire, qui atteste de ce que le bonheur est passé par là.
Depuis que mon enfant n’est plus dans mon ventre, mon intérieur me fait de nouveau souffrir, le combat reprend. Mais mon ventre-sourire est un espoir de me réapproprier un jour mon corps durablement, et les doux yeux de mon enfant me rappellent qu’en attendant, la vie vaut toujours d’être vécue.

J.

Poil, j’aurai ta (ma) peau

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Je suis à fleur de poil. Duvet, cil, sourcil, pilosité naissante. Autant de marques inaperçues chez les
femmes rousses ou blondes et marquées sur la peau des femmes aux cheveux châtains et bruns.
Durant des années, l’obsession d’enlever mes poils envahissait tout mon espace. Une lutte acharnée,
un combat fatigant, une bataille rangée, presque perdue d’avance. Qu’importait, sinon ôter, ôter,
coûte que coûte. Arracher, toujours. Lisser, encore. Me débarrasser de ces marques pileuses, et pour
celles qui restaient, les redessiner, au prix d’une perte de soi, d’un visage flouté, d’un regard sans
caractère, éloigné des sourcils, toujours plus hauts et foncièrement moins beaux. Des sourcils
dépourvus de caractère. Trop dénudés. Un visage pas structuré. Un corps dénaturé.
Les premières fois que j’ai pris conscience de ma pilosité naissante ce fut la transformation que
mon corps renvoyait au yeux des autres, en premier lieu dans ceux de ma soeur, qui se moqua
« gentiment » de ma pilosité pubienne. Ces scènes sont gravées dans ma mémoire comme des
épidodes de honte profonde, mais… pourquoi ? Le changement, la transformation, la mue font partie
de la vie, une vie qu’on veut vivante se fait étape par étape, le long d’un chemin pas droit, mais
sinueux, parfois tortueux, même en épingles à cheveux. On n’avance pas selon un déroulement
linéaire, plane et continu ainsi que j’imaginais que mes parents le concevaient.
Ces premiers poils, donc, sur le pubis, furent, je suppose, une des toutes premières manifestations
de honte liée à mon corps, à ma sexualité potentielle (a première portait sur la masturbation à
réprimer, je me souviens très, très bien). J’ai voulu, j’ai décidé de mettre un terme à ces poils. Ces
poils dont, allez savoir pourquoi, ma mère est dépourvue. Tout au plus quelques fins sourcils de
moins en moins brun accentuent-ils son regard. La zone pubienne en est pourvue, aussi,
évidemment. Mais ni ses bras, ni ses jambes, ni son bas-ventre ne s’ornent d’un duvet.
Au contraire, j’ai (hérité) d’une pilosité plus que moyennement importante. À partir de ce momentlà,
vers 11 ans, j’ai commencé à badigeonner mes mollets de crème dépilatoire au parfum de
détergeant, une crème pas douce, qui me brûlait les mollets, me provoqua une allergie aux aisselles,
mais qui demeurait le seul outil à portée de ma main contre ces satanés poils. Je me souviens encore
du regard noir de ma mère après que je me sois épilée -juste les mollets- la première fois. Sacrilège.
Blasphème. J’aurais dû attendre le plus longtemps possible avant de le faire. Pourquoi ?
La douleur qui est la mienne dès lors ne fait qu’augmenter, sourde, muette, puisque ni mon père qui
ne supporte pas les poils sur les femmes, ni ma mère qui ne s’est jamais encombrée d’une séance en
institut, ni ma soeur moins poilue ne peuvent comprendre que je passe mon temps, aux beaux jours,
à traquer le moindre poil à l’aide de ma pince à épiler, et à ne jamais pouvoir me mettre jambes
nues, ces jambes plutôt fines que je jugeais toujours trop ceci ou pas assez cela. Ils ne comprenaient
pas ni n’encourageaient de dialogue. Chez nous, de toutes façons, ce n’est pas le genre…
En même temps que j’ai commencé à m’acharner sur mes poils, j’ai alterné, comme beaucoup, les
phases de régime sévère (pour ne pas dire anorexie latente, chez moi, puisque bien sûr, chez moi, on
ne dit pas) et les épisodes de joie gustative. Rares. Trop rares. Au compte-goutte. Toujours la honte.
La culpabilité. La peur du qu’en-dira-t-on. À treize-quatorze ans j’étais mince, maigre, dans un
doute quant à moi-même affreux, insidieux, et sur lequel personne ne me rassurait, à propos duquel
personne ne parlait. Je ne pouvais tout simplement pas continuer ma mue en douceur, il fallait que
ce soit douloureux. La honte.
À la crème dépilatoire a succédé l’épilateur électrique, au passage extrêmement douloureux, presque
violent, et qui laisse des traces rouges pendant une semaine parfois sur le fantôme du follicule
pileux, qui entraîne des repousses différées et des poils incarnés. Puis un matin, je m’aperçois que
l’un d’eux grossit jusqu’à prendre la taille d’un petit pois dodu, là, le médecin s’inquiète, ne prend pas
la situation à la légère, m’enjoint vivement à stopper cette technique dépilatoire. J’ai encore la
cicatrice de ce poil incarné sur la cuisse gauche. Cinq ou six années après, j’ai eu la même,
exactement symétrique, sur la cuisse droite. Ma mère me paie des séances pour l’épilation à la cire.
Pas trop tout de même car c’est cher. Je continue alors à payer le poids de cette souffrance.
Abnégation. Je traque encore la moindre repousse à la pince à épiler. Je me tais. Je m’observe à la
loupe mais ne réclame plus d’autre séance chez l’esthéticienne. Je n’ai qu’à me taire avec mes poils,
« bah, de toutes façons, ça se voit pas tant que ça », me dit ma mère. Quand, étudiante, je la
retrouve un week-end, elle me souligne que quand même tes « sourcils, là, ce n’est ni fait ni à
faire ». Elle ne m’a jamais montré comment faire pour que ce soit bien fait. Pourquoi…
J’achète un appareil à cire pour le faire moi-même à la maison. Cela dure plusieurs années.
Rien ne s’améliore côté repousse, rien n’empire non plus. Mais devant l’ampleur de ma pilosité,
j’abdique. Je ne veux pas me rendre chez une esthéticienne qui …
Tout un pan du corps médical ne m’a pas aidée avec ce corps. Une gynécologue qui recule devant
ma pilosité. Qui espère que je m’épile lorsque j’ai une relation. Une dermatologue que je consulte
pour un grain de beauté, et ouvre des yeux de merlan frit devant mes jambes non épilées.
Un dermatologue m’avait expliqué que si je vivais en Amazonie, je serais considérée comme une
divinité, parmi la population indigène glabre.
J’ai mis cinq ans à retourner voir une dermatologue alors que je suis criblée de grains de beauté qui
doivent être sérieusement contrôlés tous les ans. La mienne est douce, attentive, pas dans le
jugement.
J’ai attendu des années avant de franchir, vaillante, le pas d’un cabinet de gynécologie sans
appréhension. Celle qui me suis est une très bonne diagnosticienne, professionnelle, qui par
conséquent ne tiendrait pas ces propos déplacés.
Aujourd’hui, je sais que des personnes bienveillantes existent. Mon complexe est là, mais moindre.
Ma honte a presque disparu, notamment grâce aux paroles et à l’approche d’une dame tunisienne qui
sait épiler les femmes à la cire orientale (sucre, citron) et ne les juge jamais. Elle sait bien pourquoi
nous les filles un peu poilues venont la voir. Elle m’a promis aussi qu’au bout d’une année d’épilation
régulière les poils diminuaient en nombre et en vigueur.
Je constate une différence. Je lui fais confiance.
Je ne me triture plus les poils, ne scrute plus mes gambettes à l’affût de la moindre tâche noire à
débusquer. J’ai plaisir à aller la voir, on passe un bon moment, elle sait prendre ses clientes, papote.
Pourquoi ne m’a t-on pas accorder cela, rien que cela ? Je ne sais toujours pas.

Rester en vie…

rester en vie

Mon ventre, mon sexe, mes seins, tout fragiles, tout froids. J’ai mal. A chaque instant, tous les jours, toutes les heures. J’avais 7 ans, dans mon souvenir (peut-être 5 ans selon un psychiatre) quand tout a commencé. Mon propre père qui me conduit dans le lit conjugal lorsque ma mère est en déplacement pour ses études. Il me touche tout le corps, s’empare de mon âme, de mon cœur…je me laisse faire, j’ai peur, peur de lui, peur de mourir. Il essaie de me pénétrer, mon pauvre sexe se ferme, il me dit « détend toi, je t’aime » mais je suis forte, il ne m’a jamais pénétrée.
Et çà recommence encore et encore, jusqu’à mes 11 ans. Il m’a fait des attouchements sexuels durant peut être 6 ans. Il a massacré mon enfance, il m’a rendue « adulte », renfermée, étrangement mature pour mon âge. A l’école primaire je suis seule dans un coin, je noue très peu de contacts avec mes camarades de classe. Les institutrices ne m’apprécie guère, je ne suis pas jolie, je suis introvertie, je ne montre pas mes sentiments, mon cœur est une ruine, à seulement 9 ans. Je m’enferme dans ma bulle, je développe une myopie, réconfortante, je ne peux plus voir loin, mon avenir est détruit, flou, angoissant comme mon présent.
Aujourd’hui j’ai 27 ans, j’ai eu plusieurs thérapies avec 7 psychiatres et psychologues différents. A chaque fois j’ai stoppé les thérapies avant la fin. Typique des personnalités névrosées paraît-il. Je suis border line. Mon corps maigrit, grossit sans cesse. J’ai de la chance car je monte au maximum à 57kg et je descends à 53kg (pour 1m66), pour le moment çà va plutôt bien. Mais mon ventre sans cesse est tout rond comme un ballon, triste, il revendique une maternité que je ne peux lui apporter. Mon compagnon actuel ne veut pas d‘enfants pour le moment. J’ai subi un avortement à 23 ans, que je regrette chaque jour. Et mon ventre se gonfle tant…un jour ma mère m’a demandé si j’étais enceinte, une amie m’a dit « c’est étonnant ton ventre comme il est rond ». Oui mon ventre est rond,balloné,bruyant, et vide, je suis bouffée par le vide.
Je souffre de dyspareunie, douleur durant les rapports, et cela embête mon compagnon. Il en a assez de m’entendre me plaindre de douleurs. Je n’aime pas le sexe…actuellement je n’ai plus aucune libido. Je me réfugie dans mon monde, je pense aux oiseaux, je les adore, je les trouve magnifiques. Comme eux je rêve d’être libre, ici ou ailleurs. Je rêve que mon âme s’envole enfin, loin d’ici. J’ai mal au corps.

Je ne pourrais jamais vivre dans ton corps

bide
J’ai toujours détesté mes seins. Il faut dire qu’avoir un 90C à l’entrée en 6e, et faire une tête de plus que tout le monde, c’est pas forcément simple pour s’insérer dans la société. Alors j’ai fait du basket, et j’ai trouvé pour un temps ma place…
Mon corps a continué à s’épanouir, encore et encore… Ma tête n’était pas prête du tout! Le regard des hommes… Terrible! Le regard pervers des hommes sur la « petite fille » que j’étais, et que je voulais rester… Certains sont allés plus loin que le regard. A 15 ans, un inconnu m’a fichu la trouille de ma vie en me collant une magistrale main aux fesses… je revis encore cet instant avec stupéfaction 20 ans plus tard… Et mon cœur s’arrête de battre une minute. Et je veux fuir. Et me cacher.
A 16 ans, mon entraineur de basket m’a fait du chantage: soit je couchais avec lui, soit il n’entrainait plus l’équipe l’année suivante… Je crois que je n’ai vraiment pas compris sa proposition. Mon père est mort très tôt, et j’ai vraiment grandi dans l’innocence absolue de ce qu’était un sexe masculin et « le sexe » tout court… j’ai du tilter quelques mois ou années plus tard, quand une des filles de l’équipe m’a rappelé qu’un jour nous avions eu un autre entraineur… Ah oui tiens, il ne m’avait pas dit un truc avant de partir? ‘Tilt’
Je me demande aujourd’hui si ma prise de poids à cette époque n’était pas (aussi) un moyen de me cacher de tous ces regards. « Ne me voyez plus, je suis cachée sous la graisse, je ne suis plus désirable ».
Bref… rien de dramatique au final! J’ai lu des histoires tellement plus graves ici, des viols, des incestes, des femmes battues, des enfants réprimés… Rien de tout cela dans ma petite vie.
Le titre de mon témoignage est une phrase très spontanée lancée par ma mère, me croisant nue dans un couloir de notre appartement, quand j’avais 17 ans… Ma mère-belle-mince-parfaite. Cette phrase résonne encore profondément en moi… surtout depuis que j’ai des enfants. Comment peut-on dire cela à son enfant? Une adolescente de 17 ans pourrait presque entendre  » à ta place, je me suiciderais » Ca ne m’a pas vraiment traversé l’esprit, mais j’ai souffert, ca oui.
Ma mère n’a pas été une mauvaise mère, et je pense qu’elle a voulu déclencher en moi un déclic… La seule chose que je pourrais lui reprocher aujourd’hui, c’est de n’avoir pas envisagé autre chose qu’un manque de volonté. Et aussi d’avoir cru qu’être mince était la seule option possible pour être heureuse dans ce monde.
Et si je n’y pouvais vraiment rien? Et si ca ne me dérangeait pas vraiment, de faire 1m, 74 et 75 kilos? Je ne me trouvais pas si mal. Bien en chair, mais bien proportionnée. Musclée. Et ma paire de seins à elle seule comptait déjà pour 3 kilos dans la balance… si j’avais pu l’enlever…
Malheureusement, cette phrase (et surement d’autres éléments) a déclenché le cercle infernal: honte, régime, perte de poids, reprise rapide, régimes, yoyo, remords, haine de mon corps, haine de moi-même de ne pas être fichue de me maitriser, régime etc..
Encore du très classique. Rien de nouveau sous le soleil
Bilan? Aujourd’hui 20 kilos de plus, deux enfants et une jolie bavette.
Etonnamment, depuis que j’ai eu des enfants, je ne suis plus complexée par mes seins. Je pense que l’allaitement y est pour beaucoup. Mes seins, mes énormes seins, ont nourri mes filles pendant leur première année. Ils ont trouvé là leur fonction, leur essence. Je les ai acceptés. Alors que l’allaitement ne leur a pas rendu service… Et pourtant, ils ne me dérangent plus. Ils font partie de moi.
Mon ventre, ma bavette, c’est une autre histoire… Pourtant, ventre nourricier, ventre-maison de mes deux amours pendant 9 mois… mais non. Ce n’est pas toujours si simple.
J’ai beaucoup lu vos témoignages avant de me décider à poster ici. Vous m’avez beaucoup appris sur nous, les femmes, sur moi-même, en tant que femme. J’ai appris, en vous lisant, et parfois avec stupéfaction, que grosses-grandes-maigres ou menues, nous étions toutes névrosées… à différents degrés bien sûr, et sans forcément de connotation malsaine ou maladive. C’est juste un constat. Et une interrogation: qu’est ce qui dans notre éducation commune à toutes, nous femmes de ce monde, si différentes, a engendré ce même rapport au corps, cette horrible besoin de perfection? Ces désordres mentaux, qui nous font nous voir affreuses, d’où viennent-ils? Suis-je inconsciemment entrain de les reproduire chez mes filles? Angoisse…
Une amie m’a décomplexée un jour en quelques secondes: « certaines femmes pèsent un jour 180 kilos, et quand elles arrivent à ton poids après des mois ou des années d’effort, elles se sentent BELLES » wais, dingue… des femmes vivent dans mon corps et se trouvent belle? Intéressant comme concept.
J’ai compris beaucoup de choses sur moi-même depuis que j’ai des filles. Deux filles. Totalement différentes. Et en particulier, dans leur approche avec la nourriture. La première, toujours affamée, très gourmande, même à la naissance, elle buvait systématiquement plus que de raison, pour régurgiter ensuite le trop plein. Elle hurlait sa faim souvent. Ce besoin n’était jamais mitigé, toujours volume au max. Aujourd’hui à 6 ans, on lui met 10 gâteaux devant elle, elle va les engloutir, et en réclamer deux de plus, et me demander ce qu’on mange au diner, inquiète. Ma seconde, sur 10 gâteaux, elle en mangera deux, croquera dans le troisième, avant de le reposer et d’aller faire autre chose. Bilan: 15 mois d’écart, une fait 17 kilos, l’autre 27… J’ai compris grâce à ma deuxième fille que les réactions de ma première face à la nourriture n’étaient pas des réactions normales. Je ne pouvais m’en rendre compte avant puisque ce que vivait ma grande n’était autre que ma propre expérience.
Mon ainée est mon « clone de bouffe »! Mais? Mais? Dans la mesure où j’ai fait tout mon possible pour ne rien reproduire des erreurs qu’auraient pu faire mes parents… Dans la mesure où j’ai consciemment, sciemment, élevé mes deux enfants de la même façon… Mais? Serait-il possible que ce désordre soit autre que psychologique?
Et si? Et si c’était… génétique?
Soulagement: Et si ce n’était pas ma faute? Ce n’est pas ma faute? Le corps que j’habite est celui que m’a légué la nature, pas celui que j’ai monstrueusement créé?
Libération!
A ce jour, j’ai entamé une psychothérapie. J’ai ouvert la porte du cabinet pour une toute autre raison. Mais fort est de constater que si je veux un jour être bien -heureuse!- dans quelque domaine que ce soit, j’ai une montagne à gravir: m’accepter. Accepter ce corps que j’habite. Plus que cela, apprendre à l’aimer! Moi qui ait passé ma vie à me faire une opinion de moi-même en la cherchant dans le regard des autres, aujourd’hui, je dois me voir avec mes yeux, et m’approprier ce que je suis.
Je n’y suis pas encore. Je grimpe le sentier tout doucement. J’ai appris à ne plus dire « la chose monstrueuse » en parlant de mon corps. J’ai appris à ne plus insulter intérieurement les « grosses », les encourageant à cacher leur gras sous de larges vêtements (comme ceux que m’offraient ma mère?) J’ai appris que même les maigres avaient du ventre. J’ai appris qu’en fait, il est anormal de ne pas avoir de ventre.
Et un tilt: ma mère n’avait réellement pas de ventre. Non, pas un trou béant à cet emplacement, mais un ventre creux, jamais proéminent… Ah! Découverte! C’est donc après cela que je cours depuis des années? Mais quelle absurdité!
J’ai appris à toucher ce ventre. Non non, pas en étalant rapidement du gel douche, par obligation d’hygiène, en le frolant à peine, cerveau en mode déconnecté, pour vite le rincer ensuite, ce ventre, et l’oublier jusqu’à la prochaine douche.
Non, le toucher. Poser mes mains dessus. Ressentir. Palper. Pincer. Caresser.
Je réprime le dégout. Je réprime la honte. C’est à moi. Je n’ai pas honte d’avoir 5 doigts à chaque main, je ne devrais pas avoir honte d’avoir un ventre… Compliqué.
Demain je l’accepterai. Peut-être. Surement. J’espère. Je n’ai pas d’autre choix. Je veux être heureuse et épanouie, et mon ventre est ma montagne à gravir pour y arriver. J’y arriverai. Ensuite on passera aux bras, aux cuisses, au double menton. Mais ce sera plus facile. Et ensuite j’irai mieux.
Je sais aussi pourquoi je l’ai tant fait grossir, ce ventre. Ce ventre vide. Vide d’un 3e enfant que je désire tant. Moi qui suis tellement épanouie enceinte. Moi dont la faim insatiable et permanente disparait enceinte. Ne lisez pas ici que je désire un enfant pour les 9 mois de plénitude qui m’attendent. Ce n’est pas ce que j’ai dit. Mes deux merveilles sont la plus grande réussite de ma vie. Mon cœur brule du désir de voir grandir et d’accompagner un jour un 3e merveilleux petit être conçu dans mes entrailles.
Mais enceinte, c’est le seul moment de ma vie ou j’ai une relation saine avec la bouffe. Pas d’envies de sucré ou de salé. Pas de frustration devant un plat de légume. Parfois même, je m’arrête de manger avant d’avoir fini mon assiette. Relisez bien la dernière phrase: oui c’est dingue: je n’ai PLUS faim! Enceinte seulement. Et quelques jours après l’accouchement, je pèse moins qu’avant la conception. Mes démons me rattrapent bien vite ensuite. Mais encore une preuve, si il en faut, que mes « désordres » ne sont pas uniquement psychologiques. Quand la physiologie de mon corps est différente, ma relation avec la bouffe change. En mode « normal » j’ai faim. Tout le temps. Et j’ai peur d’avoir faim. Et je mange pour ne pas avoir faim…
Peut-être bien que je n’y peux rien.
Je ne suis pas coupable!
Et merde, j’y vivais plutôt bien dans ce corps, avant que tu le détestes, maman.

Mes cheveux

cheveux
Du cheveu je ne sais rien.
Du cheveu, comme du corps, que pouvais-je savoir ?
Grandie au coeur d’un gynécée disparu
Élevée sans harem farfelu
Sans voir d’autres sexes velus, touffus, nus,
Sans évoquer le corps de l’autre, homme ou femme
De la sensualité, rien.
Cheveux longs au primaire
Cheveux courts au collège
De mon malaise prise au piège
Cheveux au carré pour le lycée, souples, bouclés, soignés
Raccourcis à l’université
Pour tenter de nouveau de m’échapper
Jamais apprêtée
Encore mal aimée
Aujourd’hui ce court carré je me le suis approprié.
Des cheveux mous, des cheveux doux, des cheveux flous.
Des cheveux fous, partout.
Des cheveux raides, des cheveux longs, des cheveux blonds.
Des cheveux courts, des cheveux lourds, des cheveux gourds.
Des cheveux roux, des cheveux enflammés, des cheveux qui brillent, mordorés.
Des cheveux longs, courts, mi-longs, au carré.
Des cheveux blonds, des cheveux châtain, des cheveux auburn, des cheveux vénitien. Qui est vénitienne ?
Sur mon cheveu, sur sa couleur, il y a des belles paroles des coiffeurs : ils ont une belle masse, ils ont une souplesse, ils bouclent et cela « anime mon visage », « oh, j’aime beaucoup votre couleur de cheveux, avez-vous déjà fait une coloration ? ». Ils sont rares, chocolat cendré.
Mais le cheveu pousse sur un crâne, recouvert d’une peau que j’ai longtemps, longtemps, détesté. Parce qu’elle était couverte d’une pilosité jugée inappropriée pour mon sexe, parce qu’elle est souvent très pâle ou trop réactive. Parce qu’elle me ressemble et que je ne sais pas encore tout à fait bien m’accepter. Longtemps je ne pouvais aller chez le coiffeur parce que j’étais concentrée jusqu’à la nausée sur la phrase qui me tuerait encore un peu plus « Vous avez des pellicules, ouh là là il faut faire quelque chose ». Du plus loin que je puisse me souvenir, une coiffeuse m’a demandé si je m’étais battue avec ma soeur car j’avais des croûtes sur le haut du crâne. Aujourd’hui s’il m’arrive d’avoir cette petite croûte sur le sommet de ma tête, je n’ai aucune certitude quant à leur origine, en revanche leur naissance ne doit rien à personne de précis. Elles sont générées par ma très grande faculté à focaliser sur des points qui me deviennent gênants et trouvent pour se manifester la voie cutanée.

Que peut-on savoir de soi si on ne s’est jamais battu ? Je ne veux pas mourir sans cicatrice.

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On me le demande presque toujours, quand on voit ma cuisse ou mes bras, avec ces lacérations épaisses, ces cicatrices protubérantes d’un rose qui tend à s’estomper avec le temps, qui devient blanc, mais qui ne disparaîtra jamais totalement.
« Mais qu’est-ce que c’est ? Comment tu t’es fait ça ? Ce sont tes chats ? »

Mes chats. J’en ai beaucoup, c’est vrai. Mais non, ce ne sont pas mes chats.

On me le demande presque toujours, quand on voit mon mollet, avec sa fleur étrange qui se déroule sur ma peau, comme une tentacule végétale dérangeante.
« Mais qu’est-ce que c’est ? Un tatouage ? Oh ? Tu as un motif au henné sur la jambe ? »

Non. Ce n’est pas de l’encre, ce n’est pas de la teinture. C’est du sang. Cette vie, que je me suis si longtemps acharnée à détester et à vouloir extirper de moi. J’ai coupé, gratté, blessé, fait saigner.
Alors, on dit que ce n’est pas bien. Qu’il ne faut pas. Je dis « oui »Je dis « je sais ». On me demande si j’ai arrêté, hein ? Et je dis oui, parce que j’ai arrêté.
Jusqu’à la prochaine fois, bien sûr.

On m’a souvent dit d’arrêter. De faire autre chose. De… sortir. Me promener. De jouer d’un instrument. De tenir un journal. De dessiner. De prendre un bain. De faire du sport. De boire un thé.
Après des années et des années de boulimie vomitive et de scarifications, je peux assurer que ça ne sert strictement à rien, de vouloir tromper la douleur, de vouloir fuir la peur, d’essayer de s’avoir soi-même, avec des ruses éculées. Il n’y a somme toute que trois façons de réagir : ne pas lutter et faire la crise, différer puis faire la crise, ou bien s’asseoir et se dire : je vais faire la crise, je suis une merde de toute façon, tout le mal du monde va m’arriver suite à ça, je le mérite, je suis une faible, tout est catastrophique, ma vie est un drame. Attendre que l’angoisse arrive à son paroxysme. Et… ne pas faire la crise, parce que l’angoisse n’a pas de point de non retour, et finit par redescendre d’un coup. Aussi absurde que ça puisse paraître.
Mais je ne suis pas là pour donner des méthodes pour faire face à sa propre malveillance motivée par un désespoir sans fond ; je suis là pour juste faire sortir tout mon ressentiment passé, lié à ce que j’ai vécu. Face aux autres. Et face à moi.

Ma mère, qui me voyant les bras lacérés n’a rien fait. Rien. Rien. Rien. Maman, pourquoi est-ce que tu n’as rien fait ? Pourquoi tu n’as pas essayé de comprendre ? Pourquoi ne m’as-tu pas envoyé voir « quelqu’un » ? Pourquoi est-ce que tu ne m’as pas obligée, ne serait-ce qu’un peu, à parler ? Pourquoi ne t’es-tu pas comportée avec moi comme on se comporte avec un enfant qui souffre ?
Mon père, qui me voyant les bras lacérés n’a rien fait. Mais laisse tomber papa, je n’attends de toute façon rien de toi, toi qui voulais seulement des enfants « grands » (adultes) parce que c’est plus « intéressant ».
Les autres. Les autres mômes à l’école. Ne le portais-je pas suffisamment sur moi, mon mal être ? Tout ce noir, tous ces bijoux agressifs, tout ce gras accumulé au fil des années, toutes ces cicatrices ? J’affichais ma souffrance, de la façon la plus provocante, la plus violente et agressive. Ça a fini par marcher, dans le sens où plus personne ne m’a attaquée. Mais personne ne m’a écoutée, non plus.
Les autres. Mes dites amies. Pourquoi aucune n’a essayé de comprendre ou de m’aider ? Pour me juger, oui. Juger, c’est plus facile. Surtout quand on n’a que quinze ans.

Et moi. Surtout, surtout moi. Pourquoi me suis-je maltraitée ainsi ? Je n’ai rien fait qui pouvait mériter le fait de me haïr autant. Pourquoi n’ai-je pas été assez forte pour tenir, envers et contre tous ? Pourquoi, alors que ça aurait dû être les autres qui auraient dû saigner, pourquoi, pourquoi est-ce moi qui me suis faite souffrir ? Pourquoi ai-je entraîné, ne serait-ce qu’un peu, les autres dans ma souffrance malsaine ?
Et pourquoi ça ? Pourquoi comme ça ?

Parce que le sang qui coule est si libérateur. C’est tout le sale, tout le cri, tout le noir, tout le péché qu’on évacue. Le contraire du blanc de la vie, ce n’est pas le noir, c’est le rouge de la mort.
Parce que la souffrance morale, si étouffante, devient physique. D’immatérielle et tueuse, elle devient comme accessible, gérable. Il suffit d’arrêter de jouer avec la lame, avec les ciseaux, avec le scalpel. Et la souffrance psychique, elle, a disparu pendant un moment.
Parce qu’on estime intolérable que tant de douleur psychique n’aie pas, au moins un peu, une manifestation physique. On estime ça contre-nature. Contre logique. Ce n’est pas admissible. Ce sang rouge et rouillé, c’est le hurlement ruisselant qu’on n’arrive pas à pousser. Il jaillit, coule, salit, fait mal, mal comme des cordes vocales souffriraient d’un cri vibrant de haine et de désespoir.
Parce que si même votre mère vous rejette quand elle va mal, c’est que vous ne méritez pas grand chose de plus.
Parce que si on a pu vous prendre, à plusieurs, comme un jouet sexuel sans âme, alors que vous n’étiez même pas encore adulte, vous ne pourrez jamais vous blesser plus qu’ils ne l’ont fait.
Parce que c’est tout ce qu’on mérite.
Parce que quand on est cassée à ce point, il n’y a plus que ça qui nous rappelle la vie. Il n’y a plus que ça qui semble remettre, un court instant, les choses en place. Le sang, c’est la vie. Tant qu’il y a du sang, il y a de la vie. Et tant qu’il y a de la vie… il y a de l’espoir. Non ?
Parce qu’après, on a une bonne raison. De pleurer.
Parce qu’après, on a une bonne raison. De se soigner, de désinfecter la plaie, de se faire un pansement. On ne peut pas mettre de compresse sur la souffrance mentale, mais sur ces plaies saignantes et suintantes, on peut. On se bichonne un peu, enfin. On accompagne la cicatrisation. On prend soin de soi – on s’y autorise, une courte période. On ne peut rien faire contre les démons qui bouffent notre cerveau, mais contre une série de balafres, on a des armes : de l’hexomédine, des compresses et du sparadrap. De la douceur, enfin, et de la patience. De l’intérêt et de la compassion pour une chair qui souffre.
Parce qu’un court moment, on a le contrôle.
Parce qu’un court moment, on sait que la mort et la vie ne tiennent qu’à nous.
Parce que le lendemain, la douleur reste. Et on sait qu’on n’est pas si faible. Qu’on est un combattant, qu’on est une warrior. On se bat, contre soi, ouais, mais on se bat. Et le matin, dans le froid pinçant, quand on marche en serrant un peu les dents pour aller prendre le bus, les cuisses ou les bras qui tirent douloureusement, on se dit, « je suis vivante. Fuck. Et tout ça, c’est pas si grave ». Envers et contre les autres et soi-même, on est vivant.

Putain, vous me faites rire avec votre thé. Du thé. Mais oui. Bon sang mais c’est bien sûr. Plutôt Lipton ou Earl grey au fait ? C’est quoi pour vous, la panacée des suppliciées, des lésées, des violées ? C’est ça ? Du thé ?

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Le temps a passé – ou presque.
Ma fleur est la dernière en date – le deuil de ma dernière peur de l’abandon. Et mon esprit, exercé, s’est envolé. Je ne me saigne plus, je ne me remplis plus de nourriture pour ensuite me vider violemment. Je pense bienveillance, et pour moi, et pour les autres.

Le corps médical ne dit généralement rien. Pas quand les chéloïdes semblent avoir quelques mois, quelques années. Il n’y a rien à dire. Je ne sais pas ce qu’ils pensent. Moi, à leur place, j’aurais pitié. Mais d’expérience, ce n’est pas la pitié qui étouffe les gens : c’est l’incompréhension, qui elle, étouffe tout dialogue. Alors je reste là, debout, désabusée, avec mes cuisses lacérées, que je n’essaie même plus de cacher. Pourquoi les cacherais-je, puisqu’au fond, je pense que le corps médical s’en fout ? Y compris moi, à ce jour. Aussi, il n’y a bien que le recul, en toute chose. Je dis juste un rapide « c’est rien » quand un médecin ne comprend pas assez vite de quoi il s’agit et qu’il me le demande. Tout de suite, il laisse tomber – béni soit-il.

La plupart des autres personnes, lorsqu’elle voit mes marques, continue à me questionner, pour conclure par un : « il ne faut pas ».
Certes. Cependant, quand vous aurez marché autant que moi dans mes new rocks et que vous serez arrivés à mon niveau de sagesse sur la question, vous en arriverez à la même conclusion, mais avec beaucoup moins de hauteur et d’a priori.
Il reste une partie des gens qui ne dit rien. Qui fait comme si elle n’avait pas vu. Vous avez raison – ce n’est plus maintenant qu’il faut relever. Je souris avec indulgence quand on me dit, avec un air catastrophé – surtout pour ma fleur, véritable manifestation de body art, que j’ai dû avoir mal. Cette douleur n’est pas la vraie douleur, croyez m’en. Si je me suis résolue à cet ersatz de douleur physique pour surmonter ma douleur – ma perte – morale, soyez sûrs que ce n’est pas la souffrance de la cicatrice que vous devriez déplorer. Mais mes réels affres ont toujours été secrets.

Aujourd’hui, j’ai toutes mes réponses, à tous mes pourquoi. J’ai compris, et j’ai pardonné, à tous, aveuglement et cruauté. Y compris à moi.
Tout est interdépendance. Il n’y a pas de réel fautif. Des gens perdus, dans un monde qui s’effondre. Je ne suis qu’un symptôme parmi des milliards, dans une société percluse de maux.
Et aujourd’hui, j’ai travaillé à remettre chaque chose à sa place. Aujourd’hui, je n’en veux plus à personne. Et certainement plus à moi.

Maintenant, je bois du thé. Allez-y, marrez-vous – c’est vrai que c’est drôle.
Mais c’est seulement parce que j’ai appris à affronter et à dépasser. Le luxe du thé pour être serein, ça n’est que lorsqu’on a compris. Et pour comprendre, il n’y a que l’expérience des choses – le sang, et les larmes. Il m’a fallu arriver à l’âge vénérable de vingt six ans pour le comprendre.
Mes cicatrices, toutes, y compris piercings et tatouages qui s’inscrivent également dans cette histoire de Peau, je les aime. Je pourrais écrire des pages sur leur sens, leur signification, leur rôle, leur raison d’être, leur syombolique, leur inscription sociologique, même. Elles sont la manifestation physique de mon parcours émotionnel – elles racontent, bien mieux que je ne pourrais le faire. Elles sont une partie de moi. Elles écrivent mon histoire.

«Que peut-on savoir de soi si on ne s’est jamais battu ? Je ne veux pas mourir sans cicatrice. »
Tyler Durden, Fight club.